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02/07/2008

Mères porteuses, à quel prix ? Caroline Eliacheff, René Frydman.

GPA.jpgCaroline Eliacheff, Psychanalyste et René Frydman, Gynécologue-accoucheur

 

Au fond, de quoi s'agit-il ? Tout simplement de faire un enfant. Mais encore ? Un enfant génétiquement de soi. Et pour y satisfaire quand on n'y arrive pas à deux, on n'hésiterait pas à faire courir des risques à de nombreuses personnes. Comment ? D'abord en pratiquant une fécondation in vitro (FIV) avec les ovules de la femme dépourvue d'utérus et le sperme de son compagnon. Puis en transférant l'embryon ainsi obtenu dans l'utérus d'une femme porteuse. Ce qui compte, c'est l'enfant de soi, de ses gènes.


Mais derrière la souffrance des couples qui ne voient d'autre solution pour enfanter que la gestation pour autrui, on ne peut pas ne pas remarquer la survalorisation de la génétique. Elle s'inscrit dans une définition de l'individu par ses seuls gènes, qui ouvre la porte au renfermement sur soi ou à des pratiques contestables, comme on l'a vu pour les tests ADN. On revient au pedigree plus qu'à la mixité et à l'ouverture sur l'autre.

 

Cette démarche est différente de l'adoption, du parrainage, du don de sperme, d'ovule ou d'embryon, qui relativisent l'apport de la génétique pour valoriser la parentalité dite "d'intention". On ne peut comparer, comme le font certains, la gestation pour autrui aux dons de gamètes sans ajouter à la confusion des repères.

 

La mère est celle qui accouche, mais l'enfant peut avoir une parentalité multiple. La grossesse n'est pas un simple portage, c'est une expérience fondamentale qui façonne les deux protagonistes : la future mère et l'enfant en gestation. On découvre à peine la complexité et la richesse des échanges entre la mère et l'enfant in utero. Ce ne sont pas des élucubrations de psychanalystes. Les chercheurs scientifiques de toutes les disciplines n'en sont qu'au début de leurs découvertes concernant les mécanismes de ces échanges et leurs conséquences.

 

Même les animaux n'y échappent pas : les embryons d'étalon portés par une solide jument se retrouvent avec des caractéristiques repérables de la jument porteuse. Faut-il, au nom de la filiation génétique, organiser la venue au monde d'enfants portés par une femme dont le travail psychique conscient et inconscient consistera à pouvoir l'abandonner ? On peut imaginer son ambivalence si, comme il est prévu, elle garde la possibilité de se rétracter à l'accouchement et les conséquences pour l'enfant d'une rétractation... Faut-il, au nom de la souffrance de parents infertiles, croire que l'amour peut tout, et réduire ces échanges à... rien ?

 

L'inégalité - vécue comme une injustice - devant la fertilité est mise en avant par certains pour justifier la gestation pour autrui pour les couples infertiles. C'est oublier qu'en matière de vie en général et de procréation médicalement anonyme (PMA) en particulier, on est dans le règne de l'injustice : à ce jour, la moitié des couples qui ont recours à la FIV n'auront pas d'enfant. On peut certes espérer améliorer cet état de fait, mais il y aura toujours des limites.

 

S'adjuger douze mois de la vie d'un être humain, ce n'est pas rien ! Une grossesse, ce n'est pas toujours simple, et une mère porteuse n'est à l'abri ni d'une fausse couche, ni d'une césarienne, ni de complications, ni de porter un enfant malade, ni d'un baby blues. Ses propres enfants devront intégrer l'idée que l'enfant qu'elle porte n'est pas un frère ni une soeur, qu'il n'a pas été conçu avec leur père et qu'il sera (aban)donné à une autre famille dès la naissance. La société peut-elle exposer de la sorte ces enfants au bon vouloir de leur mère ? Et le couple ? Et le mari ? Messieurs les députés, que diriez-vous si votre femme vous annonçait qu'elle allait porter un enfant pour un autre couple ? Mesdames les députées, allez-vous donner l'exemple ?

 

N'est-ce pas une forme majeure d'aliénation du corps de la femme ? La principale motivation est et restera une motivation économique liée ou non à une réparation psychique, consciente ou non, qu'il paraît douteux d'encourager. Il y a sûrement de par le monde des prostituées libres de choisir l'usage qu'elles veulent faire de leur corps, mais la très grande majorité sont exploitées et n'ont pas le choix.

 

Il n'y a qu'à regarder les offres financières faites aux mères porteuses - qu'elles aient eu ou non des enfants - pour comprendre que la régulation n'est qu'un cache-misère et que les dérapages sont inscrits dans la démarche même de légaliser cette forme de prostitution au nom de la souffrance des couples qui ne peuvent procréer mais qui peuvent payer. Certes le tourisme procréatif existe. Dans ce contexte, tenir sur des positions de principe paraît rétrograde. Mais les contraintes dont on veut se débarrasser au nom de la liberté des uns et des autres sont autant de remparts contre les dérapages.

 

Certes, des enfants de parents français ont été portés par une femme californienne ou ukrainienne. Les parents ont agi en connaissance de cause, mais font pression sur la justice française - au nom du bien-être de l'enfant -, sujet sensible s'il en est, pour faire reconnaître la filiation. Si l'on considère que la mère est celle qui a accouché, l'enfant qu'elle a abandonné ne pourrait-il être adopté par le couple qui a l'intention de l'élever et qui se trouve être les parents génétiques ? Manière de ne pas faire comme s'il ne s'était rien passé. Car, aujourd'hui, l'enjeu que pose chaque technique de procréation assistée est de savoir s'il est possible ou non de l'humaniser en instituant la parenté sans confusion sur les origines.

 

Ces réflexions intéressent la société tout entière et, au premier chef, les parents qui veulent à tout prix un enfant, dont on dit, à tort, qu'il n'a pas de prix.


Source : Le Monde. 30.06.2008


Sur le même sujet


->  Priorité doit être donnée à l'enfant !
Pour Emmanuel Sapin, chef de service de chirurgie pédiatrique et néonatale au CHU de Dijon et Tugdual Derville, délégué général de l'Alliance pour les droits de la vie, la pratique dite des mères porteuses pose le problème grave de dissocier les trois fonctions de la maternité : la génitrice, la gestatrice, l'éducatrice. Au détriment de l'enfant.
Le Figaro. 03.07.2008.

->  Mères porteuses : une nouvelle forme d’exploitation du corps des femmes. Parti communiste français. 
Le Sénat a mis en place un groupe de travail qui a organisé des auditions, afin de légiférer sur la légalisation de la gestation pour autrui, autrement dit pour la légalisation des mères porteuses. Il est troublant de voir à gauche des voix qui soutiennent un tel projet.
Ainsi, pendant 9 mois on pourrait utiliser le corps des femmes comme un outil de production/procréation. Tout à coup, il n’y aurait plus de lien entre la femme et l’enfant qu’elle porte. On nous parle de garde fou, de dédommagement et non de rémunération, quelle hypocrisie ! A partir du moment où l’argent entre en jeu, on est dans la marchandisation des corps. A quand l’enfantement comme un métier ?
Que veut dire cette notion du droit à l’enfant à tout prix ? Le désir de transmettre à un enfant peut exister autrement que par la procréation. Nous réfutons le bien-fondé d’une telle loi qui accentuerait une pression supplémentaire sur les femmes, qu’elles soient « porteuses » ou non. Aller vers la reconnaissance de la « maternité par autrui », c’est contraire au respect de la dignité de la femme et de l’enfant. C’est une nouvelle forme d’exploitation du corps des femmes.
Cette question est suffisamment grave pour qu’elle fasse l’objet d’un grand débat public, et que des décisions ne soient pas prises à la hâte et en catimini.
PCF. 27.06.2008.

->  Accepter sa stérilité. Biosphère.

->  Mères porteuses. Va-t-on en France pouvoir "acheter" des enfants ? Gène éthique.

->  Mères porteuses. Le marché clandestin.
La France interdit d'y recourir, mais les couples en mal d'enfant cherchent par tous les moyens à contourner la législation. Certains passent par les pays qui autorisent cette pratique. D'autres trouvent ici même des ventres à louer. Un bébé, mais à quel prix?
L'Express. 15/09/2005.


->  "Aujourd'hui, on veut des bébés à tout prix''. René Frydman.

Commentaires

A louer : corps en très bonne santé (certificat médical fournis + carnet de santé disponible), vacant depuis quelques temps, ayant déjà été plusieurs fois utilisé, et ceci à chaque fois avec réussite (lettre de recommandation d’anciens clients disponible), offre pour une durée 9 mois maximum cavité interne destiné à l’accueil provisoire d’un objet de consommation disponible dès éjection définitive hors de l’habitacle ! (mise à prix : 10 000 €, payable en plusieurs fois…) Garanti 3 ans, satisfait ou remboursé ! *

* membre de la FDMP (Fédération des Mères Porteuses), nous vous assurons le remboursement et le remplacement de tous produits défectueux (dans la limite des stocks disponibles).

Pure fiction ? Peut-être… Quoique…
La loi de bioéthique de 1994 avait formellement interdit la pratique des "mères porteuses" au nom de la non commercialisation du corps humain.

Mais allons-y gaiement ! Vendons aux enchères chacune des parties de notre corps ! Il nous appartient !

A défaut d’être les maitres du monde, soyons au moins les maitres de notre corps (ou de celui des autres) !!

Écrit par : David | 02/07/2008

On n'est plus très loin du "Meilleur des Mondes" de Aldous HUXLEY.
GPA= dernière étape avant l'utérus artificiel?
On marchandise le corps, on coupe le lien mère-enfant qui se tisse en 9 mois...
et pendant ce temps des petits venus "pas au bon moment" sont avortés.
Décidémment, "Nous vivons une époque formidable".

Écrit par : BLOGVITAL | 18/07/2008

Dans sa section Sciences et Ethique, La Croix donne la parole à Danielle Moyse, docteur en philosophie et chercheur associé au Centre d'Etudes des mouvements sociaux (CNRS-EHESS), pour une chronique sur les mères porteuses.

Elle s'interroge sur l'incontestable changement qui s'opère dans les mentalités, notamment par la sémantique et qui pourrait préfigurer une légitimation juridique. On ne parle plus de "mères porteuses", terme à connotation critique, indiquant la femme "gestante", réduite au rôle de matrice, mais de "gestation pour autrui", présentée comme étant le comble de la générosité.

Mais de quelle générosité parle-t-on ? s'interroge la philosophe. "Quel est en effet cet altruisme qui consiste à donner (ou à vendre) un être que, théoriquement, on ne possède pas?" Et de soulever l'incohérence anthropologique: "à l'heure où des associations protectrices des animaux s'offusquent, non sans raison, que le droit assimile purement et simplement l'animal à une chose (...), allons-nous ainsi accepter une pratique qui revient à faire de l'enfant un produit élaboré pour la satisfaction de ses futurs propriétaires ?"

La perception de la générosité est faussée puisqu'elle convertit l'enfant en simple bien et la gestatrice en simple corps. Celle-ci "ne fait alors que prêter ou louer son propre corps, mettant alors un terme au principe de l'indisponibilité du corps humain." Danielle Moyse relève la aussi une contradiction puisqu'il reste paradoxalement possible pour la mère porteuse de garder l'enfant, alors qu'on affirme par ailleurs qu'il ne lui appartient pas et qu'elle doit le remettre à ses commanditaires.

Enfin, l'apaisement de la souffrance des couples stériles est considéré prioritaire, en contradiction avec "le principe, martelé par les commissions d'adoption, suivant lequel il s'agit de "donner une famille à un enfant et non le contraire"". En effet, dans les cas de gestation pour autrui, il s'agirait plutôt de "donner un enfant à une famille".

Si la France devait autoriser la gestation pour autrui, alors "à quelle modification du statut de l'enfant, et par conséquent des êtres humains en général, serions-nous en train d'assister, pour qu'ils puissent être ainsi "négociés" "?

Écrit par : genethique | 10/09/2008

Bioéthique

La maternité de substitution est présentée comme un service généreusement rendu pour répondre à la détresse de couples qui ne peuvent avoir d'enfants par leurs propres moyens, pas même en ayant recours à la procréation médicalement assistée. Il s'agit de couples dans lesquelles la femme souffre, parfois d'une incapacité à concevoir un enfant, et, dans tous les cas, de le porter.

Dans la perspective de la législation de la maternité pour autrui, l'élément décisif serait le consentement de la gestatrice. Même pour les défenseurs de la maternité pour autrui, le risque d'instrumentalisation de la femme gestatrice est bien réel. On ne peut nier les liens qui existent entre argent et maternité pour autrui, car on n'a jamais vu de femmes aisées se proposer pour rendre ce service (sauf éventuellement dans le cadre familial).

Le professeur Jean Bernard, président du comité consultatif national d'éthique, a fait état de l'intervention d'intermédiaires mercantiles, ce qui s'apparentait à un véritable courtage. Comment s'imaginer qu'il suffise pour contenir ce risque, que la loi interdise toute rémunération et toute intervention d'un intermédiaire ? La seule prise en charge des frais et le seul dédommagement de la femme s'apparentent très facilement à une rémunération. Un cadeau peut être offert : voyage, voiture. La loi qui interdit toute rémunération peut être facilement contournée.

Écrit par : Réjane | 02/10/2008

Mères porteuses : l'humanité de l'enfant en péril


Alors que la Cour de cassation a rendu mercredi un arrêt qui confirme le caractère illégal de la pratique des mères porteuses en France, la fille de Françoise Dolto, médecin et haptopsychothérapeute, met en garde contre la tentation de la gestation pour autrui.

Au centre du débat sur la mère porteuse, il convient de placer l'intérêt de l'enfant à naître. Que signifiera cette manière d'arriver au monde pour l'enfant ainsi porté, tout au long de sa vie et de celle de ses futurs enfants ? Ces questions sont complexes. Les réponses, souvent militantes, voire dogmatiques, oublient trop souvent ce que l'on sait aujourd'hui de la vie prénatale.

Vaut-il mieux que la mère porteuse s'attache à l'enfant avant de l'abandonner ou qu'elle le porte en se coupant le plus possible de lui ? La seconde solution est à coup sûr plus pathogène. Est-il souhaitable de garder un lien entre la porteuse et le porté ? Cela n'est pas certain. Peu de voix se soucient de la charge de souffrances qui accompagneront inévitablement de tels dispositifs. Celle de la mère qui abandonne, celle de ses autres enfants (la future loi imposerait qu'elle en ait), celle de son compagnon et celle de l'enfant à naître, si poreux, dès la vie prénatale, aux affects de ceux qui l'entourent. Comment préserver le sentiment de sa dignité quand on est le résultat d'une transaction, d'un contrat, d'une livraison ?

Peut-on accepter que le désir - la «nécessité», disent certains - d'avoir un enfant porteur de mêmes gênes que soi pousse un couple d'humains à le produire et le commander comme on le ferait d'un objet ou d'un animal de compagnie ?

On peut souffrir de ne pas pouvoir avoir d'enfants et l'adoption n'est pas toujours facile. Mais il y aura toujours des enfants à aimer, à soutenir, à accompagner, même sans lien de parenté avec eux. Sans possession. Que signifie ce «droit à l'enfant» brandi aujourd'hui comme une évidence ?

La France envisage aujourd'hui de légiférer dans l'urgence sous prétexte que d'autres pays l'ont déjà fait. L'exemple de la Russie où des femmes riches font porter leur enfant par une autre devrait faire réfléchir… Ce qui est en cause, c'est le statut de l'enfant comme sujet. En le traitant en objet convoité, auquel chacun a droit s'il peut payer, en lui proposant comme premier lien affectif, fondateur, un marché de dupes entre ses parents et une femme qui accepte d'être ainsi utilisée un temps pour disparaître ensuite, c'est l'humanité même de l'enfant que l'on met en péril.

La situation de l'enfant né d'une mère porteuse n'est pas comparable avec celle de celui qui est abandonné puis adopté. Ce dernier est conçu naturellement, même si c'est dans les conditions difficiles, sans projet d'abandon. Ce qui constitue une rupture éthique dont nous devons mesurer la gravité, c'est le nouage, au même instant, d'une procréation manipulée par la technique médicale et d'un abandon programmé. C'est dans l'intention que se joue l'essentiel. Cela se pratique déjà tous les jours chez les éleveurs qui veulent obtenir des animaux de qualité.

Et que dire d'une société qui ne veut pas voir ce que signifie pour une femme le fait d'«offrir» son corps pour une transaction économique dont un enfant est l'enjeu ? Comment croire que celles qui le feront contre un simple dédommagement le feront par pur altruisme, dans la limpidité d'un don de soi et de l'enfant qu'elles auront porté, dans un acte exempt de complexités névrotiques potentiellement pathogènes pour elles, pour leurs autres enfants et pour celui qu'elles auront ainsi abandonné ? On dépasse là le cap de l'enfant objet. Permettre que l'enfant soit «commandé» et payé pour être conforme, dans son ADN, au lignage parental, c'est tirer le groupe humain que nous sommes, vers sa «mammiferité» plutôt que vers son humanité. C'est nier les avancées qui ont été faites dans la connaissance de la petite enfance durant ces trente dernières années.

Vers 1975, le nouveau-né était encore souvent considéré comme un tube digestif vaguement sophistiqué, sans émotions ni sentiments. Chercheurs et cliniciens du monde entier ont prouvé depuis combien cette vision erronée est pathogène. Ils ont validé les certitudes que certains psychanalystes avaient avancées dès 1939, disant que l'éducation commence bien avant la naissance. En effet, la vie affective du petit humain est intense dès son plus jeune âge. On sait maintenant qu'il n'y a non pas une, mais des mémoires. Ces mémoires multiples, inscrites dans la chair, influencent notre manière d'orienter nos vies. Tout être humain est en partie modelé par son histoire et celle de ses parents. Ses émotions pendant sa gestation laissent des traces profondes qui se manifesteront en terme de santé physique et psychoaffective au cours de sa vie.

L'accompagnement haptonomique de la grossesse et de la petite enfance nous apprend beaucoup en ce domaine. Dès sa vie prénatale, l'enfant est curieux du monde qui les entoure, lui et sa mère. Bien avant d'avoir une audition, il perçoit les vibrations des sons. Très vite, il discrimine les voix. Ces traces mnésiques vocales perdurent étonnamment longtemps.

Avec ou sans haptonomie, parents et thérapeutes connaissent la manière dont le lien précoce marque la relation parents-enfants. La façon dont la grossesse est survenue, dont elle a été acceptée, dont elle s'est déroulée, les circonstances de la venue au monde de chaque enfant, les sentiments de peur, d'angoisse, de joie, les sentiments de culpabilité qui entourent ces périodes, tout cela colore fortement le lien qui se tisse entre l'enfant et sa famille.

Dans les heures qui suivent son arrivée dans le monde aérien, il est essentiel que le nouveau-né puisse se dire : «C'est bien eux, donc c'est bien moi.»

L'humain est un mammifère singulier, d'une espèce nidicole, dont les petits ne peuvent se développer sans un entourage protecteur pendant les premières années. Nous dépendons des autres, mais d'une manière différente des animaux qui vivent en groupe. Avoir inventé le néocortex fait de nous des mammifères dotés de parole et de mémoire. L'imaginaire, le symbolique, la parole, nous rendent assoiffés d'amour, de sécurité, de besoin d'espérer.

Il existe un lien étroit et actif entre la manière dont une société encadre la gestation et la petite enfance et l'évolution que les enfants ainsi traités feront subir à leur cadre social. La question qui se pose implicitement à toutes les cultures est la suivante : comment tirer le petit mammifère humain vers son humanité plutôt que l'abandonner à ses pulsions de consommateur, y compris dans son rapport à autrui ? Cette question en entraîne une autre : comment canaliser la violence pour permettre la vie en groupe ? Les réponses sont complexes et diverses mais il semble se dégager un consensus, toutes pratiques thérapeutiques et pédiatriques confondues, pour dire que l'humanisation par l'accueil des parents et de l'enfant, un sentiment de sécurité affective, de continuité, donné aux petits et grands par le geste et la parole, sont des moyens efficaces et peu onéreux. Aider ainsi chacun à trouver du sens à sa vie et à ce qu'il fait est, à ma connaissance, la meilleure manière d'équilibrer l'horreur d'être un humain avec la merveille d'être un humain.

Dans les projets législatifs actuels, que deviennent ces questions essentielles ?

Catherine Dolto. 19/12/2008

Écrit par : Figaro | 21/12/2008

Les mères porteuses : "une aliénation biologique"

Le président de la république "fera une synthèse des propositions à l'été prochain" sur la révision des lois de bioéthique et notamment sur le sujet des mères porteuses, a déclaré Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la Famille.

Alors que le Conseil d'Etat (CE) vient de se prononcer contre la légalisation des mères porteuses, y opposant des "objections très fortes" dont celle du "risque de marchandisation du corps humain", Nadine Morano a réitéré sa position en faveur de la légalisation de cette pratique.

La philosophe Elisabeth Badinter s'est dite "déçue" de l'avis du CE, alors que le gynécologue René Frydman l'a jugé "très sage". Pour lui "on ne peut pas mettre le petit doigt dans ce qui est de l'exploitation des femmes pour d'autres, parée de toutes les vertus de la générosité".

Enfin, la philosophe Sylviane Agacinski vient de publier le livre "Corps en miettes" (Flammarion), véritable réquisitoire contre les mères porteuses. "L'instrumentalisation du ventre féminin n'est rien d'autre qu'une forme grave d'aliénation qui ne peut trouver un alibi dans une finalité thérapeutique", écrit-elle. Elle dénonce le principe même de la location d'utérus qui porte atteinte à la dignité de la personne. Selon elle, l'industrie procréative instaure une forme inédite d'"aliénation biologique". Elle rappelle que c'est l'accouchement et non le projet, le contrat ou la volonté, qui font la mère.

Alors que les partisans de la gestation pour autrui (GPA) présentent cette pratique comme un acte généreux, Sylviane Agacinski explique que "la générosité est l'alibi du marché des ventres". "Nulle part la maternité pour autrui n'est autre chose qu'un commerce", souligne-t-elle.

Elle explique que "le marché des mères porteuses n'est pas régi par la liberté, mais par le besoin" et que l'on est en train d'inventer un nouveau métier : "la gestatrice".

Enfin, en ce qui concerne l'enfant, elle rappelle que, dans la GPA, on programme et légitime un abandon. "Cet enfant apprendra qu'il a fait l'objet d'un contrat. Comment le vivra-t-il?", s'interroge-t-elle.

Notons que selon un sondage du Figaro.fr, 64,4% des votants ne sont pas favorables à la légalisation des mères porteuses.

Écrit par : genethique | 12/05/2009

Je suis franchement heureux de lire ces commentaires à propos de l'ouvrage de Caroline Eliacheff (pour rappel, fille de Françoise Dolto).

En tant que Belge, je ne peux que rejoindre nos amis français, mais combien de temps la loi restera ce qu'elle est?

La marchandisation de TOUT est en cours.
Celui du corps de la femme, par le "plus vieux métier du monde", est bien évidemment connu. Mais la "science" 'avance' (?). Pourtant, "science sans conscience n'est que ruine de l'âme" (Rabelais).

Marchandisation de l'enfant aussi tant par la technique de la mère porteuse que par l'adoption : l'enfant n'est plus qu'un "objet transitionnel". OBJET !

Avoir un enfant, le "posséder", en quelque sorte, est devenu un DROIT ! Nous sommes subjugués par le principe du "tout m'est dû".

Rabelais déjà (français...) faisait appel à la conscience !

Français, persévérez !

Un 'voisin' effaré.

Avoir un enfant, ou DEVENIR parent ?

Écrit par : Pierre ROGGEMANS | 13/04/2011