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17/02/2010

L’adoption n’est pas une action humanitaire d’urgence

 

Chronique de l Abrincate.jpg

[Via Chronique de l'Abrincate, le blog de Bernard BOETON.]

 

Ci-dessous, le texte rédigé par deux médecins français ayant accompagné une convoi d’enfants adoptés en provenance d’Haïti et ayant transité par la Guadeloupe.



6 heures du matin, Orly, un froid glacial, un aéroport vide,  excepté la porte I, gardée par quelques personnes en civil. Le personnel de la Croix rouge et du Samu sont là, tentent de préparer un espace intime en vue de l’arrivée de 46 enfants au cours de la matinée venant d’Haïti, transitant par la Guadeloupe. Vers 7 heures un premier avion atterri et 26 enfants portés par des adultes, apparaissent enfin. Hagards, sidérés, endormis, fatigués tous enveloppés dans des couvertures, ils sont installés avec douceur dans la partie du Hall qui leur est réservée. Quelques vieux jouets trainent, et accueillent les plus téméraires qui quittent les genoux bienveillants de leurs référents. On leur parle doucement et on leur propose des boissons et des gâteaux. Le calme règne. Pas pour longtemps. Les premiers référents de Guadeloupe partis, les enfants hurlent, s’agrippent, s’endorment subitement, sont pris de panique, s’immobilisent dans des expressions vides. Les adultes regardent. Le personnel des CMUP (cellules médico psychologiques d’urgence) s’inquiètent en voyant émerger au-delà des manifestations réactionnelles assez classiques au vu de la situation, les malaises anciens des enfants. Les plaies psychiques s’ouvrent révélant les amputations affectives récentes et sévères, traces profondes du vécu des enfants, réactivées par l’urgence du transfert.

 

Le personnel administratif et les personnalités politiques des ministères notent la normalité des réactions de ces enfants qui viennent de subir un traumatisme, celui du séisme. Deux regards, deux interprétations, qui se transforment en dialogue de sourd. La vie psychique n’existe pas, la souffrance profonde non plus, seule l’expression réactionnelle, et donc entendez ponctuelle, a le droit de cité : enfants fatigués par le voyage, le décalage horaire, ce qu’ils ont vu et vécu du séisme…

 

Durant l’attente pour remplir les formalités administratives, les psychologues passent voir les parents et leur expliquent progressivement  le vécu des enfants arrivés. Ils iront ainsi tout au long de la matinée les tenir au courant des réactions de leurs enfants.

 

Les rencontres sont pour certaines émouvantes, d’autres effrayantes tant les conditions d’urgence de cette mise en relation, sont en soi un séisme, cette fois psychique.

 

Les référents de Guadeloupe sont surpris de constater que personne ne parle créole et ils pourront à plusieurs reprises calmer les enfants en s’adressant à eux dans leur langue, pour compenser notre impuissance à le faire.  Après leur départ personne ne pourra prendre le relais, certains enfants hurleront pendant des heures, même après la rencontre avec leurs parents adoptifs. Ils devront partir avec cet enfant inconsolable, inapprochable, nous confiant déjà qu’ils ne supportaient plus ses cris et qu’ils auraient besoin de repos. Mais impossible, ils doivent partir avec l’enfant, cela fait déjà 6h, 7 ou 8 heures qu’ils sont là dans ce grand couloir aménagé d’aéroport.

 

Alors que nous entendons dans l’espace public que tout est fait en tenant compte de règles éthiques, juridiques, sévères, nous assistons médusés à la séparation de jumeaux arrivés dans deux avions différents, adoptés dans deux familles différentes ; deux enfants adoptés dans la même famille devenant frère et sœur sans aucune préparation ; des parents adoptifs déchirant une lettre d’une mère de naissance ne souhaitant rien garder du passé ; d’autres ne supportant pas la tenue de l’enfant qu’ils ont rencontré 5 minutes plus tôt et qu’ils changent, le dévêtant, lui supprimant ainsi ce qui faisait office de peau, d’enveloppement sensoriel ; de parents inadaptés psychiquement sans capacités identificatoires à l’enfant ; d’autres s’adressant à l’enfant avec son nouveau prénom sans lui avoir parlé de leur souhait de le rebaptiser tout de suite. Heureusement quelques belles rencontres nous apaisent tel cet homme seul accueillant son petit garçon avec douceur, sans chercher à l’accaparer, lui offrant de belles chaussures qu’il aime exhiber à ses copains, l’obligeant à l’attendre, ce qu’il accepte; ou ce couple avec deux enfants dont une petite fille de 5 ans qui pendant des heures tournera dans le hall, refusant de partir, son père la suivant, attendant qu’elle l’apprivoise.

 

Au regard de toutes nos observations de ce jour, nous confirmons que  l’adoption n’a pas sa place dans un dispositif humanitaire. La logique de sauvetage physique, en tenant compte de l’urgence médicale seulement, ne peut pas être éthique si elle ne prend pas en compte la santé psychique des enfants que nous voulons sauver. L’amputation n’est pas réservée au corps, elle existe dans la vie psychique où la souffrance lancinante empêche tout processus vital. Ici l’amputation est le déracinement, l’arrachement, la précipitation, propre à « l’accélération des procédures d’adoption en cours ». Celle-ci devient un risque majeur d’échec pour la construction du lien de filiation adoptif.

 

Nous déplorons que notre expertise clinique soit inaudible au nom du déni de la vie psychique de l’enfant, de sa construction. « Vous ne pouvez pas en trois minutes dire comment vont ses enfants » avons-nous entendu ce matin là par des personnalités institutionnelles organisant ce dispositif. Vouloir traduire la vie affective des enfants, est en soi insupportable. Personne n’a contrecarré un diagnostic médical fait en trois minutes. Deux santés, pour deux priorités qui ne sont pas à égalité.

 

L’invisible du psychisme nécessite un regard qui repose sur des années d’expérience et de pratique, le refuser, l’ignorer, le dénier est une atteinte direct aux droits des enfants et leur intérêt d’être reconnu dans leur identité de Sujet.

 

Nous demandons à l’exemple d’autres pays, le gel de toute arrivée d’urgence des enfants. Et de prendre des mesures spécifiques propres à l’adoption sans les confondre avec les exigences des sauvetages humanitaires.

 

Dr Pierre Lévy-Soussan  
psychiatre, psychanalyste

Mme Sophie Marinopoulos
psychologue, psychanalyste

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Témoignage du Dr Bydlowski.
Le transport des enfants haïtiens en cours d’adoption par des parents français

12 Février 2010 – Retour de Guadeloupe

 

L’émotion soulevée par le séisme a entraîné les autorités françaises à accélérer les procédures d’adoption en cours.

 

La lenteur habituelle de ces protocoles est en effet impopulaire auprès des familles en mal d’enfant. Elle a cependant sa rationalité : aucune adoption ne peut se réussir dans l’urgence. Il faut en effet respecter la temporalité de l’installation  de la parentalité d’une part et celle de la préparation de l’enfant au moment crucial de la mise en relation avec la famille adoptante et du départ du milieu d’origine.

 

Dans la situation tragique créée par le séisme, des enfants non blessés physiquement sont ainsi évacués d’Haiti par groupes de 50 environ en avion militaire et sans accompagnement.  Ils ont entre 6 mois et 9 ans et presqu’aucun ne parle ni ne comprend le français. Leur stress extrême est une leçon de clinique du traumatisme (incontinence, pleurs, sidération ou au contraire hyper agitation). Les Antilles françaises (Guadeloupe et Martinique) sont la première étape de leur exode, mais aucune structure d’accueil stable n’y est proposée. L’équipe essentiellement  bénévole du CUMPS (cellule  d’urgence médico psychologique) les reçoit et ne doit les garder qu’une nuit. L’urgence prescrite étant de les accompagner au plus vite dans un avion de ligne direction Orly où des parents à peine encadrés les réceptionnent sans accompagnement spécifique. Nouvelle étape puisqu’ensuite les enfants sont répartis dans toute la France. Le risque de solitude des familles adoptantes avec ces enfants qui viennent de traverser des expériences traumatiques est majeur.

 

Le vol AF du 11 février transportait ainsi 19 enfants dont 12 bébés de 6 mois environ et une dizaine d’accompagnants bénévoles (toujours les mêmes) épuisés. On estime que cette semaine 370 enfants auront ainsi  été « traités » ; 130 environ vont suivre dont les dossiers sont en règle. On estime que 400 autres ont leurs dossiers encore en suspens.

 

Les bénévoles du CUMPS témoignent de rencontres potentiellement explosives avec des enfants qui risquent d’être mal acceptés par certains parents ne les ayant jamais rencontrés auparavant, ou bien parce que porteurs de signes de troubles de développement déjà visibles.

La situation, ainsi créée, additionne les traumatismes des rencontres bâclées à ceux de l’effondrement de leur pays, et risque de préparer à l’échec du processus d’adoption. Ajoutons que les services de pédopsychiatrie en France, déjà surpeuplés, auront du mal à faire face à des « urgences adoptives »  immédiates ou différées.

 

Des propositions

1. La création d’une structure d’accueil des enfants haïtiens sur une durée de plusieurs mois en Guadeloupe, en milieu créolophone est une nécessité absolue. Les enfants pourraient y être écoutés, rassurés, soignés. Cette structure permettrait leur bilan et l’évaluation de leur adoptabilité. Elle offrirait aux enfants une expérience de vie collective avec des pairs et la préparation à la rencontre de parents adoptants, sur place, dans un lieu de vie voisin  du pays d’origine.


2. La question de la langue maternelle est essentielle même pour les tout-petits. Il existe en France une communauté de près de 70.000 Haïtiens. Pourquoi ne pas envisager de développer des liens entre ceux-ci et les familles adoptantes, ayant d’ores et déjà accueilli un enfant ? Ces contacts permettraient de développer des espaces de transition, offrant un bain culturel aux enfants, retrouvant par là des repères structurants, dont la perte brutale est pourvoyeuse de traumatismes. Ils permettraient aussi aux parents adoptifs de tisser une histoire favorisant l’accueil des enfants. L’idée est de relancer des processus de vitaux, là où le séisme a semé morts, violences et douleurs.

 

Eloigner purement et simplement, sans accompagnement, ces enfants du lieu de l’horreur est bien insuffisant. Il faut leur donner les moyens, un jour, de pouvoir penser cette expérience, et pour cela, aider les parents adoptifs à soutenir ces processus.

Docteur Monique Bydlowski

 

Communiqué de presse.

Enfants d’Haïti et adoption : du sauvetage au désastre


Le déplacement en urgence des enfants d’Haïti « en cours d’adoption » que la France a conçu comme un processus de sauvetage humanitaire est un nouveau scandale français en matière d’adoption internationale. D’autres pays ont fait le choix du gel de toutes les procédures en cours afin d’éviter les maltraitances et les trafics d’enfants. Après le tirage au sort des enfants par l’Agence Française de l’adoption, l’arche de Zoé, les agréments  obtenus contre l’avis des professionnels par intervention d’un politique, voilà maintenant l’adoption en lieu et place d’un sauvetage humanitaire.


La logique de sauvetage physique, en tenant compte de l’urgence médicale seulement, ne peut pas être éthique si elle ne prend pas en compte la santé psychique des enfants que nous voulons sauver. L’amputation psychique des enfants d’Haïti propre au déracinement, à l’arrachement, la précipitation, propre à « l’accélération des procédures d’adoption en cours» est une pratique inadmissible contre l’enfant et la famille adoptante qui mèneront à des échecs d’adoption dramatiques.


Que sommes nous devenus, les adultes d’aujourd’hui pour imaginer qu’un enfant se possède, s’achète, se prend, se consomme, se livre « en urgence » au mépris de sa temporalité psychique et des étapes légales indispensables garantissant sa légitimité ? Que se passe t-il pour que nous pensions que des enfants âgés de 6 mois à 9 ans déracinés, arrachés à leur culture, dans une précipitation salvatrice au nom du séisme dramatique qui a touché Haïti, ne puissent retrouver le bonheur, qu’en France, dans une famille adoptive ? Pourquoi l’adulte d’aujourd’hui est incapable de penser que l’enfant qui vient de vivre une catastrophe naturelle, est profondément traumatisé et que son statut de survivant l’oblige d’abord à se retrouver parmi « les siens » au sens large : dans son pays, d’entendre sa langue, de sentir ses odeurs, de se retrouver dans sa communauté d’enfants,  pour se restaurer, revivre? Pourquoi les futurs parents adoptifs n’ont pas fait une chaine de solidarité, envoyant des dons massifs, pour que les enfants restent dans leur pays dans une zone non touchée, et soient pris en charge médicalement, psychologiquement, matériellement dans leur pays avant tout ?


Il n’y avait pas urgence à transférer ces enfants en France dans les conditions auxquelles nous avons assistées lors de l’arrivée de 46 enfants sur les 363 arrivés. Ce que nous avons vu et entendu à l’aéroport d’Orly le 11 février 2010 n’est pas digne d’un pays d’accueil, civilisé, qui respecte les enfants de toutes origines, leurs donne des droits et s’occupe de leur intérêt.


L’intérêt de l’enfant, ce thème majeur dans la protection de l’enfance, est en perte de sens depuis longtemps et ce 11 février 2010 en est la démonstration vivante. Cet accueil, plus exactement cette « livraison », vient sceller notre surdité face aux besoins des enfants et leur intérêt majeur. Perdus, les enfants tout juste arrivés, oscillent entre se taire comme ultime réflexe de survie en plongeant dans une hypersomnie, des états de sidération, de prostration ;  ou bien hurler à en perdre la voix pendant des heures, s’agitant, marchant le regard perdu, hagard, n’attendant plus rien de ce monde adulte qui ne veut pas les entendre dans leurs besoins premiers. La chronologie des troubles, qui n’existaient pas avant le départ d’Haïti, permet d’évoquer une cause traumatique aigue, précoce, liée au déplacement dans l’urgence des enfants, sans aucune préparation psychique. Ces états traumatiques ne sont pas liés directement aux conséquences du séisme ni aux conditions de vie après. De tels états ne sont presque jamais observés avec une telle intensité ou sur un aussi grand nombre d’enfants dans les suites d’une catastrophe naturelle.


Pendant que nous imaginons être des sauveteurs d’enfants, le monde nous regarde agir, juge nos passages à l’acte et fera le bilan. Les plus graves conséquences seront subies par les enfants et leurs familles et les années à venir révéleront des échecs d’adoption que nous avons fabriqués de toutes pièces.  La « livraison » des enfants d’Haïti va laisser de lourdes traces dans l’histoire de l’adoption internationale en France.


Sophie Marinopoulos et Pierre Lévy-Soussan


Source: Chronique de l'Abrincate.

 

- "Adopter n'est pas un acte humanitaire"
Lors de crises humanitaires, généralement, toutes les procédures d'adoption sont gelées.
Youphil | Julie Schneider | 11/01/2011

 

- Haïti : urgence, traumatisme et adoption

Depuis une quinzaine de jours, des enfants arrivent à Orly et Roissy ; 70 % ont moins de trois ans. 7, 30, 40, 61 enfants selon les vols sont ainsi débarqués en France depuis le tremblement de terre d’Haïti. Ils sont hagards, prostrés, tenus dans les bras de secouristes tout aussi bouleversés et silencieux face à des enfants qui ne réagissent pas, qui ne réagissent plus. Sont-ils toujours vivants, psychiquement ?

Ces enfants, ces tout-petits, ces bébés même, ont vécu un événement traumatique majeur. Il ne s’agit pas tant du tremblement de terre que des conséquences néfastes de celui-ci sur leur vie et leurs repères. En quelques heures, ils ont été dans le chaos total d’un tremblement de terre, avec des adultes perdus, submergés de peine, de désespoir et d’impuissance. Certains  sont blessés, d’autres ont erré seuls pendant des heures, d’autres abandonnés …

Ils se trouvent en situation de deuil traumatique non seulement parce qu’ils ont été confrontés à un risque de mort imminente mais surtout par ces multiples pertes qu’ils ont dû subir en quelques jours : perte de leurs figures d’attachement, de leurs repères et comme si cela n’était pas suffisant, perte de leurs racines, de leurs habitudes.

Ce n’est pas tant la catastrophe de ce tremblement de terre que la manière dont ses conséquences ont été traitées qui risque de faire une trace traumatique durable dans leur histoire de ces enfants.

De l’autre côté, il y a des parents qui sont à des niveaux d’élaboration de leur parentalité bien différents : de rares parents ont déjà rencontré leur enfant (12%), la majorité ne les connaît qu’en photos (63%) et certains ont juste un prénom mais pas même une photo (25%). Il y a aussi des frères et des sœurs bouleversés dans leur rapport à cet enfant venu d’ailleurs et, pour certains, dans des états de réactivation traumatique de leur propre histoire d’enfants adoptés.

Le tremblement de terre et le retour des enfants ont violement court-circuité leur démarche  d’adoption.

Dans un tel contexte, comment penser la rencontre entre cet enfant et ces familles ?

Comment pouvoir s’imaginer qu’en quelques heures, dans un aéroport aux conditions d’accueil précaires, tout ce processus de construction autour de cette nouvelle filiation va pouvoir se faire ? Comment ne pas craindre les effets de déculturation et de désaffiliation si aucune étape n’est prévue avec du temps pour que chacun, enfant et parents, aille l’un vers l’autre ?

Les conséquences traumatogènes d’un tel événement (le tremblement de terre ET cette adoption précipitée) dépendront de ce qui pourra leur en être dit, de ce qui pourra être mis en place pour réassurer au plus tôt ces enfants et leur permettre d’intégrer ces multiples ruptures subies.

Ce qu’ils viennent de vivre se surajoute tout en réactivant les traumas antérieurs. Et l’adoption n’annulera pas la dette traumatique, même avec un amour infini des parents adoptants.

 

Enfance Majuscule
enfancemajuscule@wanadoo.fr

 

- Quitter Haïti en catastrophe ne peut être qu’un traumatisme surajouté pour des enfants qui ont vu leur pays s’effondrer.
Le point de vue de Bernard Golse, pédopsychiatre.
Via Osi Bouaké.




- L'adoption n'est pas de l'aide humanitaire. Opération "Baby Lift" à Haiti.
Via United Adoptees International - News.

 

Commentaires

Haïti – “Les adoptés sont en situation de détresse psychologique”

Médecin à la consultation d’orientation et de conseils en adoption de Versailles (Yvelines), le Dr Pierre Foucaud précise pour France-Soir les particularités haïtiennes.

FRANCE-SOIR. Les enfants haïtiens adoptés par des familles françaises sont-ils réellement en situation de grande détresse psychologique ?
PIERRE FOUCAUD. Oui. Les situations sont en effet vraiment préoccupantes. Comme souvent lorsque des enfants arrivent de leur pays d’origine, ils sont en état de sidération. Il leur faut toujours un peu de temps pour comprendre qu’ils sont face à des personnes bienveillantes. Mais ceux venant d’Haïti sont particulièrement choqués par ce qu’ils ont vécu et, pour nous, c’est globalement plus difficile qu’à l’accoutumée.

Comment ce choc se traduit-il ?
Il n’est pas forcément visible les tout premiers jours. Mais très vite surviennent des terreurs nocturnes et des troubles du comportement qui les placent en situation de stress post-traumatique. C’est particulièrement vrai dans le cas des enfants qui ont vécu le séisme et/ou des anxiétés collectives au moment des premières répliques. Ces mouvements de panique ont été vécus comme des situations encore plus traumatisantes que le séisme lui-même.

Pourtant, certains enfants, notamment ceux que France-Soir a suivis, semblent aller bien…
Il y en a qui vont bien, oui. Ce sont ceux qui ont échappé au chaos global et qui vivaient dans des zones peu ou pas impactées. Mais les autres – la concordance des témoignages recueillis par les Coca de France le prouve –, relèvent du tableau que je viens de vous décrire. Sans parler du fait que tous les enfants sont atteints de parasitoses cutanées diverses – gale, teigne, etc. – et digestives.

Que pensez-vous de la mise en place d’un « sas de décompression » en Guadeloupe ?
J’entends que ce dispositif fasse débat, mais il émane de personnes qui ne connaissent pas les problèmes soulevés par l’adoption, et notamment, aujourd’hui, d’enfants haïtiens après le séisme. Il s’agit d’un lieu d’accueil parents-enfants afin de favoriser des interactions positives. En Haïti, le chaos est tel qu’une petite escale dans un climat linguistique favorable, où le créole est parlé, peut permettre aux parents d’interpréter les comportements mystérieux de certains de ces enfants.

France-Soir. Sandrine Briclot, le lundi 15 mars 2010.

Écrit par : France-Soir | 16/03/2010