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« Le complexe occidental du sauvetage d’enfants. De l’affaire de l’Arche de Zoé à la mise en cause du système de l’adoption internationale. Sandrine Dekens. | Page d'accueil | Togo: Suspension provisoire des adoptions d'enfants »

07/02/2008

Des ados à adoptés aux Etat-Unis. Qui veut ?

5828a940c843e5bcc0f7f2ce30aaf817.jpgPour favoriser l'adoption d'adolescents, plus difficiles à "caser" que des bébés, des Etats américains ont adopté des méthodes de marketing éprouvées. Quitte, explique USA Today, à donner l'impression qu'il s'agit de biens de consommation.


 
Michael, 15 ans, est un garçon tranquille qui aime les jeux de société. Il aimerait idéalement trouver une famille avec un père, une mère et des frères et sœurs.

Cera, 13 ans, aime chanter et jouer au basket-ball. Un père ou une mère célibataire ou un couple ferait une famille parfaite pour elle.

 

Des photos accompagnées de ce type de description se multiplient sur les sites internet, dans les magazines et les kiosques des centres commerciaux. Les organismes publics de protection des orphelins utilisent de plus en plus les techniques de marketing pour trouver une famille permanente pour des milliers d'enfants sans parents.

 

Ces campagnes de marketing – qui permettent à certaines familles de choisir un enfant comme on choisit un produit – ont une importance capitale pour les adolescents orphelins. Il est en effet beaucoup plus difficile de trouver un foyer pour des adolescents que pour des nouveau-nés, explique Erica Zielewski, membre de l'Urban Institute, un groupe de recherche sur les politiques économiques et sociales.

 

Mme Zielewski estime que, depuis 2000, aux Etats-Unis, 50 000 enfants venant d'orphelinats publics sont adoptés chaque année. Les statistiques sont stables, mais elles signifient que 50 000 enfants doivent rester chaque année dans les foyers familiaux ou de groupe. Selon Mme Zielewski, un enfant demeure en moyenne trois à quatre ans dans un foyer avant de trouver une famille.

 

Des mesures mises en place au niveau fédéral et destinées à encourager l'augmentation du nombre d'adoptions obligent les Etats à faire preuve de créativité. La loi sur l'adoption et la famille de 1997 (Adoption and Safe Families Act)  prévoit en effet le versement de centaines de milliers de dollars aux Etats qui réussissent à améliorer leurs chiffres d'une année sur l'autre.

 

Dans l'Etat de l'Indiana, le département des services à l'enfance prévoit de consacrer 4 millions de dollars à la recherche de foyers pour des enfants comme Michael et Cera. Ils sont nombreux à figurer sur le site internet – où ne sont listés que leurs prénoms – et dans la publication mensuelle des services publics d'adoption.

 

Dans l'Illinois, une exposition itinérante de photos d'enfants adoptables a été organisée dans le cadre du programme Heart Gallery [Galerie du cœur]. L'exposition est présentée par des spécialistes de l'adoption dans les centres commerciaux, les festivals et les lieux de travail.

 

Au Texas, une campagne médiatique utilisant télévision, radio et panneaux d'affichage a permis d'augmenter de 20 % en 2007 le nombre d'adoptions. Le Texas compte poursuivre ses efforts en 2008. Selon Darrell Azar, porte-parole du département des services à l'enfance et à la famille de cet Etat, l'augmentation du nombre d'adoptions en 2005 au Texas a valu à celui-ci une subvention de 300 000 dollars du gouvernement fédéral. Cet argent a été consacré à la réalisation et à la diffusion de spots publicitaires télévisés et radiodiffusés sur l'adoption d'adolescents, sur le thème "Pourquoi pas moi ?"

 

L'Etat de l'Oklahoma a également mis en place une exposition itinérante analogue à la Heart Gallery, posté des listes d'enfants sur son site internet et organisé des réunions FutureWare. Ce concept s'inspire des réunions Tupperware : les parents adoptifs invitent leurs amis et leurs collègues à la maison, explique Audrey Banks, représentante pour l'adoption au département des services sociaux de l'Oklahoma. "C'est une sortie agréable, affirme-t-elle. Et ça permet de faire prendre conscience aux gens du manque de familles adoptives."

 

Le fait de placer sur Internet des photos d'enfants qui ont déjà des difficultés soulève toutefois un débat éthique, reconnaît Erica Zielewski. Pour Dawn Robertson, porte-parole de Honk for Kids , une organisation basée en Indiana, "choisir un enfant comme si on feuilletait un catalogue Sears semble plutôt inapproprié, du moins ça en a tout l'air". "Certaines personnes estiment que c'est de l'exploitation", admet Mme Zielewski. "Mais d'autres soutiennent que ça marche. Au final, c'est ce qui importe le plus."

 

Selon Susan Tielking, porte-parole du département des services à l'enfance de l'Indiana, une campagne de promotion d'une durée de deux ans a permis à l'Etat d'augmenter ses statistiques d'adoption de 15 % en 2006 et de 39 % en 2007 par rapport à 2005.

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Wanted: Good homes for older kids


State agencies turn to Internet listings, TV, radio spots to find adoptive parents

Michael, 15, is a quiet boy who enjoys board games. He says ideally he would like a mother, father and siblings.
Cera, 13, loves to sing and play basketball. She would do well with a single-parent or two-parent family.

Photos with descriptions like these of children looking for a home are showing up on websites, in magazines and at shopping center kiosks, as state child welfare agencies increasingly use marketing techniques to try to find permanent homes for thousands of children in foster or group homes.

These marketing campaigns, which in many cases allow people to essentially shop for children, are crucial because older children are often harder to find homes for than newborns, says Erica Zielewski of the Urban Institute, an economic and social policy research group.

Many of them also have siblings and need to stay together, while others have emotional or physical problems.

According to Zielewski, adoptions from state child welfare systems have remained steady at about 50,000 a year since 2000 ? leaving another 50,000 each year in foster or group homes. The average stay in foster care before a child is adopted is between three and four years, she says.

Federal incentives to move children out of foster care are also pushing states to get creative. Under the Adoption and Safe Families Act of 1997, states could receive hundreds of thousands of dollars for increasing the number of adoptions over previous years.

In Indiana, the Department of Child Services is preparing to spend $4 million to find homes for children like Michael and Cera. The two are among scores of children featured on the state's adoption website, which lists only their first names, and in its monthly magazine.

Child welfare agencies across the USA are ramping up efforts to find permanent homes for children, Zielewski says.

• Oregon. The state has a partnership with Portland KOIN-TV, producing a weekly feature about a child waiting to be adopted.

"The reporter does a really good job talking to the children," says Greg Parker, a state Department of Human Services spokesman. "When you see and are able to hear the children's voices, it makes a real emotional connection."

• Illinois. The Adoption Information Center of Illinois website, the state site established to promote foster care adoptions, gets the most inquiries, says DeAudrey Davis, director of the state agency.

The state also has a Heart Gallery program ? a traveling photo exhibit of adoptable children. The displays and adoption specialists visit shopping malls, festivals and workplaces.

• Texas. Buoyed by the success of a coordinated TV, radio and billboard campaign that boosted adoptions by about 20% in 2007, the state plans to continue the effort on a smaller scale in 2008.

"We hope the results we saw last year were only the tip of the iceberg and that, with some more ads and the ripple effect, even more people will come forward," says Darrell Azar, spokesman for the Texas Department of Family and Protective Services. Azar says the state used a $300,000 federal bonus for increasing adoptions in 2005 to produce and air TV and radio ads that focused on older children. The theme: "Why Not Me?"

• Oklahoma. The state Department of Human Services started approving families for adoption at the same time they are licensed for foster care in August 2007. The fast-track adoption approval can cut time by reducing redundancies in the adoption process.

The state also has Internet listings, a traveling Heart Gallery and FutureWare parties.

FutureWare events are modeled on the Tupperware party concept, with adoptive parents inviting friends and co-workers to gatherings in their home, says Audrey Banks, an adoption representative for the state Department of Human Services. "It's a great way to get out … and spread the word about the need for families," Banks says.

The practice of placing photographs of troubled children on the Internet and in magazines has spurred some ethical debate, Zielewski says.

"Shopping children out like a Sears catalog gives the appearance of impropriety at the least," says Dawn Robertson, spokeswoman for Indiana-based Honk for Kids. The group says it is a family rights organization that monitors Indiana's Department of Child Services.

"There are people who think that (it) is exploitative," Zielewski says. "But there are others who argue it works. And in the end, that's what is important."

A two-year campaign aimed at encouraging foster parents to adopt boosted Indiana adoptions for 2006 and 2007 by about 15% and 39%, respectively over 2005, says Susan Tielking, spokeswoman for Indiana's child services department.

Foster parents were targeted because more than two-thirds of the children adopted in Indiana and the USA are by people who have been foster parents, Zielewski says.

Foster parents Roy and Shelly Higgins of Indianapolis are among those who adopted from the state system.

"We've gotten as much out of this as he has," Roy Higgins says of his 17-year-old son, Brandon Higgins, whom the family adopted in 2002. "There is such a great need and there are so many everyday people out there who would be a blessing for these children."

Higgins says Brandon, who was troubled, has made great progress and is preparing to go to college in the fall. Seeing him leave home will be difficult, Higgins says. "But even when he leaves, he'll always be my son, and I'll always be his dad."


Source : Tim Evans for USA TODAY 

 
 


Repères

 

• En France, l'affaire de L'Arche de Zoé a récemment relancé le débat sur l'adoption internationale, qui concerne la majorité des adoptions. Le sujet est épineux, qui met face à face riches et pauvres, Nord et Sud, Blancs et Noirs. "Aujourd'hui, certains indices montrent qu'un commerce est en train de se développer autour des enfants pauvres d'Afrique et d'Asie", écrivait alors l'intellectuel arabe Mohamed Al-Haddad dans les colonnes d'Al-Hayat, même si "les motivations [de l'adoption] ne sont pas toujours infâmes ; elles sont le plus souvent innocentes, voire philantropiques".

 

• La compassion est un sentiment dont se méfient beaucoup les associations qui œuvrent dans le secteur. Ainsi, après le tsunami de décembre 2004 en Asie , des dizaines de propositions d'adoption "humanitaire" ont afflué. Cet élan de générosité a été refroidi rapidement : les associations ont, au nom de la défense des enfants, privilégié le parrainage des enfants dans leur pays. Et le ministère de la Santé et de la Famille a, par crainte du trafic d'enfants, gelé toutes les demandes d'adoption dans les pays touchés.


 
 
Source : Courrier international