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« Des limites à l’adoption d’enfants provenant de l'étranger. | Page d'accueil | Dis merci ! Tu ne connais pas ta chance d'avoir été adoptée | Barbara Monestier »

26/01/2005

Holy Lola. Tavernier fait une apologie du supposé droit à l'enfant.

HolyLola.jpg«C'est un des plus beaux films que j'ai vus sur le désir, jusqu'à l'hystérie du désir.»
Alain Resnais, réalisateur, monteur et scénariste français.
 

A la direction générale de l'Aide à la jeunesse, service Adoption, de la Communauté française de Belgique, comment « Holy Lola » a-t-il été perçu ?
Nous avons rencontré son directeur, Didier Dehou, et Anne-Marie Crine, attachée au service ayant une expérience de consultante sur le plan international. Après qu'ils eurent vu le film, précisons-le.


Comment avez-vous reçu le film de Bertrand Tavernier ?


C'est un très bon film, mais nous sommes déçus et inquiets. On attendait plus de Tavernier sur ce sujet. Qu'il traite l'adoption sous plusieurs angles. Or, il déplie le sujet de façon remarquable mais sous un seul angle, celui des candidats adoptants.


À nos yeux, le système français d'adoption est extrêmement libéral et défend plus le droit des adoptants que celui des enfants. Tavernier montre combien ce laxisme se retourne contre les malheureux parents, pris en otage par ce système qui permet des choses terribles comme d'aller choisir soi-même un enfant dans les institutions. Faire croire qu'on aide les gens ainsi est honteux et faux. C'est une irresponsabilité des pouvoirs publics. Car ces parents le paieront cash : comment expliquer à l'enfant qu'à la signature des papiers d'identité - qui sont faux -, ils ont dû choisir entre « enfant né de parents inconnus » ou « enfant né de parents décédés », alors que le gosse a sans doute été acheté par des intermédiaires locaux. Quelle relation parents-enfant est-elle possible sur de telles bases ? Cette conception-là de l'adoption internationale a des relents de colonialisme.


Tavernier démontre bien toutes les horreurs qu'on fait vivre à ces adoptants. Mais, réputé cinéaste engagé, voilà qu'il se met au seul niveau des adoptants (ce qui est rendu avec une extrême finesse et une connaissance parfaite du terrain, je le répète ; les acteurs sont d'une crédibilité étonnante), sans aller plus loin. Il effleure les trafics d'enfants, les esquisse, mais jamais de façon ouverte et franche. Il ne va pas voir de l'autre côté du miroir, du côté des familles d'origine. Il reste au bord de cela, comme les candidats adoptants qui ont évidemment peur de voir cette réalité - et je le comprends. Dans le film, Gamblin le dit très bien quand il y est confronté : « Ne me demande pas ce que j'en pense. »


Mais Bertrand Tavernier affirme ne pas avoir fait un film sur l'adoption !


Il est d'une ambiguïté magnifique ! Il dit cela alors que « Holy Lola » ne parle que de ça. Pour lui, comme de toute façon les familles vendraient leurs enfants, autant les vendre aux gentils adoptants plutôt qu'aux méchants trafiquants, pédophiles ou réseaux de prostitution chinois. Le raisonnement est court, cynique et un peu pervers.


Que reprochez-vous à Tavernier ?


À partir du moment où il revendique de faire une fiction et pas un reportage, il décide de l'orientation de son récit et de son « happy end ». Il se dit cinéaste engagé. Ici, il ne s'engage pas assez. Même en se mettant à 100 % du côté des adoptants, il lui aurait suffi d'avoir, à côté de ses héros, un couple doutant, refusant le principe et repartant en France sans gosse. C'était une manière de montrer que l'amour peut aussi être de dire « non ». Or, dans « Holy Lola », tout le monde repart content avec son enfant. Tavernier montre que le désir est tout-puissant. Son film fait une apologie du supposé droit à l'enfant contre lequel on se bat.


Dans une société du « tout, tout de suite », beaucoup considèrent qu'avec leur agrément l'enfant est un dû. Malgré l'éthique, malgré la loi. Qu'en est-il vraiment du droit de l'enfant ? De ses besoins ? C'est d'autant plus grave que c'est Tavernier, que « Holy Lola » est un bon film ! Pour nous, « Holy Lola » risque d'avoir des retombées plus négatives que l'affaire Johnny Hallyday.


On a eu des demandes d'adoption dans l'institution Holy Baby où le film fut en partie tourné. La MAI (Mission de l'adoption internationale du ministère des Affaires étrangères français) nous a confirmé que, dans cette institution-là, des Cambodgiens étaient venus réclamer leur enfant qui était déjà parti en adoption internationale. Ces parents auraient retiré leur plainte à la suite de pressions policières !


En voyant « Holy Lola », des Belges qui veulent adopter vont rêver de partir au Cambodge. Que leur dire ?


La Belgique est encore au Moyen Age pour la régulation des choses au niveau fédéral. Comme elle n'a pas une prise active sur les adoptions internationales, même avec des pays connus pour les trafics d'enfants comme le Cambodge ou le Guatemala, elle n'a arrêté l'adoption avec aucun pays. Tout ça devrait changer grâce à la réforme sur l'adoption qui devrait entrer en vigueur en septembre 2005. Cette réforme impliquera que toutes les adoptions seront contrôlées et encadrées. Cette loi a avant tout une fonction structurante : elle doit border le désir des adultes et protéger les droits des enfants.



Source: Le Soir.