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09/12/2009

L’ombre des origines. A la rencontre d’anciens de l’aide sociale à l’enfance.

L Ombre des origines Jean-Louis Mahe.jpg"Un jour, une adulte m’a dit très justement qu’il y a des blessures qui ne se referment pas. Cet ouvrage nous parle de personnes qui ont été blessées précocement dans leur besoin d’aimer, d’être aimées inconditionnellement, d’être le plus bel enfant du monde aux yeux de leurs parents, d’être rassurées et de pouvoir faire confiance à l’autre. Toutes ont dû être retirées à leurs parents et placées en famille d’accueil ou en institution. Ecrit avec une clarté et un tact remarquables et sans sensiblerie, ce livre est plus qu’un récit sur des enfances difficiles."

Maurice Berger

 

On parle souvent des enfants retirés à leur famille, jamais des adultes qui ont été placés il y a bien longtemps. Comment s’en sont-ils sortis ? Quels ont été les effets, positifs ou négatifs, du placement ? Quelles conclusions peut-on en tirer pour l’avenir de la prise en charge des enfants par l’Etat ?


A travers une série de portraits; Jean-Louis Mahé, psychologue clinicien dans une institution de l’Aide Sociale à l’Enfance du Val de Marne, montre la diversité des trajets. Levant un voile sur ce sujet quasiment tabou, il fait apparaître les failles et les réussites de notre système. Et ouvre la réflexion sur les possibilités de l’améliorer.

 

Source: Albin Michel.

 

Que deviennent les enfants pris en charge par l’ASE (Aide Sociale à l'Enfance)? Mise à part la terrible statistique de l’Institut national d’études démographiques (INED), établissant qu’en 2006, 40 % des SDF (sans dommicile fixe) âgés de 18 à 24 ans sortaient du dispositif de protection de l’enfance, il n’y a aucune visibilité sur leur devenir. Du fait, tout d’abord, de l’absence de tout dispositif d’évaluation statistique. Mais aussi par respect pour leur vie privée. Ils n’ont pas forcément envie qu’on leur reparle de leur passé. Pourtant, le récit passionnant et émouvant que Jean-Louis Mahé nous fait de la destinée de dix anciens de la DASS (Direction de l'Action Sanitaire et Sociale) vient combler un manque et apporter une esquisse de réponse à une légitime curiosité : à quoi sert notre travail d’éducateur ? Les uns s’en sont sortis. Les autres ont vécu une vie de galère. Certains n’ont jamais voulu avoir d’enfants, de peur de reproduire ce qu’ils avaient subi. D’autres ont fondé une famille, s’appuyant sur l’épaule bienveillante et protectrice d’un conjoint. D’aucuns expriment leur haine et leur colère contre un parent gravement maltraitant. Parfois, ils pardonnent l’inqualifiable. Mais tous semblent avoir profité de leur placement, de leur rencontre avec une institution ou des intervenants qu’ils citent comme autant de figures structurantes et affectives. Un éducateur, une assistante maternelle, un directeur comparé à un père… À sa naissance, le petit d’homme est en quête de sensations rassurantes fondamentales. S’il les trouve, il se développera dans des conditions satisfaisantes. Il arrive parfois que les difficultés ou la perversité parentale le plonge dans l’instabilité, la peur de l’abandon, la terreur face aux coups, une image de soi construite sur la honte et la culpabilité. Il risque alors, en grandissant, de rechercher indéfiniment à compenser cette carence relationnelle précoce, en tentant désespérément d’assumer son héritage génétique, émotionnel et culturel. Cette insécurité fondatrice qui mine l’assise narcissique le poursuit alors, le fragilisant souvent dans sa relation à l’autre. Mais le pire n’étant jamais certain, une rencontre peut constituer le socle d’un nouveau départ. Le meilleur surgit quand l’enfant réussit à se dégager de l’ombre de ses origines et trouve des adultes qui construisent avec lui un vécu empreint de respect et d’attention, d’apaisement et de réassurance. Il pourra alors avancer sur son chemin, malgré les obstacles et les épreuves. Le pire, c’est quand il continue à être confronté à des interlocuteurs englués dans leur violence existentielle qui l’enferment dans son malheur.


En explorant ces vies singulières, Jean-Louis Mahé nous montre que permettre à ces enfants de sortir de l’ombre pour aller vers la lumière, c’est leur transmettre du désir, de la fierté et du sens.


Source: Jacques Trémintin. Lien Social.

08:35 Écrit par collectif a & a dans Livre - Revue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, identité, origine | |  del.icio.us