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13/02/2007

A la recherche de la mère perdue.

medium_nes-sous-x-01.2.jpgNés sous X..., la marque du secret


 

Elle a toujours su, lorsqu'elle était enfant, que les - rares - informations sur ses origines étaient soigneusement rangées dans un tiroir de la maison de ses parents : un carnet de santé remontant à l'époque où elle était bébé, un certificat médical attestant qu'elle pouvait être adoptée et un acte de naissance mentionnant les trois prénoms qui lui avaient été donnés par la sage-femme. "Quand j'étais petite, j'avais besoin de lire et de relire ces papiers dix fois, cent fois de suite, raconte Odile Mora. Je me disais que le secret était là, que j'avais peut-être laissé échapper quelque chose la dernière fois que je les avais vus, que j'y trouverais un jour une réponse à mes questions."


Odile Mora, qui a été adoptée à l'âge de 5 mois, est née sous X..., il y a quarante-neuf ans, dans une clinique privée de Paris. Sa mère, qui habitait alors en province, était venue accoucher secrètement dans la capitale : elle n'avait prévenu personne dans son entourage et elle avait abandonné le bébé juste après la naissance. Elle avait laissé derrière elle un dossier mentionnant son nom et son adresse mais elle avait l'assurance que sa fille ne pourrait jamais y accéder : à l'époque, l'accouchement sous X... - un lointain héritage des "tours" pivotants qui permettaient, au XIXe siècle, de recueillir les enfants "trouvés" - interdisait à jamais à l'enfant de connaître l'identité de sa mère.

 

Odile Mora, qui est aujourd'hui consultante en ressources humaines à Paris, a donc grandi à l'ombre d'un secret. "J'ai été désirée et attendue par ma famille adoptive, j'ai eu des parents solides et aimants qui ont toujours été à mes côtés, mais je me suis construite sur une espèce de vide, raconte-t-elle. Le secret des origines, c'est une souffrance qui empêche d'avoir confiance dans la vie et dans les autres, comme un manque qui absorbe tout le reste. Je me suis toujours demandé d'où je venais, qui était ma mère, ce qu'il s'était passé pour qu'elle m'abandonne."

Pendant son enfance et son adolescente, Odile Mora questionne ses parents adoptifs, mais ils ignorent tout de son dossier. A sa majorité, elle va donc frapper à la porte de l'oeuvre d'adoption qui l'avait prise en charge, bébé, dans les années 1950.

 

"J'y suis allée plusieurs fois de suite, j'ai rencontré les directrices successives, mais elles refusaient de me répondre en invoquant le secret de l'accouchement sous X..., poursuit-elle. Elles me disaient de ne plus penser à ces vieilles histoires, mais c'était impossible : l'abandon, c'est une chose que l'on ne peut pas oublier. Elles m'ont juste suggéré de laisser mes coordonnées au cas où ma mère de naissance demanderait un jour de mes nouvelles. Du coup, quand je déménageais, je leur signalais toujours ma nouvelle adresse."

Il lui faut attendre la réforme de 2002 pour reprendre ses recherches. Cette année-là, la loi "relative à l'accès aux origines des personnes adoptées et pupilles de l'Etat" votée à l'initiative de Ségolène Royal, ministre déléguée à la famille de Lionel Jospin, fait vaciller la culture du secret : installé en 2002, le Conseil national pour l'accès aux origines personnelles (Cnaop), une fois saisi par une personne qui recherche sa mère de naissance, est autorisé à consulter le dossier constitué lors de l'accouchement, à la rechercher et à lui demander si elle souhaite lever le secret.

 


medium_nes-sous-x-02.jpgmedium_nes-sous-x-02.gif"DÉTRESSE ORDINAIRE"

 

 

Soutenue par ses parents adoptifs, qui l'encouragent à aller jusqu'au bout, Odile Mora dépose une demande auprès du Cnaop. "Le Conseil a ouvert mon dossier et ils ont trouvé énormément de choses : le nom de ma mère de naissance, son adresse de l'époque, une description précisant la couleur de ses yeux et de ses cheveux ainsi que des courriers où elle prenait de mes nouvelles : elle voulait savoir si j'étais en bonne santé et si j'avais été adoptée." Mais Odile Mora ne peut la contacter directement : le Cnaop doit d'abord recueillir l'accord de l'intéressée. "Ils lui ont téléphoné, raconte-t-elle. Après tant d'années, tant de silence, c'était un peu brutal, un peu administratif. Elle a coupé court, elle a refusé tout contact avec moi."

Odile Mora ne se décourage pas pour autant. Elle a glané quelques éléments - un prénom, une année de naissance et un département - et elle veut aller jusqu'au bout. Aidée par des associations, elle retrouve, grâce à Internet, toutes les personnes qui ont le même prénom que sa mère de naissance. Elle demande des centaines d'actes de naissance à l'état civil, examine les registres électoraux, envoie au total plus de 600 courriers administratifs. "C'était un travail d'enquête très minutieux. Je savais que cela pourrait durer longtemps et qu'il ne fallait pas se décourager."

 

Au bout de deux ans, Odile Mora retrouve le nom et l'adresse de sa mère de naissance. "Un jour, j'ai pris une voiture et je me suis dit, j'y vais, raconte-t-elle. J'ai sonné, ma mère de naissance m'a ouvert et elle a tout de suite compris qui j'étais. On a discuté une dizaine de minutes sur le pas de la porte. J'avais toujours imaginé qu'il s'était passé un drame affreux pour qu'elle en vienne là, mais elle m'a expliqué qu'à l'époque elle était mère célibataire, qu'elle avait un petit garçon et pas d'argent. Finalement, c'était une détresse ordinaire."

 

Depuis, Odile Mora a retrouvé son frère, qui l'a chaleureusement accueillie, mais elle n'a jamais revu sa mère de naissance. "Elle a répondu à mes questions sur le pas de la porte, mais j'ai senti qu'elle voulait en rester là, explique-t-elle. Ce n'est pas très grave car j'ai déjà l'amour de mes parents. Ce qui compte, c'est que je connais maintenant mon histoire. J'ai reconstitué le puzzle de ma vie, et c'est une libération, un vrai soulagement. Je me sens apaisée, une page s'est tournée et maintenant, j'ai l'impression d'avoir trouvé ma place et de marcher solidement sur mes jambes."

 

Source : Le Monde


medium_nes-sous-x-03.jpg"Une quête de sens, pas de biologie"

 

 

Réunis, samedi 10 février, sur le parvis des Droits-de-l'Homme, à Paris, ils ont installé une urne symbolique dans laquelle ils ont déposé leur carte d'électeur barrée d'un X rouge. "La France est le seul pays d'Europe, avec le Luxembourg, à autoriser l'accouchement sous X..., explique Pierre Verdier, le président de la Coordination des actions pour le droit à la connaissance des origines. Ces enfants passent souvent une grande partie de leur vie à rechercher leur mère. C'est une quête de sens, pas de biologie : ils veulent connaître leur histoire et savoir pourquoi ils ont été abandonnés. Une fois qu'ils savent, ils sont apaisés." Cet appel en faveur de la suppression de l'accouchement sous X... est soutenu par l'actrice Anny Duperey, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval et la pédiatre Catherine Dolto.

 


L'accouchement sous X..., qui concerne aujourd'hui 400 personnes par an, existait déjà sous la Révolution française : un décret de 1793 prescrivait la création, dans chaque district, d'un asile destiné à héberger secrètement des femmes enceintes. Une petite vingtaine d'années plus tard, Napoléon imposait la création, dans chaque département, d'hospices et de "tours". "Ouvert sur l'extérieur, on pouvait y déposer un bébé, quelquefois un jeune enfant, et faire pivoter le dispositif ou agiter une clochette pour prévenir la "tourière"", précisait la sociologue Nadine Lefaucheur lors d'un colloque en 2003. Abandonnés au milieu du XIXe siècle, les "tours" furent remplacés par une politique d'assistance aux "filles mères". En 1939, le code de la famille obligeait les maisons maternelles à accueillir gratuitement les femmes qui souhaitaient accoucher secrètement et, en 1941, Vichy étendait cette obligation aux maternités publiques.

 

Il faudra attendre la création du Conseil national pour l'accès aux origines personnelles, en 2002, pour qu'une brèche soit ouverte dans le dispositif du secret. "Nous tentons d'identifier et de localiser ces femmes, puis nous les contactons au téléphone, dans le respect de leur vie privée, afin de leur demander si elles sont d'accord pour communiquer leur identité à la personne qu'elles ont mise au monde, note la secrétaire générale, Marie-Christine Le Boursicot. C'est toujours difficile, mais nous sommes là pour tenter de créer un lien." Depuis sa création, le Conseil a traité 1 800 dossiers : 45 % ont abouti à une impasse parce que la mère n'avait pas laissé assez d'informations ou parce qu'il était impossible de la retrouver. Dans 15 % des cas, la mère a refusé de communiquer son nom à son enfant. Une fois pris en compte les désistements, les décès et les procédures mal orientées, 11,5 % des mères - soit 211 personnes - ont accepté de contacter l'enfant qu'elles avaient jadis abandonné.

 

Source : Le Monde
 

Document

(1)  Lettre de soutien de Dominique VERSINI, Défenseure des enfants 

 
 

11:15 Écrit par collectif a & a dans Nés sous X | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, accouchement sous x, identité, origine | |  del.icio.us