Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Barbara Monestier et Evelyne Pisier | Page d'accueil | L'humiliation ordinaire | Alain Badiou »

01/12/2005

L'enfant adopté. Comprendre la blessure primitive | Nancy Newton-Verrier

medium_enfantadopte.4.gifUn ouvrage utile pour tout les futurs parents adoptifs,  ceux qui sont déjà parents et aussi ... les adoptés (adolescents et adultes).

Editeur : De Boeck Université - collection Comprendre.

 

Un must traduit de l'anglais avec patience et talent par le Dr Françoise Hallet, maman adoptive et membre fondateur de l' asbl PETALES.
Initialement, le titre prévu était :
" La blessure primitive : comprendre l'enfant adopté. " L'éditeur a malheureusement inversé ?


Préface à l'édition francophone.

" Les adoptions nationales et internationales sont de plus en plus nombreuses dans nos pays depuis une trentaine d’années tant en Europe qu’en Amérique du Nord. Il est donc légitime que les interrogations se multiplient sur le vécu familial et individuel de ces adoptions. Dans un premier temps les conseils donnés aux parents étaient de considérer les enfants adoptés comme des enfants nés au sein de leur couple et de ne surtout pas leur parler de leur passé. Mais ces conseils ont montré leurs limites devant les difficultés éprouvées tant par les parents que leurs enfants, adolescents et jeunes adultes, à vivre l’adoption sereinement. Aux Etats-Unis il y a déjà plus de vingt ans que des professionnels, des parents et des adultes adoptés se préoccupent de comprendre et d’expliquer le vécu particulier de l’abandon, préalable à toute adoption, ainsi que celui de l’adoption. De leurs observations et de nombreuses études réalisées sont nés de nouveaux concepts basés notamment sur la théorie de l’attachement initiée dès 1948 par John Bowlby.

Nos pays francophones sont restés à la traîne mais tentent depuis quelques années de combler ce retard, et divers travaux et témoignages parus récemment commencent à dépeindre l’adoption, ses joies et ses difficultés, sur un mode plus réaliste : à côté de grands bonheurs, il y a aussi dans ce mode de parentalité et de filiation des difficultés plus ou moins grandes vécues et ressenties tant par les parents adoptifs que par les enfants adoptés, quel que soit leur âge.

En 2001 en Belgique des parents préoccupés par le devenir particulièrement difficile et douloureux de certains de leurs enfants se sont réunis et ont créé l’association PETALES (Parents d’Enfants présentant des Troubles de l’Attachement : Ligue d’Entraide et de Soutien) qui s’est rapidement développée et est aujourd’hui présente aussi en France et au Québec.
[ http://www.petales.org ]

Ce livre, La blessure primitive, est paru aux Etats-Unis en 1993 et y est considéré comme une référence pour la compréhension du vécu des enfants adoptés et de leurs parents. Aussi, sur le conseil du professeur Hocksbergen, de l’Université d’Utrecht qui l’a fait publier en néerlandais en 2002, j’ai entrepris de le traduire pour le mettre à disposition des parents et des adoptés francophones.

J’espère qu’il permettra à un large public de mieux comprendre les enjeux individuels et familiaux de l’adoption et d’apporter des réponses plus adéquates aux questions que se posent tant les parents que les adoptés. "

Résumé

La Blessure Primitive est un livre qui pourrait révolutionner la façon de penser l'adoption. En appliquant les données de la psychologie prénatale et périnatale et celles sur l'attachement, la création du lien et la perte, il détaille les effets de la séparation des enfants adoptés d'avec leur mère de naissance. De plus, il donne à ces enfants, dont la souffrance a longtemps été méconnue ou mal comprise, la validité de leur sentiments ainsi qu'une explication à leurs comportements. L'éclairage qui est ici donné aux expériences d'abandon et de perte contribuera non seulement à l'apaisement des adoptés, de leurs familles adoptives et de leurs mères de naissance, mais apportera compréhension et encouragement à ceux qui se sont sentis abandonnés dans leur enfance.

L'auteur.

Nancy Newton Verrier est mère de deux filles, dont une est adoptée. Elle a un diplôme de psychologie clinique et une pratique privée à Lafayette, Californie. Tout en assurant des consultations en particulier aux membres de la triade adoptive (enfant, parents adoptifs et mères de naissance), elle écrit et donne des conférences sur les effets du traumatisme de la petite enfance et du manque causé par la séparation prématurée de la mère dans diverses circonstances.
[ http://www.nancyverrier.com/index.php ]
 

Commentaires

Non l'adopté n'est pas - tout à fait - comme les autres

Il y a cinquante ans on se méfiait de l'adoption : de quelle hérédité était porteur cet enfants dont on ne sait pas d'où il vient?

Puis ce sujet est devenu tabou. Il fallait au contraire affirmer que les enfants adoptés n'avaient pas plus de problèmes que les autres, que seul l'amour compte. Comme l'écrit Cécile Delannoy dans un ouvrage que nous avons présenté dans un précédent numéro: " La plupart des parents qui adoptent pensent, en toute bonne foi, que enfants de sang ou enfants adoptés, cela ne fait aucune différence. Mais ils oublient souvent de se demander s'il en va de même pour ces enfants… S'ils ont choisi de les adopter, eux n'ont pas choisi de l'être"

Et puis nous avons été interpellés par l'énorme surreprésentation des enfants adoptés dans les services de pédopsychiatrie et chez les juges des enfants, et par les demandes d'aide qui affluent dans les associations et les services d'accueil téléphonique. Et par le désarroi et la souffrance des familles. Et aussi l'incompréhension des services sociaux face à ce problème inattendu.

Une première étude de Pascal Roman "L'adoption à l'étranger et la souffrance des liens" , (CNFPE-PJJ 2002) a bien posé le problème; le livre de Cécile Delanoy "Au risque de l'adoption" ( La découverte 2004) le complète utilement.

Et voilà que paraît en France la traduction du livre de Nancy Newton Verrier" L'enfant adopté: comprendre la blessure primitive".

L'auteur nous rappelle combien toute étape de la vie est à la fois acquisition et séparation. Mais on minimise, voire on nie, l'aspect séparation : par exemple dans un mariage, on se réjouit, mais il n'est pas rare que la mère du ou de la mariée pleure. On dit "c'est l'émotion", parce que, socialement, on ne veut voir que la face acquisition.

De même, en se réjouissant de l'adoption, on oublie l'abandon qui en est à l'origine. Les adultes, même les spécialistes, minimisent les effets de l'abandon et de la séparation. Pendant longtemps on a pensé que l'enfant ne se souvient pas, parce qu'il est trop petit. En fait, "Les bébés ne sont pas insensibles; c'est nous qui le sommes" (p.21). En réalité ils ont "perdu" leur mère et doivent faire un deuil. Et personne ne les aide dans ce deuil pour lequel il y a au contraire "déni": tout le monde dit: "l'adoption, c'est beau"; "les enfants adoptés ont les mêmes problèmes que les autres"… (p. 26)

"Comme si j'étais la seule à voir que j'étais noire, et que personne ne s'en apercevait " nous disait une jeune adoptée.

En général les thérapeutes disent "leurs problèmes n'ont rien à voir avec l'adoption". (p. 28) Tout cela est de l'ordre du déni.

" Et l'adoption empêche le deuil de l'abandon"

Pourquoi? Le bébé fait un tout avec sa mère. Selon Winnicott, au début de la vie, il n'y a pas un bébé, mais une "mère-bébé". "le bébé et la mère, bien que séparés physiologiquement, sont encore psychologiquement un" (p.33). Si séparation, il y a un trou, un arrachement, une perte d'une partie de soi ("une cicatrice?"). "Je ne crois pas qu'il soit possible de couper le lien avec la mère biologique et de le remplacer par n'importe quel donneur primaire de soins, même s'il est le plus chaleureux, le plus attentionné et le plus motivé possible" (p.35). Même si, adulte, l'enfant abandonné peut comprendre intellectuellement le geste de sa mère, le ressenti est celui de l'enfant. "le bébé abandonné vit à l'intérieur de tout adopté pour toute sa vie". (p.40)

En face d'un deuil non fait, et que la société interdit (on dit "les enfants adoptés sont comme les autres; tous les enfants ont des problèmes": "il n'y a pas de reconnaissance de la perte par l'enfant de sa mère originelle. C'est pourquoi il n'y a pas de permission, implicite ou explicite, de faire son deuil" (p. 83) il y a désespoir, révolte, colère, dépression, somatisation (asthme, dépression, anorexie)… besoin de se défendre contre d'autres pertes possibles.

Comment cela se manifeste?

Tout enfant met en place des modes de relation à autrui, des stratégies.

- lorsque tout se passe normalement, ce sont des stratégies sécures, confiantes.

- sinon, ce sont des modes de protection pour survivre, des mécanismes de défense pour se défendre contre d'autres pertes (affrontement, fuite):

* "je me suis forgé une carapace aussi dure, comme une mère qui est à l'intérieur de moi et qui me protège" me disait une adoptée.

* "la violence physique et verbale" (Pascal Roman)." Besoin de me venger de cette vie qu'on m'a imposée sans me poser la question "

* le manque de confiance en soi, puisqu'ils ont été abandonnés (p.70) (au moment du bac, du permis de conduire,…) " la peur de l'abandon "

*"le besoin désespéré de contrôler totalement chaque situation" (p. 12 et 91) : il n'a pas contrôlé le début de sa vie et voyez où ça l'a mené; " cette vie qu'on a décidé pour nous sans nous demander notre avis"

" parce qu'ils ont été manipulé au début de leur vie, certains adoptés deviennent manipulateurs et contrôlants" (p.107 ) "l'équilibre de la famille dépend de moi; si je suis bien tout va bien". "Ils peuvent amener toute la famille à se plier à leur comportement pour éviter un conflit pour des broutilles" (p.109)

* l'accès de colère (p.70)

* pousser au rejet pour être sûr qu'on ne sera pas rejeté (p.97), "tester ".

* "le besoin de garder une distance pour se sentir moins vulnérable" refus d'être serré dans les bras, dorloté… (p.74)

* "je ne suis pas encore capable de dire à mes parents que je le aime" (p.86)

* "ne pas permettre à une personne perçue comme ayant abandonné l'adopté de revenir dans sa vie: si tu pars, t'es fichu!"(p.88)

* la faciliter de diviser les équipes

Quelle attitude avoir pour aider? Le livre ouvre des pistes sur cette difficile question. Mais avec beaucoup d'humilité Nancy Newton-Verrier dit à propos de sa fille "j'ai dû affronter le fait que jamais je ne pourrais prendre la place de sa mère de naissance. En même temps j'ai dû réaliser que jamais non plus je ne pourrais lui enlever sa souffrance… qu'elle devait la travailler elle-même".

Tous ceux qui s'intéressent à l'adoption doivent lire les livres de Cécile Delannoy et de Nancy Newton-Verrier.

Écrit par : Pierre VERDIER | 09/12/2005

bonjour,
votre livre "Renouer avec soi" m'a été d'un soulagement infini, car au travers de vos écrits, j'ai simplement compris que ce n'était pas seulement ma petite personne qui était complètement déréglée, mais le fait inévitable d'enfants adoptés, comme je le suis. Ce que je tiens surtout à souligner, peut-être pour étayer vos recherches, c'est que je fus abandonnée à la naissance, puis nourrice jusqu'à l'âge de 2 ans, et enfin semblant de stabilisation chez mon père adoptif, qui s'est révélé être pédophile et au travers duquel j'ai subi ces insanités. Alors, tout se trouble dans ma tête: mon mal-être récurent vient-il de mon abandon ou est-il le fait d'avoir été une victime de l'inceste? Qui prend le pas sur l'autre? Je suis aujourd'hui maman de 2 garçons, j'ai 45 ans et toujours cette solitude au fond du coeur, qui me fait m'auto-mutiler par un comportement addictif. Mille mercis.

Écrit par : denoueix | 26/02/2011