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11/03/2010

Les souffrances nées de l'exil

Exil Diaspora.jpgHier,  Libération dressait le portrait de la pédopsychiatre Marie-Rose Moro qui consacre son travail aux souffrances nées de l'exil. Elle accompagne les enfants nés ailleurs dans leur parcours d'adaptation, enfants de migrants et enfants de l'adoption internationale.


La valorisation de la langue maternelle (pendant les consultations les enfants et les parents parlent dans leur langue maternelle) fait partie de ses méthodes de travail. Pour aider les enfants à se construire et à vivre heureux en France, elle se rattache donc à leurs racines et à leur culture d'origine, ce qui me semble être une approche très intéressante en ces temps de peur du communautarisme.
Et comme la vie fait parfois bien les choses, le portrait de Libération sort exactement au moment où je voulais parler d'Edward W. Said.

 

Edward W. Said, intellectuel palestinien de citoyenneté américaine, a lui aussi beaucoup travaillé sur l'exil et ses douleurs. Il parle de l'exil comme d'une "fissure à jamais creusée entre l'être humain et sa terre natale", une expérience d'une douleur insurmontable, source de rancoeur et de regrets, mais aussi d'un certain regard sur le monde.

 

Parce qu'ils sont déracinés, qu'ils ont l'expérience de plusieurs langues et de plusieurs cultures, les exilés sont dans une situation de décalage et de solitude qui les rendrait plus à même de créer, de penser le monde, etc. Edward W. Said considère qu'une partie importante de la culture occidentale moderne est l'oeuvre d'exilés, d'émigrés, de réfugiés. Mais il ajoute également, qu'à trop vouloir valoriser cette richesse de l'exil pour l'humanité, il y a un risque de banalisation des douleurs du déracinement.

 

Ce que je retiens de Marie-Rose Moro et d'Edward W. Said, c'est qu'il ne faut pas oublier l'émigré dans l'immigré, celui qui est parti avant d'arriver.
Edward W. Said illustre ses propos en citant un autre exilé palestinien, le poète Mahmoud Darwich, auteur des lignes qui suivent.

Mais je suis l’exilé
Prends-moi sous tes yeux
Où que tu sois, prends-moi
Rends-moi la couleur du visage et du corps
La lumière du cœur et des yeux
Le sel du pain et de la mélodie
Rends-moi le goût de la terre et de la patrie !
Prends-moi sous tes yeux
Prends-moi comme une peinture sous la chaumière des soupirs
Prends-moi comme un verset dans le livre de ma tragédie
Prends-moi comme un jouet, une pierre de la maison
Afin que la génération future
Sache reconnaître
Le chemin de la maison !

- Rien qu’une autre année -


Edward W. Said, Réflexions sur l'exil et autres essais, Actes Sud, 2008 (pour la traduction française).
Mahmoud Darwich, Rien qu'une autre année, Anthologie poétique (1966-1982), Les Editions de minuit, 1983.


Source: Diaspora | 11 mars 2010