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15/12/2005

Accouchement sous X et adoption. Nazir Hamad.

« Un lien symbolique, affectif, psychologique »

 

Pour le psychanalyste Nazir Hamad (1), « un enfant n’est réellement adopté que quand chacun se reconnaît dans les difficultés de cet enfant ».

 

Quelles sont les questions actuellement en débat autour de l’adoption ?

 

Nazir Hamad.
Dernièrement, la question de l’accouchement sous X est revenue en force. Faut-il le maintenir et interdire à un enfant de connaître le nom de sa mère ? Comme psychanalyste, je reçois des adultes qui cherchent des éléments de leur histoire. Ils veulent connaître la mère qui les a abandonnés et qui, dans leurs fantasmes, a dû être une pauvre femme séduite par un homme qui l’a aussi abandonnée. Le statut du père géniteur passe au second plan. Il a quitté le circuit depuis longtemps. La suite, c’est la femme qui l’a assurée. L’adulte abandonné cherche trois éléments fondamentaux : il veut savoir à qui il ressemble, il veut avoir un nom et il veut une adresse, un lieu pour se repérer. Ce qui fait, finalement, une histoire. Dans la Bible, on interdisait aux enfants illégitimes de se marier à cause du tabou de l’inceste qui était là, derrière la faute. Ces enfants ont été longtemps considérés comme les enfants de la faute et si l’on prend en charge l’enfant de la faute, la faute contamine. C’est l’histoire d’OEdipe. C’est, aujourd’hui, dépassé, sauf peut-être dans la tête de ces adultes qui racontent que, quand ils sont dans la rue, ils dévisagent les gens, cherchant quelqu’un qui pourrait avoir l’âge de leur père ou de leur mère. Parfois, quand ce désir est très fort, il peut produire, chez les hommes surtout, une impossibilité à approcher les femmes. Une impuissance chez l’homme, une frigidité chez la femme. Une façon d’annuler la jouissance, le plaisir sexuel.

 

Le maintien de l’accouchement sous X est-il actuellement indispensable ?

 

Nazir Hamad.
Il faut être vigilant, car il a protégé beaucoup d’enfants. La mère, sûre du secret, a mené sa grossesse jusqu’au bout et donné l’enfant à l’adoption. Dans l’Antiquité, on exposait les enfants abandonnés. C’était une façon de leur donner une deuxième chance. L’accouchement sous X est une façon de donner une deuxième chance à un enfant. Mais c’est aussi une façon de donner une chance à la femme. Si on abandonne l’accouchement sous X, il y a peut-être un risque, mais il faut savoir l’évaluer. Certaines femmes ne veulent pas qu’à un moment ou à un autre, quelqu’un puisse resurgir dans leur vie, de même qu’il y a des enfants adoptifs qui ne souhaitent à aucun prix voir réapparaître une mère. J’ai connu un cas où des parents de naissance sont revenus dans la vie de leurs enfants, et cela a été cauchemardesque pour les enfants. Lorsque l’on travaille sur l’humain, il ne faut pas prendre de position absolue.

 

Qu’est-ce qui est aujourd’hui au coeur du débat de l’adoption : l’enfant, les parents, la famille ?

 

Nazir Hamad.
Qu’est-ce qu’une famille ? Une mère ou des parents qui vont voir le juge, qui font pression pour qu’il les autorise à voir l’enfant, puis qui disparaissent et réapparaissent périodiquement et privent finalement l’enfant d’adoption ? Les juges pour enfants sont les premiers à affronter cela, mais ils vont toujours dans la direction des parents. Car, il est humainement insupportable d’être seul face à une souffrance humaine authentique. Pourtant, ces parents ne sont pas en mesure de s’occuper de l’enfant. C’est l’enfant des fantasmes. Ils promettent de s’amender mais ils ne sont pas capables d’assumer l’enfant de la réalité. Cela dit, il s’agit d’une question idéologique. Qu’est-ce qu’une famille ? Est-ce que c’est juste un lien de sang ? Dans ce cas-là, il n’y a plus d’adoption, car il n’y aura jamais de famille. Si l’adoption fait famille, c’est qu’elle met en valeur le lien symbolique, le lien affectif, le lien psychologique. Le lien du sang fait un cheval pur-sang. Chez les humains, si on défend cela, on tombe dans l’idéologie raciste. C’est ce qui fait la différence entre les humains et les chevaux ! Un homme peut se reconnaître dans un autre homme, non pas par le lien de sang, mais grâce à l’accueil que chacun de nous accorde à l’autre. C’est aussi vrai pour la société. Comment accueille-t-on l’immigré, quelle place lui donne-t-on, comment l’intègre-t-on ? C’est exactement l’histoire d’un enfant dans une famille : comment il est accueilli et intégré, est-ce que l’on sait reconnaître ses difficultés ou pas. Un enfant n’est réellement adopté que quand il y a capacité pour chacun de se reconnaître dans les difficultés de cet enfant. Si, quand il commence à poser un problème, on l’attribue à l’hérédité, on renvoie la responsabilité sur ses géniteurs ou on se positionne sur le lien de sang, alors on ne parle plus d’adoption.

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(1) Psychanalyste, Nazir Hamad est l’auteur de "La Langue et la Frontière. Double culture et polyglottisme".
Éditions Denoël, 2004.

 

Source : http://www.humanite.fr/

14:45 Écrit par collectif a & a dans Entretien | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us