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30/12/2005

Troubles de l'attachement. Johanne Lemieux.

 

Un enfant avec une difficulté d'attachement pense qu’il a besoin de tout contrôler pour être en sécurité. Il a tendance à faire de la triangulation, c'est-à-dire à diviser pour régner. Ainsi, par extension, beaucoup de ces tyrans ou usurpateurs qui font l’histoire sont en fait des individus brillants qui dans leur enfance ont souffert de troubles graves de l’attachement. Pour arriver à ses fins, l’enfant n’hésite pas à mentir de manière à chercher la sympathie d’un des deux parents, d’un professeur ou de tout autre adulte significatif pour s’en faire un allié contre l’autre parent. Son sens moral n'est plus celui qu'on attendrait d'une personne en devenir.

Les défis, les poblémes puis enfin, les plus graves, les troubles de l'attachements mal diagnostiqués ou mal soignés, sont probablement responsables de la plus grande partie des ré-abandons d’enfants par leurs nouveaux parents adoptants.

 

Johanne Lemieux, travailleuse sociale, Québec, Canada
Source : www.meanomadis.com

 

Sur le même sujet

-> Notre adoption est un échec.
Témoignage d' Ophélie, via le forum Enfances & Familles d'adoption.

-> Les blessures invisibles ou la santé mentale des enfants adoptés.

-> Ils ont peur de s'attacher, peur d'être à nouveau lâchés.

-> "Ne vaudrait-il pas ne mieux s'attacher à rien pour n'avoir pas ensuite la douleur de perdre ce qu'on aime." Eugénie de Guérin.

29/12/2005

Touchez pas à mon coeur. Johanne Lemieux.


"Bienvenue en zone de guerre...", dit Paula Pickle. Citation étrange, exagérée, voire même complètement farfelue … Cette Paula doit être complètement à côté de ses pompes pour oser parler en ces termes de son enfant et de sa vie de famille ! Vous avez raison: Paula était absolument à côté de ses pompes avant que sa fille adoptive ne soit finalement diagnostiquée comme souffrant d’un grave "désordre de l’attachement", avant que sa fille reçoive enfin une thérapie appropriée et que Paula et son conjoint s’initient à des méthodes éducatives très particulières pour aider leur petite à grandir normalement.


Les problémes et les troubles de l’attachement demeurent méconnus. Un enfant ne naît pas avec un trouble de l’attachement. L’étiologie de ce trouble n’est pas liée à la génétique, ni aux conditions de grossesse de la maman biologique. Les troubles ou désordres d’attachement s’expliquent par la multiplication des ruptures avec les adultes importants et significatifs pour l ‘enfant, à la négligence physique et affective, au stress dû à la violence et aux abus. On pourrait visualiser ces menaces vécues dans le prime enfance comme capable de sur-développer le cerveau "reptilien", celui de la survie et de sous –développer d’autres parties du cerveau, comme ceux du contrôle des émotions, des habiletés sociales, de la confiance envers autrui, notamment ici des segments des lobes frontaux. Ces réalités neurophysiologiques particulières rendent ainsi caduques plusieurs psychothérapies classiques qui font appel aux parties "sophistiquées" du cerveau.


Les troubles ou désordres de l’attachement doivent, comme toute autre problématique, être visualisés dans un continuum de gravité. Tous les enfants adoptés auront avec leurs parents adoptants des défis d’attachement : facilité exagérée avec les étrangers , attention éparpillée,etc Mais une petite minorité seulement auront des défis trop grands et assez graves pour être diagnostiqués comme souffrants d’un désordre de l’attachement. Il ne s’agit pas ici de défis normaux d’attachements parent-enfant, de ce nouvel arrivant qui va de sa mère à la gardienne autant qu’au facteur. Il ne s’agit pas des petits problèmes d’ajustements dans la période prévisible d’adaptation de 6 mois à un an après l’adoption. Il ne s’agit pas digressions comportementales comme les autres qui peuvent être réglés par les méthodes éducatives traditionnelles. Il s’agit d’un problème de santé mentale très complexe :un problème ou les parents adoptants ne sont pas "coupables" mais ou ils auront inévitablement la responsabilité de soigner. L’impact du trouble de l’attachement sur la santé mentale des parents est d’ailleurs indéniable, particulièrement sur celle des mamans adoptives.


La maladie, il faut bien se rendre compte que s’en est une, prend source dans le vécu pré-adoption de l’enfant, quelque part entre 0 et 18-24 mois, là où toutes les expériences physiques et affectives sont absolument déterminantes pour le fonctionnement émotif et social des enfants. D’une certaine façon, ces expériences font en sorte que le cerveau de l’enfant "décidera" de faire confiance ou non au monde extérieur. Le jeune bébé humain est si dépendant des soins de l’adulte, si vulnérable à la faim, au mal ou froid ! Se réveiller la nuit sur une place publique ou souffrir d’infections qui le rongent, le met en danger, même en danger de mort. Seul un adulte chaleureux répondant jour après jour à la détresse d’un bébé ou d’un jeune enfant peut faire fructifier, en quelque sorte, sa matière cérébrale. Au-delà des dérèglements des synapses et autres connections physiologiques, des études tomographiques du cerveau des enfants « irrécupérables » des mouroirs de Caucescu ont ainsi pu démontrer de réelles lésions anatomiques chez ces figures d’Épinal de la négligence.


Si un adulte répond de façon rapide, cohérente, chaleureuse et prévisible aux besoins et à la détresse de l’enfant, il n’aura pas à développer des moyens pour se calmer seul, ne vivra pas toujours la rage, la frustration, la peur et le désespoir. Il conclura que le monde extérieur est fiable, sans danger, que les adultes sont dignes de confiance. Si par contre, la réponse à la détresse est lente, incohérente, par exemple si on donne à boire à l’enfant lorsqu’il a mal, si la réponse est faite dans la froideur,si elle s’avère tout à fait imprévisible parce que ce n’est jamais la même personne qui prodiguent les soins et de la même façon, l’enfant expérimentera beaucoup plus souvent la colère, la peur et le désespoir. Beaucoup d’enfants adoptés ont subi tant de négligences dans leur famille d’origine, dans des orphelinats surpeuplés ou des familles d’accueil inadéquates qu’ils développent une perception faussée des relations humaines. Ces distorsions sont imprégnées dans leur cerveau. Elles les font réagir de façon totalement déconcertante par une fermeture à l’amour parental.


D’un point physiologique, la capacité de s’attacher se développe avant l’âge d’un an, plus particulièrement à partir de l’age de 9 mois. Les câlins et la présence rassurante d’un adulte ont ainsi un effet direct sur le développement du cerveau. Autrement dit, les câlins nourrissent le cerveau. Le manque d’attention, de stimulation, de communication avec l’enfant occasionnerait une atteinte dans le cortex pré-frontal droit du cerveau. Entre 12 et 18 mois, l’enfant vit ensuite sa période dite d’inhibition sociale, par conséquent, il apprend ce qui est bon et ce qui est mauvais à travers les rétroactions des gens avec qui il est en relation. Après s’être d’abord attaché à une figure représentative entre 9 et 14 mois, le cerveau en appelle maintenant à la régulation. On peut donc voir ici toute l’importance de la nourrice, de la soignante dans les soins de l’enfant. Par des sourires ou des gros yeux visant à approuver ou à désapprouver l’enfant, c’est toute l’imbrication hormonale et neurologique qui apprend ainsi à être modulée,sans que rien n’y paraisse. Un enfant insuffisamment attaché à une figure humaine, sans guide pour l’orienter vers le bon et non le mauvais, est, sauf exceptions un enfant perdu, encore un.


Le diagnostic est d’autant plus difficile à faire que les troubles de l’attachement partagent plusieurs manifestations communes avec d’autres troubles de développement tels que le déficit d’attention avec ou sans hyperactivité, les troubles d’opposition, les troubles anxieux et surtout le syndrome d’alcoolisation fœtale. Il y a d’ailleurs une comorbidité chez les enfants adoptés ou pour dire autrement la possibilité qu’un enfant souffre de plusieurs troubles à la fois.

Chez un enfant abandonné, puis adopté, les troubles de l’attachement devraient toujours être parmi les premiers diagnostics à envisager.

Johanne Lemieux, travailleuse sociale, Québec, Canada
Source : Extrait de: "L’enfant adopté dans le monde en quinze chapitres et demi"
Éditeur : Les Éditions de l’Hôpital Ste-Justine, Québec, Canada



28/12/2005

Les attachements particuliers. Jean-François Chicoine et Johanne Lemieux.

« Tant que l’on aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant qu’on aura pas dit que, jusqu’ici, cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quelque chose qui change. »

Professeur Henri Laborit
Mon oncle d'Amérique d'Alain Resnais


L’enfant adopté qui se méfie des adultes n’a pas raison, mais il a des raisons de le faire. Ses manières d’être, d’agir et de réagir sont déterminées par la somme des expériences fœtales et environnementales auxquelles il a eu plus ou moins droit (ou pas) : alcoolisation fœtale, malnutrition, ruptures, maltraitance, saleté repoussante, etc. Plus il aura souffert, plus longtemps il aura souffert, moins l’enfant sera en confiance avec qui que ce soit.


Ses manières d’être, d’agir et de réagir sont également déterminées par la somme des expériences environnementales auxquelles il a et aura plus ou moins droit (ou pas) : solidité parentale, disponibilité parentale, empathie parentale, etc. Plus les parents adoptifs seront suffisamment bons, selon l’expression chère à Winnicott, plus l’enfant aura confiance en lui et meilleur sera son appétit pour l’autre.


Le cerveau médian

Un jour, l’enfant adopté pourra mentaliser, verbaliser, raconter ses peurs, ses déboires, ses souffrances passées mais, sans égard à son cerveau noble, il ne s’agit pas encore de cela. Pour mieux comprendre pourquoi un enfant profite de son adoption et l’autre pas, ou pas vraiment; pour mieux décoder ses colères, son angoisse, sa dépression, ses difficultés à se fondre au tout parental, à s’y attacher en quelque sorte, il faut fouiller sous la matière corticale et d’abord reconnaître ce qu’il y a d’animal dans le bébé de l’homme- mammifère: son cerveau limbique ou paléomammélien et le rôle déterminant qu’il a sur sa capacité de survie et sur ses stratégies de survivant.


Le quart du cerveau se développe dans le ventre de la mère, les trois quarts dans la réciprocité parents-enfant, dans les bras comme dans l’accordage affectif des regards mutuels, et ce surtout durant les 3 premières années de la vie. Il suffit de mesurer la circonférence crânienne en croissance pour finir de s’en convaincre.


De la naissance à 9 mois environ, la matière cérébrale se nourrit notamment de graisses et d’affection, ce qui permet le développement anatomique des structures préverbales du cerveau, donnant ainsi à l’enfant sa capacité d’être au monde. L’impossibilité de réaliser sainement cette étape charnière conduit à des comportements autonomes d’autostimulation et d’automutilation, le lieu dit de l’autisme institutionnel des enfants de l’Europe de l’est. Entre 8 mois et 12 mois environ, par le jeu des neurohormones et l’arrivée d’un système régulateur sympathique, le cerveau droit va spécialiser une partie de son système limbique, notamment une portion nommée « girus cingulé », le grande responsable de l’attachement sélectif. La peur de l’étranger de l’enfant fait maison s’explique par cette évolution de la physiologie cérébrale. En orphelinat, où les figures de référence sont changeantes ou moins maternalisantes, les difficultés ou l’impossibilité de réaliser sainement cette étape conduisent à l’insécurité affective, au style relationnel insécurisé, à la socialisation erratique, voire aux défis, aux problèmes ou aux troubles de l’attachement quand survient pour l’enfant l’occasion de s’attacher, de confier son regard, son corps, ses aventures à un adulte enfin susceptible de le parenter.

 

La blessure cérébrale

Imaginez que l’enfant pleure, qu’il a faim, qu’il a besoin de voir ou d’être regardé et que, par le passé, les réponses à ces détresses répétitives n’ont jamais été rapides, chaleureuses, cohérentes et prévisibles; imaginez que les émotions, les besoins, les désirs que ce petit être s’apprête à partager avec l’univers ne rebondissent sur rien, ni personne; imaginez ses attentes, les neurones qu’il a câblé et qui le confortent dans l’image qu’il a de lui dans le monde; les neurones qu’il a élagués et qui le confortent dans l’image qu’il a du monde face à lui ; mesurez - et c’est possible en laboratoire avec un dosage du cortisol sanguin- son état d’hypervigilance et de stress permanent et vous réaliserez à quel point cela l’éloigne de la structure et du fonctionnement normatif du cerveau, à quel point sont grands les défis de sa permanence sensorielle et motrice, les défis permettant une force de frappe de sa personne et une qualité d’ouverture à l’autre.


Les attachements particuliers qui en résultent défient toute relation humaine, challenge le principe même de l’adoption, à moins que les parents adoptifs n’aient été informés, éduqués et guidés en termes de décodage, de prévention et d’intervention précoce sur la prise en charge relationnelle du cerveau souffrant et de sa résilience possible par l’arrivée du tuteur parental.


Incidemment, l’euphorie qui a permis la création de centaines de milliers de familles par adoption ne doit plus cacher cette nécessité pour les intervenants et pour les parents de posséder des connaissances spécifiques dans la prise en charge en post-adoption internationale, notamment en guidance anticipatoire autour de l’attachement, et ses troubles attendus et surmontés. Devant l’ampleur de la détresse orpheline de l’enfant, de ses besoins longtemps inassouvis, de ses droits bafoués, combien de parents adoptants n’ont-ils pas eu peur d’en rajouter à leurs propres deuils, à leurs propres errances de combattants? Combien de parents avaient-ils la contenance et le temps nécessaire pour panser une blessure organique? L’humilité que ça prend ou encore, plus prosaïquement, la bonne technique disciplinaire, solide, mais jamais humiliante pour faire grandir ce petit être qui a déjà tant donné dans l’humiliation et la honte ? Combien ont su repérer ces stratégies de survie propres à l’enfant négligé et carencé et qui portent tant préjudice à son éventuelle mise en famille? Enfin, combien ont-ils reçu l’écoute nécessaire garante d’un processus d’attachement mieux réussi ?

La valeur ajoutée


« Votre fils adoptif s’est adaptée à sa nouvelle vie mais il m’apparaît clair qu’il ne s’est pas attaché à vous. Il ne vous fait pas confiance. Il n’a jamais remis sa vie entre vos mains. »


Comme des milliers d’autres, les parents de ce rejeton dominicain de 3 ans se sont longtemps émerveillés de le voir contrer des défis apparemment insurmontables, une maigreur inquiétante, des retards en dessin, des difficultés en mathématiques; ils ont vu et encouragé avec fierté son extrême autonomie et sa sociabilité d’enfer ; ils ont longtemps sourit à l’émergence de ses compétences, de ses talents mais aujourd’hui leur fils adoptif de 12 ans est devenu si colérique, opposant, contrôlant et manipulateur qu’ils se retrouvent brisés, comme socialement infertiles, face au psychologue à qu’ils ils ont demandé de l’aide. Il n’est pourtant pas le premier consulté. Mais cette fois-ci, ils comprennent enfin la mécanique, l’ampleur, voire le sens de la blessure primitive de l’enfant à options à qui ils ont tout donné, tant et si bien qu’ils ont occulté la cassure, l’option adoptive justement.

Cette option n’est pas un handicap, une tare ou un défaut de fabrication, c’est plutôt une valeur ajoutée. Les enfants survivants ont acquis des capacités d’adaptation bien au-dessus de la moyenne mais des capacités d’attachement inversement proportionnelles. Trop de parents et de professionnels bien intentionnés, croient encore qu’un enfant adapté à sa nouvelle vie est automatiquement un enfant attaché à sa nouvelle famille. Dans les faits, le travail d’apprivoisement et d’adaptation précède de plusieurs mois, voire en termes d’années, la relation d’attachement. Du moment où il est en meilleure santé, dort bien, mange bien, sourit et fait plein de bisous, la société d’accueil conclu que l’arrivant est adapté, donc que le travail d’intégration est terminé et qu’il n’y a plus rien d’autre à faire que de l’aimer, et de se laisser aimer.

L’attachement n’est pourtant pas l’amour, ni l’amour que l’on ressent pour l’autre, ni l’amour des autres. Pour mieux comprendre le lien d’attachement qui s’inscrit entre un enfant et son parent, il vaut mieux évoquer la notion de confiance que la qualité du sentiment d’amour, cette confiance en soi et en l’autre qui deviendra, avec l’âge, conscience de soi et conscience des autres. En ce sens, l’attachement est un comportement évolutif, très important parce qu’il favorise entre autres la survie du bébé du bébé de l’homme qui mourrait autrement. Du coté de chez soi, l’attachement sain permet l’autonomie, la fierté, l’estime de soi. Du coté des autres, l’attachement facilite la communication, le sens de l’altérité, la mesure du bien et du mal. De la même manière qu’une femme peut aimer son mari sans jamais lui faire confiance, un enfant peut aimer et se sentir aimé de son parent sans totalement lui faire confiance.

Ainsi donc, les difficultés d’attachement en adoption internationale ne sont pas des maladies d’amour, plutôt des pannes de confiance éclairés par le passé organique et environnemental des expériences d’origine du cerveau de l’enfant adoptif, tant sur les plans physiques, sensoriels, moteurs, cognitifs que dans les dimensions affectives et sociales

Jean-François Chicoine, pédiatre et Johanne Lemieux, travailleuse sociale
Extrait de: "Les troubles de l'attchement en adoption internationale"
Société de pédiatrie internationale / Le journal des professionnels de l'enfance, Paris, France


Source : http://www.meanomadis.com/

27/12/2005

L'histoire de Marie. Johanne Lemieux.

Marie a 35 ans lorsqu’elle part en Thaïlande chercher son premier enfant qu’elle nommera Nicolas. Son conjoint est un peu plus âgé qu’elle, et déjà père de deux filles adultes nées d’une première union. Enseignante en technique infirmière, Marie se sent tout à fait préparée à accueillir et à aimer un enfant éventuellement malade, insécure, et avec de petits retards de développement. Le dossier Thaïlandais rapporte en effet que Nicolas a été trouvé dans une rue du quartier Patpong de Bangkok, maigre et très sale. Après deux ans en institution, sa santé serait par ailleurs très bonne. Il a actuellement 3 ans et demi. Les premiers contacts à l’orphelinat se passent plutôt mal pour Marie. Nicolas n’a d’yeux et de bras que pour son nouveau papa. Il refuse de regarder Marie, de se laisser toucher ou approcher par elle. Marie trouve cela un peu difficile, mais se raisonne : « cet enfant est en choc, a le droit de choisir une première figure de sécurité. Avec amour, patience et surtout avec le retour à la maison, tout rentrera dans l’ordre. »

 

Après six mois de congé parental, Marie n’est plus que l’ombre d’elle-même. De nature optimiste, joviale et énergique ,elle est devenue insomniaque, irritable et carrément dépressive. La déception, l’impuissance et la confusion ont envahi sa vie. Elle croit qu’elle est devenue folle, elle croit qu’elle est une mauvaise personne car son fils tant espéré et attendu refuse encore tout contact avec elle, alors qu’avec son mari et tous les autres adultes, il est affectueux, coquin et rieur, malgré ses crises de colères et son côté très accaparant. Pire encore, Nicolas « tolère » sa présence lorsque son conjoint ou un autre adulte est dans la même pièce mais devient agité, violent et totalement hors contrôle lorsqu’elle se retrouve seule avec lui dans la maison. Jacques, son mari, commence même à douter des paroles et de la santé mentale de sa conjointe. Qui est donc cette femme qui parle en des termes si effrayants de cet enfant si adorable ?

 

Pour Marie une seule explication : elle a forcé le destin, elle n’aurait jamais dû être mère, et c’est la vie qui l’a puni. Pour Marie une seule solution : quitter son conjoint et Nicolas, ils seront bien plus heureux sans elle. Jusqu’à la révélation.

 

Une amie invite Marie à une conférence donnée par un psychologue qui décrit ce que sont les désordres de l’attachement chez les enfants placés en famille d’accueil ou en adoption : le rejet parfois violent d’une nouvelle figure maternelle ,et ce peu importe les merveilleuses attitudes parentales , la tendance de l’enfant à la triangulation, c’est à dire diviser les adultes pour mieux contrôler son environnement. Dès l’entracte, Marie a déjà pris rendez-vous avec cet « ange tombé du ciel » comme elle se plaira à le dire.

 

Après 4 mois d’application de techniques favorisant l’attachement, avec moult conseils éducatifs spécifiques aussi renforcés par le papa, Nicolas accepte tranquillement des petits contacts physiques avec maman, de brefs contacts visuels. Surtout ne fait plus de crises violentes lorsque Marie est seule avec lui. La maison triste est redevenue une maison joyeuse. Le psychologue a averti le couple du caractère fragile à court terme de ces améliorations, des régressions et des rechutes possibles. Il a assuré à la famille son soutien au besoin et la possibilité d’entreprendre dans les mois qui vont suivre une thérapie directement avec l’enfant, et en leur présence.

 

Marie a ainsi appris qu’elle n’était ni folle, ni punie par le destin.

Johanne Lemieux, travailleuse sociale, Québec, Canada
Extrait de:"L’enfant adopté dans le monde en quinze chapitres et demi"
Les Éditions de l’Hôpital Ste-Justine, Québec, Canada.

Source : http://www.meanomadis.com

 

Sur le même sujet

- Touchez pas à mon coeur. Johanne Lemieux.

- Troubles de l'attachement. Johanne Lemieux.

23/12/2005

L'adoption sans merci. Rencontre avec Barbara Monestier

Précieux parce qu'il sort des cénacles, "Dis Merci !" (*) donne la parole a une enfant adoptée.

 

Si c'était à refaire, souhaiteriez-vous à nouveau être adoptée ?

Petite, j'aurais voulu rester au Chili. Mainteant que je suis grande, revenir en arrière serait impossible. Je ne sais pas s'il vaut mieux être adoptée ou pas, mais je sais que c'est ma vie.

 

Vous-même seriez-vous prête à adopter un enfant ?

Si je ne peux pas avoir d'enfant, je ne crois que j'adopterais. J'ai moi-même mis 25 ans à m'en sortir. Alors, j'avoue franchement que je ne suis pas prête à refaire le chemin à l'envers. Je crois que c'est un parcours qui est toujours difficile et cela se passe parfois plus mal que moi.

 

La question est délicate et vous n'avez certainement pas tous les éléments en mains pour y répondre mais que pensez-vous de l'adoption d'enfants par des couples homosexuels ?

Je redoute la question, en effet. D'une manière générale, je ne crois pas qu'il faille faciliter l'adoption. Parce qu'elle est difficile mais aussi parce qu'elle encourage l'abandon. Sans parler du véritable trafic d'enfants qui existe à cause d'elle. Je ne suis pas sûre du tout que l'adoption d'enfants par les couples homosexuels soit une bonne chose car elle risque de compliquer encore plus la longue quête d'identité d'un enfant adopté.

 

Votre voyage au Chili vous a permis de rencontrer votre mère biologique et de vous réconcilier apparemment avec votre mère adoptive. Ce retour au sources était donc essentiel...

Oui, j'ai désormais la conviction que mes parents adoptifs m'aiment et que ce sont eux, ma famille. Sachant cela, les problèmes à venir - car il y en a encore - ne risquent plus d'aboutir sur une rupture.

 

(*) Dis merci!

Source : La Libre Belgique

22/12/2005

Droit à l'adoption . Adoptons un autre regard. Tanguy Verraes.

Pour les couples hétéro, homo ou les monoparents, à chaque débat sur l'adoption, je reste perplexe sur la manière d'aborder la question. Et si on s'intéressait davantage à ces «enfants à adopter» ?

 

Belge de coeur - Coréen de sang

Au lendemain de la Gay Pride à Bruxelles, le débat de l'adoption par les couples homosexuels revenait sur la scène politique avec de plus en plus d'insistance et de pression, l'approche des élections régionales et européennes ayant pour conséquence d'amplifier les échos auprès de nos hommes et femmes politiques. Dès lors, il est entendu que pour la bienséance, les politiques de tout bord se doivent de se prononcer (quitte à dire parfois des inepties) sous peine de ne pas être «à la page» ou encore d'être taxés «d'homophobe».

 

Le droit à l'adoption aux couples gay et lesbiens... voilà donc LA revendication de ce début de millénaire. Et à chacun d'avancer ses arguments scientifiques (ou non) afin de prouver le bienfondé de sa position. Et que je te donne un argument massue par ci, et un autre argument décousu par la... On mélange les genres et on arrive vite à être «MAD» pour en finir à la «DÉMENCE». Même une chatte n'y retrouverait pas ses petits. A dire vrai, que cela soit pour les couples hétéro, homo ou les monoparents, à chaque débat sur l'adoption,  je reste bien souvent perplexe. Perplexe sur la manière dont est abordé le débat sociétal, dont les questions sont posées, dont les choses sont affirmées.

 

Première perplexité.
On n'a de cesse de nous dire que l'adoption, ce n'est pas le droit à l'enfant mais bien le droit de l'enfant. Or, bien souvent nous pouvons traduire dans les propos des adultes désireux d'adopter (homo, hétéro ou célibataire)... ce droit à l'enfant en tant qu'adulte plutôt que ce droit de l'enfant à s'épanouir dans un environnement familial équilibré.

 

Deuxième perplexité.
Si droit de l'enfant il y a, où sont donc passés les enfants dans les comités de réflexions, dans les débats publics, dans les enquêtes et avis? Très peu sont en réalité consultés. Et si, par extraordinaire, ceux-ci devaient être trop jeunes, pourquoi ne pas faire appel à ces milliers d'enfants adoptés qui sont devenus adultes aujourd'hui (et bien souvent, parents eux-mêmes) ? Affranchis de toute influence éventuelle de leurs propres parents. Autant de témoignages riches et enrichissants qui ne sont que trop rarement pris en compte.

 

Société «sparadrap»

Troisième perplexité.
Nous vivons dans un société que j'appelle volontiers une société «sparadrap» (ou pour ceux qui aiment le vélo: une société «rustine». Une société qui adapte sa législation pour répondre à des problèmes et non pour les prévenir.

 

S'il existe effectivement des impératifs économiques ou pragmatiques, cela ne peut pas justifier d'agir continuellement dans l'urgence pour contrer un problème qui n'a pu être prévenu à temps ou qu'un lobby (quel qu'il soit) a imposé aux politiques. Tout cela à cause d'une législation mal ficelée et donc bien souvent mal réfléchie.

 

Sans tomber dans la réunionnite aiguë, où sont donc passés les comités de réflexions qui impliquent nos concitoyens aptes à contribuer positivement à une société de la prévention ? Attention, pas de poujadisme primitif, la faute est partagée car nous avons tous notre part de responsabilité dans cet état (et Etat) des choses. Cette troisième perplexité est rejointe par ma seconde.

 

Quatrième perplexité.
 A l'heure où les valeurs familiales éclatent en mille morceaux, où nous voyons des familles se décomposer, se recomposer, s'aimer, se tirailler, le débat sur l'adoption se complique encore plus. La «laïcisation» de la valeur familiale au profit de la liberté de l'individu a eu bien des effets néfastes sur de nombreuses générations. Il semble clair qu'un débat sur l'adoption ne peut se faire sans un débat sur la famille.

 

Cinquième perplexité et questionnements.
A toujours parler du droit à l'adoption, nous en arrivons à oublier où se situe le vrai débat de société qui se cache derrière tout cela. Peu d'adultes candidats à l'adoption s'interrogent sur le pourquoi et le comment il y a des enfants «disponibles» pour l'adoption.

 

Le réel débat sociétal qui se cache derrière ce droit à l'enfant est en finalité le «Pourquoi des enfants sont-ils abandonnés dans une société dite moderne?». Quelles sont donc les raisons profondes de tels abandons? Quels sont les problèmes que notre société n'a pas pu prévenir? Pourquoi des gens en arrivent-ils à devoir (bon gré, mal gré) abandonner leurs enfants? Pourquoi y a-t-il autant d'enfants abandonnés de par le monde? Encourager l'adoption c'est appliquer un «sparadrap» sur la blessure d'un enfant qui a été abandonné. Le jour où les candidats adoptants se poseront ces questions, alors, nous pourrons, peut-être reparler du droit à l'adoption.

 

Un enfant au lourd passé

En conclusion, l'adoption est une aventure formidable autant pour les parents que pour les enfants à condition que celle-ci soit bien préparée et qu'elle se fasse dans un milieu familial équilibré et stable. Ne perdez jamais à l'esprit que l'enfant qui vous arrive (que cela soit un bébé de quelques semaines ou un enfant de 10 ans), dispose déjà d'un lourd passé, d'une histoire, d'une blessure... celui, au minimum, de l'abandon. Derrière ce simple geste se cache de nombreux questionnements, de nombreuses hantises, telle une pièce du puzzle manquante.

 

Ne vous battez pas pour avoir le droit d'un enfant, mais battez-vous pour que l'enfant puisse répondre à ses questions et retrouver une dignité perdue.

 

La question de l'adoption mérite qu'on adopte un autre regard sur celle-ci avant de scander n'importe quelle revendication en l'air... ici, on ne brade pas les enfants, on se doit de les respecter (du moins, j'ose l'espérer au plus profond de moi) !

Source : La Libre Belgique.

 

 

10:35 Écrit par collectif a & a dans Homoparentalité | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : adopté, homoparentalité, adoption | |  del.icio.us

21/12/2005

Revoir son enfant, un besoin viscéral. Mouvement Retrouvailles. Québec.

LA DÉMARCHE DEMANDE DU RESPECT.


Le désir de renouer avec ses origines, le besoin viscéral de revoir un enfant qu'on a été forcé d'abandonner sont des sentiments très forts. La popularité des émissions de retrouvailles de Claire Lamarche en est la preuve vivante.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le Mouvement Retrouvailles, un organisme à but non lucratif, se démène depuis plus de 20 ans pour favoriser des rencontres entre des enfants adoptés et leurs parents naturels. Une tâche titanesque, qui exige beaucoup de doigté et de sensibilité. Avant même la première rencontre entre un parent et son enfant, il faut s'assurer d'une bonne préparation psychologique des deux parties. Car il ne faut pas se leurrer, soulignent la directrice régionale de Mouvement Retrouvailles Denise Boudreau et son adjointe Diane Allard, les retrouvailles ne se passent pas toujours comme dans les fils américains.

 

"Il n'y a pas de guide sur la façon d'agir avec les gens. On apprend sur le tas, en se basant sur nos propres expériences. Il faut être discret et attentionné, car on embarque dans la vie des gens, dans ce qu'ils ont de plus privé", mentionne Mme Allard. C'est précisément dans le but de favoriser les échanges et de permettre aux gens touchés d'obtenir une écoute attentive que le Mouvement retrouvailles a instauré la tradition des cafés-rencontres. Devant la faible participation, elles ont dû se résigner récemment à tenir un déjeuner une fois par mois, dans un restaurant, le samedi. Elles déplorent un peu que les gens ne participent pas plus activement à ce genre d'activités, tout en comprenant que les activités de la vie quotidienne soient prenantes.

"Les gens voient ça faciles, des retrouvailles. Ils pensent qu'une fois qu'ils auront fait la connaissance de la personne recherchée, tout sera beau, dans le meilleur des mondes. Mais les démarches demandent du respect, de part et d'autre. Il est bon d'être appuyé avant et après la rencontre", fait valoir Denise Boudreau.

Isabelle Labrie pour Le Quotidien

20/12/2005

L'adoption dans tous ses états. Enjeux et pratiques. Terre des Hommes.

medium_tdh_adoption_01.3.jpgFondation Terre des Hommes.


Aide directe à l'enfance meurtrie, sans préoccupation d'ordre politique, racial ou confessionnel.
Auteurs : Simone Hürzeler-Caramore, Marlène Hofstetter, Miren Bengoa et Mélodie Chibatte.

 


Un document d’analyse publié par le service adoption de Terre des hommes, basé sur plus de 40 ans d’expérience dans le domaine de l’adoption internationale.

Partant de l’enfant et de ses besoins, cet ouvrage de 112 pages aborde les différents aspects liés à l’adoption internationale en général et au travail de l’intermédiaire en particulier. Tenant compte de la complexité du sujet, les thèmes sont divisés en cinq chapitres qui peuvent être lus ensemble ou séparément : l’enfant et son adoptabilité, la préparation et le suivi des parents, le devenir de l’enfant adopté, l’évolution de l’adoption au niveau légal ainsi que l’éthique et le trafic d’enfants.

 

 L'adoption en dernier recours

"L'adoption internationale doit être conçue comme la dernière solution lorsque toutes les autres alternatives ont été épuisées. Pour chaque enfant, tout devrait être fait pour trouver une solution sur place: réhabilitation familiale, avec soutien si nécessaire, accueil au sein de la famille élargie ou auprès de proches, recherche d'une famille adoptive pour une adoption nationale, c'est-à-dire dans le pays même et recherche d'une famille d'accueil. Ces solutions ont pour but et comme idéal de permettre à l'enfant de grandir dans son pays d'origine, c'est-à-dire d'avoir accès à son héritage culturel, considéré comme un droit naturel.

L'adoption internationale ne sera par conséquent envisagée que lorsque toutes les démarches dans le pays ont été épuisées: seulement alors l'enfant est libéré par les autorités compétentes pour l'adoption internationale. Celle-ci ne constitue une solution adéquate et un moyen opportun de protéger l'enfant que lorsque deux aspects fondamentaux sont respectés. D'une part, elle doit être exécutée dans la légalité et le respect de l'intérêt de l'enfant. D'autre part, la situation dans les pays d'origine doit être améliorée par des mesures de prévention de l'abandon, de réhabilitation familiale et de soutien aux parents naturels, pour diminuer le risque d'abandon de l'enfant pour des raisons culturelles, religieuses ou financières.

 

 L'Etat garant de la protection de l'enfant

Bien que le projet relève d'une décision intime du couple, l'adoption - contrairement à la décision personnelle de faire un enfant - n'est pas un acte privé. L'adoption d'un enfant constitue un acte public dans la mesure où l'Etat intervient dans toutes les étapes de la procédure, tant dans le pays d'origine de l'enfant que dans son pays d'accueil. Ces procédures sont censées défendre l'intérêt de l'enfant qui est né et prévoir son avenir. Ces dispositifs juridiques et institutionnels impliquent un nombre important d'intervenants dont dépend la réalisation du projet d'adoption. Leurs interventions peuvent être mal vécues par les futurs parents adoptifs qui les considèrent comme une ingérence dans leur vie privée. Cependant, c'est le rôle de chaque Etat de mettre sur pied un cadre légal qui permette de garantir la protection de l'enfant et de se donner les moyens de vérifier que ce cadre soit respecté.

 

 Conclusion

Terre des hommes a développé un regard critique sur les dispositions légales, leur application et le rerspect des principes éthiques dans les pays d'origine, dans le but de vérifier son propre fonctionnement et la pertinence de ses interventions, mais aussi pour dénoncer les abus et les dérives de l'adoption commerciale. Depuis une quinzine d'années, nous assistons à un accroissement inquiétant de ce phénomène où l'intérêt des parents prime sur celui de l'enfant. Malgré les efforts entrepris ces dernières années pour améliorer la protection de l'enfant, ses droits élémentaires sont régulièrement bafoués sur un marché qui obéit aux lois de l'offre et de la demande.

Par le biais d'une campagne internationale contre le trafic d'enfants, Terre des hommes s'efforce d'alerter l'opinion publique et les autorités et tente de sensibiliser les futurs parents adoptifs aux méfaits des pratiques illicites.

En s'appuyant sur son expérience au Brésil, Terre des hommes continue à encourager et soutenir le développement de l'adoption nationale et à promouvoir les bonnes pratiques qui placent clairement l'intérêt de l'enfant au centre des préoccupations.

Une histoire d'adoption ne se termine pas lorsque la procédure a pris fin. Consciente de cette réalité, Tdh conseille, soutient et accompagne les adoptés adultes dans leurs recherches sur l'histoire de leur passé, de leur origine. Cette prestation s'inscrit dans le temps et la continuité de notre travail auprès des familles adoptives.

A la base, l'adoption est une mesure de protection de l'enfant, car elle permet à celui-ci de grandir dans une famille, soit dans l'environnement qui est considéré comme le plus propice à son environnement. De plus, il s'agit d'une solution définitive qui donne un statut clair à l'enfant, lui permettant de se construire en tant que personne et de s'inscrire dans une histoire familiale. Néanmoins, l'adoption est un acte conséquent qui officialise la rupture du lien avec la famille biologique. Dans le cas d'une adoption internationale, il faut encore ajouter le transfert d'un pays à l'autre et les différences d'apparence et de culture y relatives. L'adoption internationale doit donc demeurer une solution de dernier ecours quand aucune issue satisfaisante n'a pu être trouvée sur place. A conditions de respecter ce principe, l'adoption internationale offre une alternative légitime, riche et durable pour l'enfant. "

 

Pratiques non éthiques et le rôle des intermédiaires

 

Fondation Terre des hommes
En Budron C8
1052 Le Mont-sur-Lausanne
SUISSE

E-mail

 

19/12/2005

Le règne de Narcisse. Tony ANATRELLA

medium_regne_de_narcisse.jpgLivre. Le règne de Narcisse.
Les enjeux du déni de la différence sexuelle.



Psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, Tony Anatrella enseigne la psychologie à Paris. Il est connu pour ses recherches sur la psychologie juvénile et la psychologie sexuelle. Il est également prêtre. Dans de nombreuses publications, il est à l’origine de divers concepts sur l’adolescence (l’adulescence, les bébés couples, la société adolescentrique, etc.). Ce dernier livre s’inscrit dans la suite de La différence interdite et Époux, heureux époux..., et surtout de Non à la société dépressive (Flammarion).

Points forts


- Notoriété de l’auteur.
- Sujet au cœur de l’actualité.
- Débat de société.


Résumé

Le règne de Narcisse analyse les structures psychiques et sociales qui sont à l’œuvre dans les revendications homosexuelles pour répondre aux questions que se posent de nombreux parents, éducateurs, enseignants, médecins et élus.
– Qu’est-ce que l’homosexualité ?
– Quels sont les enjeux de l’homosexualité sur le sens du couple et de la famille, sur la psychologie de l’enfant ?
– Que se joue-t-il à travers le slogan et la loi votée en FRANCE sur « l’homophobie » et qu’est-ce qui se dessine pour l’avenir psychologique de chacun et de la société ?

La revendication du mariage et de l’adoption des enfants par des personnes de même sexe participe de la mentalité narcissique qui caractérise notre société, dans laquelle on croit que tout citoyen doit pouvoir disposer des mêmes droits que les autres, indépendamment de la situation de chacun. Mais comment une tendance pulsionnelle peut-elle être légalisée et devenir une institution ? Si tel était le cas, ne faudrait-il pas, au nom de l’égalité, toutes les légaliser, même celles qui sont actuellement pénalisées ?

Ce déni de la différence sexuelle et du sens de la procréation laisse entendre que seuls les sentiments et la volonté de « posséder » un enfant sont suffisants pour être « parent » au singulier et sans sexe, au lieu de l’être au pluriel et dans l’altérité sexuelle. Mais dans quelle structure relationnelle va-t-on engager l’enfant qui a besoin, pour se développer, d’un homme qui soit son père et d’une femme qui soit sa mère ?
Pour l’auteur, la nouvelle loi pénalisant les propos homophobes, votée précipitamment en France en décembre 2004, fait de l’homosexualité un instrument de censure et renoue avec la mentalité des pays totalitaires en instituant un délit d’opinion et une juridiction d’exception.

Tony Anatrella montre que vouloir faire de chaque « orientation sexuelle » un modèle social parmi d’autres pour fonder le couple et la famille est une idéologie dangereuse pour l’intérêt général.

Dans le Figaro.fr

Le narcissisme contemporain, dans lequel le sujet se prend pour la référence de tout, détricote le lien social et remet en question la plupart des solidarités humaines. Sous l'emprise de l'individu-roi, le législateur contribue à dévaloriser le sens du couple et de la famille au point de saper celui de l'autorité, de l'engagement et de l'éducation, à travers des lois qui créent de la pathologie sociale. Narcisse impose son ordre funeste autour de quatre faits importants.Le comportement de nombreux jeunes est le symptôme de la confusion du lien familial, d'un mépris du sens des lois, des références culturelles de la société et d'un désarroi délétère qu'on a laissé s'installer. S'ajoute ce que l'on nous prépare pour demain en brouillant, par exemple, le sens de la filiation sans mesurer les effets collatéraux.

1) Le règne de Narcisse délaisse les réalités et les lois objectives au bénéfice des revendications subjectives que la loi devrait légitimer au lieu de s'inspirer de ce qui a une dimension objective et universelle. En acceptant l'arbitraire de la subjectivité, le législateur favorise la désocialisation et dévalorise toutes les autres lois qui peuvent être de moins en moins respectées. A chacun ses moeurs, à chacun ses lois et, grâce à ce miroir dans lequel des personnes veulent se légitimer, la société se fragmente en tribus psychiques et en territoires hors la loi.

2) Le règne de Narcisse c'est le nivellement du «tous ensemble, tous pareils». Au nom de l'égalitarisme, la loi ne distingue plus entre l'essentiel et l'accidentel. Alors que les problèmes de nombreux jeunes révèlent de graves carences familiales, les élus sapent les fondements de la famille en légalisant tout ce qui existe. Prochainement ils risquent de fabriquer du couple et de la famille, non seulement à partir des «tendances sexuelles», ce qui est incohérent, mais aussi en légalisant des cas particuliers qui ont toujours existé sans pour autant être des références. Ce besoin de lois justificatives en dit long sur l'incertitude de ceux qui les revendiquent. La confusion première vient du manque de soutien de l'État à ce qui constitue réellement la famille issue de l'union d'un homme et d'une femme.

3) Le règne de Narcisse c'est aussi celui du transgresseur qui passe pour un héros et se trouve valorisé par les médias et encore davantage s'il utilise sa situation pour en appeler à réformer les lois de la société et les règles morales. C'est de cette façon que fonctionne le pervers narcissique qui instrumentalise tout au nom de son plaisir. On crée une situation de fait pour ensuite demander sa légalisation. Hier c'était avec la drogue, aujourd'hui c'est avec l'adoption des enfants, dans un duo homosexuel, au nom de leur sécurité juridique. Nous assistons, une fois de plus, au meurtre des symboles et au pillage des rôles et des fonctions familiales. La manipulation et la propagande de Narcisse détournent le sens des réalités. Comment s'étonner que devant de telles mesures insidieuses, arbitraires et transgressives, des jeunes soient dans le mépris des lois ?

4) Le règne de Narcisse culmine enfin dans le négationnisme de la différence sexuelle et le révisionnisme des normes sexuelles de la société, qui fondent pourtant le lien social, et dans la revendication du «droit» à l'enfant. Un récent colloque sur l'«homoparentalité» est venu le prétendre. La plupart des enquêtes sur le «bien-être» des enfants vivant dans ces conditions sont limitées et faussées. Elles ne rendent pas compte des structures psychiques qui se mettent en place. Les vrais problèmes apparaissent bien plus tardivement. Les mots, les discours et les chiffres sont manipulés pour en appeler à «l'égalité» afin d'éviter la question de l'instrumentalisation des enfants qui servent d'étayage à ces adultes. La filiation se brouille et devient socialement illisible.

Le désir d'enfant n'est pas en soi légitime, encore faut-il être dans les conditions d'un couple générationnel pour l'accueillir. L'adoption a toujours impliqué un critère de sexualité fondé sur la différence sexuelle. C'est un principe d'humanité et de réalité pas un préjugé, ni une discrimination. L'enfant a besoin de recevoir des matériaux psychiques venant d'un homme et d'une femme, ou d'une personne ayant intégré psychiquement la différence sexuelle, pour se structurer affectivement. Sinon les effets identitaires directs et collatéraux apparaîtront pour lui, une fois devenu adulte, et pour la société sur plusieurs générations.
Allons-nous vers une filiation désincarnée qui fera violence à l'identité personnelle ? Cette vision de la filiation trafiquée prépare les problèmes sociaux de demain, comme l'architecture monstrueuse des années 60 a démoralisé les cités. De détails en détails la société se défait alors que l'on sait ce qui peut la faire vivre et progresser.


Fiche biographique


11:10 Écrit par collectif a & a dans Livre - Revue | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Tony Anatrella, psychanalyste, adoption | |  del.icio.us

18/12/2005

Adoption homoparentale. Les psys belges engagent à la prudence. J.P. LECLERCQ.

La passion est mauvaise conseillère. Prenons le temps d'une réflexion qui intègre l'idée que différenciation n'est pas discrimination négative. Evitons amalgames et confusions.



Le débat en Belgique concernant la délicate question de l'adoption homoparentale reste très passionnel. Le «Gezinsbond» (Ligue des familles néerlandophones) a pris une position très nuancée, prudente et respectueuse introduite par ces lignes:

«... Il existe d'importantes variétés d'opinion et un grand clivage. Ce sujet éveille encore les émotions et entraîne l'impossibilité d'un débat serein.» (1)

La passion est souvent mauvaise conseillère. Elle engage au recul. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles la majorité de nos concitoyens s'est retranchée dans une prudente réserve face à une question aussi sensible. Je n'ose croire que cette réserve soit seulement la marque d'un désintérêt pour la chose publique et l'organisation de notre cité.

A ma connaissance, le monde psy a commencé à se préoccuper du débat voici quelques mois. Le Dr J.-P. Matot écrivait sa carte blanche en juin 2005(2). Le professeur J.-Y. Hayez synthétisait ses arguments dans un texte daté du 27 juin 2005(3). Le Dr A. Denis écrivait à l'un de nos députés en date du 19 septembre 2005(4). Madame D. Drory adressait récemment un texte à divers journaux(5). Pour ma part, je pris le train en marche en réaction à la position, à mes yeux imprudente et précipitée, dégagée par l'A.G. de la Ligue des Familles (6).

Interpellé par certains arguments développés par les instances de la Ligue des Familles et blessé dans mes intuitions les plus profondes, j'ai confronté ces dernières à l'avis de nombreux confrères et recherché de nombreux avis citoyens. La place manque ici pour construire une argumentation. Je me limiterai à exposer certaines conclusions de mes recherches.

1. La question de l'homoparentalité doit être dissociée de celle de l'homosexualité. Le débat actuel reste pollué d'une confusion.

2. La grande majorité des citoyens interrogés sur la question exprime un grand malaise face à l'homoparentalité. Ce malaise ne peut être discrédité et invite au respect de cette intuition. A défaut, le risque de réactions défensives discriminant la minorité homosexuelle est réel.

3. La minorité «ouverte» à l'éventualité de l'adoption homoparentale s'appuie trop souvent sur des arguments ad hominem taxant les opposants de réactionnaires néo-conservateurs. L'utilisation de tels arguments pose la question de la réalité de cette ouverture. A moins qu'elle ne signe le manque d'assurance de la position défendue?

4. Rares sont ceux qui nient la nécessité d'un statut réglant le problème posé par certains enfants vivant des situations particulières. Cette nécessité pragmatique n'oblige pas à prévoir un statut identique. De nombreuses voix s'élèvent pour rechercher un statut différencié qui ne puisse être assimilé à un sous-statut.

5. La nécessité créative d'un statut différencié introduit un résumé forcément incomplet et réducteur de la position Psy:- L'intérêt de l'enfant commande d'offrir à son développement psychique deux images sexuellement différenciées dans l'intimité de leur interaction quotidienne.

- «L'adoption doit être un moyen pour aider l'enfant dans le besoin à avoir une famille, pas l'inverse.»

Cette formulation du Gezinsbond rejoint l'avis Psy quand il pourfend la société de consommation et son refus du manque structurant... refus du manque exprimé dans la volonté d'offrir à tous les couples le droit à l'enfant.- Une législation ne peut se construire sur une simple position pragmatique. Toute loi touche aussi au registre symbolique et oblige à une conceptualisation intégrant le réel et le symbolique. A la fois les lois structurent l'organisation sociale et en règlent les échanges. A la fois les lois offrent des repères symboliques à la structuration et à la maturation psychique des individus.

Les impacts symboliques des lois au double niveau de l'individuel et du collectif engagent à une précision de la langue, véhicule culturel et symbolique par excellence.

En ce sens, plaider pour le respect de la différence jusque dans un cadre juridique qui signe et parle cette différence, c'est aussi plaider pour la sauvegarde des repères sociaux, des limites identitaires contenant notamment la violence et l'instabilité.- L'égalitarisme est un courant toxique dans de nombreuses matières. Aucune velléité égalitaire ne prémunira jamais aucun être humain de la confrontation à la souffrance.

Chaque condition humaine singulière, pour être assumée, se doit d'abord d'être reconnue et nommée dans ses différences.- Les statistiques et études existant jusqu'ici éludent l'essentiel des effets de l'homoparentalité sur la construction psychique des enfants ayant grandi dès le départ dans un couple homosexuel. Le livre «J'ai deux mamans, c'est un secret» (7) lève quelque peu le voile sur la souffrance psychique d'enfants ayant grandi avec deux parents du même sexe.

 

6. Légaliser l'adoption par les couples homosexuels va amener un certain nombre de pays à fermer l'adoption de leurs ressortissants à des couples belges.

En conclusion de cette présentation schématique, il me semble urgent de prendre le temps d'une réflexion qui intègre l'idée qu
e différenciation n'est pas discrimination négative. Evitons amalgames et confusions.


(*) J.-P. Leclercq - Psychologue.
Directeur de Centres de soins psychiques à enfants et adolescents. Administrateur d'un Centre de santé mentale.
Président de la Commission scientifique des Centres de réadaption fonctionnelle psy. Administrateur de la Plate-forme picarde de concertation pour la santé mentale. Membre du Conseil d'avis Education - Accueil - Hébergement de l'AWIPH. Administrateur délégué d'une maison de repos et masion de repos et soins. Ex-psychologue en Institut médico-psychologique.

(1) Gezinsbond - Tél.: 02.507.88.38 - Fax: 02.511.90.65. «Over holebigezinnen en kinderen» (à propos des familles homosexuelles et des enfants).

(2) «Le Soir» - 24/06/05 Carte blanche du Dr J-P. Matot, «L'adoption «homosexuelle», l'enfant L'Oréal et la grenadine».

(3) Web www.observatoirecitoyen.be - Professeur J-Y. Hayez, «Arguments relatifs à la psychologie de l'enfant en défaveur d'une adoption par les couples homosexuels».

(4) «Adoption et Homoparentalités», Dr A. Denis, Pédopsychiatre. Service de santé mentale du Tournaisis - 7500 Tournai.

(5) Web www.lalibre.be - Agora - Opinions - Mme D. Drory, psychologue et collaboratrice du «Ligueur». «Dans l'intérêt de l'enfant, vraiment?»

(6) Le Ligueur n° 39 du 19/10/05, Editorial de M. Desmed - Président de la Ligue des Familles.

(7) «J'ai deux mamans. C'est un secret.» «Foyers homos: des enfants racontent» Claire BRETON - Edition Leduc S. 2005.

Source : La Libre Belgique