Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Le commerce d'enfants via l'Internet est un fléau inacceptable. | Page d'accueil | Les voies de l’adoption internationale : Espagne, France et Suisse »

08/12/2008

Adoption d'un enfant, adoption de soi.

blogosapiens.jpg[Via Blogosapiens?, le blog d'Isabelle de Penfentenyo]

Existe-t-il des adoptions réussies? Et d'ailleurs, qu'est-ce que ça veut dire une adoption réussie? On entend si souvent parler des difficultés rencontrées par les parents adoptifs. Elles ne sont qu'un pâle reflet de celles de leurs enfants.



Il me semble vital pour les parents de comprendre que l'adoption n'est pleine que le jour où elle devient réciproque. Ce chemin est long et passe souvent pour les enfants par un retour à leur source première. En particulier lorsqu'ils viennent d'un pays étranger.



Dans les premières années tout semble facile: on prend la main d'un enfant, on l'accueille dans ses bras et dans son coeur et l'on ne voit de lui que sa bouille souriante et joueuse, ses facéties, ses calîns, ce cadeau merveilleux fait par la vie et elle, là-bas, très loin, qui a offert à son petit un chemin peu banal.



L'enfant, lui, est un enfant, point. Comme tous les autres. La couleur de sa peau diffère peut-être un peu, mais on ne la voit pas/plus, lui non plus, on lui parle parfois d'une autre racine, d'un autre pays, mais tout ça, pour les parents comme pour les enfants, relève un peu du conte de fées.



Puis vient l'adolescence et son lot habituel de questions silencieuses et de coups de pied dans la réalité. Ce qui pose question à tous les parents prend avec les enfants adoptifs une dimension abyssale. Et eux, enfin beaucoup d'entre eux, glissent vers une apparence de non-être dont on ne sait comment les sortir.



La réponse est justement que nous ne pouvons pas les en sortir. Aux abords de l'âge adulte, il leur revient de tenir la barre de leur propre bateau et nous pouvons juste être là, toujours là, pour essuyer les traces d'embruns, corriger un point sur la carte, faire la popote, border ou choquer une voile. Mais eux seuls, encore une fois, tiennent la barre. La traversée est longue et le rivage hors de vue. Seul l'amour peut nous accompagner et la patience son corollaire.



Bien souvent, ils nous bousculent, nous rejettent, comme n'importe quel ado. Avec un plus: comment accepter ces deux-là qui les ont arrachés de leurs racines? Il est important de comprendre que, si une part d'eux-mêmes comprend, aime ses parents, cette part est surtout mentale, et qu'au fond de leur être est caché une terrible colère envers la vie et ces parents qui se sont octroyés un rôle qu'ils considèrent ne pas être le leur.



Et derrière cette colère gît celle, plus grande encore, dont ils n'ont pas conscience, envers celle qui les a poussés dans d'autres bras. Ils l'ignorent, la vénèrent, la regrettent, la pleurent. Et projettent tout sur nous. Ils nous semblent haineux ou apathiques, ils s'épuisent à tourner en rond autour de leur histoire.



C'est quand ils arrivent au bout de leur épuisement qu'ils font le chemin qui les sépare...d'eux-mêmes. Car en puisant dans leurs racines, au bout de ce voyage vers elle, c'est bien vers eux-mêmes qu'ils vont. Et c'est au bout de ce chemin qu'ils vont pouvoir enfin pouvoir s'adopter. L'adoption de leurs parents n'est qu'une conséquence heureuse de ce voyage.



Nous ne pouvons qu'être là. Vivre cet amour exigeant, et voir que ce chemin est aussi le nôtre. Car pour chacun d'entre nous, elle est longue la route qui nous conduit à nous adopter nous-même, à accueillir cette incarnation comme un véritable choix. Nos enfants eux aussi sont des miroirs...



Nous ne sommes pas allés les chercher par hasard, leur histoire est aussi la nôtre, leur traversée notre traversée. Combien de temps nous a-t-il fallu pour être capable de dire merci à la vie? combien de fois par an nous arrive-t-il encore de nous sentir victime, de nos parents, de la société, ou que sais-je? quand la dernière fois nous est-il arrivé de maudire les évènements, une personne, ou nous-mêmes?



Alors, adoptons-nous, voyons le chemin qui nous reste à faire pour mesurer le leur, le comprendre et les accompagner. Que prenne la greffe avec nous-mêmes...

12:02 Écrit par collectif a & a dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : adoption internationale | |  del.icio.us