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14/11/2007

L'adoption n'est pas une action humanitaire

Titulaire d’un doctorat d’études arabes et islamiques de l’université de la Sorbonne, Mohamed Al-Haddad est maître de conférences à la faculté des lettres et sciences humaines de Tunis. Il est aussi chroniqueur à Tayyarat, le supplément politique du quotidien panarabe ­Al-Hayat, et est considéré comme l’un des meilleurs connaisseurs arabes de la vie politique française.


 
L’affaire de L’Arche de Zoé comporte bien des dimensions politiques. Le Tchad accuse cette association française d’avoir enlevé une centaine d’enfants dans le but de les transférer vers l’Europe. On dit qu’ils devaient être donnés à des familles européennes en quête d’adoption. Par cette affaire, le président du Tchad, Idriss Déby, prend en quelque sorte sa revanche sur la France, qui l’a contraint à accepter la présence de 4 000 soldats étrangers sur son territoire, dans le cadre d’une force internationale qui sera déployée prochainement à la frontière avec le Darfour.



Aujourd’hui, certains indices montrent qu’un commerce est en train de se développer autour des enfants pauvres d’Afrique et d’Asie. Parallèlement, dans les pays riches s’expriment des désirs de paternité et de maternité que chiens et chats ne suffisent plus à combler. Cela concerne des milliers de gens qui avaient voué aux gémonies les valeurs familiales et le mariage dans leur jeunesse, mais qui ont vieilli et commencent à se sentir seuls. Il y a aussi les couples qui n’arrivent pas à procréer pour des raisons médicales. Et puis les couples homosexuels. Pour tous ceux-là, l’adoption est le seul moyen d’avoir un enfant. Quand un produit est très demandé, l’offre suit toujours. Et ce produit, ce sont les enfants du tiers-monde. Les motivations ne sont pas toujours infâmes ; elles sont le plus souvent innocentes, voire philanthropiques.


 
Pourquoi les riches ne s’occuperaient-ils pas des pauvres ? Alors, on interdit l’immigration aux pauvres, mais on l‘autorise à leurs enfants ? Mais, pour décider si un enfant peut être adopté, on ne peut pas appliquer les mêmes critères en Occident et dans le tiers-monde. En Occident, la famille est “nucléaire” ; la condition pour qu’un enfant devienne “adoptable” est donc l’absence de son père et de sa mère. Dans de nombreux pays africains, en revanche, la famille est “élargie”, c’est-à-dire qu’elle englobe également les grands-parents et les oncles maternels et paternels : tous sont solidaires pour s’occuper de l’enfant.



Les registres d’état civil, dans de nombreux pays du tiers-monde, souffrent des guerres, de la corruption ou de lacunes administratives. C’est pour cela que la France va imposer le test ADN comme moyen pour contrôler la véracité des actes d’état civil. Si l’on accorde si peu de crédit aux documents officiels de ces pays, pourquoi alors accorder foi à des attestations d’orphelinat ? Et puis, pourquoi le marché mondial de l’adoption ne fonctionne-t-il que dans un sens ? Un Africain ou un Asiatique, fût-il riche, ne pourra jamais adopter un enfant européen ou américain, fût-il orphelin. Quelle peut être la crédibilité des organismes?d’adoption après le scandale de L’Arche de Zoé, sachant que ces organismes se font payer par les demandeurs d’adoption au titre de dédommagements et de défraiements ?



Le mélange entre adoption et action humanitaire pose en effet problème. L’adoption ne relève pas forcément de l’humanitaire. Il existe souvent d’autres solutions pour aider les enfants sur place. Le travail humanitaire doit être un sacrifice, l’adoption n’en est pas un : elle correspond à la volonté de satisfaire un besoin. Autrefois, les pauvres vendaient leurs enfants pour payer leurs dettes. En Europe et dans l’Empire ottoman, on enlevait les enfants des populations soumises. Il n’est pas acceptable que la piraterie d’enfants redevienne d’actualité et il faut espérer que ce scandale déclenchera une réflexion sérieuse. Que les instances internationales et organisations des droits de l’homme prennent leurs responsabilités et endiguent le retour de toutes sortes de traites humaines que l’on croyait appartenir au passé.



Source : Courrier International