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24/01/2006

Recherche québecoise sur l'adoption internationale. Réjean Tessier

L'adaptation sociale des enfants nés à l'étranger et adoptés par des familles du Québec.

De petits Québécois comme les autres et bien adaptés.

À bas les préjugés et les remarques alarmistes à l'endroit des enfants adoptés à l'étranger. Si ce n'est que par leur frimousse exotique, ces petits immigrants ne se différencient pas, ou si peu, des petits Québécois de souche. Selon une nouvelle enquête menée par une équipe de chercheurs de l'Université Laval, ils sont en moyenne aussi attachés à leurs parents, aussi sociables et aussi doués à l'école que leurs copains «pure laine».


«Les parents font du bon travail», en conclut Réjean Tessier, professeur à l'école de psychologie de l'Université Laval et l'un des principaux responsables de l'enquête qui a porté sur 1333 enfants provenant de 18 pays et adoptés entre 1985 et 2002.
Dans cette étude, il est apparu que les enfants adoptés avant l'âge d'un an et demi développaient une relation d'attachement avec leurs parents adoptifs aussi intense que chez les enfants naturels. Chez les filles arrivées dans leur famille d'accueil avant l'âge de six mois, ce lien parental était même encore plus serré que celui observé chez les enfants non adoptés. L'établissement de l'attachement se faisait toutefois moins bien quand les enfants étaient âgés de plus de deux ans. Les garçons, particulièrement, s'attachaient moins facilement lorsqu'ils avaient dépassé cet âge critique au moment de leur adoption.


Comportement social


L'âge de l'enfant lors de son adoption semble aussi avoir une influence sur le comportement social. «Les enfants adoptés plus jeunes ont tendance à avoir moins de problèmes de comportement que ceux qui ont rejoint leur famille d'adoption à un âge plus avancé», affirme le chercheur avant d'ajouter que les adoptés, particulièrement les garçons aujourd'hui devenus des préadolescents puisqu'ils ont été adoptés entre 1989 et 1993, présentaient davantage de comportements d'opposition et de troubles de la conduite que les Québécois de souche du même âge issus de la population générale. Ces jeunes étaient aussi socialement moins bien adaptés que les enfants adoptés avant cette période particulière ou depuis la fin des années 90.
Cette dernière observation pousse M. Tessier à attribuer cette fréquence plus élevée de comportements problématiques chez les enfants adoptés à la forte proportion d'adoptions en provenance de la Roumanie, où les enfants vivaient dans des conditions extrêmement malsaines, au début des années 90.
«Aujourd'hui, l'encadrement assuré par le Secrétariat de l'adoption internationale est plus serré. L'adoption n'est plus autorisée que dans des pays où on assure un minimum de bien-être afin que les enfants aient moins de séquelles», précise M. Tessier.

Réussite scolaire
Selon l'enquête des chercheurs de l'Université Laval, effectuée à l'aide de questionnaires envoyés aux familles adoptives, le taux d'échec scolaire au cours des six années du primaire chez les enfants adoptés est à peine plus élevé que celui observé au sein de la population générale.
Comme on s'y attendait, l'âge à l'adoption est une fois de plus lié à la réussite scolaire. Plus surprenante toutefois est l'influence du pays d'origine de l'enfant en cette matière. Tous les enfants originaires d'Asie sont favorisés sur le plan scolaire, précise Réjean Tessier. Les garçons comme les filles asiatiques ont nettement moins d'échecs scolaires que les enfants naturels du même âge.
«Nos petites Chinoises qui ont vécu dans des conditions qu'on dit très précaires figurent parmi les enfants qui ont le moins de problèmes sociaux et qui ont le moins de difficulté à l'école au sein de la population enfantine du Québec, une fois passée la petite enfance, commente le professeur. Elles réussissent deux fois mieux que les petites Québécoises de souche.»
Par contre, les enfants adoptés en Roumanie avant 1993 peinaient davantage en classe que les enfants venus d'ailleurs. Les enfants originaires de Russie ont aussi davantage besoin d'aide pour réussir leur scolarité. Mais on reconnaît aujourd'hui que certains de ces enfants portent les stigmates du syndrome alcoolo-foetal. «Les enfants qui ont souffert de graves privations gardent parfois des séquelles neurologiques à long terme qui se traduisent par des difficultés d'attention et des problèmes de divers ordres auxquels les meilleures familles du monde ne peuvent remédier», souligne le psychologue.
Mais M. Tessier se garde bien de ternir la réputation d'un quelconque pays. Il insiste sur le fait que les réalités sociales, politiques et culturelles régnant dans le pays à l'époque de l'adoption peuvent être à la source des difficultés rencontrées par les enfants.
Aux yeux du chercheur, les résultats de cette enquête signifient que les enfants adoptés à l'étranger ne méritent pas d'être étiquetés comme une population «clinique», c'est-à-dire hypothéquée et nécessitant des soins et des services particuliers. Il ne dément pas l'importance d'organiser des services destinés aux parents pour les aider à voir venir les problèmes qu'ils risquent de rencontrer.


Vision plus pessimiste


Ces résultats semblent peut-être contredire la vision plus pessimiste de deux spécialistes de l'adoption internationale au Québec, le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre à l'hôpital Sainte-Justine, et la travailleuse sociale Johanne Lemieux, auteur d'ouvrages de vulgarisation sur la question et qui oeuvre en clinique privée. Réjean Tessier explique cette divergence de perception par le fait que les deux spécialistes fondent leurs conclusions sur des observations effectuées en clinique hospitalière et privée, des endroits où se rendent surtout les nouveaux parents inquiets de l'état de santé de leur bambin récemment débarqué au Québec, de même que ceux qui sont aux prises avec des difficultés particulières qu'ils n'arrivent pas à surmonter. Or, «à leur arrivée au Québec, beaucoup d'enfants ont des problèmes, réplique Réjean Tessier. Dans notre enquête, les parents qui ont adopté dans l'année ont rapporté plus de problèmes que ceux qui ont adopté il y a deux ou trois ans car la plupart des enfants récupèrent au bout de quelques années, au point où ils se comparent très largement à la population normale. Dans notre étude, par contre, l'échantillon d'enfants adoptés a été puisé [aléatoirement] au sein de la population générale et non pas dans une clinique, où le nombre d'enfants ayant des problèmes sera nécessairement plus élevé.»
- Les problèmes rencontrés par les enfants adoptés à l'étrangers
Rapport du 10 juin 2005 du Développement social Canada

Commentaires

L'étude de Réjean Tessier est en contradiction avec celle de Gérard MALCUIT et Andrée POMERLEAU parue dans le devoir.com : "Les enfants adoptés en Europe de l'Est peinent à s'adapter"

Les enfants adoptés dans certains pays d'Europe de l'Est sont plus nombreux à accuser des retards de développement, qu'ils peinent à rattraper, révèlent les données scientifiques analysées par des universitaires québécois.
Même si les chercheurs qui ont effectué des études sur l'adoption internationale au Québec sont réticents à montrer du doigt les pays qui offrent en adoption des enfants plus vulnérables, leurs résultats n'en démontrent pas moins qu'il en est ainsi.

Dans le cadre d'un congrès de la Society for Research and Child Development, Gérard Malcuit et Andrée Pomerleau, chercheurs au Laboratoire d'étude du nourrisson, rattaché au département de psychologie de l' UQAM, ont rapporté que 60 % des bambins originaires de Russie qu'ils avaient étudiés présentaient des retards de développement à leur arrivée, comparativement à 40 % des enfants provenant de l'Asie de l'Est (Vietnam, Cambodge, Thaïlande, Taïwan et Corée) et à 55 % des petites filles issues de la Chine continentale. Dans cette étude qui a été conduite entre 1999 et 2001, tous les enfants avaient été adoptés avant l'âge de 18 mois.

Lorsque ces mêmes enfants ont atteint l'âge de trois ans, soit plus de 18 mois après leur arrivée, les chercheurs ne comptaient plus que 20 % d'enfants d'Asie du Sud qui accusaient des retards. Parmi les petites Chinoises, ce taux n'était plus que de 9,6 %, soit bien en deçà de ce qui est observé dans la population enfantine normale, dont le taux d'enfants souffrant de retards de développement s'élève à 16 %. «Dans le cas précis des petites Chinoises, un autre phénomène intervient, prévient toutefois M. Malcuit. Les enfants adoptés en Chine sont presque toutes des filles, et les filles ont une meilleure capacité de rattrapage que les garçons.» Par contre, les résultats les plus désolants concernaient les petits Russes, dont 50 % continuaient à éprouver des problèmes à un âge plus avancé.
Les chercheurs ont également noté que la prévalence des problèmes neurologiques était plus élevée chez les enfants adoptés en Russie. Et souvent, ces problèmes n'avaient pas été détectés dans le pays d'origine, ou du moins pas révélés par l'orphelinat...

«Le grand facteur qui, dans nos études, explique le mieux la qualité ultérieure du développement est la malnutrition, poursuit le chercheur de l'UQAM. Les conditions de malnutrition chroniques avant l'adoption peuvent laisser des séquelles au niveau du fonctionnement cognitif. Pour leur part, les petites Chinoises qui arrivent dans un état de malnutrition aigu et avec de gros retards au niveau moteur parce qu'elles sont souvent attachées dans leur lit rattrapent leur retard beaucoup plus facilement.»

Ces résultats éthiquement délicats que l'on hésite souvent à révéler sont corroborés par les données recueillies lors de la vaste enquête menée sur l'adoption internationale au Québec de 1985 à 2002 par des chercheurs de l'Université Laval et de l'UQAM, et dont nous révélions les grandes lignes dans notre édition de samedi. Réjean Tessier, chercheur à l'École de psychologie de l'Université Laval, qui a piloté l'enquête, indique que les enfants originaires de Roumanie et de la Russie continentale présentaient davantage de problèmes d'attention, de troubles de la conduite et de comportements d'opposition que les enfants adoptés dans d'autres contrées, dont notamment le Bélarus (ou Biélorussie) et les pays asiatiques. Inversement, les enfants provenant d'Asie, quant à eux, apparaissaient en moyenne moins mésadaptés socialement que leurs semblables dans la population générale.

Les artisans de l'enquête, qui fera bientôt l'objet de publications scientifiques, ont également calculé que les taux d'échec scolaire au primaire s'élevaient à 40 % chez les petits Russes et à 35 % chez les petits Roumains, tandis qu'ils ne dépassaient pas les 17 % parmi les petits Québécois de souche. Les petites Asiatiques, quant à elles, excellaient puisque leur taux d'échec scolaire se limitait à 6 %. Réjean Tessier souligne que la piètre performance moyenne des enfants adoptés en Russie et en Roumanie est associée à l'époque particulière où ces enfants ont été adoptés. Époque durant laquelle les conditions de vie des enfants étaient malsaines.

«Ce n'est pas les gènes particuliers de certains pays qui sont moins favorables, précise Gérard Malcuit, de l'UQAM. Ce sont les conditions dans lesquelles les enfants vivent avant d'être adoptés dans ces pays et les raisons particulières de l'abandon des enfants. Ces raisons s'insèrent dans une dynamique sociopolitique plus globale. En Chine, la politique de l'enfant unique et de préférence de sexe masculin est la principale raison d'abandon, tandis qu'en Russie et en Europe de l'Est, la raison est souvent liée à l'alcoolisme de la mère et à ses activités de prostitution. Pendant leur grossesse, ces mères buvaient et fumaient, ce qui fait que les enfants partaient moins bien.»

La Société d'adoption parents sans frontières, un organisme agréé par le Secrétariat à l'adoption internationale (SAI), qui procédait à des adoptions en Russie il y a quelques années, a rompu ses liens avec ce pays car de 40 à 60 % des enfants qui leur étaient proposés souffraient de retard mental, affirme sa directrice, Carole Néron.

En 2000, les enfants adoptés en Russie formaient le contingent le plus nombreux (7,9 % de tous les enfants adoptés au Québec) à trouver une famille adoptive au Québec, après les petites Chinoises, qui représentaient 35,4 % de tous les enfants adoptés, et les bambins d'Haïti, qui comptaient pour 12,3 % de toutes ces nouvelles recrues.

Depuis quelque temps, une révision administrative interne a ralenti les activités en matière d'adoption en Russie, ce qui explique le peu de bambins russes qui sont arrivés
récemment au pays. Mais on s'attend à une reprise sous peu, précise Luce de Bellefeuille, directrice générale du SAI.

Les adoptions en Roumanie, quant à elles, sont suspendues depuis 2001, année au cours de laquelle le gouvernement roumain a institué un moratoire dans le but de revoir ses politiques de protection des enfants qui faisaient défaut en vue de son adhésion à l'Union européenne.

Le SAI ne peut décider de suspendre l'adoption d'enfants en provenance d'un pays particulier parce que ceux-ci seraient en moins bonne santé, affirme Luce de Bellefeuille.
«Nous ne faisons pas de sélection de pays en fonction de l'état de santé des enfants qui en proviennent», précise-t-elle. Notre but n'est pas de trouver des enfants pour des parents qui veulent des enfants parfaits. Nous travaillons en coopération internationale et notre mission est avant tout la protection des enfants.»

«Si nous sommes informés de cas de négligence ou des piètres conditions de vie des enfants dans leur pays d'origine, nous en informons l'organisme agréé qui gère l'adoption dans ce pays afin qu'il intervienne dans les orphelinats avec lesquels il est en relation. Le SAI peut aviser les autorités centrales afin que celles-ci effectuent un meilleur suivi de l'orphelinat», poursuit la directrice.

«Nous défendons avant tout le droit de l'enfant à avoir une famille et non pas le droit des parents à avoir un enfant. Ceux-ci jouissent plutôt du privilège de recevoir un enfant», conclut Mme de Bellefeuille.

Écrit par : Barbara | 21/07/2006

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