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18/04/2007

Mère : connue. Père : éprouvette

De plus en plus de psys confrontés aux jeunes issus de la fécondation in vitro.medium_bebe-eprouvette1.2.jpg

Voici 25 ans naissaient les premiers bébés-éprouvette. Ils sont aujourd'hui 800 par an.
Certains sont toujours en quête d'identité.

 
 
Emile a appris il y a deux ans qu'il était issu d'un don de sperme. Né d'une éprouvette. Suite à une thérapie, son père a éprouvé le besoin de le lui révéler.  "J'ai ressenti un grand choc, mais je n'étais pas vraiment étonné, confesse Emile. Mes soupçons sur sa paternité, le scénario que je m'étais inventé, tout cela prenait du sens. Il y a juste que l'amant de passage imaginé est devenu un donneur de sperme." Pour ce jeune homme de 26 ans, une part de son identité s'est écroulée. Ce qu'il croyait savoir de ses origines se révélait faux.
 
" Ma première réaction a été bien sûr de me poser LA question : comment retrouver  mon père biologique, comment faire pour connaître cette partie de ma famille ? Mes parents m'ont dit qu'il n'y avait aucun moyen de retrouver le donneur. J'ai dû l'accepter. Et faire de mon mieux pour intégrer l'information puis reprendre une vie normale".

Mais rien n'est plus comme avant.

« Parfois, la question de mes origines devient le point central de mon existence. Je le vis alors vraiment comme un manque, comme si je n'étais pas une personne complète mais qu'il y avait une partie de moi qui se balaidait à l'autre bout du monde, une partie essentielle sans laquelle je ne peux être une vraie personne et qui continue à m'échapper. J'ai l'impression d'être attiré comme un aimant vers ma famille biologique, je sens que je dois faire quelque chose pour la retrouver, pour ne pas devenir fou. "
 
Il y a 25 ans que des hommes et des femmes peuvent faire appel aux banques de sperme d'höpitaux spécialisés. Plus de 800 couples connaissant des problèmes de fertilité, couples homoseuels ou femmes seules trouvent ainsi, chaque année, leur bonheur dans les éprouvettes. Le sperme a été déposé par de jeunes hommes, souvent étudiants en médecine, pour un peu d'argent de poche.
Les hôpitaux ont tout mis en oeuvre pour que les parents officiels ne courtent pas le risque de voir le donneur revendiquer un jour sa paternité. A l'inverse, celui-ci reste à l'abri de tout importun qui voudrait le retrouver. Il restera un anonyme, dont on ne communiquera que la couleur des cheveux, la taille ou le fait qu'il ait suffisamment de neurones. Aux parents de choisir s'ils veulent ou non garder secrète l'utilisation d'une semence étrangère. Les enfants n'ont aucun choix. Mêmes devenus adultes.
S'ils ont été mis au courant du fait qu'une partie de leur patrimoine génétique vient d'un inconnu, ils ne pourront jamais retrouver ce père biologique.
 
Emile est loin d'être un cas isolé. Psychologues et psychanalystes commencent à être confrontés à certains de ses pairs en quête d'identité. Des groupes de parole en ligne voient aussi le jour, qui permettent à certains de partager leurs doutes, leurs expériences, leur souffrance : impression de manque par rapport à leur filiation, sentiment de trahison et de colère, désir d'abolir si pas la conception par l'insémination artificielle, au moins l'anonymat qui la régit ...

 

Source : Le Soir


- Document : "Aujourd'hui, on veut des bébés à tout prix'' - par René Frydman.

- Orphelins génétiques
Depuis plusieurs années, les adoptés revendiquent leur droit à l'identité. Aujourd'hui, comme il était à prévoir, les enfants conçus en cliniques de fertilité, de pères anonymes, veulent connaître leurs antécédents médicaux...
Emission "Enjeux" de Radio-Canada

Commentaires

Dans "Le Point" du 31/05/2007 :
Identité - Nés de sperme inconnu

La génération d'enfants nés grâce à un don anonyme de sperme est aujourd'hui adulte. Certains d'entre eux contestent la règle du secret qui a entouré leur procréation.

C 'est une pièce plutôt exiguë, au dernier étage d'un pavillon de l'hôpital Cochin, à Paris. Une dizaine de cuves de toutes tailles l'encombrent dans un apparent désordre, du personnel hospitalier circule : l'endroit n'a rien du bunker aseptisé que l'on imaginait. Un trésor est pourtant entreposé là. Au fond de cette large cuve dont s'échappe de la vapeur blanche : plusieurs milliers de paillettes de sperme, rangées serrées les unes contre les autres, contenant chacune de 4 à 10 millions de spermatozoïdes. Dans une cuve voisine, plus petite : 700 embryons humains conservés à une température de -196 degrés. Pour les couples de plus en plus nombreux à affronter le drame de la stérilité, cette petite pièce résonne d'un nombre inespéré de promesses. Nous sommes ici dans le plus important des 23 Centres d'étude et de conservation des oeufs et du sperme humains - Cecos - de France.

Clément, 18 ans, sait que le sperme de l'homme auquel il doit en partie la vie provient de l'une de ces cuves. « J'avais 12 ans lorsque mon père m'a annoncé qu'il avait eu des problèmes de stérilité et que pour m'avoir il avait fallu mélanger son sperme et celui d'un autre type. » Quelques cours de biologie et quelques explications maternelles plus tard, Clément a compris. Il sait qu'il n'y a pas eu de « mélange » et que les traits de ce visage un peu lunaire qu'il aperçoit dans le miroir ne doivent rien aux gènes de son papa. Ils n'en ont jamais reparlé. Mais Clément songe souvent avec émotion à cette scène, racontée par sa maman, qui eut lieu il y a dix-huit ans : son père se levant à l'aube pour aller prendre, une Thermos sous le bras, le train de banlieue qui le mènerait jusqu'à Cochin. « Ce sont les pères qui vont chercher eux-mêmes le sperme du donneur ! » s'étonne-t-il. Il songe aussi chaque jour, avec une curiosité qui le dévore toujours plus à mesure qu'il grandit, à ce « deuxième homme » dont il a hérité le patrimoine génétique et dont il n'a pas le droit de connaître l'identité. Clément a été conçu par insémination artificielle avec donneur. Et il fait partie de ceux qui, au sein de cette première génération d'enfants IAD devenus adultes, réclament la levée de l'anonymat du donneur. Cette règle, qui jusqu'ici allait de soi, a déjà volé en éclats dans un certain nombre de pays occidentaux. En France, on estime qu'environ 50 000 personnes, depuis la création des Cecos en 1973, ont vu le jour grâce à un don de gamètes - ovocytes ou sperme. On ne sait rien, ou presque rien, de ces individus, puisque leurs familles, considérées « comme les autres » , n'ont fait l'objet d'aucun suivi spécifique. Il est d'ailleurs probable qu'une large majorité d'entre eux ignorent la particularité de leur conception. Mais ceux qui commencent à prendre publiquement la parole, dans les forums du Web ou sur les plateaux de télévision, le font pour remettre en question, souvent violemment, les supposées vertus de l'anonymat. Et pour réclamer l'ouverture d'un débat en vue de la révision des lois de bioéthique prévue en 2009.

Inattendu retour de flamme pour les spécialistes de l'assistance médicale à la procréation. Eux qui s'échinent depuis quarante ans à « désinvestir » les gamètes de tout contenu identitaire s'entendent aujourd'hui réclamer, de la bouche de quelques-uns de ces enfants qu'ils ont aidé à concevoir, des photos de leurs « donneurs ». Eux qui au début des années 70 offrirent l'anonymat en gage de garantie éthique à une société encore très hostile à ce mode de conception se voient aujourd'hui reprocher ce principe fondateur.

Lorsque le professeur Georges David crée, au début des années 70, le premier Cecos - ou banque de sperme -, l'institution médicale est officiellement réticente à ce mode de contournement de la stérilité. Pourtant, l'insémination avec donneur se pratique clandestinement, et depuis longtemps, dans les cabinets des gynécologues. « Il suffisait de donner 500 francs à des étudiants en médecine » , se souvient le professeur François Thépot, directeur du pôle procréation génétique de l'Agence de biomédecine. « Georges David a voulu officialiser et encadrer cette pratique, en posant des règles éthiques extrêmement sévères, dont celle de l'anonymat . »

En faisant disparaître le donneur du paysage, on a voulu rassurer une société inquiète et des parents qui ne demandaient qu'à être des parents comme les autres. « Mais on a nié la réalité » , estime la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, qui dénonce depuis longtemps les dégâts collatéraux de ce déni. « La loi fait comme si les donneurs n'existaient pas. Alors qu'ils existent ! Il aurait fallu leur inventer une place, au lieu de les gommer artificiellement de l'histoire. »

Victoire, 26 ans, se dit hantée par cet individu dont elle a appris tardivement le rôle. « Mes soeurs et moi avons été conçues avec le sperme du même donneur. Elles le vivent bien. Mais moi, qui n'ai pas une seconde cessé de considérer celui qui m'a élevée comme mon seul et unique père, je crève de ne pas en savoir plus sur l'homme qui a rendu cela possible. Chaque fois que je me regarde dans le miroir, je pense à lui. Je voudrais savoir qui il est, à quoi il ressemble et, surtout, pourquoi il nous a fait ce cadeau. »

Etrange comme les accents parfois désespérés de ces individus en quête de leurs origines génétiques rappellent les virulentes revendications des enfants nés sous X. Pauline Tiberghien, gynécologue et responsable d'un centre d'assistance médicale à la procréation, a fondé PMA, une association réclamant la levée de l'anonymat, et ne cache pas qu'elle est elle-même une née sous X : « L'anonymat du don de gamètes me troublait , explique-t-elle. Mais c'est en 2004, lorsque ont eu lieu les premières grossesses avec dons d'embryons, qu'un cap intolérable a été franchi à mes yeux. En procédant à ces sortes d'adoptions anténatales, on s'est mis tout bonnement à fabriquer des nés sous X. » Autorisé en France depuis 2004, le don d'embryons a déjà permis une dizaine de naissances et plusieurs grossesses sont actuellement en cours. Il repose sur le même principe : ni les parents receveurs ni évidemment l'enfant à naître ne connaîtront jamais l'identité des parents génétiques. « C'est un immense défi pour la psychanalyse » , dit Geneviève Delaisi de Parseval. Sur son divan, des enfants, des parents receveurs ou donneurs évoquent chaque jour le vertige de ces origines biologiques que la loi efface purement et simplement au nom d'une certaine idée de la filiation.

« Mais les origines d'un individu sont-elles inscrites dans ses gènes ? » interroge Jean-Marie Kunstmann, biologiste en médecine de la reproduction à l'hôpital Cochin, troublé par ces revendications. « Ne sont-elles pas plutôt à chercher du côté de l'histoire des parents et de leur désir d'enfant ? Il me semble que le seul intérêt de l'identité génétique est d'ordre médical. Si l'on se risque à poser la vérité biologique comme principe, jusqu'où ira la transparence ? Chacun d'entre nous devra-t-il vérifier par un test ADN qu'il est bien le fils de ses parents ? » Appliquée à des histoires familiales qui ont de tous temps charrié leur lot de secrets et de conceptions adultérines, la transparence génétique fait certes froid dans le dos. « Mais, dans le cas du don de gamètes et d'embryons, il s'agit d'un anonymat posé comme principe légal, d'un secret sciemment organisé par le monde médical, cela n'a rien à voir avec les aléas de nos destins individuels ! s'indigne Pauline Tiberghien. On n'a plus à prouver que l'affectif est prioritaire, que les parents sont ceux qui élèvent les enfants. Il est évident que la génétique prise isolément ne suffit pas à définir un individu. Mais elle est une pièce du puzzle. D'ailleurs, si elle est à ce point dérisoire, pourquoi prendre tant de précautions pour la tenir secrète ? »

La société française est à l'évidence tiraillée, jusque dans ses textes de loi, entre deux conceptions de la filiation : la filiation biologique et la filiation d'intention. Le système du don anonyme est une forme de combat mené pour la suprématie de la seconde. Mais il n'est pas dénué d'ambiguïté. « Je n'ai pas eu le sentiment d'offrir une moitié d'enfant , affirme Michel, qui, sur proposition du Cecos de sa région, accepta de donner le sperme qu'il conservait jusqu'ici pour son propre usage après avoir subi une vasectomie. Mais j'aurais quand même voulu savoir combien de grossesses ont été réalisées grâce à mon don. On n'a pas voulu me répondre . » Pour Jean-Marie, donneur (voir encadré) , le biologique n'est rien. « Le père est évidemment celui qui se lève le matin pour emmener l'enfant à l'école, pas celui qui offre son sperme. » Pourtant, il admet, lui l'agrégé de lettres classiques dont les enfants ont fait de brillantes études, qu'il serait désappointé si par extraordinaire se présentaient à sa porte des individus nés de son don... mais sans diplômes. « Je me sentirais une responsabilité, je serais même prêt à leur payer des études . »

Pas si simple, donc. Comment nier d'ailleurs que le tabou suprême qui fonde notre société occidentale repose tout de même sur l'interdit d'ordre biologique qu'est l'inceste ? La question hante d'ailleurs un certain nombre d'enfants conçus par don de gamètes. « J'ai des frères et soeurs quelque part , dit Clément. Et j'y pense quand je sors avec une fille. » En 2004, prenant acte du manque de donneurs, la loi de bioéthique portait cependant à dix le nombre de grossesses autorisées à partir d'un seul don. Comment ne pas s'inquiéter, sachant que donneurs et receveurs habitent généralement la même région, d'une éventuelle prise de risque en termes d'inceste et de consanguinité ? « Il y a un risque, admet le docteur Kunstmann. Mais pas plus important que par procréation naturelle. »

Secrets de famille
Autre ambiguïté, qui révèle bien que les Cecos eux-mêmes sont tiraillés entre ces deux visions de la filiation : la pratique tout à fait officielle de l'« appareillement », qui consiste à choisir pour chaque famille un donneur dont les critères physiques correspondent à, ou en tout cas n'excluent pas, ceux des parents receveurs. « On n'attribue pas un donneur de type nordique à des parents au physique méditerranéen, on prend garde de ne pas choisir de donneur aux yeux noirs si les deux parents ont les yeux bleus » , admet Jean-Marie Kunstmann. Etrange pratique pour une institution médicale qui minimise officiellement l'apport du biologique à la construction de l'identité. « Mais de nombreux parents ne souhaitent pas que leur entourage soit informé de la façon dont ils ont conçu leur enfant ! justifie Kunstmann. Il existe encore dans certains milieux des réticences culturelles ou religieuses à l'IAD. Selon une enquête que nous avons réalisée en 2006, seuls 53,5 % des parents envisagent d'en informer l'enfant lui-même. Les gens qui sont confrontés à la stérilité ont souvent derrière eux des années de souffrance, s'ils ne sont pas prêts à la transparence, nous ne pouvons pas aller plus vite qu'eux ! Nous constatons sur le terrain que l'anonymat rassure les principaux acteurs concernés par l'IAD : parents demandeurs et individus donneurs. A condition que les enfants soient informés de la façon dont ils ont été conçus, c'est un bon principe. »

Frédéric, 38 ans, est père de deux jumeaux conçus par IAD. Il reconnaît que, s'il avait eu le choix au moment de l'insémination de sa compagne, il aurait effectivement opté pour l'anonymat du donneur. « Quand vous venez de vivre les années de galère de la stérilité, que vous êtes enfin sur le point d'avoir un enfant, vous n'avez aucune envie d'entendre parler de cette question-là. Mais aujourd'hui nos garçons ont 3 ans. J'en suis le père, sans nul doute possible, et l'identité du donneur ne me met pas en danger. Mes enfants sauront comment ils ont été conçus, mais s'ils souhaitent à 18 ans connaître le nom de leur donneur, ils ne le pourront pas. Cela nous met en porte-à-faux, puisque nous ne pourrons leur révéler qu'un morceau de la vérité. Or ce que l'on cache provoque le fantasme. Et rien ne peut justifier, à mes yeux, que l'on interdise à un individu de disposer des informations qui le concernent. »

Clément a, quant à lui, compris que les espoirs de connaître le nom de son donneur étaient vains. La loi n'étant pas rétroactive, une éventuelle levée de l'anonymat en 2009 ne le concernerait pas. Mais il se bat quand même. Pour l'avenir. Car, du haut de ses 18 ans, ce tout jeune homme sait déjà qu'il ira faire un jour don de ses gamètes. « Pour rendre , dit-il, le cadeau que cet inconnu a fait à mes parents »

http://www.lepoint.fr/content/societe/article?id=185624

Écrit par : Madeleine | 22/06/2007

j'ai eu moi aussi recours à une IAD. Aujourd'hui, mon fils a 18 ans, il a découvert ses origines et se demande qui est son père biologique. Je suis malheureuse qu'il ne puisse jamais le savoir et me reproche d'avoir été, somme toute, très égoïste au moment de sa conception. Pourquoi ne pas lever l'anonymat ? de quoi a t-on peur ?

Écrit par : françoise | 20/07/2008