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« Le mythe de l'adoption en Chine plus loin démêlé. | Page d'accueil | Elle a abandonné son fils adoptif, qui ne "s'attachait pas". Pendant 18 mois, une mère a lutté pour se relier avant la renonciation de son enfant. »

30/09/2009

Je suis heureux que ma mère soit vivante ***

je suis heureux que ma mere soit vivante.jpgNotre identité est un vêtement dont notre enfance a dessiné les coutures. La présence de ceux qui nous ont élevés, nos parents, a été fondatrice de ce que nous sommes. Mais que se passe-t-il quand il s'agit d'absence ?
Entre 7 et 20 ans, Thomas a recherché Julie, sa mère biologique. A l'insu de ses parents adoptifs, il va retrouver cette femme qui l'a abandonné à 4 ans et commencer auprès d'elle une 'double vie'. Mais 'qui a deux maisons perd la raison ...' dit le proverbe.

 


A la base de film réalisé par Claude et Nathan, il y a cet article inspiré d'un fait divers d'Emmanuel Carrère paru dans L’Evénement du jeudi (1996) et intitulé: Je la recherche, le la tue, je l'aime ou la disparition de la mère. L’écrivain y relatait l’amour meurtrier d’un jeune homme pour la mère qui l’avait abandonné autrefois. Treize ans plus tard, c'est devenu un uppercut de 90 minutes qui laisse le spectateur troublé et bouleversé par un récit qui touche à l'identité, soit le matériau qui nourrit sans doute la majorité des créateurs en tout genre.

 

En quelques mots, nous suivons le parcours du jeune Thomas, qui remue ciel et terre pour retrouver sa mère biologique qui l'a abandonné lorsqu'il avait 4 ans. Et lorsqu'il la retrouve, il mène une espèce de double vie partagée entre la maison de sa vraie maman et celle de sa mère adoptive.

 

S'il y a bien quelque chose de troublant dans Je suis heureux que ma mère soit vivante, c'est cette tension latente et palpable  (Vincent Rottiers y est exceptionnel) qui est le plus douloureux. Bénéficiant d'une mise en scène très sobre et proche du documentaire, ce film permet à Claude Miller de revisiter un de ses thèmes de prédilection comme la gestion des enfants par leurs parents et des parents par leurs enfants. Thème qui était déjà bien présent dans Un secret ou La classe de neige.
Mais plus encore, parce que l'angle est finalement assez radical, le film pose beaucoup de questions sur l'adoption et les difficultés que rencontrent (très) souvent les familles d'accueil et adoptives.

 

Logique pour l'adopté de savoir un joure d'où il vient. C'est qui nous construit ou nous détruit. Et débouche sur des comportements extrêmes.

 


« L’adoption, c’est très complexe »

 

Claude Miller et son fils Nathan collabore ensemble depuis une vingtaine d’années. Pour la première fois, père et fils réalisent ensemble. C’est le poignant Je suis content que ma mère soit vivante qui sort ce mercredi. Inspiré d’un fait divers qu’avait relaté en 1996 Emmanuel Carrère – le projet est d’abord tombé dans les mains de Jacques Audiard –, ce film raconte l’histoire d’un jeune homme (Vincent Rottiers qui l’incarne est stupéfiant), abandonné par sa mère à l’âge de quatre ans. Adolescent, Thomas part à la recherche de sa mère biologique. Une quête d’identité qui traverse, en filigrane, la filmographie de Claude Miller.

 

Ce n’est pas votre premier film, où l’identité est au cœur du propos. Qu’est-ce qui vous touche tant ?


Claude : Je vais vous enfoncer une porte grande ouverte. Je pense que nous sommes cousus de notre enfance, qu’elle est fondatrice de la personne que nous sommes. J’ai tendance à me rappeler plus de mes souvenirs d’enfance (bons ou mauvais) que de mes souvenirs d’adulte. C’est comme ça. Je suis fait comme ça. C’est peut-être pour cela que j’ai autant de tendance à aborder des sujets avec des enfants.

 

La quête de Thomas prend une tournure radicale et pose, légitimement, la question de la complexité de l’adoption. Vous pensez que même si l’enfant est heureux dans sa famille adoptive, il fera tout pour retrouver ses parents biologiques ?


Claude : Je ne suis pas un cinéaste qui résout les problèmes qu’il pose. J’avoue que je n’ai pas de leçon à donner. Simplement, j’ai des émotions à faire partager. Peut-être que ça peut, dans le meilleur des cas une réflexion et amorcer des conversations comme que nous avons. Mais je me garde d’avoir un avis clôturé sur l’adoption. C’est un film à débat et d’accord pour le débat.

J’avais aussi envie de poser la question de savoir les conséquences d’un abandon chez un jeune enfant quand on sait que toutes les sensations avant quatre ans, par exemple, sont sensuelles.

Vous l’avez dit, l’adoption c’est un problème très complexe. L’adoption, en soi est très politiquement correcte. C’est magnifique pour l’enfant abandonné et pour les parents frustrés ou qui ou qui ont envie de faire un geste. Je crois que l’adoption multiplie les problèmes quand il y a problème. Et il y a toujours la possibilité pour l’enfant difficile ou difficile à élever de dire : « T’es pas mon père ». C’est déjà dur de gérer des enfants ou pour les enfants, de gérer leurs parents. Et l’adoption fait un effet loupe. Dans le bon ou le mauvais sens.

 

Est-ce que vos rapports à vous deux ont changé ?


Nathan : Nos fonctionnements de vie font que tous les cadavres ont été sortis du placard et hachés menus bien avant cette aventure. Il n’y a aucun interdit entre nous au niveau du dialogue. On se parle comme de vieux amis et ça aide dans la circonstance. Et du point de vue du cinéma, ça reste du travail. On travaille. Il n’y a pas de considération humaine à prendre. On pense jamais à qui est l’autre sur un plateau.

 

Un père et un fils qui coréalisent un film sur un tel sujet, c’est amusant, entre guillemets…

 

Claude : C’est peut-être l’inconscient parce qu’on se dit toujours avec Nathan qu’on n’était pas conscient du parallélisme entre le sujet. Peut-être parce qu’on ne voyait que le côté mère fils. Par contre, on savait qu’il y avait un très beau sujet à traiter et qu’on avait envie de travailler ensemble.

Nathan : Ceux qui étaient plus au courant de ce que vous dites, c’était le producteur, Jean-Louis Livi, qui nous connaît intimement.


Source: Le Soir. Philippe Manche. 30 septembre 2009.

 


"Je suis heureux que ma mère soit vivante" : ce fils qui aime si fort sa mère indigne
Critique. LE MONDE | 29.09.09

 

Quelle est la relation mère /fils exactement ? « J’ai mal à ma mère », ce mélange d’amour et de haine sur lequel on n’arrive pas à mettre un nom, qui rend mal à l’aise, agressif et bien davantage !

Ce film peu démonstratif, avare en mots instaure un climat efficace! J’ai par ailleurs retrouvé là où vit la mère de Thomas, barre d’immeubles un peu de l’univers des films d’Andrea Arnold, climat social compris !

Sur l’ensemble du film, une construction linéaire nous conduit surement vers le drame qui surgit quand on ne l’attend pas, nous en étions même à le croire évitable ! mais un gamin devenu jeune homme n’a toujours pas saisi pourquoi il y a si longtemps on l’a abandonné et surtout manqué à cette promesse de revenir le chercher !

Voila Les Miller Père et fils livrent un film impressionnant car sobre et psychologiquement juste! Quand en plus le dit film est porte par deux acteurs, Sophie Cattani (Julie Martino la mère biologique) exhibant une fragilité cependant exempte de remords, et pour finir le jeune Vincent Rottiers (Thomas), exceptionnel !!! Ce regard pénétrant de celui qui cherche à pardonner et se heurte à sa propre incompréhension basculant alors dans l’impensable ! 
Les Irréductibles. 6 octobre 2009.