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12/02/2010

Ces enfants qui deviennent des marchandises.

Le récent scandale entourant des cas d'adoption illégaux rappelle que, face à la misère, de nombreux parents sont prêts à abandonner leur progéniture pour lui assurer un avenir décent.

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Le mot d’ordre des Haïtiens est de survivre. La très grande majorité des habitants, aux corps et aux esprits taraudés par la misère, ne lèvent les yeux vers le ciel que pour implorer la miséricorde divine ou interpréter les mouvements des nuages en vue d’anticiper les pluies jamais bienvenues en ville. D’autant plus depuis le séisme qui a mis tout le monde ou presque dans la rue. Cette extrême misère a transformé les enfants haïtiens en marchandises.


Actuellement, tout se vend ou mérite pourboire : un sourire pour une photo auprès d’une montagne de détritus, la confession et la visite de votre propre inénarrable misère, une information sur la dernière rue à contourner pour trouver tel immeuble important effondré ou tel bureau public encore fonctionnel. Mais le plus rentable est un enfant à donner en adoption, un enfant à confier à un bienfaiteur fortuné. Pour les plus pauvres, qu’un enfant ait 2 mois ou 14 ans, c’est du pareil au même. C’est, pour beaucoup, une charge impossible à supporter. Mais c’est aussi, depuis le séisme, une opportunité financière, de l’argent frais à portée de main. A combien se monnaient les enfants ? Cinq cents, 1 000 dollars américains ! Une fortune, ici. Largement suffisante pour monter un commerce, rêver de richesse, alors qu’en réalité on (re)perdra tout après deux mois. Dans l’esprit des mères, c’est aussi donner une chance à leur enfant – une chance d’éducation, une chance de trouver un boulot digne, une chance de richesse. Pour soi-même et son homme, c’est l’espoir d’un pécule mensuel, d’un visa pour une aventure nord–américaine ou européenne, considérée comme le boulevard du bien-être et du bonheur. C’est dans ce contexte qu’il faut situer ce scandale des enfants “kidnappés” par des Américains.


La bonne société haïtienne peut bien s’émouvoir et s’indigner, la communauté internationale ne fait que s’appuyer sur la corruption qui règne dans le pays, sa vénalité, son amoralité – en vérité, son désespoir. Aucune de ces mères domiciliées à Calebasse, à environ 20 kilomètres à l’est de Port-au-Prince, et qui ont vendu leurs enfants, n’a pipé mot après l’arrestation des trente-trois missionnaires américains acheteurs d’enfants. Chesnel Régilus a vendu ses enfants. Il a 50 ans environ et est père de quatre jeunes infortunés. Pour justifier son acte, il évoque avec calme le délabrement du pays, la maladie des petits qu’il doit faire soigner en République dominicaine voisine. Et sa confiance dans le pasteur Jean Saint Vil, qui a établi le contact avec les missionnaires inculpés. “Assurer l’avenir des enfants est la seule chose qui compte”, a affirmé un autre jeune père. Pour les Haïtiens très pauvres, l’étranger blanc est devenu synonyme de richesse et de puissance, voire d’altruisme. L’étranger, en Haïti, symbolise la main tendue que l’Haïtien refuse à son frère. Alors, comment mettre en doute la légitimité de ces actes ? De quels papiers parle-t-on ? De quels principes ? De quel instinct maternel, chez ces femmes qui ne peuvent nourrir leurs propres enfants ?


La police haïtienne qui a intercepté les missionnaires américains acheteurs d’enfants a démontré que l’Etat haïtien existe encore. Après les critiques acides qui ont porté sur la mauvaise gestion gouvernementale du désastre, c’est une bonne nouvelle. La justice les condamnera ou les blanchira, mais il est certain que d’autres viendront à leur suite pour profiter du désastre. Patrice Dumont Le Matin (extraits), Port-au-Prince.

Courrier International | 11.02.2010 | Patrice Dumont.




- Pourquoi l'adoption des enfants haïtiens est une très mauvaise idée, pour eux et pour nous.
L'article original "Chin: Why adopting Haitian children is a terrible idea - for them and us." a été traduit en français par Kim Myung-Sook et publié sur Fabriquée en Corée.
Elizabeth Chin est professeure d'anthropologie au Occidental College, à Los Angeles. Elle a mené des travaux sur le terrain à Haïti depuis 1993.

 

- Haïti: quand l'adoption internationale rime avec business.
Haïti est un des principaux « fournisseurs » d’enfants adoptables. Une filière quasi commerciale s’y est installée, basée sur la loi du marché plus que sur une logique d’aide à l’enfance. Beaucoup d’enfants adoptés ont encore leurs parents…
Le Matin Haïti | 15 octobre 2009.