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18/12/2005

Adoption homoparentale. Les psys belges engagent à la prudence. J.P. LECLERCQ.

La passion est mauvaise conseillère. Prenons le temps d'une réflexion qui intègre l'idée que différenciation n'est pas discrimination négative. Evitons amalgames et confusions.



Le débat en Belgique concernant la délicate question de l'adoption homoparentale reste très passionnel. Le «Gezinsbond» (Ligue des familles néerlandophones) a pris une position très nuancée, prudente et respectueuse introduite par ces lignes:

«... Il existe d'importantes variétés d'opinion et un grand clivage. Ce sujet éveille encore les émotions et entraîne l'impossibilité d'un débat serein.» (1)

La passion est souvent mauvaise conseillère. Elle engage au recul. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles la majorité de nos concitoyens s'est retranchée dans une prudente réserve face à une question aussi sensible. Je n'ose croire que cette réserve soit seulement la marque d'un désintérêt pour la chose publique et l'organisation de notre cité.

A ma connaissance, le monde psy a commencé à se préoccuper du débat voici quelques mois. Le Dr J.-P. Matot écrivait sa carte blanche en juin 2005(2). Le professeur J.-Y. Hayez synthétisait ses arguments dans un texte daté du 27 juin 2005(3). Le Dr A. Denis écrivait à l'un de nos députés en date du 19 septembre 2005(4). Madame D. Drory adressait récemment un texte à divers journaux(5). Pour ma part, je pris le train en marche en réaction à la position, à mes yeux imprudente et précipitée, dégagée par l'A.G. de la Ligue des Familles (6).

Interpellé par certains arguments développés par les instances de la Ligue des Familles et blessé dans mes intuitions les plus profondes, j'ai confronté ces dernières à l'avis de nombreux confrères et recherché de nombreux avis citoyens. La place manque ici pour construire une argumentation. Je me limiterai à exposer certaines conclusions de mes recherches.

1. La question de l'homoparentalité doit être dissociée de celle de l'homosexualité. Le débat actuel reste pollué d'une confusion.

2. La grande majorité des citoyens interrogés sur la question exprime un grand malaise face à l'homoparentalité. Ce malaise ne peut être discrédité et invite au respect de cette intuition. A défaut, le risque de réactions défensives discriminant la minorité homosexuelle est réel.

3. La minorité «ouverte» à l'éventualité de l'adoption homoparentale s'appuie trop souvent sur des arguments ad hominem taxant les opposants de réactionnaires néo-conservateurs. L'utilisation de tels arguments pose la question de la réalité de cette ouverture. A moins qu'elle ne signe le manque d'assurance de la position défendue?

4. Rares sont ceux qui nient la nécessité d'un statut réglant le problème posé par certains enfants vivant des situations particulières. Cette nécessité pragmatique n'oblige pas à prévoir un statut identique. De nombreuses voix s'élèvent pour rechercher un statut différencié qui ne puisse être assimilé à un sous-statut.

5. La nécessité créative d'un statut différencié introduit un résumé forcément incomplet et réducteur de la position Psy:- L'intérêt de l'enfant commande d'offrir à son développement psychique deux images sexuellement différenciées dans l'intimité de leur interaction quotidienne.

- «L'adoption doit être un moyen pour aider l'enfant dans le besoin à avoir une famille, pas l'inverse.»

Cette formulation du Gezinsbond rejoint l'avis Psy quand il pourfend la société de consommation et son refus du manque structurant... refus du manque exprimé dans la volonté d'offrir à tous les couples le droit à l'enfant.- Une législation ne peut se construire sur une simple position pragmatique. Toute loi touche aussi au registre symbolique et oblige à une conceptualisation intégrant le réel et le symbolique. A la fois les lois structurent l'organisation sociale et en règlent les échanges. A la fois les lois offrent des repères symboliques à la structuration et à la maturation psychique des individus.

Les impacts symboliques des lois au double niveau de l'individuel et du collectif engagent à une précision de la langue, véhicule culturel et symbolique par excellence.

En ce sens, plaider pour le respect de la différence jusque dans un cadre juridique qui signe et parle cette différence, c'est aussi plaider pour la sauvegarde des repères sociaux, des limites identitaires contenant notamment la violence et l'instabilité.- L'égalitarisme est un courant toxique dans de nombreuses matières. Aucune velléité égalitaire ne prémunira jamais aucun être humain de la confrontation à la souffrance.

Chaque condition humaine singulière, pour être assumée, se doit d'abord d'être reconnue et nommée dans ses différences.- Les statistiques et études existant jusqu'ici éludent l'essentiel des effets de l'homoparentalité sur la construction psychique des enfants ayant grandi dès le départ dans un couple homosexuel. Le livre «J'ai deux mamans, c'est un secret» (7) lève quelque peu le voile sur la souffrance psychique d'enfants ayant grandi avec deux parents du même sexe.

 

6. Légaliser l'adoption par les couples homosexuels va amener un certain nombre de pays à fermer l'adoption de leurs ressortissants à des couples belges.

En conclusion de cette présentation schématique, il me semble urgent de prendre le temps d'une réflexion qui intègre l'idée qu
e différenciation n'est pas discrimination négative. Evitons amalgames et confusions.


(*) J.-P. Leclercq - Psychologue.
Directeur de Centres de soins psychiques à enfants et adolescents. Administrateur d'un Centre de santé mentale.
Président de la Commission scientifique des Centres de réadaption fonctionnelle psy. Administrateur de la Plate-forme picarde de concertation pour la santé mentale. Membre du Conseil d'avis Education - Accueil - Hébergement de l'AWIPH. Administrateur délégué d'une maison de repos et masion de repos et soins. Ex-psychologue en Institut médico-psychologique.

(1) Gezinsbond - Tél.: 02.507.88.38 - Fax: 02.511.90.65. «Over holebigezinnen en kinderen» (à propos des familles homosexuelles et des enfants).

(2) «Le Soir» - 24/06/05 Carte blanche du Dr J-P. Matot, «L'adoption «homosexuelle», l'enfant L'Oréal et la grenadine».

(3) Web www.observatoirecitoyen.be - Professeur J-Y. Hayez, «Arguments relatifs à la psychologie de l'enfant en défaveur d'une adoption par les couples homosexuels».

(4) «Adoption et Homoparentalités», Dr A. Denis, Pédopsychiatre. Service de santé mentale du Tournaisis - 7500 Tournai.

(5) Web www.lalibre.be - Agora - Opinions - Mme D. Drory, psychologue et collaboratrice du «Ligueur». «Dans l'intérêt de l'enfant, vraiment?»

(6) Le Ligueur n° 39 du 19/10/05, Editorial de M. Desmed - Président de la Ligue des Familles.

(7) «J'ai deux mamans. C'est un secret.» «Foyers homos: des enfants racontent» Claire BRETON - Edition Leduc S. 2005.

Source : La Libre Belgique 

Commentaires

Je pense que le principe de précaution ne doit pas être négligé dans ce dossier. En effet, nous manquons de recul par rapport à la situation d'enfants vivant au sein de couples homosexuels, sur leur vécu pendant l'adolescence par exemple.

J'ai aussi de réelles craintes à l'égard des répercussions sur l'adoption internationale. De nombreux pays, dont la Chine notamment, ont déjà fait savoir qu'ils n'avaliseraient plus aucune adoption à l'attention de couples belges si cette loi était adoptée. Bref, les conséquences peuvent être dramatiques pour les couples hétérosexuels qui n'auront plus accès à ces enfants, d'autant plus quand on connaît le petit nombre d'enfants belges « adoptables ». Il y a peu d'alternatives. On risque donc de pénaliser tout le monde puisque plus personne ne pourra bénéficier de ces filières !

Écrit par : CD | 18/12/2005