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20/01/2008

Douter des ONG n'est plus tabou - Laure Lugon Zugravu

Le scandale de l'Arche de Zoé accroît la méfiance envers les ONG. Déjà ébranlée par la gestion floue de l'après-tsunami, l'opinion publique ose en fin se poser des questions. La journaliste Laure Lugon Zugravu, auteur d'un livre sur certaines dérives humanitaires observées sur le terrain, s'en réjouit. Tout comme Nago Humbert, président de Médecins du monde Suisse.

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«Le monde est plein de gens qui veulent sauver le monde», déplore Laure Lugon Zugravu.

 

Remettre en question l'action humanitaire et les interventions de certaines ONG n'est plus tabou. Laure Lugon Zugravu, journaliste à Bilan, a pu le constater en lisant les mails et lettres reçus après la publication de son livre «Au crayon dans la marge» (2007). «Hormis deux mails, toutes les personnes qui ont réagi m'ont remerciée de formuler tout haut les doutes qu'elles nourrissaient.»

Le récit de ses reportages effectués pour le compte de L'Illustré il y a quelques années, dans les Balkans, au Proche-Orient, en Afrique, porte un regard sans concessions sur les humanitaires et les journalistes. «Pour bon nombre d'entre eux, le monde est soit un terrain de jeu, soit une thérapie personnelle», explique-t-elle.

 

L'afflux pléthorique de dons suite au tsunami, le scandale de l'Arche de Zoé ont ébranlé la confiance du public, donc des donateurs potentiels. «Il y a toujours des risques de manipulation, surtout si une problématique est surmédiatisée; analyse Laure Lugon; en 1997, au Sud-Soudan, j'avais fait comme tous mes confrères de médias internationaux, le sujet des enfants esclaves rachetés 100 dollars par une ONG. Cela avait fait un énorme scandale, jusqu'à ce que plus tard un journal kenyan révèle qu'il s'agissait d'un vrai trafic de faux esclaves, monté de toutes pièces par le SPLA (rébellion sudiste, n.d.l.r.) pour financer sa logistique...»

 

Nago Humbert, directeur de Médecins du monde Suisse, qui fêtait cette semaine ses 15 ans, partage les vues de la journaliste. «Après le tsunami, j'avais sur Radio Canada vertement critiqué la «troisième vague», humanitaire; les auditeurs m'avaient remercié pour ce discours mais j'avais été démoli par les ONG; dans ce milieu, les gens se prennent trop souvent pour des icônes, ont un ego surdimensionné et ne supportent pas la critique.»

 

ONG en surnombre

 

Il y a, surtout, trop d'ONG. Or c'est un travail qui ne s'improvise pas, souligne Laure Lugon: «Les relents de néocolonialisme véhiculés par le discours de l'Arche de Zoé sont inacceptables, ce n'est pas le fait de professionnels. Et je ne parle pas de ces Coréens retenus en otage par les talibans l'année passée, partis pour les christianiser... La naïveté des gens est inimaginable.»

Pour Nago Humbert, de telles ONG n'arrivent pas à jongler avec la frontière tracée il y a trente ans par les «French doctors» de Médecins sans frontières: «Il faut parfois savoir entreprendre des actions illégales, mais légitimes; ce qu'a fait l'Arche de Zoé est illégal et illégitime.»

 

Les dommages sont considérables dans l'opinion publique. Le détournement en 2000 de l'argent pour la lutte contre le cancer par Jacques Crozemarie, fondateur de l'ARC en France, a fait chuter les dons pendant un ou deux ans, rappelle Nago Humbert. «Un escroc, comme on peut en trouver hélas partout. Mais l'Arche de Zoé a fait plus grave puisqu'elle discrédite l'action humanitaire elle-même. Il faut aussi dénoncer le Collectif Darfour, ces intellectuels qui ont chauffé les esprits à blanc en hurlant que personne ne faisait rien là-bas, alors que ce n'était pas vrai.»

 

Privilégier la discrétion

 

Médecins du Monde Suisse privilégie la discrétion et la pérennité des projets. «A Haïti, au Chiapas, partout où nous avons ouvert une représentation, nous privilégions la politique des petits pas et des négociations avec les autorités; et, c'est essentiel, nous pensons dès le départ à la fin de notre action, comment nous allons nous retirer une fois notre mission terminée, et à qui, sur place, nous confierons les rênes du projet.» Et de citer une phrase glissée par un psychiatre de ses connaissances voici quelques années: «Ce n'est pas parce que la cause est bonne que les gens qui la servent le sont.» Problème, comme le relève Laure Lugon, «le monde est plein de gens qui veulent sauver le monde».

 

Tsunamis économiques

 

Elle reconnaît pour sa part ne «jamais donner d'argent pour l'humanitaire». «Il y a mieux à faire que de verser 50 fr. pour soulager sa conscience. Je crois davantage aux vertus du microcrédit qu'à l'aide en nourriture et en argent, qui favorise un réflexe de dépendance chez des gens dont la culture est très différente de la nôtre. Lors des grandes opérations, les 4x4 déboulent, des tonnes de nourriture sont déversées, les dollars pleuvent, le marché noir se répand, les prix des aliments et de l'immobilier grimpent, et la prostitution se développe: un véritable tsunami économique...»

 

A lire

«Au crayon dans la marge», de Laure Lugon Zugravu, éditions Faim de siècle et Cousu Mouche

L'humanitaire est un très gros business, Michel Collon, InvestigAction.

Historique de l'affaire "Arche de Zoé, Abandon & adoption

 

Source : Le Matin

 

10:40 Écrit par collectif a & a dans Humanitaire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ONG, humanitaire | |  del.icio.us

Commentaires

je tenais jusgte à te dire qu'il est toujours réouissant de lire ton blog ;)

Écrit par : laure manaudou | 31/01/2008