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30/01/2006

L'intérêt de l'enfant justifie-t-il de modifier les conditions requises pour adopter un enfant ?

En France, la MIFDE a organisé une série de tables rondes thématiques sur le droit de la famille. Elle a aussi décidé d’examiner l’organisation juridique de la famille sous l’angle de l’intérêt de l’enfant, afin de vérifier si les droits de l’enfant sont suffisamment garantis par la législation française.
 
 
Réponse de Mme Janice Peyré, Présidente de l’association Enfance et familles d’adoption, qui fédère 90 associations départementales regroupant 10 000 familles :
 
 
"J’aborderai la question posée du point de vue des enfants qui attendent, en France ou à l’étranger, de trouver une famille.
 
Mesure de protection sociale, l’adoption est trop souvent instrumentalisée par des lobbies diplomatiques, politiques, électoraux ou autres. Ce constat du Service social international (*), organisme indépendant de veille sur l’enfance privée de famille, relaie le sentiment de nombreux pays d’origine, qui réfléchissent aux moyens de résister à la pression que tentent d’exercer sur eux certains candidats adoptants étrangers, certains organismes d’adoption ou les autorités de certains États d’accueil. Votre évaluation sereine d’une éventuelle réforme et de sa portée sera donc cruciale pour l’enfant adoptable, dans la mesure où elle engage son avenir, ainsi que pour la crédibilité de la France comme pays d’accueil. Mon intervention s’inscrira dans le cadre de la préoccupation qui est la nôtre, celle de parler vrai. De parler vrai aux enfants, aux pays, aux institutions, aux candidats à l’adoption. Mon objectif sera donc de replacer l’adoption dans la réalité du quotidien, et non d’échafauder des configurations certes intellectuellement fascinantes pour des adultes, mais qui peuvent s’avérer difficiles à vivre pour un enfant.


Depuis plus d’un demi-siècle, Enfance et familles d’adoption s’organise autour du droit de tout enfant à grandir dans une famille : une famille par adoption quand la famille de naissance est dans l’impossibilité de jouer pleinement son rôle ; une famille d’accueil ou « parrainante » quand l’adoption n’est pas la meilleure réponse aux besoins spécifiques d’un enfant donné. Ce droit s’inscrit dans la reconnaissance et le respect des droits de l’enfant, notamment son droit à l’insouciance et à la stabilité. La famille doit être pensée pour lui, à partir de lui et autour de lui. Si cela peut sembler une évidence, il n’est pas inutile de la rappeler dans un monde où l’on attend de l’enfant qu’il s’adapte aux adultes, à leurs choix relationnels et de mode de vie parfois mouvants, davantage que l’on n’exige de ces derniers qu’ils s’adaptent à lui. L’élargissement salutaire des libertés individuelles dans les sociétés occidentales s’accompagne, si l’on n’y prend garde, d’une quête de l’enfant instantané.
 

Le pays d’accueil que nous sommes doit donc se porter garant de la qualité des parents, sur les plans matériel, éducatif, moral et psychique, et de leur capacité à inscrire l’enfant dans une filiation où il deviendra le fils ou la fille de son père et de sa mère, lesquels seront les grands-parents de ses propres enfants.
 

L’information contenue dans le dossier des candidats doit donc refléter la réalité des conditions d’accueil qu’ils proposent. La vérité que l’on doit à son enfant et à son pays – à qui reviennent le droit, la responsabilité et la liberté de nous choisir ou non comme parents – commence là. Cette exigence de vérité vaut évidemment aussi pour les pupilles de l’État.
 

On voit donc par là comment la stérilité, l’absence de procréation possible, quelle qu’en soit la cause – maladie, âge, célibat, configuration sexuelle du couple – n’ouvrent aucun « droit à l’enfant ». Nous entendons cette souffrance profonde, difficile à vivre, encore plus à formuler, et que beaucoup de nos adhérents vivent. Apolitiques, non confessionnelles, nos associations, dont les membres viennent d’horizons personnels très divers, ont pour mission d’accueillir sans les juger tous ceux qui s’adressent à nous.
 

Le cheminement permet d’avancer, depuis ce désir d’enfant, vers un désir d’être parent, puis vers une réflexion sur la capacité ou non à être parent d’un enfant qu’on n’aura pas mis au monde. Car l’adoption n’est pas une réponse à une absence d’enfant. Pour certains, elle sera une réponse impossible, impossibilité qu’il convient de juger lors de la procédure d’agrément pour que le candidat puisse, sans se sentir jugé ni humilié, renoncer au projet, et pour que l’enfant ne se trouve pas, un jour, confronté à un nouvel abandon. Ce cheminement ne peut que s’inscrire dans la légalité et la vérité. C’est là toute l’éthique de l’adoption : « parler vrai » à l’enfant de ce qui nous a conduits vers lui, comme de ce qu’on nous a dit sur lui.
 

Pour qu’un parent puisse aller vers son enfant dans la vérité, il faudra au préalable lui avoir « parlé vrai » à lui aussi, lui avoir fait mesurer que l’adoption échappe à la sphère privée, que ses droits individuels ont pour seule limite l’intérêt de l’enfant, lui avoir parlé des réalités, parfois difficiles, de l’adoption, du fossé croissant entre le nombre de candidats adoptants et celui des enfants majoritairement souhaités. On compte 40 000 adoptions internationales en 2004 tous pays confondus, alors qu’il y avait, cette même année, en France uniquement, 25 000 candidats agréés pour 5 000 adoptions. Il faudra également avertir le candidat des conditions requises par l’immense majorité des pays : les pays parties à la Convention de La Haye exigent des adoptants mariés ou célibataires. Par mariés, ils entendent un homme et une femme, et vérifient de plus en plus que c’est effectivement le cas. Rares sont les pays non parties à la Convention de La Haye qui admettent des couples non mariés. En France,
en dehors de quelques rares cas, ce sont les mêmes critères.
 

Dans ces circonstances, quelles modifications peut-on envisager ? Elles doivent viser à renforcer la protection et l’intérêt de l’enfant, à adopter mieux. Il conviendrait donc, comme l’a proposé le Conseil supérieur de l’adoption (CSA), où j’ai l’honneur de siéger, de revoir le rôle du président du conseil général dans l’attribution de l’agrément. Celui-ci devrait notamment motiver sa décision lorsqu’il ne suit pas l’avis de la commission d’agrément, ne serait-ce que dans l’intérêt de l’adoptant. Autre proposition faite par le CSA : instaurer un écart d’âge maximum, de quarante-cinq ans par exemple. Un écart d’âge maximum est appliqué de fait dans la grande majorité des conseils de famille en France, et existe dans un certain nombre de pays. Cela permettrait notamment, lorsque la notion fait l’objet d’une réflexion avec les candidats, l’adoption d’enfants plus grands.
 

Une fois de plus, c’est l’intérêt de l’enfant qui justifie de telles mesures : les enquêtes sur le devenir des enfants adoptés montrent qu’ils ont souvent besoin de plus de temps pour acquérir une autonomie affective et sociale, ainsi qu’un niveau de formation proche de la moyenne. Surtout, ils ont peur d’être de nouveau abandonnés, et ressentent une véritable angoisse quand ils voient leurs parents vieillir alors qu’eux-mêmes n’ont pas encore quitté le nid.
 

Un agrément au rabais, accordé par le président du conseil général alors que l’enquête sociale – qui restera dans le dossier – est désastreuse, ou un écart d’âge trop important, ferment la plupart des portes à l’adoption. Les candidats découvrent, désabusés, qu’on les a induits en erreur, qu’on n’a pas osé leur dire la vérité. Pire, ils risquent de se voir entraînés dans certaines dérives, notamment dans des pays fragiles, où le risque que des enfants soient conçus en vue de l’adoption est réel. Or la prévention des abus de l’adoption est de la responsabilité partagée des pays d’accueil et des pays d’origine. Elle figurera notamment dans le guide de bonnes pratiques que le bureau permanent de la Convention de La Haye prépare actuellement.
 

Des frustrations et des risques analogues existeront si l’on élargit les conditions requises pour adopter à des catégories autres que celles reconnues par la Convention de La Haye, et notamment aux concubins, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels. C’est dans ce contexte que se pose la question de savoir si l’extension de l’adoption aux couples homosexuels est conforme à l’intérêt de l’enfant.
 

Au Royaume-Uni, des enfants ont été confiés à des couples homosexuels ayant été pour eux, au préalable, une famille d’accueil. La place de ces accueillants s’inscrit dans l’intérêt de l’enfant, et il y aurait sans doute là une piste intéressante à explorer : leur sont souvent confiés des enfants grands, ou conservant des liens avec leur famille d’origine, des enfants auxquels leur histoire et leur origine ne posent pas question – de la même façon, aux États-Unis, des enfants sont confiés à des religieuses ou à des prêtres –. Dans les cas où l’adoption est prononcée, elle l’est au nom de l’un des deux accueillants, l’autre bénéficiant d’un partage des responsabilités parentales.
 

Ailleurs, dans les pays d’accueil ayant élargi la possibilité d’adopter aux homosexuels, très peu d’enfants leur sont confiés en adoption nationale. Ils se tournent vers l’étranger, où ils se heurtent au refus des pays d’origine. À ce jour, selon le Service social international, aucun pays d’origine ne confie sciemment des enfants à des personnes homosexuelles. Ce n’est donc que sur la base d’un agrément taisant la vie en couple que l’adoption est possible : on adopte en célibataire, on revient dans son pays, et l’adoption peut ensuite être prononcée au nom du partenaire. Qu’en est-il de la préparation du second partenaire, du rôle et de la déontologie des enquêteurs dans cette vérité à demi-dite ou escamotée, de la relation de confiance avec les pays d’origine, de cette désinformation que l’enfant découvrira un jour dans son dossier ? Alors que l’on pouvait espérer que l’autorisation pour les homosexuels d’adopter ou de se marier aurait eu pour mérite de permettre une enquête plus transparente, on voit que, pour les pays qui ont fait ce choix, la vérité reste tue dans la mesure où les pays d’origine n’accepteraient pas les dossiers. La relation avec les pays d’origine continue donc d’être fondée sur des non-vérités, avec l’aval désormais du pays d’accueil. Alors qu’on ne peut mentir sur son état-civil, autoriser ce type de « montage » ouvrirait la porte au droit pour tout adoptant de taire tout élément de sa vie susceptible d’être important pour les pays d’accueil, par exemple une information relative à sa santé ou à d’autres aspects de son mode de vie.
 

Autant les parents par adoption sont ouverts à l’idée d’étendre celle-ci, dans la légalité et dans la transparence, aux homosexuels, autant ceux qui sont adoptés, adolescents ou adultes, expriment de réelles réticences. Ils témoignent de ce sentiment intime de différence avec lequel ils ont grandi, et qu’accompagne une aspiration très profonde à la normalité. Avoir des parents homosexuels viendrait à leurs yeux ajouter une différence et une curiosité supplémentaires à celles que suscite déjà l’adoption, voire, dans certains cas et dans certains milieux, un rejet. La question de l’intégration des enfants adoptés est une question réelle.
 

Faire entrer l’enfant adopté dans une société où il aura les mêmes droits, la même place que les autres enfants – ce qui est prévu par la Convention de La Haye – suppose qu’il soit accueilli au sein de schémas familiaux préexistants, déjà reconnus comme tels, et non qu’il soit instrumentalisé pour obtenir la reconnaissance de nouveaux schémas familiaux.
 

Enfin, autant il n’y a absolument aucune raison de douter des qualités éducatives et affectives de parents homosexuels, autant on ne connaît pas encore aujourd’hui tous les effets sur la construction de l’identité psychique de l’enfant adopté. Tant qu’un doute persiste, aussi infime soit-il, n’est-il pas dans l’intérêt de l’enfant d’appliquer à l’adoption le principe de précaution, comme on l’applique dans d’autres domaines ?"
 
 


(*) Bulletin d’information du Centre international de référence pour la protection de l’enfant dans l’adoption
Février 2004 - n° 64 : Editorial : Adoption et politique

 

19:20 Écrit par collectif a & a dans Avis d'expert | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us

27/01/2006

Adoption d'enfants par des couples de même sexe. Le principe de précaution invoqué.

En France, la Mission d’information de l’Assemblée nationale sur la famille et les droits des enfants a mis présenté son rapport, intitulé "L’enfant d’abord, 100 propositions pour placer l’intérêt de l’enfant au cœur du droit de la famille."
 

Ce rapport présente cent propositions nécessitant une modification des dispositions législatives ou réglementaires en vigueur.


Assurer le respect des droits de l’enfant sans reconnaître l’existence d’un « droit à l’enfant », conforter le couple, responsabiliser les parents, renforcer le lien de l’enfant avec ses origines, affirmer le rôle de l’adulte éducateur de l’enfant aux côtés de ses parents dans les familles monoparentales ou recomposées, et réformer en profondeur la protection de l’enfance : tels sont les grands axes suivis par la Mission.
 
Le désir d’enfant tend à se transformer en un droit à l’enfant dont la société devrait permettre par tous les moyens la satisfaction. Face à cette demande, vouloir adapter systématiquement le droit aux demandes des adultes peut poser des questions éthiques et conduire à remettre en cause des principes fondamentaux du droit de la filiation.
 
A propos de l’adoption d'enfants par des couples de même sexe.
 
Elle s’est interrogée sur les conséquences, pour le développement de l’enfant et la construction de son identité, de l’instauration par la loi d’une filiation fictive – deux pères ou deux mères –, sans réalité ni vraisemblance biologique.
La majorité de la Mission ne souhaite pas, au nom du principe de précaution et dans l’intérêt supérieur de l’enfant, remettre en cause les principes fondamentaux du droit de la filiation fondés sur le triptyque « un père, une mère, un enfant ».

Synthèse du rapport.
 

11:20 Écrit par collectif a & a dans Homoparentalité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : France, homoparentalité, adoption, famille | |  del.icio.us

24/01/2006

Recherche québecoise sur l'adoption internationale. Réjean Tessier

L'adaptation sociale des enfants nés à l'étranger et adoptés par des familles du Québec.

De petits Québécois comme les autres et bien adaptés.

À bas les préjugés et les remarques alarmistes à l'endroit des enfants adoptés à l'étranger. Si ce n'est que par leur frimousse exotique, ces petits immigrants ne se différencient pas, ou si peu, des petits Québécois de souche. Selon une nouvelle enquête menée par une équipe de chercheurs de l'Université Laval, ils sont en moyenne aussi attachés à leurs parents, aussi sociables et aussi doués à l'école que leurs copains «pure laine».


«Les parents font du bon travail», en conclut Réjean Tessier, professeur à l'école de psychologie de l'Université Laval et l'un des principaux responsables de l'enquête qui a porté sur 1333 enfants provenant de 18 pays et adoptés entre 1985 et 2002.
Dans cette étude, il est apparu que les enfants adoptés avant l'âge d'un an et demi développaient une relation d'attachement avec leurs parents adoptifs aussi intense que chez les enfants naturels. Chez les filles arrivées dans leur famille d'accueil avant l'âge de six mois, ce lien parental était même encore plus serré que celui observé chez les enfants non adoptés. L'établissement de l'attachement se faisait toutefois moins bien quand les enfants étaient âgés de plus de deux ans. Les garçons, particulièrement, s'attachaient moins facilement lorsqu'ils avaient dépassé cet âge critique au moment de leur adoption.


Comportement social


L'âge de l'enfant lors de son adoption semble aussi avoir une influence sur le comportement social. «Les enfants adoptés plus jeunes ont tendance à avoir moins de problèmes de comportement que ceux qui ont rejoint leur famille d'adoption à un âge plus avancé», affirme le chercheur avant d'ajouter que les adoptés, particulièrement les garçons aujourd'hui devenus des préadolescents puisqu'ils ont été adoptés entre 1989 et 1993, présentaient davantage de comportements d'opposition et de troubles de la conduite que les Québécois de souche du même âge issus de la population générale. Ces jeunes étaient aussi socialement moins bien adaptés que les enfants adoptés avant cette période particulière ou depuis la fin des années 90.
Cette dernière observation pousse M. Tessier à attribuer cette fréquence plus élevée de comportements problématiques chez les enfants adoptés à la forte proportion d'adoptions en provenance de la Roumanie, où les enfants vivaient dans des conditions extrêmement malsaines, au début des années 90.
«Aujourd'hui, l'encadrement assuré par le Secrétariat de l'adoption internationale est plus serré. L'adoption n'est plus autorisée que dans des pays où on assure un minimum de bien-être afin que les enfants aient moins de séquelles», précise M. Tessier.

Réussite scolaire
Selon l'enquête des chercheurs de l'Université Laval, effectuée à l'aide de questionnaires envoyés aux familles adoptives, le taux d'échec scolaire au cours des six années du primaire chez les enfants adoptés est à peine plus élevé que celui observé au sein de la population générale.
Comme on s'y attendait, l'âge à l'adoption est une fois de plus lié à la réussite scolaire. Plus surprenante toutefois est l'influence du pays d'origine de l'enfant en cette matière. Tous les enfants originaires d'Asie sont favorisés sur le plan scolaire, précise Réjean Tessier. Les garçons comme les filles asiatiques ont nettement moins d'échecs scolaires que les enfants naturels du même âge.
«Nos petites Chinoises qui ont vécu dans des conditions qu'on dit très précaires figurent parmi les enfants qui ont le moins de problèmes sociaux et qui ont le moins de difficulté à l'école au sein de la population enfantine du Québec, une fois passée la petite enfance, commente le professeur. Elles réussissent deux fois mieux que les petites Québécoises de souche.»
Par contre, les enfants adoptés en Roumanie avant 1993 peinaient davantage en classe que les enfants venus d'ailleurs. Les enfants originaires de Russie ont aussi davantage besoin d'aide pour réussir leur scolarité. Mais on reconnaît aujourd'hui que certains de ces enfants portent les stigmates du syndrome alcoolo-foetal. «Les enfants qui ont souffert de graves privations gardent parfois des séquelles neurologiques à long terme qui se traduisent par des difficultés d'attention et des problèmes de divers ordres auxquels les meilleures familles du monde ne peuvent remédier», souligne le psychologue.
Mais M. Tessier se garde bien de ternir la réputation d'un quelconque pays. Il insiste sur le fait que les réalités sociales, politiques et culturelles régnant dans le pays à l'époque de l'adoption peuvent être à la source des difficultés rencontrées par les enfants.
Aux yeux du chercheur, les résultats de cette enquête signifient que les enfants adoptés à l'étranger ne méritent pas d'être étiquetés comme une population «clinique», c'est-à-dire hypothéquée et nécessitant des soins et des services particuliers. Il ne dément pas l'importance d'organiser des services destinés aux parents pour les aider à voir venir les problèmes qu'ils risquent de rencontrer.


Vision plus pessimiste


Ces résultats semblent peut-être contredire la vision plus pessimiste de deux spécialistes de l'adoption internationale au Québec, le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre à l'hôpital Sainte-Justine, et la travailleuse sociale Johanne Lemieux, auteur d'ouvrages de vulgarisation sur la question et qui oeuvre en clinique privée. Réjean Tessier explique cette divergence de perception par le fait que les deux spécialistes fondent leurs conclusions sur des observations effectuées en clinique hospitalière et privée, des endroits où se rendent surtout les nouveaux parents inquiets de l'état de santé de leur bambin récemment débarqué au Québec, de même que ceux qui sont aux prises avec des difficultés particulières qu'ils n'arrivent pas à surmonter. Or, «à leur arrivée au Québec, beaucoup d'enfants ont des problèmes, réplique Réjean Tessier. Dans notre enquête, les parents qui ont adopté dans l'année ont rapporté plus de problèmes que ceux qui ont adopté il y a deux ou trois ans car la plupart des enfants récupèrent au bout de quelques années, au point où ils se comparent très largement à la population normale. Dans notre étude, par contre, l'échantillon d'enfants adoptés a été puisé [aléatoirement] au sein de la population générale et non pas dans une clinique, où le nombre d'enfants ayant des problèmes sera nécessairement plus élevé.»
- Les problèmes rencontrés par les enfants adoptés à l'étrangers
Rapport du 10 juin 2005 du Développement social Canada

15/01/2006

Homoparentalité. Manifeste parlementaire pour la défense du droit fondamental de l'enfant d'être accueilli et de s'épanouir dans une famille composée d'un père et d'une mère.

174 parlementaires français s'opposent à l’adoption d'enfants par des couples homosexuels



Le mariage et l'adoption d'enfants par deux personnes du même sexe sont, déjà, au cœur du débat politique. Portées par certains, ces revendications seront des enjeux majeurs lors des élections de 2007.

Les premiers députés et sénateurs signataires, membres de l'Entente parlementaire (liste ci-dessous) s'opposent à ces revendications dans l'intérêt supérieur de l'enfant.

Le déni de la différence sexuelle, du sens de la procréation et de la filiation laisse entendre que le désir d'avoir un enfant serait suffisant pour devenir "parent". Ainsi, la promotion de l'adoption par des partenaires de même sexe, de la procréation médicalement assistée, du "tourisme procréatif" et de la gestation pour autrui se répand. Cette promotion est en totale contradiction avec le Code civil, le droit de la famille, avec les textes internationaux signés par la France et avec les principes universels d'indisponibilité et de non-patrimonialité du corps humain et de ses éléments.

L'État et le législateur n'ont pas à ériger en normes ce qui relève de la vie privée et des choix individuels. C'est pourquoi, la République protège la liberté individuelle tout en excluant toutes les formes de communautarisme.

À propos de "l'égalité des droits" : le discours en faveur de la possibilité de "produire de l'enfant hors sexe" repose sur le fait que les partenaires de même sexe, placés parmi les partenaires "stériles" seraient en droit de réclamer des réparations : le droit à l'enfant est alors présenté comme un dû. Or, ces personnes ont choisi une vie sans possibilité d'enfants ; qu'ensuite, ils souhaitent avoir à la fois le lien et les enfants que ce lien exclut est, sans doute, une contradiction douloureuse mais la Société ne peut l'accepter sans remettre en cause les repères sur lesquels elle est fondée et sur lesquels elle construit son avenir.

À propos des "discriminations" : sous prétexte de lutter contre une discrimination, il ne serait pas acceptable d'en créer une autre entre les enfants. Il serait, en effet, établi par la loi que certains enfants pourraient grandir sur le socle de la relation à deux parents – homme/femme – père/mère – et que d'autres seraient privés de cet atout, privés de ce lien fondamental reposant sur la lisibilité de leur filiation et sur le modèle de l'altérité. En tout état de cause, le principe de précaution, inscrit dans notre Constitution, s'impose.

Il ne nous paraît pas conforme à l'intérêt de l'enfant de permettre son inscription dans une filiation qui ne serait pas structurée sur l'altérité sexuelle des parents, et ce au risque de rendre sa généalogie incohérente et de l'exposer dangereusement à des difficultés d'identification et de structuration de sa personnalité.

Pour l'Entente parlementaire,
les coordinateurs

Jean-Marc NESME, député de Saône-et-Loire,
Bernadette DUPONT, Sénateur des Yvelines
Pierre-Christophe BAGUET, député des Hauts-de-Seine



La liste des signataires au 10 janvier 2005 :


ENTENTE PARLEMENTAIRE
pour la défense du droit fondamental de l'enfant d'être accueilli et de pouvoir s'épanouir dans une famille composée d'un père et d'une mère



Région ALSACE

CHRIST Jean-Louis, député du Haut-Rhin
HAENEL Hubert, sénateur du Haut-Rhin
HILLMEYER Francis, député du Haut-Rhin
MEYER Gilbert, député du Bas-Rhin
REISS Frédéric, député du Bas-Rhin
REYMANN Marc, député du Bas-Rhin
SCHNEIDER André, député du Bas-Rhin
SCHREINER Bernard, député du Bas-Rhin
SITTLER Esther, sénateur du Bas-Rhin


Région AQUITAINE

BOURRAGUE Chantal, député de Gironde
CAZALET Auguste, sénateur des Pyrénées Atlantiques
DIEFENBACHER Michel, député du Lot et Garonne
DIONIS du SEJOUR Jean, député du Lot et Garonne
GARRAUD Jean-Paul, député de la Gironde
LASSALLE Jean, député des Pyrénées Atlantiques
MAZOUAUD Bernard, député de la Dordogne
MERLY Alain, député du Lot et Garonne


Région AUVERGNE

GISCARD d'ESTAING Louis, député du Puy de Dôme
MARLEIX Alain, député du Cantal,
PRORIOL Jean, député de Haute Loire


Région BOURGOGNE

AUBERGER Philippe, député de l'Yonne
BEAUMONT rené, sénateur de Saône et Loire
BORDIER Pierre, sénateur de l'Yonne
COURTOIS Jean-Patrick, sénateur de Saône et Loire
De RAINCOURT Henri, sénateur de l'Yonne
EMORINE Jean-Paul, sénateur de Saône et Loire
GRILLOT Louis, sénateur de Côte d'Or
NESME Jean-Marc, député de Saône et Loire
NUDANT Jean-Marc, député de Côte d'Or
SAUVADET François, député de Côte d'Or


Région BRETAGNE

BOUVARD Loïc, député du Morbihan
GERARD Alain, sénateur du Finistère
KERGUERIS Aimé, député du Morbihan
LE FUR Marc, député des Côtes d'Armor
LE NAY Jacques, député du Morbihan
MENARD Christian, député du Finistère


Région CENTRE

BILLARD Joël, sénateur d'Eure et Loir
COSYNS Louis, député du Cher
DESCAMPS Jean-Jacques, député d'Indre et Loire
GERBAUD François, sénateur de l'Indre
HAMEL Gérard, député d'Eure et Loir
ROZIER Janine, sénateur du Loiret


Région CHAMPAGNE ARDENNE

DETRAIGNE Yves, sénateur de la Marne
MICAUX Pierre, député de l'Aube


Région FRANCHE COMTÉ

BAILLY Gérard, sénateur du Jura
BINETRUY Jean-Marie, député du Doubs
BRIOT Maryvonne, député de Haute Saône
CARLE Jean-Claude, sénateur de Haute Savoie
FRANCINA Marc, député de Haute Savoie
GRUILLOT Georges, sénateur du Doubs
RAISON Michel, député de Haute Saône
SERMIER Jean-Marie député du Jura
SOUVET Louis, sénateur du Doubs
THARIN Irène, député du Doubs
ZUMKELLER Michel, député du territoire de Belfort


Région ILE DE FRANCE

AMOUROUX Pierre, député des Yvelines
BAGUET Pierre Christophe, député des Hauts de Seine
BALKANY Patrick, député des Hauts de Seine
BETEILLE Laurent, sénateur de l'Essonne
BOUTIN Christine, député des Yvelines
BRAY Ghislain, député de Seine et Marne
BRAYE Dominique, sénateur des Yvelines
BRUNEL Chantal, député de Seine et Marne
COVA Charles, député de Seine et Marne
DUPONT Bernadette, sénateur des Yvelines
GALY-DEJEAN René, député de Paris
GOASGUEN Claude, député de Paris
GOURNAC Alain, sénateur des Yvelines
HOUEL Michel, sénateur de Seine et Marne
JULIA Didier, député de Seine et Marne
KOSSOWSKI Jacques, député des Hauts de Seine
LEQUILLIER Pierre, député des Yvelines
MASDEU-ARUS Jacques, député des Yvelines
MOTHRON Georges, député du Val d'Oise
MYARD Jacques, député des Yvelines
PINTE Etienne, député des Yvelines
PORTELLI Hugues, sénateur du Val d'Oise
PROCACCIA Catherine, sénateur du Val de Marne
SCELLIER François, député du Val d'Oise
TRON Georges, député de l'Essonne


Région LANGUEDOC ROUSSILLON

BLANC Jacques, sénateur de la Lozère
BLANC Paul, sénateur des Pyrénées Orientales
CUGNENC Paul-Henri, député de l'Hérault
FRANCO Arlette, député des Pyrénées Orientales
MACH Daniel, député des Pyrénées Orientales
MOURRUT Etienne, député du Gard
SAINT LEGER Francis, député de la Lozère


Région LIMOUSIN

AUCLAIR Jean, député de la Creuse
MOULY Georges, sénateur de la Corrèze


Région LORRAINE

BAUDOT Jacques, sénateur de Meurthe et Moselle
GUILLAUME François, député de Meurthe et Moselle
LANG Pierre, député de la Moselle
LETT Céleste, député de la Moselle
LONGUET Gérard, sénateur de la Meuse
PIERRE Jackie, sénateur des Vosges



MARTINIQUE

ALMONT Alfred, député de la Martinique


Région MIDI PYRÉNÉES

CARAYON Bernard, député du Tarn
GODFRAIN Jacques, député de l'Aveyron
PAIX Bernadette, député de la Haute Garonne
ROUMEGOUX Michel, député du Lot


Région NORD-PAS DE CALAIS

BOUT Brigitte, sénateur du Pas de Calais
DECOOL Jean-Pierre, député du Nord
DEPREZ Léonce, député du Pas de Calais
DESMARESCAUX Sylvie, sénateur du Nord
FLAJOLET André, député du Pas de Calais
GALLEZ Cécile, député du Nord
VANNESTE Christian, député du Nord


Région BASSE NORMANDIE

DENIAUD Yves, député de l'Orne
GATIGNOL Claude, député de la Manche
LEFRANC Jean-Marc, député du Calvados


Région HAUTE NORMANDIE

BESSELAT Jean-Yves, député de Seine Maritime
FIDELIN Daniel, député de Seine Maritime
GILARD Franck, député de l'Eure
REVET Charles, sénateur de Seine Maritime


NOUVELLE CALÉDONIE

FROGIER Pierre, député de Nouvelle Calédonie


Région PAYS DE LA LOIRE

BESSE Véronique, député de Vendée
GAUTIER Gisèle, sénateur de Loire-Atlantique
HERIAUD Pierre, député de Loire-Atlantique
LANDRAIN Edouard, député de Loire-Atlantique
LARDEUX André, sénateur du Maine et Loire
MERCERON Jean-Claude, sénateur de Vendée
PAPON Monique, sénateur de Loire-Atlantique
RETAILLEAU Bruno, sénateur de Vendée
RICHARD Dominique, député du Maine et Loire
SARLOT Joël, député de Vendée
TAUGOURDEAU Jean-Charles, député du Maine et Loire


Région PICARDIE

DASSAULT Olivier, député de l'Oise
GARD Daniel, député de l'Aisne
GEST Alain, député de la Somme
GIROD Paul, sénateur de l'Aisne
GONNOT François Michel, député de l'Oise
JARDE Olivier, député de la Somme
MARINI Philippe, sénateur de l'Oise


Région POITOU CHARENTES

BOBE Jacques, député de Charente
DOUBLET Michel, sénateur de Charente-Maritime


Région PROVENCE-ALPES-COTE D'AZUR

CHASSAIN Roland, député des Bouches du Rhône
COUVE Jean-Michel, député du Var
DUFAUT Alain, sénateur du Vaucluse
FERRAND Jean-Michel, député du Vaucluse
GILLES Bruno, député des Bouches du Rhône
GIRO Maurice, député du Vaucluse
LUCA Lionel, député des Alpes Maritimes
MALLIE Richard, député des Bouches du Rhône
PEYRAT Jacques, sénateur des Alpes Maritimes
RIVIERE Jérôme, député des Alpes Maritimes
VACHET Léon, député des Bouches du Rhône
VALLET André, sénateur des Bouches du Rhône
VITEL Philippe, député du Var


RÉUNION

AUDIFAX Bertho, député de la Réunion
PAYET Anne-Marie, sénateur de la Réunion
VICTORIA René-Paul, député de la Réunion


Région RHONE-ALPES

ARTIGUES Gilles, député de la Loire
BIANCHERI Gabriel, député de la Drôme
BLANC Etienne, député de l'Ain
BUFFET François Noël, sénateur du Rhône
CHOSSY Jean-François, député de la Loire
COCHET Philippe, député du Rhône
COLOMBIER Georges, député de l'Isère
DORD Dominique, député de Savoie
EMIN Jean-Paul sénateur de l'Ain
FENECH Georges, député du Rhône
MOYNE-BRESSAND Alain, député de l'Isère
NICOLIN Yves, député de la Loire
PERRUT Bernard, député du Rhône
PHILIP Christian, député du Rhône
REMILLIER Jacques, député de l'Isère
ROCHEBLOINE François, député de la Loire
VAGINAY Liliane, député de la Loire
VOISIN Michel, député de l'Ain


POLYNÉSIE

VERNAUDON Béatrice, député de la Polynésie française


FRANÇAIS ÉTABLIS HORS DE FRANCE

BRISEPIERRE Paulette, sénateur
GUERRY Michel, sénateur

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14/01/2006

Avis du Conseil des Femmes Francophones de Belgique sur l'adoption d'enfants par des couples homosexuels

Dans le cadre du débat parlementaire sur l'adoption par les couples homosexuels, le Conseil des Femmes Francophones de Belgique estime qu'il est inopportun que pour répondre au désir des adultes, la loi fasse abstraction de la réalité en permettant que soit créé, par le biais de l'adoption, un lien niant la différence de sexe qui est à l'origine de toute filiation. Le CFFB préférerait que l'on se limite à accorder sous certaines conditions l'exercice de droits parentaux au compagnon ou à la compagne du parent biologique ou adoptif lorsqu'il participe à l'éducation de l'enfant, droits éventuellement assortis de droits successoraux en faveur des enfants.

La commission Bioéthique du Conseil des Femmes Francophones de Belgique a examiné les propositions de lois déposées à la Chambre modifiant le Code Civil afin d’autoriser l’adoption par des couples homosexuels d’une part et d’autre part d’introduire la parenté sociale dans le Code Civil.

Ses membres ont estimé :

- qu’il convient de tenir compte de l’évolution d’une société dans laquelle, en raison de situations diverses, un nombre croissant d’enfants sont amenés à vivre au sein d’un couple homosexuel avec un de leurs parents et un partenaire de même sexe,

- qu’il est de l’intérêt de l’enfant que les personnes qui participent à son éducation puissent partager les droits et obligations de l’autorité parentale tant pendant la vie commune qu’après la dissolution du couple par décès ou séparation,

- que dans cette perspective, il convient de soutenir le projet de réforme tendant à introduire la parenté sociale dans le Code Civil,

- que cette institution juridique nouvelle pourrait concerner également des familles recomposées dans les cas où le partenaire d’un parent participe à l’éducation d’un enfant né d’un précédent mariage de son conjoint (ou compagnon(e)),

- qu’il serait souhaitable que le lien de parenté sociale puisse entraîner le bénéfice d’autres droits, comme la réduction des droits successoraux et de donation, - qu’il convient de souligner que la différence sexuelle n’est pas un trait social et culturel, que la bi-parentalité est le fondement de notre système de filiation et d’adoption,

- que même si certaines études considèrent qu’un enfant peut s’épanouir au sein d’un couple homosexuel, celles-ci sont relativement récentes et d’autres estiment par contre qu’il est de l’intérêt de l’enfant d’avoir des parents de sexe différent afin de construire son identité en s’identifiant à l’un et en se différenciant de l’autre,

- qu’affirmer qu’il existe une différence entre un homme et une femme ne constitue pas une discrimination ; qu’en outre un droit à l’adoption n’existe d’ailleurs pas pour les couples hétérosexuels,

- que les propositions ouvrant le droit à l’adoption pour les couples homosexuels auraient une portée plus large que l’objectif de rencontrer les situations où un enfant vit avec le partenaire homosexuel d’un de ses parents ; elles permettraient de créer un lien de filiation fictif avec deux membres d’un couple pour répondre au désir de ceuxci, sans lien de parenté préalable avec l’un d’eux.

- que la problématique de l’adoption relève du droit de l’enfant et non du droit des adultes, comme le souligne la Cour Européenne des Droits de l’Homme (arrêt du 26 février 2002) l’adoption vise « à donner une famille à un enfant, et non un enfant à une famille »,

- que si l’adoption par des couples homosexuels est ouverte en Belgique, il est a craindre que de très nombreux pays refusent que leurs enfants soient l’objet d’adoption en Belgique, alors que de nombreux candidats souhaitent adopter des enfants étrangers faute d’enfants belges susceptibles d’être adoptés,

- que la possibilité d’adopter un enfant par un couple homosexuel comporte un risque d’instrumentalisation de la femme, voire de commercialisation.

En conséquences

Le Conseil des Femmes Francophones de Belgique estime préférable d’accorder sous certaines conditions l’exercice de droits parentaux éventuellement assortis de droits successoraux en faveur des enfants, au compagnon ou à la compagne du parent biologique ou adoptif qu’il soit ou non du même sexe que le sien, lorsqu’il participe à l’éducation de l’enfant.

Il estime par contre qu’il est inopportun que pour répondre au désir des adultes, la loi fasse abstraction de la réalité en permettant que soit créé, par le biais de l’adoption, un lien niant la différence de sexe qui est à l’origine de toute filiation.


Source : CFFB

12/01/2006

France. Neuf enfants adoptés sur dix sont originaires de l'étranger.

Les personnes souhaitant adopter un enfant sont de plus en plus nombreuses en France, alors qu’à l’inverse, le nombre d’enfants adoptables nés en France diminue, la plupart des naissances étant aujourd’hui désirées. Beaucoup de familles candidates se tournent désormais vers l’adoption internationale. D’où viennent les enfants adoptés, et qui sont-ils? Qui sont de leur côté les candidats à l’adoption?
Une enquête inédite de l’Ined éclaire la question et permet notamment de comprendre pourquoi l’adoption est plus fréquente parmi les catégories sociales favorisées.
De plus en plus de parents sans enfant et de femmes officiellement célibataires cherchent à adopter alors qu'il y a de moins en moins d'orphelins en France, ce qui rend incontournable l'adoption internationale.

 

L'Institut national d'études démographiques (Ined) note dans l'étude (*), menée dans dix départements, que cette pénurie d'enfants disponibles en France provient du fait que la plupart des grossesses sont désirées désormais. Sur les 4.500 enfants adoptés dans l'hexagone en 2003, près de 4.000 (90%) sont nés à l'étranger.

 

La France est le deuxième pays au monde en nombre d'enfants étrangers adoptés, derrière les Etats-Unis (plus de 20.000 par an). Plus de 10.000 personnes déposent chaque année une demande d'adoption, un chiffre qui a presque doublé en quinze ans. Sur ce nombre, 8.000 obtiennent l'agrément, les autres renonçant à leur projet ou se voyant opposer un refus.

 

La validité de l'agrément étant de cinq ans, 25.000 candidats agréés étaient dans l'attente d'un enfant en 2003.
Neuf fois sur dix, les candidatures à l'adoption sont déposées par un couple. Lorsque c'est une personne seule, il s'agit presque toujours d'une femme; les demandes masculines sont rarissimes en effet (cinq sur 1.857 dans l'enquête).

 

D'où viennent ces futurs nouveaux Français ?

Il y a un quart de siècle, quatre enfants étrangers adoptés sur cinq venaient d'Asie, de Corée du Sud essentiellement. Aujourd'hui, ils viennent de tous les continents: 27% sont nés en Asie, 27% en Afrique, 26% en Amérique et 20% en Europe. Haïti, la Chine et la Russie sont les trois premiers pays d'origine.

 

En Chine, la politique de l'enfant unique conjuguée à la préférence pour les garçons a pour conséquence que la plupart des enfants proposés à l'adoption sont des filles. En Thaïlande et en Russie, ce sont surtout des garçons, "sans que l'on sache pourquoi": "Les différences d'un pays à l'autre s'équilibrent et il y a au total autant autant de garçons que de filles parmi les enfants adoptés", note l'Ined.

Lors de leur adoption, les enfants ont en moyenne deux ans et dix mois, ce qui recouvre néanmoins de grandes différences. L'âge moyen varie en effet de moins de six mois en Corée du Sud à près de sept ans au Brésil. Dans ce pays, les jeunes bébés sont en effet adoptés de plus en plus en priorité par des Brésiliens. Les enfants nés en France sont placés pour 57% pendant leur première année et 9% après leur septième anniversaire.



Pour sept couples sur dix, l'adoption est la seule solution, ayant dû renoncer à l'assistance médicale à la procréation, inopérante dans certains cas, ou trop contraignante. Mais il peut s'agir aussi du choix de pas recourir à cette méthode.

 

Un quart des adoptants sont dans un autre cas de figure: pour 12% c'est un choix en soi alors qu'ils peuvent très bien avoir des enfants naturellement et 12% sont devenus stériles après avoir au moins un enfant.

 

L'âge moyen à laquelle la mère adopte est de 38,5 ans (contre 27,5 pour celles qui mettent leur premier enfant au monde), la demande d'adoption ayant été déposé trois ans plus tôt en moyenne.

 

Sur le plan social, on trouve plus de cadres que d'ouvriers chez les hommes adoptants, le hiatus étant encore plus important chez les femmes seules. En effet, aucune ouvrière n'adopte un enfant seule, les trois quarts des candidates étant cadres. L'Ined note toutefois qu'au-delà d'éventuelles raisons psychologiques, "une adoption internationale reste difficile à réaliser avec un seul salaire, à moins que ce ne soit celui d'un cadre".

 

(*) "L'adoption en France : qui sont les adoptés, qui sont les adoptants ?"
Juliette Alifax et Catherine Villeneuve-Gokalp

 

Source : http://permanent.nouvelobs.com/

  

08/01/2006

Suicide, psychiatric illness, and social maladjustment in intercountry adoptees in Sweden: a cohort study. Dr Anders Hjern.

L' expérience scandinave.

En matière d’adoption internationale, les pays scandinaves ont des politiques progressistes avec un bon 15 ou 20 ans d’avance sur les autres pays occidentaux. Forts de ce recul que d’autres n’ont pas encore, la Suède ainsi que ses voisins norvégiens et danois ont réalisé de nombreuses études sur le développement des enfants adoptés. Leurs préoccupations ne sont pas que des projections théoriques que certains parents adoptants et organismes d’adoption aimeraient mieux voir reléguer à de pures lubies de médecins ou de travailleurs sociaux. La Scandinavie vit au quotidien les immenses victoires et joies de l’adoption internationale, mais aussi le revers de la médaille : la surreprésentation, par rapport au reste de la population du même âge ou de la même classe sociale, des adolescents et des adultes adoptés dans les services judiciaires, psychiatriques, de réhabilitation en toxicomanies ainsi que dans les morgues-oui, oui, les morgues.

À cet effet, voici la synthèse d’une toute récente étude, menée par le Dr Anders Hjern et son équipe du Centre d’épidémiologie du Conseil national Suédois de la santé et du Bien-être à Stockholm et publiée dans la revue médicale « The Lancet » du 10 août 2002 intitulée « Suicide, maladie mentale et difficultés d’ajustement social chez les adoptés à l’international en Suède : une étude exhaustive ». Le Dr Hjern et son équipe ont analysé de façon systématique tous les dossiers sociaux, médicaux et judiciaires de 8700 enfants adoptés en Asie et de 2620 enfants adoptés en Amérique latine dont les dates de naissance se situaient entre 1971 et 1979. De ce groupe de 11 320 personnes maintenant devenues adultes, 74 % avaient été adoptés à entre l’âge de 0 et 12 mois ; 16 % entre 1 et 3 ans ; 9 % entre 4 et 6 ans. Ils ont été comparés non seulement à 853, 419 adultes nés en Suède dans les mêmes années et vivant dans les mêmes milieux socio-économiques, mais aussi à un échantillon important d’immigrants du même âge.

Les conclusions sont les suivantes : la majorité se compare favorablement à leurs vis à vis suédois de naissance dans leur fonctionnement émotif et social. Mais un adulte ayant été adopté enfant à l’étranger présente un facteur de risque beaucoup plus élevé de problèmes psychologiques divers qu’une population comparable non adoptée. . Et ceux qui ne vont pas bien, ne vont vraiment pas bien.

- Un adulte ou un adolescent adopté à l’internationale sera 2 à 3 fois plus à risque d’avoir commis des crimes nécessitant un processus judiciaire que ses compatriotes non adoptés
- Un adulte ou un adolescent adopté à l’internationale sera 2 à 3 fois plus à risque d’avoir abusé de l’alcool que ses compatriotes non adoptés
- Un adulte ou un adolescent adopté à l’internationale sera de 5 fois plus à risque d’avoir eu des problèmes de consommations de drogues que ses compatriotes non adoptés
- Un adulte ou un adolescent adopté à l’internationale sera 3 à 4 fois plus à risque d’avoir été admis en psychiatrie pour tentative de suicide et autres problèmes de santé mentale graves que ses compatriotes non adoptés

Le Dr Hjern ne se contente pas d’énoncer platement ces chiffres, il se permet aussi de faire des recommandations précises suite à ces données. Parmi celles-ci, il invite les organismes ou œuvres d’adoption à informer honnêtement les postulants à l’adoption de la réalité des risques et des besoins particuliers des enfants qu’ils souhaitent adopter à l’étranger. Il fait également le souhait que les pouvoirs publics aient une politique claire pour que les enfants adoptés et leurs familles puissent avoir des accès faciles et rapides à tous les services diagnostiques, contrairement à ce qui se produit généralement, la capacité de prise en charge des parents adoptants étant souvent sur estimée par rapport à d’autres populations traditionnellement évaluées « plus à risque ». Dr Hjern recommande aussi que les enfants, les adolescents et les adultes adoptés à l’étranger reçoivent une côte de haute priorité lorsqu’ils font appel à des services sociaux ou des services psychiatriques. Pour finir, il en appelle à d’autres études pour élaborer la mise au point de méthodes d’interventions précoces durant la petite et la moyenne enfance afin de prévenir que de telles statistiques ne se perpétuent.

Malgré ce constat d’humilité, ces amis scandinaves ne remettent absolument pas en question la pertinence de l’adoption internationale. L’arrivée d’un enfant par adoption internationale est pour la Suède un apport social et démographique si positif et nécessaire que les parents y reçoivent l’équivalent d’environ $15 000.00 Canadiens, un peu plus de 10 000 euros, et ce, directement du gouvernement, pour payer la majeure partie de leur adoption ! Qui dit mieux ?

Auteur : Johanne Lemieux, travailleuse sociale
Bureau de consultation en adoption de Québec, Ste-Foy, Québec, Canada

Source : http://www.meanomadis.com

 

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06/01/2006

La justice prélève l'ADN d'un enfant né sous X pour confondre son père accusé de viol.

La recherche de la vérité plus forte que le secret de la naissance

 

La justice a tranché en Avignon : entre le respect de la loi sur l'accouchement sous X et la recherche de la vérité dans une affaire de viol, elle a sacrifié le sacro-saint secret des origines pour tenter de confondre un violeur. Il y a quelques semaines, un juge d'instruction avignonnais a fait prélever la salive d'un enfant de 18 mois contre la volonté du préfet, tuteur légal de ce bébé né sous X.

Bras de fer. Le magistrat cherchait à établir la preuve de la paternité d'un homme accusé par la mère de l'avoir violée. Il l'a obtenue grâce à la comparaison des empreintes génétiques, et après un long bras de fer avec l'administration qui a tenté jusqu'au bout de préserver l'institution de l'accouchement sous X. Pour procéder aux expertises d'ADN, il a en effet fallu briser le secret de l'accouchement, des origines et du lieu où était placé le bébé en vue de son adoption. «On a joué sur plusieurs textes de loi, cela n'a pas été simple. On voulait savoir la vérité et on y est arrivé», se félicite un enquêteur.

 

Au départ, il s'agit d'une «affaire banale», selon la police avignonnaise : en septembre 2004, une jeune fille de 15 ans, soutenue par sa mère, porte plainte pour viol contre un homme de 20 ans. L'agression remonterait à la fin de l'année 2003, selon le Dauphiné libéré du 4 janvier. L'agresseur qu'elle désigne nie le viol et même les relations sexuelles. Les faits sont anciens : il n'y a ni témoignages ni preuves matérielles, «sauf l'enfant qu'elle a eu et qui pourrait démontrer au moins que l'homme a bien eu des relations avec elle», indique une source. L'adolescente a en effet donné naissance à un enfant en août 2004. Mais elle a demandé à bénéficier de la procédure de l'accouchement sous X. Cela signifie, en droit, qu'elle n'a jamais accouché, et qu'aucune filiation ne pourra la rattacher à ce bébé qui, jusqu'à son adoption, n'a ni père, ni mère, ni même état civil.

 

Au cours de l'instruction, l'adolescente rompt le secret de son accouchement en révélant le lieu, la date de naissance et le sexe du bébé. Le parquet prend alors des réquisitions pour que l'on prélève l'ADN du bébé afin de le comparer à celui du présumé agresseur. Le préfet, tuteur légal, et l'Aide sociale à l'enfance, gardienne de l'enfant, refusent. Ils hésitent, mettent en avant le code civil qui empêche de rattacher ce bébé à celle qui se dit être sa mère. Ils évoquent également l'intérêt du bébé qui n'a pas à subir cette agression en plus de l'abandon, et l'esprit de la loi qui ne permet la levée du secret qu'à la majorité de l'enfant. «La chance des enquêteurs dans cette histoire, c'est que le bébé n'avait pas été encore adopté plénièrement, il était juste confié en vue d'adoption et il n'y a pas eu à se battre contre des parents qui auraient pu ralentir la procédure, explique une source judiciaire. De plus, s'il avait été adopté, le préfet pouvait vraiment les embêter avec le secret professionnel qui lui interdit de révéler l'endroit de l'adoption.»

L'affaire prend une dimension juridico-judiciaire inédite. Différentes instances éthiques et sociales sont consultées. «Il y avait en balance une adolescente de 15 ans qui n'avait pas d'autres moyens de faire reconnaître la violence qu'elle avait subie, et de l'autre côté, ce bébé dont il n'était peut-être pas nécessaire de charger l'histoire déjà douloureuse», explique un juriste qui a fait part de ses «réserves». «Au parquet et à l'instruction, il y a des pénalistes, explique un autre juriste. Ce qui compte, ce sont les faits. Pour eux, la fiction du droit civil qui raconte que la femme ayant accouché sous X n'a pas accouché, cela ne tient pas.» D'autres questions, aussi : «Est-ce que, dans le cadre d'un viol donnant naissance à un enfant reconnu par sa mère, ils auraient procédé à ce genre d'expertise ? Est-ce parce que cet enfant est né sous X et n'a donc pas de parents qu'ils le font ?»

Ethique. Cette affaire fragilise, en tout cas, l'institution de l'accouchement sous X, qui concerne entre 500 et 600 enfants par an. La forteresse juridique de l'anonymat a été ébranlée par une accusation de viol : face à la volonté du parquet, l'administration n'a pas pu maintenir le secret. «Ce n'est pas la première fois que le cas de figure se présente, mais jusqu'à présent, les jeunes femmes poursuivaient leurs agresseurs sans lever le secret», admet Marie-Christine Le Boursicot, magistrate, secrétaire générale du Cnaop (Conseil national pour l'accès aux origines personnelles). Une histoire similaire est en cours d'instruction, et il y a plusieurs années, la cour d'assises de Versailles avait demandé la levée du secret pour établir l'accusation d'inceste, avant d'y renoncer.

 

«Sur le plan éthique, l'histoire d'Avignon me pose un problème, ajoute Marie-Christine Le Boursicot. On instrumentalise l'enfant pour obtenir la condamnation de son père génétique. C'est quelque chose qui va être lourd à porter. C'est la réalité, certes...» Lors de sa dernière garde à vue, juste avant Noël, le père «génétique» a reconnu qu'il avait eu des relations sexuelles avec la jeune fille, mais «consenties». Il a été écroué à l'occasion des fêtes de fin d'année. Il venait d'être mis hors de cause dans une autre affaire de viol collectif, commis dans une cité d'Avignon.

 

Source
Forum

 

14:40 Écrit par collectif a & a dans Nés sous X | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : né sous x, adoption | |  del.icio.us

04/01/2006

France. Appel des professionnels de l'enfance


Faut-il autoriser l'adoption d'enfants au sein d'unions homosexuelles ?

. L’association loi 1901 "Appel des professionnels de l’enfance" s’est constituée peu à peu à partir du mois d’octobre 2004 autour d’une réflexion sur le thème de l’adoption des enfants par des unions homosexuelles.
. Des personnes du monde de l’enseignement, des pédopsychiatres, des pédiatres, mais aussi des parents ont participé à la réflexion qui aboutit à la rédaction du texte de l’appel.
. Notre intention est de mener la réflexion en prenant d'abord en compte l'enfant et son développement personnel.
. L'association n'est rattachée à aucune religion ni à aucun parti politique. L'appel s’adresse à quiconque travaille auprès des enfants et veut rassembler toutes les personnes au-delà de convictions politiques, philosophiques et religieuses.
. Notre objectif est de rassembler le plus grand nombre possible de signatures afin de peser sur le débat.


Professionnels de l'enfance, confrontés chaque jour à la délicate question de l'éducation des générations futures, nous ne pouvons ignorer les difficultés et les souffrances de nombre d'enfants lorsque les repères essentiels leur font défaut.

Certaines personnes, dans les milieux homosexuels, avancent aujourd'hui la revendication de se voir attribuer par la société le statut de parents d'enfants, grâce à l'adoption ou à des procédés de procréation médicalement assistée, aboutissant à laisser croire qu'un enfant pourrait avoir deux papas ou deux mamans.

Nous constatons qu'une telle question ne prend pas en compte d'abord l'intérêt de l'enfant, mais une revendication de quelques adultes.

Au sein des familles constituées à partir d'un homme et d'une femme, il arrive que des difficultés non résolues fragilisent les relations familiales et, de ce fait, la personnalité de l'enfant. Professionnels de l'enfance, nous savons que certains de ces manques peuvent être compensés ; nous sommes tous engagés au quotidien, avec les moyens qui sont les nôtres, pour que les enfants soient aussi épanouis que possible, malgré les difficultés qu'ils peuvent rencontrer.

Cependant, nous ne pouvons accepter l'idée que l'on va délibérément priver des enfants d'un père ou d'une mère. Ces enfants souffriraient de l'absence d'un repère élémentaire pour la construction de leur personnalité.

Nous voyons également combien une telle évolution pourrait bientôt nous interdire de nous référer à la nécessaire complémentarité des sexes, élément pourtant fondamental de la structuration de la personne. Quels sens auront les mots « papa » et « maman » si importants pour l'équilibre psychologique et affectif de l'enfant ?

Comment balayer d'un trait ce que la psychanalyse et la psychologie ont confirmé au siècle dernier ?

Nous considérons de notre devoir de lancer solennellement un appel pour que soit reconnu a priori le droit universel de l'enfant à être éduqué par un homme et une femme, tout en maintenant notre implication et celle de la société quand les inévitables accidents de la vie privent, toujours douloureusement, certains enfants de l'un ou l'autre parent.

Nous demandons à l'État d'exercer pleinement ses responsabilités en soutenant de manière cohérente ceux à qui il confie la charge d'éduquer les enfants d'aujourd'hui pour former les adultes de demain.


Appel des professionnels de l’enfance
BP 1746
37074 Tours cedex 2
France

D'autres articles :

- L'enfant L'Oréal, et le goût de la grenadine. Docteur Jean-Paul Matot
- Arguments relatifs à la psychologie de l'enfant en défaveur d'une adoption par les couples homosexuels. Professeur Jean-Yves Hayez, pédopsychiatre
- Dans l'intérêt de l'enfant vraiment ? de Diane Drory, psychologue
- Lettre du Service de Santé Mentale de Tournai à la Chambre des Représentants de Belgique
- Adoption homoparentale. Les psys belges engagent à la prudence. J.P. Leclercq, psychologue
- Adoption et couples homosexuels. Christian Van Rompaey, Journal "En marche"
- Adoption homosexuelle : un nouvel argument d' autorité. Xavier Lacroix

 

10:30 Écrit par collectif a & a dans Appel | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : adoption, homoparentalité | |  del.icio.us

02/01/2006

L'enfant adopté : en-quête de sens et questions d'identité. Yves-Hiram Haesevoets

Introduction : enfant de personne ou enfant de personnes?

Le thème de l’adoption est largement abordé dans la littérature. Les biographies psychologiques sont de plus en plus nombreuses. Le phénomène de l’adoption est pourtant comme un arbre qui cache la forêt. Comme sujet d’actualité socio-psychologique, l’adoption est un thème de plus en plus médiatisé et paradoxalement, le nombre d’enfants adoptés n’évolue pas. Par contre la quantité d’enfants orphelins, abandonnés et livrés à eux-mêmes ne cesse d’augmenter partout dans le monde. En relation avec des contextes difficiles, des conflits armés, des massacres et autre épidémie planétaire, beaucoup d’enfants « adoptables » sont enrôlés dans des circuits d’exploitation et/ou détournés de leur vraie vie. Face à l’inégalité croissante et à la fracture sociale grandissante, les enfants ne sont pas égaux devant les malheurs existentiels. Autrement dit, tous les enfants abandonnés ne deviennent pas des candidats à l’adoption. L’adoption s’articule pourtant de manière quasi dialectique avec le phénomène de l’abandon. Pour certains, l’adoption représente la seule manière de s’assurer une descendance. Outre d’éventuels problèmes de stérilité, cette filiation légale offre aux plus nantis l’opportunité d’exprimer leur désir d’enfant autrement que par la voie de la procréation ordinaire.

Malgré le nombre réduit d’enfants adoptés, l’adoption comme problématique singulière intéresse cependant plus les médias et attisent la curiosité et l’intérêt du grand public. Tantôt décriée, tantôt idéalisée, l’adoption est devenue un réel phénomène sociologique. N’empêche que certaines familles adoptives traversent des épreuves plus ou moins douloureuses et que certains enfants adoptifs souffrent de quelques vicissitudes (existentielles et/ou psychologiques) intimement liées à la pénibilité de leur histoire personnelle.

A priori, l’adoption ne comporte pas en soi de particularités pathologiques en termes de conflits interpersonnels ou de troubles psychiques spécifiques. Ce sont plutôt les circonstances de l’adoption et les conditions dans lesquelles elle s’exerce qui influencent le devenir de l’enfant adopté et le développement de sa personnalité. Lorsqu’ils consultent, les adoptants attribuent souvent au seul fait de l’adoption les troubles présentés par l’enfant adopté. De nombreux adolescents adoptés justifient aussi la cause de leurs problèmes, de leur malaise, de leurs fugues ou de leur révolte par leur situation d’adoption. Dans le domaine de la psychopathologie infanto-juvénile, les symptômes, angoisses, troubles du comportement et inhibitions ne sont pas spécifiques des enfants adoptés et se retrouvent dans la population générale. Mêmes si des questions spécifiques se posent, les enjeux psychologiques et familiaux qui sous-tendent les relations affectives entre parents et enfant sont analogues à ceux des autres familles. Les problématiques dépendent aussi du mythe familial, des troubles individuels endogènes, des transactions interpersonnelles, de l’histoire de chacun des parents et des ressources mobilisées pour traiter les difficultés rencontrées. Même informé de ce que ses parents ne sont pas ses géniteurs et dès lors qu’il prend conscience de sa « différence », l’enfant adopté n’échappe pas aux transactions habituelles qui fondent sa constellation familiale. Au même titre qu’un enfant lié chromosomiquement à ses géniteurs, il intègre le conflit oedipien, il fait la découverte de la scène primitive, élabore fantasmatiquement un roman familial, se construit narcissiquement, s’individualise, etc. Ces remaniements psychiques font partie de son héritage et participent à la structuration de son identité et de sa pensée. Indépendamment de sa continuité génétique, l’enfant adopté, surtout s’il a été accueilli très tôt, s’inscrit dans une généalogie, une parentalité réciproque et une filiation, de la même manière qu’un enfant dit « naturel ».

Dans certains contextes parfois difficiles, la question de l’abandon vient souvent télescoper celle de l’adoption. Il n’est pas rare de constater chez les enfants adoptés des troubles psychoaffectifs en relation avec le fait d’avoir été abandonné par leurs parents biologiques. Les parents adoptifs doivent gérer les blessures affectives de l’enfant liées à son expérience d’abandon. Les difficultés que vit l’enfant sont presque toujours les mêmes mais il peut les subir de façon plus ou moins intense. L’enfant éprouve l’angoisse de rétablir une relation d’attachement affectif, de peur d’être de nouveau « trahi » et abandonné. L’angoisse réveille un sentiment de culpabilité ou la perte de l’estime de soi : « j’ai été rejeté parce que je ne valais rien ». Enfin, apparaissent des sentiments d’agressivité que l’enfant retourne contre lui-même ou contre les autres, en fonction de son tempérament et de son âge. Le processus d’attachement aux parents adoptifs dépend autant de la capacité de l’enfant à « s’ouvrir » à ses nouveaux parents que de la « force affective » des parents adoptifs. Ces difficultés sont différentes selon les individus qui traversent parfois des périodes de réaménagements psychiques surtout au moment de l’adolescence. Les questions identitaires émergent et peuvent occasionner d’éventuels problèmes personnels d’intensité variable. L’enfant qui naît sous anonymat est parfois un enfant sans droit absolu qui rêve aussi de parents idéaux. Il est comme la fleur sans racines qui ne parvient pas à éclore.


Un questionnement identitaire légitime

Les enfants adoptés sont-ils plus susceptibles de développer un trouble de l’identité ou de la personnalité? Ceux qui entreprennent des recherches sur leur origine risquent-ils de perturber leur existence et de subir plus de problèmes psychoaffectifs que ceux qui ne s’y intéressent pas? Existe-t-il des liens entre trouble de l’identité ou de la personnalité et adoption? Peu d'études sont consacrées à ce sujet mais quelques unes semblent démontrer que certains troubles spécifiques apparaissent après coup dans certaines situations où l’abandon serait à l’origine d’un stress post traumatique. L'écoute de la souffrance de certains enfants adoptés devenus adolescents ou adultes apportent de nombreux témoignages et contribuent à mieux comprendre ces problèmes.

« Qui m’a mis au monde et pourquoi ai-je été abandonné par cette personne? » est probablement la question universelle que se posent de nombreux enfants adoptés. La recherche d’une réponse ressemble parfois à un parcours initiatique prévalant à une sorte de renaissance ou de réconciliation avec soi-même. Au-delà des réponses qui blessent parfois, la personne adoptée essaye de mieux se connaître, de retrouver la confiance en soi et de continuer à se construire.

« Pour quelle raison suis-je venu au monde? » revient parfois comme une idée fixe et confronte l’enfant adopté à la question de l’amour et du désir à l’origine de sa naissance. A l’adolescence, l’enfant adopté traverse une crise existentielle qui remet en question de nombreux aspects de son histoire. Il imagine son parent naturel jusqu’au fantasme. Il pense que son géniteur fait partie de lui, que son sang coule dans ses veines ou qu’il lui appartient.

« Qui est cette femme qui m’a porté? » est une question essentielle qui amène souvent la personne adoptée à revenir sur son lieu de naissance et/ou rechercher la moindre trace de sa mère, le moindre témoignage de ceux qui l’ont connue.

« En me mettant au monde, est-ce que ma mère a pensé à moi et aux conséquences de mon abandon? » est une question plus sophistiquée qui rend encore plus difficile, voire impossible, le recueil d’une réponse satisfaisante. Cette quête quasi spirituelle peut conduire à une véritable obsession et engendrer des complications inattendues et perturbatrices pour l’équilibre psychique de la personne. Impliquant de grosses déceptions, cette recherche des origines peut réactiver des traumatismes précoces sans savoir qu’en faire et comment réagir.

Se retrouver ainsi confronté à sa propre histoire en faisant marche arrière sur le passé de ses origines, implique inévitablement des moments difficiles et bouleversants qui ouvre des blessures profondément ancrées. Psychiquement, cette manière de retourner le couteau dans la plaie de son histoire n’est pas sans danger. Il ne suffit de retourner les traces de ses origines pour guérir du traumatisme de l’abandon.


Quelques données cliniques

D’après Wilson et al. (1986) qui ont étudié les troubles « borderline » chez les sujets adoptés, beaucoup de patients adoptés hospitalisés (10 sur 21) présentent un diagnostic de trouble de la personnalité « borderline ». Les psychiatres américains observent une sur-représentation parmi les personnes adoptées des garçons avec trouble de l'identité de genre. Le pourcentage de garçons avec des problèmes d'identité de genre qui avaient été adoptés très tôt (7.6%) semble plus important que ceux des garçons adoptés durant les deux premières années de leur vie (1.5%). Slap G, Goodman E, Huang B. (2001) considèrent l’adoption comme un des facteurs à risque pour des tentatives de suicide durant l'adolescence. Les personnes adoptées diffèrent des personnes non adoptées sur 4 des 26 variables. Ils semblent plus disposés à faire des tentatives de suicide (7.6% contre 3.1%) et à avoir reçu des soins psychologiques dans l'année précédente (16.9% contre 8.2%), alors que leur mère présente une plus grande éducation parentale et perçoit de bons revenus familiaux.

Hjern A, Lindblad F, Vinnerljung B. (2002) étudient les risques suicidaires, les suicides, les maladies psychiatriques et les problèmes d’inadaptation sociale chez les personnes adoptées venant d'un autre pays en Suède. Les adoptés en Suède présentent un risque élevés de problèmes mentaux graves et d'inadaptation sociale à l'adolescence et au début de l’âge adulte.

Cubito D. et Brandon K. (2002) analysent les modifications psychologiques chez les adultes adoptés (estimation de la souffrance, depression, et colère) en contact ou non avec leurs parents biologiques. Cette analyse considère les critères suivants : le genre, le statut de leurs recherches, ceux qui n'avaient jamais cherché, ceux qui cherchaient, et ceux qui avaient eu un contact avec leurs parents biologiques, et les antécédents d'utilisation de services de santé mentale. Comparé à des données normatives, l'échantillon a rapporté des niveaux considérablement plus élevés d'inadaptation psychologique; seules les femmes adoptées avaient un score plus élevé de mesure de colère. Les scores moyens des adoptés étaient élevés mais ne s'approchaient pas des niveaux typiques des populations non hospitalisées.

Warren (1992) rapportant des données épidémiologiques à partir d’un échantillon national de 3698 adolescents, parmi lesquels 145 sont adoptés, indique que l'adoption augmente sensiblement la probabilité d'orientation vers un traitement psychiatrique, même après avoir observé le fait que les personnes adoptées affichent plus de problèmes comportementaux et viennent de familles plus éduquées. Cette situation s'explique par le fait que les adoptés sont plus facilement envoyés en consultation même lorsqu’ils affichent peu de problèmes. Ainsi, contrairement au mythe populaire et à la tradition clinique, la sur-représentation des jeunes adoptés dans les institutions n'est pas attribuable seulement au fait que les adoptés développent plus de problèmes.


La question de l’abandon, entre solution du désespoir et du moindre mal

L’enfant sans famille et élevé en institution n’a pas l’opportunité de se construire de la même manière qu’un enfant qui évolue auprès d’une famille de substitution. Lorsqu’il ne dispose pas de substituts parentaux, l’enfant abandonné éprouve d’énormes difficultés à se projeter fantasmatiquement, à se construire narcissiquement et à trouver des repères identitaires suffisamment fiables. Par manque de relais parentaux, ses processus psychiques en panne génèrent alors des cas de névroses de destinées, des psychoses mélancoliques ou des débilités névrotiques. L’enfant abandonné ayant vécu sans famille de substitution tente alors d’élaborer psychiquement son propre roman familial lui servant d’appui à des modèles identificatoires parfois originaux mais souvent défaillants (troubles du lien, abandonnisme). Par certains mécanismes plus ou moins pathologiques, des passages à l’actes (fugues, drogue, délinquance, etc.) ou des expériences extrêmes, il fait des tentatives pour élaborer les fondements de son narcissisme affectivement carencé par des événements précoces dévastateurs (angoisses de néantisation ou de morcellement). En errance, il cherche parfois à retrouver quelques traces de ses origines, recherche des parents idéaux ou abandonne l’idée qu’il a eu des géniteurs.

Parfois blessé par les circonstances de la vie, l’enfant abandonné cherche à compenser et regrette d’avoir eu ces parents-là et pas d’autres. Suivant les mêmes raisons que certains enfants légitimes malheureux, maltraités ou déçus par des parents « vulnérables », il imagine d’autres géniteurs et s’invente un destin différent. Le fantasme compense ainsi les blessures de l’enfance même si le principe de réalité ne coïncide pas avec son nouveau roman familial.

Il semble difficile de comprendre pour un enfant adopté les raisons qui ont poussé ses parents (sa mère en particulier) d’origine à l’abandonner. Différents cas de figure existent et il serait fastidieux de tous les décrire. Différentes circonstances conduisent à l’abandon, à la perte ou à la séparation. Erreur de jeunesse ou de parcours, adolescente enceinte, grossesse accidentelle ou non désirée, difficultés socio-économiques insurmontables, décès des parents, troubles mentaux des parents, déchéance de la responsabilité parentale, etc.

La plupart des parents qui abandonnent leur enfant ne sont pas indifférents à son sort mais préfèrent cette solution en souhaitant qu’elle lui laisse plus de chance et d’opportunité de bonheur. Le manque, l’absence et la culpabilité des parents qui abandonnent restent présent à leur esprit même s’ils reconstruisent leur vie de manière différente, mettent au monde et élèvent d’autres enfants.

Ces situations ne sont pas toujours faciles à vivre et certains préfèrent oublier. Ils appréhendent cependant le jour où l’enfant qu’ils ont abandonné viendra frapper à leur porte. La culpabilité du parent qui abandonne fait écho à travers la trace laissée par l’oubli.

Certains parents recherchent activement l’enfant qu’ils ont abandonnés. Toutefois, l’enfant adopté bénéficie d’une certaine protection. Une fois abandonné officiellement, il est sous la responsabilité juridique de l’Etat et/ou de ses parents adoptifs. Même majeur, il n’est pas obligé d’autoriser son parent à reprendre des contacts avec lui.


L’adoption comme filiation alternative et légale

L’adoption est une forme particulière de filiation régie par la législation et déjà inscrite dans le droit romain. Cette filiation organisée par le droit existe dans de nombreux pays et apparaît à différentes époques tantôt comme un besoin collectif (transmission du patrimoine) ou politique (succession du pouvoir), tantôt pour satisfaire des demandes plus individuelles (mariages stériles, aide aux enfants abandonnés, secours collectif aux enfants déshérités). Dans certaines cultures, les pères issus des classes sociales aisées ont besoin d’un fils pour maintenir l’héritage du côté du pouvoir et de la propriété. Dans l’adoption moderne, d’autres motivations gagnent les esprits, comme le simple désir d’être parent ou le fantasme d’enfant.

D’une part, le droit d’être parent au-delà de l’exercice de la sexualité ou de la procréation naturelle apparaît dans une société occidentale où le droit à la contraception et à l’avortement s’érige en modèle de liberté. D’autre part, avoir un enfant devient le modèle sublimé de néantisation de la pulsion de mort qui accompagne l’être humain tout au long de son existence.

Soucieux de sa descendance et de son héritage, et du fait de la stérilité de son épouse Joséphine, Napoléon Bonaparte s’est préoccupé de légiférer en matière d’adoption. Déjà sous l’empire romain, le pouvoir se transmet non par les liens du sang ou de la famille, mais par l’adoption tardive d’un successeur jugé digne de confiance et compétent. Tout en s’inspirant du droit romain, le Code Napoléon a donné le code civil (1804) des Français élaboré au début du XIXe siècle. Résultant de la sociologie de l’époque, le Texte de loi protège le patriarcat dominant et surtout le patrimoine. En protégeant les héritiers « légitimes » des aventures anteconjugales ou extraconjugales de leur père, il délègue aux enfants naturels et aux « bâtard » l’ignorance des origines. Cette mentalité ancestrale se retrouve en filigrane de tous les textes suivants. L'idée de l'adoption plénière comme une « nouvelle naissance » s'inscrit dans cette même tradition. Recueillir un enfant et lui transmettre son nom et son héritage n’a pas été accepté aussi facilement au cours de l’histoire contemporaine (l’adoption des enfants n’est légale en France que depuis 1923). A partir des années cinquante, la législation des pays démocratiques offre aux enfants adoptés des garanties en imposant les conditions légales qui aménagent à la fois l’abandon et le projet d’adoption.

L’adoption motivée par le simple désir d’enfant remet ainsi en question les fondements traditionnels de la société patriarcale, de la transmission patrimoniale et de la filiation légitime. Alors qu’aujourd'hui, il n’existe plus d’enfant illégitime, naître dans l’anonymat d’un dossier et disparaître dans les méandres d’une administration dépositaire d’un secret est encore possible.

Dans nos sociétés, la tradition du secret est relativement ancienne et profondément ancrée à l’histoire de la famille. L’adoption implique souvent des secrets et des tabous. Or, plus il existe de secrets ou des non-dits, plus les enfants fabriquent des symptômes et plus les familles souffrent de génération en génération. Plus la filiation est incertaine, moins l’identité de l’enfant adopté se retrouve dans les chemins escarpés de son histoire familiale. Les enfants abandonnés ou adoptés souffrent souvent du climat de secret entourant leurs origines et/ou les causes de leur placement familial.


La révélation de l’adoption : les enjeux inconscients d’un tabou

Depuis des années, les parents adoptifs sont conscients qu’il est important d’informer l’enfant à propos de son adoption et de ses origines. Il ne suffit pourtant pas de lui montrer une ancienne photo, de lui indiquer sur une carte le pays d’où il vient ou la pouponnière où il est né. Afin de désamorcer l’éventuel traumatisme de son abandon ou les perturbations induites par la découverte de sa filiation originale, il importe de lui dire la vérité le plus tôt possible. Même difficile, cette décision d’informer l’enfant apparaît comme essentielle à son épanouissement personnel et à la construction de son identité. Toutefois, les parents adoptifs sont souvent angoissés à l’idée que l’enfant les rejette ou soit perturbé à long terme par cette annonce qu’ils ne sont pas ses « vrais parents ». L’enfant découvre ainsi que ses fantasmes originels (la généalogie par le sang) ne correspondent pas à la réalité et qu’il est issu d’une autre filiation.

Même si dans un premier temps, les enfants réagissent de manière différente ou inattendue, il importe de rester disponible et sensible aux nombreuses questions qu’ils (se) posent, et continuent de poser au cours de leur existence. Cette révélation peut faire l’objet d’un accompagnement soutenant de la part d’un spécialiste de l’adoption. Il ne faudrait cependant pas imaginer qu’il suffit de lever le secret concernant l’adoption pour faire disparaître les difficultés psychologiques propres à l’enfant. Dans certaines situations, la non révélation participe à des troubles psychoaffectifs présents chez l’enfant. Plus ou moins associé à des transactions systémiques peu favorables à la communication de l’information et/ou à une histoire familiale particulière, le maintien du secret relève de certains désirs inconscients relativement complexes.

A cause d’une culpabilité intimement liée à leur propre roman familial, il arrive aussi que les parents adoptifs refusent catégoriquement de révéler à l’enfant sa véritable filiation. Avec un décalage d’une génération, ils réactualisent leur propre culpabilité à travers l’enfant adopté actuel qui représente symboliquement l’enfant réparateur ou celui qu’ils auraient voulu être dans leur propre histoire. Par le biais de l’adoption, ils se réconcilient avec leur traumatisme infantile ou veulent maintenir hors de portée cette culpabilité qui les ronge. La révélation de l’adoption pourrait réactiver les ressentiments et les angoisses liées à leur propre roman familial. Ils ne veulent pas que leur enfant idéalise ses parents naturels et se désolidarise de leur filiation. Par l’analyse de ces craintes concernant la révélation de l’adoption et/ou la recherche des géniteurs, il est possible de mieux comprendre les déterminants de l’adoption. Cette crainte des adoptants corresponde souvent à des mécanismes inconscients de protection, souligne la dynamique intrafamiliale et révèle le sens profond de la place symbolique de l’enfant adopté dans l’économie psychique des parents adoptifs.

Le désir conscient ou inconscient de ne pas transmettre la vérité à l’enfant adoptif est souvent révélateur d’une démarche plus psychopathologique de déni relative à la dénégation de la sexualité et du besoin de procréation. Au-delà des problèmes de stérilité ou d’infécondité (soulevant des problèmes personnels sexuellement tabous), l’enfant découvre en plus la signification de son adoption comme inclue à l’économie psychique des adoptants. L’ignorance sur ses origines, la sexualité et la procréation créent toujours chez l’enfant des sentiments mitigés qui troublent son développement et entretiennent des angoisses tardives, d’autant plus lorsque les parents ne parviennent pas toujours à bien transmettre ces informations. La connaissance précoce permet pourtant au psychisme de l’enfant de mieux se construire et peut réduire l’effet traumatisant des fantasmes originaires. Le dévoilement de l’adoption révèle parfois différentes couches de secret et atteint des zones d’intimité personnelle souvent difficile à découvrir, à vivre ou à exprimer. La maîtrise du stress émotionnel induit par ce genre de situation est aussi révélatrice de la bonne santé psychologique des protagonistes.

La révélation de son adoption à l’enfant adopté remet parfois en cause les capacités de procréation du couple adoptif et/ou la stérilité de la femme ou de l’homme. Cette transmission d’informations gardées secrètes à un moment ou à un autre renforce aussi les fantasmes inconscients concernant la vie sexuelle et le désir d’enfant des parents adoptifs. La difficulté d’être parent biologiquement peut révéler une sorte d’incompatibilité à s’assumer en tant que couple. L’incompatibilité biologique entre partenaires sexuels peut également remettre en cause leur durabilité relationnelle. Atteint dans sa puissance créatrice et narcissique, l’un ou l’autre partenaire peut décider de rompre. La rupture signifie qu’il délaisse l’autre à sa problématique de stérilité. La crise de la stérilité n’implique pas toujours une rupture définitive. En dépassant cette période de déséquilibre et en renouant d’autres liens libidinaux gratifiants et restructurants, le couple peut élaborer un nouveau projet et voir émerger un désir d’adopter ensemble un enfant qui représentera le prolongement réel du couple réparé. L’adoption comblerait ainsi l’incapacité de procréer du couple adoptif ou l’infécondité de l’un ou l’autre des partenaires.

La manière dont l’enfant adopté est investi par ses nouveaux parents et la place qu’il occupe dépendent de son rôle dans l’imaginaire familial. Sa répercussion sur l’économie psychique des adoptants se révèle soit comme objet d’investissement et de réparation, soit comme objet persécuteur évoquant les souffrances ou les frustrations liées à la stérilité. Vivant de manière traumatique sa situation d’infécondité, la femme qui adopte peut vivre l’adoption comme le rapt de l’enfant d’une autre. Avec une certaine dose de culpabilité anxieuse, elle vit ainsi dans la crainte ou le fantasme que la mère naturelle peut toujours venir le récupérer ou que l’enfant peut aller la retrouver. Cette idée renforce le fantasme qu’enfant et mère se recherchent mutuellement et que leur lien reste indissoluble dans le temps. Chez l’homme, la stérilité masculine rime souvent avec des fantasmes d’impuissance et réveille l’angoisse de castration. La stérilité réduit à néant le pouvoir de donner la vie et de se projeter de manière narcissique sur sa descendance. Les blessures qui en écoulent peuvent produire des états dépressifs, des sentiments d’anéantissement et impliquent le deuil du désir d’enfant.

Ces positions inconscientes varient d’une situation à l’autre et démontrent que l’angoisse de la révélation de l’adoption est parfois activée par des fantasmes de perte, de dépossession, de rupture, d’échec et d’abandon mais aussi par des blessures symboliques d’origine narcissique. Cette révélation est d’autant plus complexe à assumer que le couple s’est reconstruit fantasmatiquement à partir de cette adoption. De manière idéologique, les parents imaginent que tant que l’enfant continue à croire à sa filiation naturelle, ils sont protégés contre leurs blessures narcissiques profondes, notamment le fait de ne pas avoir réussi à procréer par eux-mêmes. La révélation risque de les ébranler au niveau de leurs représentations fantasmatiques jusque là maintenues par leur dénégation et leur mythe familial. La sublimation de leurs blessures par l’adoption ébranlée par la révélation peut alors remettre en cause le désir à l’origine de leur projet. A contrario, l’aisance à informer l’enfant reflète leur capacité à résoudre les conflits sous-jacents aux mouvements inconscients qui permettre la résolution du complexe oedipien. Plutôt que de s’assurer de leur volonté de révéler, il importe donc de soutenir leurs compétences à exprimer leurs émotions et à mieux comprendre certains enjeux plus ou moins inconscients qui nouent les transactions intra-familiales à partir d’un secret symptomatique.

Une situation d’adoption révèle à elle seule des enjeux personnels et familiaux toujours complexes, intimement associés à des désirs inconscients et des éléments pulsionnels jusque-là refoulés par des mécanismes de défense spécifiques du fonctionnement psychique individuel. La révélation de l’adoption réveille ainsi chez les parents adoptifs un matériel refoulé, parfois traumatogène, touchant de très près leurs conflits intérieurs relatifs à leur vie sexuelle et leur désir de procréation. Chez l’enfant adopté, la découverte que ses parents ne sont pas ses géniteurs ne remet pas en cause sa conviction d’avoir des parents dans la réalité. En découvrant de nouveaux sentiments, parfois ambivalents ou ambigus, l’enfant apprend aussi à établir la différence entre les liens du sang et ceux de l’affectivité. Parce que intimement incrustée à la problématique de l’adoption, la révélation réconcilie l’enfant adopté à l’amour parental vécu au-delà du lien physique et de la procréation, et établi dans le contexte d’une famille légitime.


Caractéristiques développementales et psychosociales de l’enfant adopté

Suivant des mécanismes d’identification et d’attachement, les enfants se forgent une image positive de leur identité et de leur bien-être psychosocial. Ils élaborent progressivement un concept de soi et une estime de soi. Ils finissent par apprendre à se sentir à l’aise avec eux-mêmes et avec les autres. L’adoption peut rendre ces questions normales de l’attachement, de la perte et de l’image de soi encore plus complexes. Les enfants adoptés doivent apprendre à accepter et à intégrer à la fois leur famille naturelle et leur famille adoptive.


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