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07/12/2005

Arguments relatifs à la psychologie de l'enfant en défaveur d'une adoption par les couples homosexuels. Pr. Jean-Yves HAYEZ

" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va et d'employer l'esprit à le justifier."

 [Jean Guéhenno]

 

Le projet d'adoption d'enfants par un couple homosexuel concerne :

 - De façon minoritaire, des enfants défavorisés dont les parents biologiques ne peuvent plus s'occuper et qu'ils ont proposé pour l'adoption : elle est donc de type classique et déjà possible dans le chef d'une personne homosexuelle seule.

 - De façon majoritaire, des enfants conçus volontairement à l'intention spécifique du couple qui désire les adopter par après : enfants portés par une mère lesbienne, le plus souvent après insémination (3) ; enfants portés par une mère porteuse (4) à l'intention d'un couple gay; enfants issus d'un contrat de co- parentalité passé entre un couple gay un couple de lesbiennes, etc.

CHAPITRE 1 : ARGUMENTS ANTHROPOLOGIQUES ET SOCIOLOGIQUES. 

Introduction.

A. Le projet ici concerné ne procède pas de la perspective de soulager l'enfant (5) d'une détresse morale que l'on aurait repérée chez lui ; il ne s'agit pas d'une sollicitude de la génération actuelle vis-à-vis des générations futures, en veillant à leur fournir le cadre de vie sociale le plus simple et le plus serein qui soit. Il s'agit bel et bien de donner une suite rapide au désir d'une petite minorité d'adultes.

B. Le projet fait éclater une réalité et une conception universelles et très stables de la filiation, et redéfinit aussi ce qu'est la famille.

On objectera sans doute que cette réalité n'est pas si monolithique et est occupée à se fissurer, au XXIe siècle plus que jamais ! Certes, mais ces fissures sont provoquées par des accidents de la vie, des accidents du lien.

Ici, par contre, une des caractéristiques du projet réside dans son intentionnalité : on voudrait créer officiellement une institution alternative, qu'on prétend d'égale valeur à la dynamique de la filiation existante. Au cœur de cette institution, et dans la majorité des cas d'adoption ici concernés, on dissocierait donc volontairement les trois niveaux biologique, légal et affectif de la filiation; on réduirait également volontairement à sa seule composante biologique un des principes, soit le masculin, soit le féminin, fondateurs de la vie sociale humaine.

C. Revenons à la question de la non-intentionnalité : dans beaucoup de familles contemporaines, la dissociation évoquée précédemment existe, mais elle est accidentelle (6). Personne ne revendique d'ériger ces familles hors norme en systèmes officiels.

Et d'ailleurs, après les séparations des couples parentaux d'origine, pour que les enfants aillent bien, il est essentiel qu'ils puissent continuer à se référer à leur père et à leur mère ; et puis, nombre de familles d'abord éclatées se recomposent : homme et femme s'y retrouvent, les nouveaux arrivants participent quelque peu à la fonction parentale, bref c'est dans ces conditions où les effets de la dissociation sont réduits progressivement et où la double sexuation continue à opérer que les enfants ont les meilleures chances de se reconstruire. Par contre quand, après séparation, il existe une interdiction de se référer soit au père soit à la mère, les conditions sont réunies pour que les enfants aillent plutôt mal (7). Il en va de même quand la monoparentalité de la mère était un choix dès le début ou quand, après séparation, cette monoparentalité s'instaure à l'instar d'un choix : la probabilité que l'enfant aille mal est plus forte ... On ne peut donc pas s'appuyer sur les formes très diversifiées, de facto, des familles contemporaines pour revendiquer d'instituer officiellement une néo-famille, la famille homosexuelle, encore radicalement différente de par ce qui serait son homoparentalité (8)


§1. Créer volontairement un bouleversement anthropologique superflu.

A. Bouleversement anthropologique?

Le terme n'est pas trop fort : on touche ici à des choses fondamentales. On voudrait à la fois une définition et un contenu supplémentaires à la filiation, en référence à des parents du même sexe ; et de la famille : après le mariage homosexuel, voici la famille officielle avec parents homosexuels ; on veut aussi redonner à l'adoption plénière de toutes autres caractéristiques que celles avec lesquelles elle se conçoit dans nos pays industrialisés depuis fort longtemps.

Sans nécessité pour l'enfant, rappelons-le !

1. Examinons d'abord ce qu'il en est à propos de la filiation. Dans le monde entier et tout au long de l'histoire, on peut considérer la filiation à la fois comme une réalité naturelle et comme une construction sociale très solide et très stable. L'activation de chaque filiation marque deux différences anthropologiques fondamentales de la communauté humaine : la généalogie (différence des générations) et la sexuation. Par la filiation, l'enfant reçoit sa place de sujet humain spécifique (« Pierre, fils de ... et de ... »), inscrit symboliquement et officiellement ( état-civil ) dans une société.

Voici rapidement énumérés les constituants ordinaires de toute filiation (9) :

 - L'enfant est procréé par un homme et une femme, et désiré par eux ; en cas d'incapacité physique, on a éventuellement recours à la procréation médicalement assistée.

 - Tout au long de la vie, il y a une reconnaissance mutuelle de l'enfant par ses parents et de ses parents par l'enfant ; il se crée ainsi une réalité d'appartenance, qui ne doit pas être possession mutuelle.

- La société consacre cette situation de fait, en donnant à l'enfant le nom d'un ou de ses deux géniteurs et en l'inscrivant à l'état-civil : il devient donc aussi l'enfant d'une communauté.

 - Il y a une prise de responsabilité particulière des parents à l'égard de l'enfant : ils l'éduquent, le protègent, lui donnent le meilleur d'eux- mêmes en héritage spirituel, et un jour en passation de patrimoine.

 - Et la sexuation différente et complémentaire des parents n'est pas une petite affaire dans ce processus. L'exercice de la parentalité est marqué par la façon singulière dont chaque parent vit son identité d'homme ou de femme ; il est marqué par les richesses et manques humains sexués et spécifiques qui en découlent. Une identité sexuée ne se construit que par référence à l'autre, à la différence, à ce qu'elle n'est pas.

Et l'enfant a bien besoin de ce père et de cette mère en qui il se ressource.

 Il gagne à constater qu'un homme et une femme lui attachent beaucoup d'importance, qu'il fait l'objet de toute leur sollicitude.

Il reçoit le témoignage spontané de cette sexuation, qui l'ouvre au fait que le monde humain est composé à parts égales des deux genres. En négociant la vie entre eux, régulièrement en fonction de leur sensibilité d'homme et de femme, les parents apprennent à l'enfant à mener ses propres négociations et communications, avec ses pairs et avec l'ensemble des gens des deux sexes.

Dans toute sa vie, ça va l'aider à accorder la même valeur et la même dignité aux deux genres constitutifs de l'humanité.

 S'imprégner de la vie commune d'un père et d'une mère confronte l'enfant à la présence et à la diversification importante des nuances et des ressources du masculin et féminin. Certes, il ne faut pas lier strictement masculin à l'homme biologique, et autant pour le féminin.

Néanmoins le raisonnement inverse n'est pas vrai non plus. On peut donc continuer à penser que, sur un mode simple, qui ne complique pas trop la constitution des repères, il y a davantage de présence et de nuances masculin et féminin dans un couple hétéro que dans un couple homosexuel. Porteur de ses nuances spécifiques chacun doit donc communiquer, négocier, apprendre à vivre avec l'autre différent tout en sauvegardant son identité sexuée propre, et l'enfant a tout à gagner à s'imprégner de cette manière d'être.

 Pour éduquer l'enfant, il est très important qu'existent une fonction paternelle et une fonction maternelle, et qu'elles s'exercent de façon complémentaire et harmonieuse. Certes, nous savons que la fonction paternelle ne se distribue pas exclusivement et massivement sur la personne du père de chair, et autant pour la fonction maternelle. Cependant, ici non plus, le raisonnement exactement inverse n'est pas exact. De facto, dans beaucoup de familles hétéro, ce sont bien les pères de chair qui exercent la majeure partie de la fonction paternelle, et les mères, la majorité de la fonction maternelle. Cette répartition simple, sans dissociation biologie/affectivité peut être importante à enregistrer, surtout pour les enfants qui ont déjà été traumatisés par la vie comme par exemple les enfants adoptés au sens habituel du terme.

 J'en arrive maintenant à un autre point essentiel : l'enfant a besoin de la présence active, non pas de fonctions, mais de la personne incarnée du père et de la mère pour structurer le développement de sa personnalité. Je me limiterai à étayer cette affirmation avec l'une l'autre illustration centrée sur ce moment délicat du développement qu'est le stade œdipien. Ces illustrations ne sont certes pas univoques : « l'effet » de la présence du père et de la mère à la maison ne joue pas dans la même sens pour tous les enfants et toutes les familles, mais il joue, ça c'est certain !


La petite fille gagne à ce que son père la reconnaisse positivement comme un être de valeur spécifiquement sexué ; en montrant l'importance affectueuse et chaste qu'il accorde à sa nature féminine, le père renforce sa confiance en elle pour la suite de sa vie lorsqu'il s'agira de construire ses liens sentimentaux. En procédant ainsi, il l'aide à se détacher de la mère, son premier objet d'amour, tout en ouvrant la porte à des éléments d'identification à celle-ci. Complémentairement, si la fille est trop amoureuse de son père, la mère doit la remettre gentiment à sa place d'enfant, entre autres en vivant une relation amoureuse spécifique avec son homme, et en montrant de la sorte que la place est déjà prise.

Le petit garçon, bien amoureux de sa mère qui le reconnaît comme « petit homme », gagne lui aussi à trouver sur son chemin un père qui lui montre que la place de l'amant est déjà prise et qui, par sa proximité affective, lui ouvre quand même la voie à des identifications sexuées.

Pour le garçon, il se passe encore souvent quelque chose de plus spécifique : la présence vivante du père à la maison lui indique qu'il existe une limite à la toute-puissance des femmes ... lui qui est sorti du ventre de sa mère et qui vient de vivre une petite enfance où elle l'a beaucoup materné, peut faire cette expérience d'indépendance à travers le témoignage, par son père, de la différence vivante des hommes. Une illustration à contrario de ce « besoin d'un homme à la maison » chez le garçon réside dans le comportement perturbé qu'il peut avoir après séparation du couple parental : il peut la vivre comme une toute-puissance de la mère, capable d'éliminer du foyer tout ce qui est principe masculin, et se sentir menacé à son tour.


Ces quelques illustrations indiquent à suffisance qu'il ne s'agit pas de rôle mais de personnes en chair et en os, père et mère, dont la présence positive contribue à la maturation de la personnalité, de l'identité, de la sécurité et de la confiance en soi sexuées de l'enfant. (Sentiment de valeur sexuée).

2. A propos de la famille, on pourrait raisonner comme à propos de la filiation : en ce qui la concerne aussi, le projet amène la création d'une institution officielle supplémentaire, unique en son genre. Or et probablement depuis le début de l'humanité, la famille a été organisée par les sociétés successives pour remplir ses buts spécifiques, en y prévoyant la présence d'hommes et de femmes ; certes, les statuts et les rapports hiérarchiques de ceux-ci ont été très diversifiés, de même que de nombreuses conceptions, étroites ou élargies, de la famille ont vu le jour ; néanmoins, la complémentarité sexuée - hommes et femmes - de ses personnages les plus importants est une réalité qui n'a été que très rarement et très éphémèrement mise en cause dans le monde.

3. Quant à l'adoption plénière, dans nos sociétés occidentales, elle est essentiellement conçue comme un service rendu à un enfant en grande difficulté : on lui redonne une famille pour qu'il retrouve toutes ses chances d'un bon développement psychique. A l'origine, on doit avoir constaté l'incapacité des parents biologiques qui confient leur enfant à la société. Viennent alors des candidats reconnus aptes à adopter (10) , qui vont essayer de redonner vie psychique à cet enfant, notamment en lui ouvrant leur famille.

Plus officiellement et symboliquement encore, ils vont l'inscrire plénièrement dans une filiation ordinaire, celle de leur généalogie à eux. Cette inscription est un acte central de toute adoption plénière (11) .

Les parents candidats sélectionnés n'ont aucun droit à revendiquer un enfant - ils sont déclarés aptes, un point c'est tout -, pas plus qu'ils n'ont le droit de choisir l'enfant qui va venir habiter chez eux.

Dans le projet d'adoption en couple homosexuel, par contre, on met à l'avant-plan la frustration et le désir d'enfant du couple, ainsi qu'un droit à l'enfant : le processus est donc complètement inversé.

Lorsqu'il s'agit d'une adoption au sens traditionnel du terme, la structure familiale proposée à l'enfant par le couple homosexuel n'est pas vraiment de nature à réparer ses souffrances originaires et les questions qu'il se pose sur sa valeur : la femme mère y est à nouveau absente, à l'instar de la première mère qui l'a abandonné ... ou alors c'est le père qui n'est pas là : aurait-il pris la fuite comme l'a probablement fait, dans son imaginaire, son père biologique ? (12)

Plus encore, dans la majorité concrète de ces adoptions, l'enfant n'est pas très loin d'être choisi ; en tout cas, il est fabriqué pour la circonstance particulière du couple adoptant. Au-delà du fait de lui imposer cette filiation purement homosexuée que nous venons de contester, on voit que bien d'autres paramètres différencient ce type d'adoption de l'adoption traditionnelle.

B. Pourquoi vaut-il mieux ne pas procéder à de tels bouleversements ?

1. A tout le moins parce qu'ils sont porteurs de risques et qu'on en mesure mal les effets potentiels, alors qu'ils ne se sont rendus nécessaires par aucune situation de détresse particulière des enfants.

Bien sûr, des risques ne sont jamais que des risques ; tel couple homosexuel riche en ressources humaines est à même d'y pallier ou à tout le moins de les réduire. Néanmoins, ils nous paraissent avoir une probabilité statistique d'occurrence suffisamment grande pour qu'il vaille mieux renoncer au projet en tant qu'il serait consacré par la société.

2. Résumons rapidement les principaux risques :

 - Carences dans l'apport sexué spécifique de l'homme et de la femme, du père et de la mère à l'enfant ;

 - Risque de diverses confusions et erreurs intrapsychiques importantes à propos des constituants, des statuts de l'organisation sociale. Risque de perte d'un sens de l'ordre humain qui n'est pas arbitraire et aléatoire mais qui a son fondement et sa raison d'être dans la nature de ce que nous sommes.

Ici, les parents laisseraient leurs enfants à l'extérieur de cet ordre biologique et spirituel. Essentiellement, référence n'est plus faite à la fonction fondatrice dans l'aventure humaine de la différence des sexes (13) . Autre exemple, la confusion des nominations (14) : la même nomination pour les deux adultes en fonction de parents, le même statut qu'on doit leur attribuer ... alors qu'un seul père et une seule mère sont prévue pour maintenir la limpidité de la filiation, et alors que sur le plan affectif, ils fonctionnent probablement avec de rôles bien différents, etc.

 - Risque aussi de davantage d'insécurité existentielle par rapport à davantage de volatilité des repères : Que se passe-t-il si un des papas décide du jour au lendemain d'être appelé maman ? Qui peut le lui interdire si d'aventure il le désire ? Que peut-il en résulter pour l'enfant ?

 - Risque d'une imprégnation par une certaine toute-puissance des adultes-parents sur la vie ; ils ont eu pratiquement la possibilité de gommer l'importance de l'autre sexe dans l'installation de l'enfant. Quels sont les effets d'imprégnation de cette puissance sur celui-ci ? Certains enfants se sentiront-ils menacés? D'autres, par contre, autorisés à jouer eux aussi avec les limites, comme leurs parents ? Mais quelles limites ? Nous y reviendrons tout de suite ...

 - Dilution de l'idée d'une égalité fondamentale et complémentaire accordée à chaque sexe, pour l'organisation de la vie sociale et pour la fonction parentale.

 - Etc.


§2. Des risques d'accéder à tout désir.

A. Depuis quelques décennies, nous vivons dans des sociétés où tout désir doit être satisfait, pourvu qu'il ne contrevienne pas aux lois naturelles dans leur acceptation la plus stricte (15) . Il est interdit d'interdire.

La demande d'adoption par un couple homosexuel, dont on nous dit qu'elle procède d'un désir d'enfant naturel, légitime n'est jamais qu'une application d'un tel mouvement. Nous ne voulons donc pas la diaboliser : elle n'est ni meilleure, ni pire que nombre d'autres. Nous voulons plutôt y réfléchir en tant que SYMPTOME SOCIAL typique de notre époque.

Epoque où la société tend à devenir un self-service normatif où chacun souhaite et reçoit un décret ou une loi pour légaliser son désir et en rendre possible la réalisation ( P. Kinoo ).

On ne veut donc plus assumer que chaque choix, chaque état de fait connote ses caractéristiques propres qui sont ce que l'on pourrait appeler des caractéristiques limitantes. Si tout n'est pas possible dans un cadre donné, alors peu importe, on cherche à faire éclater le cadre !

On assiste du même coup à une volonté folle d'éradiquer de l'humanité toutes les souffrances morales et notamment les souffrances liées aux pertes et aux manques; ces souffrances sont pourtant inhérentes à notre condition humaine ; les accepter apporte régulièrement plus de paix intérieure, plus de légitimation du sens de l'existence, que de vouloir les combattre et les colmater à n'importe quel prix, parfois en niant l'évidence.

B. C'est pourtant en assumant les différences qui nous distinguent les uns des autres, en les nommant et en communiquant à leur sujet qu'on entre dans le vrai monde de l'égalité entre humains. Nul ne peut être proclamé inférieur aux autres à cause de ses différences, serait-ce d'être en couple homosexuel sans enfants.

Ce sentiment d'égalité vécue par la reconnaissance des différences, ce n'est pourtant pas l'égalitarisme, à l'arrière-plan des pensées de ceux qui veulent que tous leurs désirs soient satisfaits. Reconnaître et parler nos différences ne les supprime pas, ne supprime pas tout de suite le poids pénible du manque dans le quotidien, mais c'est quand même cette reconnaissance qui lui donne les meilleures chances de cicatriser petit à petit. Elle conduit aussi au sentiment de partager une humanité pleine avec les autres.

C. Inversement, à vouloir réaliser rapidement tous nos désirs, nous sommes occupés à faire imploser la planète, tant dans sa matérialité que dans son organisation sociale.

1. Au nom de quoi et, plus concrètement, comment empêcher nos fils et nos filles de s'identifier à notre toute-puissance ? En référence à quelle valeur sociale stable les dissuader d'en vouloir plus et plus ? Puisque mon père ou ma mère l'a fait, pourquoi pas moi ? Et encore mieux et plus loin que lui, comme il se doit dans la dynamique des rivalités intergénérationnelles.

2. Et donc si la médecine continue à faire ses « progrès » technologiques, toujours présentés comme des avancées sociales et des bienfaits pour l'humanité, pourquoi refuserait-on un jour l'idée d'un enfant qui serait procréé à partir de deux ovules, voire de deux spermatozoïdes, sans qu'il n'y ait plus la moindre interférence avec les semences de l'autre sexe ? Et au fond, s'il arrive, pourquoi refuser l'enfant cloné, s'il est désiré - « Au moins on est sûr de ce qu'on achète ! » - et si l'on promet qu'on va l'aimer et l'éduquer de façon plus précieuse que ne le font la moyenne des gens pour leur enfant ?

Pourquoi refuserait-on la généralisation des mères porteuses ? Pourquoi pas l'adoption par un trio au lieu d'un couple ? Et même par une communauté religieuse ?

Et dans les couples homosexuels qui adoptent, pourquoi ne pas laisser choisir, au cas par cas, chaque partenaire d'être nommé père ou mère, indépendamment de son sexe biologique, en référence à ce qu'il sent de plus profond en lui comme dimensions du masculin ou du féminin ? S'il le désire, pourquoi pas ? Si on a fait sauter un repère, où sont les arguments pour ne pas faire sauter les suivants ?

Pourquoi ne permettrait-on pas à un grand-père de devenir père adoptif de son petit-fils si son propre fils meurt dans un accident ?
Etc., etc.

3. De façon plus générale, au-delà de l'application qui concerne l'adoption en milieu homosexuel, faire éclater les limites les unes après les autres comme nous le faisons, conduit déjà la société humaine à une large perte de repères.

Arrive le règne des enfants et des adolescents rois (16) ; parents et éducateurs ne se donnent plus le droit d'interdire et passent leur temps à négocier si pas à mendier un peu d'adhésion de leurs enfants à leurs attentes. On ne peut plus se référer à des règles qui fassent un consensus social stable. C'est le règne de la contestation permanente ; c'est le cafouillage perpétuel des règlements volatils et contradictoires, qui essaient de donner un peu raison et des miettes de satisfaction à un peu tout le monde et dont on ne sait plus extraire des directions de conduite bien tracées vers un avenir cohérent ...
 

CHAPITRE 2 : DE CONTESTABLES ARGUMENTS « POUR » 

§1. De bien hypothétiques discriminations.

A. Il ne s'agit pas de discriminer négativement les couples homosexuels, en vertu de je ne sais quelle homophobie latente. Tout état de fait – ici, se constituer en couple homo – entraîne des caractéristiques qui font que certaines conséquences sont possibles, et d'autres pas. Même si l'homosexualité n'est pas vraiment un « choix de vie », mais plutôt « un destin » ou même « l'affirmation d'une nature », la différenciation qu'elle entraîne amène un paysage de vie spécifique. Il n'est pas très logique de se réclamer de cette différence fondamentale – l'homosexualité – et puis de demander que tout soit indifférencié : le mariage comme tous les autres, une famille comme tous les autres, des enfants comme tous les autres ... avec, quand même, une sorte de gymnastique mentale qui « tord » ce qu'est la réalité commune : des enfants, oui, mais ils (n') auront (que) deux pères ou deux mères.

B. Il ne s'agit pas non plus de discriminer les enfants déjà là et de nuire à leur bien-être. Diverses dispositions légales doivent permettre de veiller à ce qu'ils aient les mêmes droits que les autres. Il n'est pas question cependant qu'ils en aient plus, et, de surcroît, de drôles de droit (par exemple avoir une mère biologique et une adoptive !).

On ne peut pas légiférer en référence à un « fait accompli » hors normes qui, entraînant une loi dans son sillage, va par après multiplier une pratique en soi contestable. Ce qu'il faut interroger, c'est la pratique qui le permet : par exemple, l'acte médical qui insémine des mères lesbiennes et qui, de ce fait, sort clairement du dialogue « médecin - malade ( ici quel malade ?? ) » pour devenir un acte de société !

§2. Les arguments défaitistes.

A. « On ne saurait pas arrêter un mouvement irréversible. L'homosexualité est là et bien la, donc il faut en assumer socialement toutes les implications » D'abord, cette implication n'est même pas voulue par tous les homosexuels. C'est d'abord et avant tout la revendication d'associations militantes.

Ensuite, dans les années à venir, nous avons des combats immenses à mener et à gagner si nous ne voulons pas que la planète, les nations et les organisations sociales implosent. C'est vrai au niveau matériel (combats écologiques), c'est vrai au niveau de la justice sociale mondiale (rapports Nord-Sud ; alter – mondialisation ) ; mais c'est vrai aussi au niveau de l'organisation de la vie sociale ( maintien des repères et des limites fondamentales, pour éviter la confusion, l'anarchie, la toute-puissance des désirs des plus forts ). Sans être « mauvais » en soi, le désir des homosexuels qui veulent l'adoption en couple bouscule trop les repères anthropologiques fondamentaux : c'est donc une excellente occasion - à notre sens, une nécessité - pour réaffirmer la limite.

B. Autre types d'arguments défaitistes : « Vous avez bien accepté l'adoption monoparentale, alors ceci n'est certainement pas pire ». Nous considérons en effet que l'ouverture à l'adoption monoparentale a été une lourde erreur. Néanmoins, commettre une seconde erreur parce que la première existe, c'est aberrant. Supprimons plutôt la première !

§3. Les arguments de type positif.

A. « Les homosexuels qui veulent adopter un enfant le désirent intensément et seront d'excellent éducateurs, probablement supérieurs à ce qui se passe dans nombres de familles hétérosexuelles ».

La comparaison introduit un autre genre de discrimination - envers les hétéros cette fois ! - et n'est probablement pas fondée (Elle met en regard des toutes petites quantités d'éducateurs bien sélectionnées et un énorme tout venant!).
Plus fondamentalement, ce n'est pas en référence à quelques individualités, tout excellentes soient-elles, que l'on légifère, mais en fonction d'une sorte d'abstraction généralisable « le couple homosexuel standard » dont il n'y a aucune raison de penser qu'il serait de meilleure qualité que le couple hétéro standard !

B. « Si nous sommes gays, nous ouvrons néanmoins notre foyer à de nombreuses femmes » (et vice-versa pour les lesbiennes ). C'est une réponse fréquente des couples homosexuels candidats à l'adoption pour expliquer qu'ils vont pallier l'absence d'un modèle sexué de l'autre sexe dans leur foyer. Donc, si ce sont deux hommes, leur enfant aura des contacts positifs avec leur mère, leur sœur et belle-sœur, leur institutrice, etc. Certes, c'est déjà plus satisfaisant que la fermeture plus au moins haineuse ou dégoûtée à l'autre sexe. Néanmoins, dans un tel fonctionnement, l'enfant ne saurait pas s'imprégner d'un témoignage sur l'égalité des deux sexes ni sur l'intérêt de leur complémentarité. Dans l'exemple donné, c'est pour l'enfant que les femmes sont conviées ; elles n'intéressent pas à part entière les deux hommes qui exercent la fonction parentale à son égard. Or, c'est du témoignage de vie de ces deux hommes qu'il va s'imprégner le plus.

§4. Les études scientifiques.

Les associations homo affirment souvent : « De nombreuses études scientifiques montrent le bien-être d'enfants élevés en couple homosexuel ; ils se développent à l'égal des autres enfants ». Qu'en est-il ?

A. Beaucoup de ces études ont une méthodologie contestable et portent sur des paramètres superficiels, évalués par exemple par questionnaires (17) . Il pourrait être judicieux que l'Etat mette en place une commission de scientifiques experts de l'enfance et des méthodes de recherche en sciences humaines pour faire le tri parmi ces études et ne retenir que les plus valides.

A noter, entre autres, qu'on n'a vraisemblablement pas d'études et certainement pas à long terme portant sur les effets non pas de l'adoption comme telle par un parent homosexuel, mais de l'adoption en couple avec le bouleversement anthropologique qu'il inclut (18) .

B. Nous ne doutons néanmoins pas qu'une minorité de ces études puisse être validée et avoir des résultats à première vue positifs. Ces résultats sont cependant limités et concernent des composantes du comportement, plus ou moins sociable, ou une autoévaluation du sentiment de bien-être assez immédiat. Or : « ... Il n'est pas besoin de faire des études savantes pour savoir que ce n'est pas la même chose pour un enfant d'avoir un couple parental de sexe différent ou de même sexe. La seule démarche pertinente et véritablement scientifique est de s'efforcer d'identifier en quoi ce n'est pas la même chose, et dans quelle mesure ce « pas la même chose » pose ou non un problème du point de vue du développement de l'enfant. Pour parvenir à différencier le sirop de menthe et de grenadine, il vaut mieux s'intéresser à leur goût qu'à leur teneur en sucre ou en conservateurs ... » ( Jean-Paul Matot, CB Le Soir 14/06/05 ).

Pour prendre une autre métaphore, si l'on compare l'être humain à un bel arbre, les résultats de ces études méthodologiquement valides portent sur la composition de quelques éléments du feuillage. Ce feuillage peut avoir l'air de bonne qualité pour le moment ; néanmoins les bouleversements anthropologiques introduits ainsi que la concession faite à tous les nouveaux désirs humains sont occupés à miner les racines de l'arbre.

Difficile d'imaginer des études portant sur des petits groupes bien ciblés et qui rendraient compte de réalités aussi subtiles que : une certaine confusion opérant dans les repères sociaux ; de la confusion identitaire ; une difficulté à gérer également les liens profonds avec le masculin et le féminin ; la position de toute- puissance ou de renoncement par rapport à la réalisation des désirs, etc.

C'est en faisant parler les gens longuement par exemple lors de psychothérapies, que de telles réalités intérieures se disent et que les personnes en évaluent vraiment leurs effets, mesurent leurs effets. Par ailleurs, ces études ne peuvent rien nous dire des effets sur la structure sociale de ces changements des modèles de parentalité.

C. Lorsqu'il s'agit de statuer sur le bien–fondé de grands changements anthropologiques, la communauté humaine tout entière devient « expert ». Ses intuitions cernent justement ce qui est bon pour son équilibre global.

Il serait donc souhaitable de faire de grands sondages avec populations bien contrôlées autour de ces questions. On y verrait très probablement que l'acceptation de la différence homosexuelle a bien progressé, mais que la majorité des gens est contre l'indifférenciation des mots ( par exemple le mot mariage pour désigner l'union homosexuelle ), et qu'une majorité des gens encore plus grande est contre l'adoption en couple.

On ne peut pas ne pas se laisser impressionner par ce point de vue de la communauté. Nous sommes même convaincus qu'un large sondage de la communauté homosexuelle de base pourrait donner des résultats surprenants, différents en tout cas de ce que revendiquent et proclament les associations militantes homosexuelles. Celles-ci me paraissent parfois poursuivre davantage un but de non-discrimination ultime, que de partir du point de vue de l'enfant pas encore là et de penser simplement à son intérêt.

Personne d'un peu sensé ne dit plus que les homosexuels sont incapables d'aimer et d'élever. C'est le bouleversement anthropologique non-nécessaire qu'ils veulent imposer qui est difficile à accepter, non seulement pour l'enfant, mais pour toute la société.

Pr. Jean-Yves Hayez.

 

  
- Notes. -

(1). Jean-Yves Hayez, Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur ordinaire à l'Université catholique de Louvain ( Belgique ) et responsable de l'Unité de pédopsychiatrie aux cliniques universitaire Saint- Luc ( Bruxelles ).
Courriel :
jean-yves.hayez@pscl.ucl.ac.be.
Site :
www.jeanyveshayez.net

(2). En Belgique francophone, peu de psychiatres d'enfants et d'adolescents se sont exprimés ou/et ont procédé à une discussion détaillée sur le problème, à l'inverse des pédopsychiatres français, dont la grande majorité à une position très proche de la nôtre. Pour cette raison, nous tenons à signaler la large communauté de vue que nous partageons avec les Drs Ann d'Alcantara (UCL), Philippe Kinoo (UCL), Marie-Françoise Lorent et Jean-Pol Matot (ULB).

(3). Dans le couple, elle est la mère biologique et souhaite que sa compagne soit déclarée mère adoptive.

(4). Eventuellement inséminée avec le sperme d'un des partenaires du couple. La pratique des mères porteuses est extrêmement discutable dans la mesure où elle instrumentalise d'abord le corps de femmes le plus souvent défavorisées, favorise ensuite un marché d'enfants et comporte enfin des risques considérables de conflits juridiques et psychologiques traumatisants et coûteux ( M.-T. Meulders, 2005 in LLB, 16/06/05 )

(5). S'il s'agit de légiférer, on ne peut évidemment raisonner qu'en référence aux enfants à venir. Bien sûr, on doit penser aux enfants déjà présents dans le cadre de la parentalité en milieu homosexuel, mais il existe sans doute des moyens de veiller à leur intérêt sans passer par une redéfinition de l'adoption qui engage l'avenir de la société humaine. Nous y reviendrons par la suite.

(6). Accidentelle, pas dans le sens d'un événement rare, mais dans le sens d'un « accident du lien », non voulu comme tel par les protagonistes les premiers temps de leur rencontre.

(7). Quand, après une séparation hétérosexuelle, un des parents se met en couple homosexuel, la circulation de l'enfant entre ce couple et l'autre parent ne cause souvent aucun inconvénient psychologique à l'enfant, sauf cas particuliers d'incompétence éducative. Mais ici, précisément, la référence aux deux parents de sexe complémentaire n'est pas remise en question.

(8). La suite de mon raisonnement montrera d'ailleurs que le terme Homoparentalité devrait disparaître ; il y a des personnes homosexuelles qui remplissent occasionnellement une fonction parentale, et peuvent être d'excellents éducateurs, aimant bien leurs enfants et veillant à leur épanouissement, mais ce n'est pas pour autant de l'homoparentalité.

(9). Ordinaire veut dire ici : dans l'ordre normal des choses, dans de bonnes conditions. On peut dire que ces conditions normales sont aussi optimales, aussi bien pour l'individu que pour le groupe. Encore une fois, nous sommes conscients que beaucoup d'accidents peuvent se produire et que la réalité de telle ou telle filiation particulière est loin des composantes que j'énumère dans le texte. Par exemple, un certain nombre d'enfants n'est pas désiré, un certain nombre ne connaît pas son père géniteur ou n'est pas reconnu par lui. Mais précisément, ce sont là des accidents, toujours à risque de compromettre quelque peu l'épanouissement de l'enfant.

(10). Je déplore vivement qu'existe l'adoption monoparentale. Dans l'intérêt des enfants, j'en exclurais la possibilité, en m'appuyant sur la plupart des arguments que je viens de développer ... Filiation ordinaire veut donc dire filiation proposée par un homme et femme en position de parents.

(11). J'ai déjà lu dans un texte ou l'autre que la filiation redonnée était subsidiaire dans l'adoption. A parler ainsi, il me semble que l'on n'est plus dans la science, mais dans le discours propagandiste : évidemment, si c'était vrai que la filiation n'est pas très importante, ce serait plus facile à avaler, l'idée des deux papas ou des deux mamans, avec en prime, la réalisation d'un nouveau désir : le choix du nom de famille de l'enfant laissé à l'appréciation du duo parental.

(12). Jean-Paul Matot dit à ce propos ( CB, Le Soir, 14/06/05 : « ... Pour l'enfant, le statut d'adopté, et la réalité d'avoir auparavant été abandonné, sont souvent associés à un sentiment, douloureux et difficile à admettre, d'être différent, de ne pas être « comme tout le monde », de ne pas « avoir des parents comme tout le monde ». Alors pourquoi faudrait-il que la société complique la vie à cet enfant déjà éprouvé en le mettant dans la situation d'avoir en outre à assumer la « différence » de ses parents d'adoption ?
L'enfant dans cette perspective « sert » à deux choses :

- à l'accomplissement personnel de l'adulte dans ses désirs de parentalité ;

- à la reconnaissance sociale d'une égalité de valeur et de statut supposée annuler la réalité des différences entre couples homo et hétérosexuels.

Il n'est pas question ici de la défense des droits de l'enfant, mais bien des besoins des adultes dont l'enfant est l'enjeu ... » ).

(13). Fondation pas seulement par le mélange de ses semences biologiques, mais au moins autant par la complémentarité du désir et du projet du père et de la mère.

(14). Il s'agit bien ici d'incriminer la nomination officielle, symbolique ; sur le terrain de la vie de tous les jours, lorsque se déroule la dynamique de la filiation dans son niveau affectif, l'enfant aura probablement trouvé des noms différents pour désigner les deux partenaires du couple.

(15). Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, bien au-delà des limites de cet article. On est passé d'un paradigme social de l'autorité, de l'interdit vers des paradigmes de l'efficacité, de l'autosuffisance, de la réussite à tout prix. C'est évidemment en corrélation avec les avancées technologiques qui veulent aller toujours plus loin vers la nouveauté dans l'immédiateté.

(16). Jean-Paul Matot, ibid., écrit : « ... Les manifestations de cette primauté donnée à la satisfaction des désirs sur l'intériorisation de valeurs partagées, apparaissent chez ces enfants de deux – trois ans qui tyrannisent leurs parents et leurs institutrices, ou, chez les adolescents, dans ces décrochages scolaires de plus en plus nombreux, ainsi que dans la multiplication de ce que les psychiatres identifient comme « pathologies de l'agir » : toxicomanies, anorexies-boulimies, jeu pathologique, conduites délinquantes ... »

(17). Un exemple parmi tant d'autres, La thèse de psychiatrie du Dr Nadaud, souvent citée comme l'exemple même du travail scientifique montrant qu'il n'y a aucun problème concernant la garde d'un enfant par un couple homosexuel, repose sur l'utilisation d'un questionnaire rempli par les adultes gardiens de l'enfant, sans que l'auteur de la thèse ait eu un contact direct avec les enfants concernés. Il s'agit donc d'une évaluation très subjective.

(18). En 2005, très peu de pays en effet ont voté une loi qui permet ce type d'adoption et presque aucune une loi qui le permet sans restriction : ainsi, le droit à l'adoption internationale est quasi toujours fermé. Au Québec, qui a voté la loi sans restriction, la pratique de terrain semble assez scandaleuse : on propose en adoption aux couples homosexuels les enfants les plus handicapés, qu'on ne peut pas adopter ailleurs. Si elle se passe réellement, nous trouvons cette pratique non éthique: on ne reprend pas sournoisement de la main gauche ce que l'on a donné de la main droite.

 

Commentaires

L'adoption homosexuelle : une crise anthropologique.


Non ! Il faut le redire énergiquement: non! Et que l'on ne croie pas que ceux qui le disent le font au nom de normes éthico-cathotiques ringardes. Avec tout le respect que nous devons aux personnes homosexuelles, il faut pouvoir leur dire que leur argumentation n'est pas bonne et surtout, que le bien de l'enfant n'est pas là. Il y a en effet, à la base de sa vie, un principe féminin et un principe masculin, tant biologiquement que psychologiquement. N'est-il pas dès lors évident qu'il faille aussi le reconnaître juridiquement? Légaliser l'adoption augmenterait encore la confusion par rapport à la différence sexuelle qui est le repère fondateur de la famille, déclarent avec raison les évèques belges (voir page 6). De plus, légaliser, n'est-ce pas finalement promouvoir?

Certes, dans les faits, des enfants sont éduqués par des couples homosexuels. Pas question déjouer à la chasse aux sorcières. Mais de là à établir une loi qui donne à penser que, puisque c'est permis et reconnu, c'est tout aussi bien que la parente hétérosexuelle, il y a un pas à ne pas franchir. "Parce que cela se fait" n'a jamais été un argument ni pour les moralistes, ni pour les juristes. On ne supprime pas une loi parce que certains la contournent. À procéder ainsi, il n'y aurait bien-tôt plus d'obligation fiscale...

Toute société humaine a besoin de normes et celles-ci ont toujours une base éthique. Interdirait-on le vol si celui-ci n'était pas répréhensible, connoté éthiquement de manière négative? Dans le cas de l'adoption, ce n'est pas l'homosexualité qui est réprouvée, mais l'adoption. Il y a dix ans encore, c'était une évidence pour tout le monde. Ce ne semble plus l'être aujourd'hui. Que s'est-il donc passé? La nature humaine aurait-elle changé ou bien des pressions politiques ont-elles joué? À moins que ce ne soit la volonté d'éradiquer le judéo-christianisme qui ait eu raison des arguments d'ordre simplement humaniste? Une crise anthropologique est bien plus grave qu'une crise politique. Attention, nous sommes occupés à détricoter la condition humaine et à perdre un des repères les plus structurants de la société. La famille, depuis toujours, est une articulation entre les sexes et les générations. De ces deux données, une risque bientôt de nous manquer.

Écrit par : Charles Delhez | 14/12/2005