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20/04/2010

Je n'ai pas aimé mon enfant adopté. La douloureuse vérité de l'adoption.

Logo Slate.fr.jpgI Did Not Love My Adopted Child. The painful truth about adoption.
By KJ Dell'Antonia.

 


«Je ne désire plus être la mère de cet enfant.» Ces mots ne sont pas moi. Ils ont été écrits par Torry Hansen, infirmière du Tennessee de 33 ans, dans une lettre qu'elle a envoyée par avion en Russie avec le fils de 7 ans qu'elle avait adopté en septembre dernier. Pourtant, cet été, quand nous avons ramené de Chine notre petite de 3 ans fraîchement adoptée, j'aurais très bien pu les écrire. Cette phrase incarne parfaitement l'état dans lequel j'étais au cours des semaines qui ont suivi notre retour de ce voyage d'adoption (bien que ma version aurait contenu davantage de gros mots). Je n'aimais pas cette enfant. Et cette enfant ne m'aimait pas -même si, lorsqu'elle ne me hurlait pas dessus, elle s'agrippait à moi comme si j'avais été le dernier arbre debout au milieu d'une tornade. Je ne voulais pas être la mère de cette enfant, et je doutais de jamais y parvenir.

 

Évidemment, j'ai fini par y arriver, car sinon la tempête qui fait rage autour de Torry Hansen se déchaînerait aujourd'hui contre moi. Mais sans mettre en doute, en aucune manière, la souffrance de son fils adoptif, je comprends, du fond de mes tripes, ce par quoi Torry Hansen est passée quand elle a fait l'impasse sur toutes les autres solutions d'urgence et mis cet enfant dans un avion. De même que les femmes qui ont connu la dépression post-partum comprennent celles qui se tuent avec leurs bébés, je le comprends. Rendons Grâce à [remplir avec la divinité de votre choix], j'y ai échappé. Mais cela aurait pu être moi.

 

Tout comme moi, Hansen a dû se dire qu'elle était prête. Elle a été passée au crible, questionnée et évaluée. Elle a assisté aux cours obligatoires «d'éducation à l'adoption» sur les enfants en orphelinat, décrivant toutes sortes de sévices, sexuels et autres, les colères violentes et les retards procéduraux imprévisibles. Elle a rempli des formulaires, elle a été évaluée par des assistantes sociales, et, à cause des conditions strictes des voyages en Russie, elle s'y est rendue à deux reprises -la première pour rencontrer l'enfant qu'elle allait adopter, et puis de nouveau, après une période d'attente, pour confirmer sa volonté de devenir sa mère et d'officialiser leur relation. Mais les parents désireux d'adopter sont soit d'incorrigibles optimistes (moi par exemple), soit des gens à la foi profonde et inconditionnelle, et la plupart d'entre eux ne se rendent compte que les choses peuvent mal tourner -mais vraiment très mal- que lorsqu'il est trop tard.


D'autres enfants ont déjà été renvoyés

L'histoire de Torry Hansen n'est pas la première à se terminer ainsi. Elle n'est même pas la première mère à renvoyer son enfant en Russie, un couple de Géorgiens a ramené une fillette de 9 ans en 2000, en disant qu'ils n'arrivaient pas à l'aider. La Russie est connue pour avoir des enfants adoptifs difficiles -son système d'assistance publique est plus rigide que celui d'autres pays et offre souvent moins d'opportunités aux jeunes enfants de nouer des liens avec un adulte référent, ce qui est considéré comme crucial pour pouvoir, plus tard, transférer sa confiance et son affection à un parent adoptif. Mais il existe des histoires d'adoption tragiques dans toutes les régions du monde. Une femme de Floride a abandonné le petit Guatémaltèque de moins de 6 ans à l'aéroport juste après l'avoir ramené au États-Unis (il est resté dans une famille d'accueil jusqu'à ce qu'elle réclame, et obtienne à nouveau, sa garde seize mois plus tard). Tous les cas difficiles ne s'achèvent pas sur une tragédie ou un rejet, mais de nombreux parents adoptants (y compris certains de mes plus proches amis) s'accrochent à un quelconque «plan B» pour survivre aux premiers mois à la maison avec celui ou celle qui n'est finalement qu'un étranger, un étranger perturbé et en colère que vous avez promis d'aimer sans conditions jusqu'à la fin de vos jours.

 

Hansen a adopté un petit garçon de 7 ans, qui vient d'un pays marqué par une longue histoire de difficiles adoptions d'enfants en orphelinat. Moi, j'ai adopté une enfant de 3 ans élevée dans les meilleures conditions imaginables pour une petite fille abandonnée bébé en Chine -une famille d'accueil, avec un couple aimant qu'elle appelait Maman et Baba, et qui s'était occupé d'elle depuis qu'elle avait 2 mois. Grâce à leur aide, elle nous a été confiée avec le maximum de soins et de tendresse permis par le gouvernement chinois. Et pourtant, nous avons eu du mal. Ma fille a hurlé pendant des heures en réclamant sa Maman, et nous savions toutes les deux que je n'étais pas la mère qu'elle voulait. Elle donnait des coups de pied, criait et me désobéissait; elle frappait comme une brute ses nouveaux frères et sœurs quand ils essayaient, toujours au pire moment possible, de lui faire un câlin. Elle nous disait qu'elle ne nous aimait pas; elle suppliait qu'on la renvoie à Baba Mike. Le puits sans fond de ses besoins signifiait qu'il me fallait souvent négliger l'un de mes trois autres enfants. J'étais certaine que j'avais mis toutes nos vies en l'air, pour toujours.


Recoller les morceaux

Ça s'est arrangé, et ça continue de s'améliorer; nous œuvrons quotidiennement pour notre happy ending. Bien intentionné est une expression facile à critiquer, mais il est évident qu'Hansen (tout comme moi) avait de bonnes intentions. À quelques folles exceptions près, peu de parents adoptants s'infligent ces procédures dans l'idée de faire le mal. Le problème est que le mal est déjà fait. Même le meilleur parent adoptant ne peut jamais faire mieux que de recoller les morceaux.


Les enfants qui ne sont plus des bébés et qui attendent d'être adoptés aux États-Unis ou ailleurs ont déjà été abandonnés ou victimes de sévices. Les parents désireux d'adopter sont prévenus, mais il existe aussi une mythologie parallèle qui a émergé autour de l'adoption, que l'on peut rapprocher de celle de l'accouchement avant qu'Anne Lamott et ses héritiers spirituels ne fassent exploser la bulle. Les histoires que les agences d'adoption intègrent à leur matériel, les livres, les blogs -même les signatures des parents sur les forums d'adoption («heureuse maman de DD Mei Mei, à la maison depuis 2007») évoquent tous une expérience censément merveilleuse. Votre enfant est «à la maison», sa vie d'orphelin est révolue, vos voyages respectifs sont terminés, et vous êtes unis pour la vie dans une grande et belle famille. Même la terminologie politiquement correcte de l'adoption insiste sur le fait qu'une fois que c'est officiel, c'est bon-votre enfant «a été» adopté (et non pas «est adopté»), maintenant vous êtes sa mère, amen. Nous refusons que l'adoption soit un processus; nous voulons qu'elle soit une destination, ce qui ne fait qu'aggraver notre colère quand les choses ne tournent pas comme prévu. Torry Hansen a trahi son fils, et elle a trahi notre système de croyances. Pour nous, il était son enfant, mais pas pour elle, ce qui fait d'elle la méchante de l'histoire.

 

En réalité, ce n'est la faute de personne. Les humains semblent éprouver un besoin écrasant d'entendre des histoires bien proprettes, besoin qui, dans le cas de l'adoption, vient presque toujours se heurter à une réalité bien plus laide. La loi le comprend et c'est pourquoi, si moralement inacceptable que puisse nous paraître le geste de cette femme, avoir mis son fils adoptif dans un avion pour le renvoyer en Russie n'est pas illégal. Irréfléchi, d'accord, et moche, mais pas contraire à la loi. La loi reconnaît encore qu'adopter des enfants d'un certain âge n'est pas la même chose que d'être des parents biologiques. Il nous revient maintenant, à nous les parents adoptants, éreintés mais expérimentés et aux professionnels de l'adoption qui nous entourent (souvent des adoptants eux-mêmes) de cesser de nous reposer sur la pédagogie de l'adoption et sur les assistantes sociales pour parler des réalités plus sombres des troubles de l'attachement, des retards administratifs, de la dépression post-adoption et de commencer à en parler nous-mêmes.


Préparer différemment l'adoption

Tant que nous persisterons à faire croire que l'histoire de l'adoption est celle d'une famille qui rentre à la maison du bonheur et devant qui se déroule un avenir rose bonbon, les affaires comme celle de Hansen donneront du grain à moudre aux alarmistes qui ne démordent pas de leur théorie selon laquelle tous les parents adoptants sont naïfs et mal préparés. La menace de la Russie de suspendre temporairement toutes les adoptions américaines paraîtra mesurée plutôt que vengeresse. Mais c'est une réaction primaire qui aura pour conséquence de faire attendre des centaines d'enfants, dont beaucoup ont déjà rencontré les familles qui projettent de les adopter, pendant des mois ou même des années dans des institutions pendant que des «précautions supplémentaires» (qui n'affecteront sans doute que très peu d'adoptions) seront mises en place. Cette famille attend à Saint-Pétersbourg de finaliser son adoption. Celle-ci vient juste d'y parvenir. Le geste de Hansen -ou plutôt, la réaction disproportionnée de la Russie- risque de mettre en péril leurs adoptions, en admettant qu'elles y parviennent: plus un enfant est resté longtemps dans un orphelinat ou plus il est âgé au moment de l'adoption, plus l'adaptation sera difficile à la fois pour l'enfant et pour la famille.

 

Pour notre famille, l'adoption n'a pas été parfaite, et de loin, même si pour le moment elle semble mieux se dérouler que celle de Torry Hansen. Évidemment, nous ne savons pas encore comment elle se terminera. Même si ma fille adoptive finit par aller bien, il faut prendre en compte mes autres enfants -mon fils biologique de 3 ans passera peut-être des années sur le divan pour avoir été supplanté par ma fille; mon fils ou ma fille aînés rechercheront peut-être l'affection perdue cette année dans une secte ou en se jetant dans une série de relations sans lendemain destructrices. On ne peut pas savoir tant que ça n'est pas arrivé (et nous ne saurons jamais ce qui aurait pu être différent).

 

Étant donné le battage autour de son retour, le fils adoptif de Hansen sera sûrement recueilli par une famille russe, et quoi qu'on en dira, sa vie alors n'aura rien d'un long fleuve tranquille. Il est fort probable que rien ne se déroulera comme prévu. D'ailleurs, par définition, c'est déjà ce qu'il s'est passé. Dans un monde idéal, chaque enfant recevrait les soins dont il a besoin de sa mère biologique. Mais nous ne vivons pas dans ce monde-là. Une histoire d'adoption «réussie» est celle où vous pouvez vous dire que la situation est meilleure que si l'autre solution avait été adoptée. Il faut s'en contenter.

 

Article original  "I Did Not Love My Adopted ChildThe painful truth about adoption" by KJ Dell'Antonia

KJ Dell'Antonia un auteur vivant dans le New Hampshire. Elle rédige la chronique EcoLiving du magazine Kiwi et est co-auteur de Reading With Babies, Toddlers and Twos: Choosing, Reading and Loving Books Together.


Source : Slate | 19 avril 2010.

 

I'm tired of adoptive parent confessionals
...
Where is the acknowledgment of the adoptee's perspective? Why do these articles merely continue to pathologize adopted children without really recognizing the trauma of the adoption experience itself? Lots of attention seems to be spent on the pre-adoption trauma - the triple bad boys of pre-adoption experiences (abandonment, institutional life, pre-abandonment abuse or neglect). What about the trauma of ripping a child away from the only people this child knew and placing them in a foreign country? What would Dell'Antonia have wanted for her biological son if he had to have been taken away from her and sent to China to an adoptive family who wanted to "grow their family?" Would she have recognized the trauma her son would have felt in that scenario? My guess is yes. My guess is she never recognized that the fact her adopted child was so attached to her foster parents was in many ways a good thing - it meant her daughter had the capacity to love someone. My guess is that it didn't really matter. It was more about her daughter's lack of attachment to her. Which is ridiculous, right? I mean, you don't expect to go on a first date with someone and immediately fall in love. Why would you expect that from a child?
Harlow's Monkey | 16 avril 2010

 

Consumer warning labels
Warning: Hand made. Each one is different, therefore no two will be alike. Actual product may differ from the one shown in advertisement. NO RETURNS.
Harlow's Monkey | 13 avril 2010

 

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En France, la Direction générale à l'action sociale (DGAS) et le Ministère de la Santé avaient décidés en septembre 2004 de "quantifier" les échecs de l'adoption. Une étude avait été commandée à la psychosociologue Catherine Sellenet.
Pour x et y raisons, cette recherche a été suspendue. Néanmoins, en 2009, Catherine Sellenet publiait son ouvrage "Souffrances dans l'adoption"
Lire aussi ce billet sur le blog de Kakrine.

 

 

 

 

Commentaires

États-Unis : le douloureux dossier des Russes adoptés

Un garçon de sept ans a été renvoyé en Russie par ses parents adoptifs américains qui n'en voulaient plus. L'épisode a horrifié le pays.

Au mois d'avril dernier, Artiem Saviliev, 7 ans, un blondinet au regard triste et perdu, atterrissait à l'aéroport de Domodedovo en provenance des États-Unis, avec une note dans sa poche. Dans cette lettre, adressée aux autorités russes, Torry Hansen, mère adoptive américaine du garçonnet, expliquait qu'elle renonçait à l'enfant en raison de son «instabilité mentale». «Il est violent et a un comportement psychopathologique grave», écrivait-elle, disant avoir été «trompée» par l'orphelinat russe où elle l'avait trouvé.

L'enfant avait été adopté six mois plus tôt et voyageait sur un visa parvenu à expiration. La grand-mère, Nancy Hansen, qui avait accompagné l'enfant jusqu'à Washington DC, a justifié la décision de sa fille en dressant un portrait effrayant de l'enfant. En dépit de son jeune âge, il frappait, crachait et menaçait son entourage, a-t-elle rapporté. Il aurait fait un dessin de la maison entourée de flammes, en précisant qu'il allait y mettre le feu pour brûler toute la famille. Celle-ci n'a pas supporté. Un «désir d'enfant» venait de se transformer en tragédie et en scandale international.

Problèmes psychiatriques

L'épisode a en effet horrifié la Russie comme l'Amérique, contribuant à tendre les relations entre les deux pays. Le président russe, Dmitri Medvedev, a qualifié le renvoi de l'enfant d'«action monstrueuse», expliquant à la chaîne américaine ABC qu'il avait des inquiétudes sur le traitement récent des orphelins russes adoptés par des familles américaines. Une quinzaine d'enfants russes ont été tués par leurs parents adoptifs depuis le début des années 1990. Dans la foulée du renvoi d'Artiom Saviliev, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a annoncé un «gel des adoptions» jusqu'à ce que les États-Unis et la Russie se mettent d'accord sur une convention bilatérale d'adoption. Le sujet devait être abordé jeudi entre Medvedev et Obama.

En Russie, la question de l'adoption d'enfants russes à l'étranger reste un sujet sensible, que le pouvoir chevauche parfois avec une certaine hypocrisie, jouant sur le registre antiaméricain qu'il affectionne pour dénoncer les «tueurs d'enfants» d'Amérique… Cette politisation du débat cache en réalité une douloureuse et complexe réalité, sur laquelle l'hebdomadaire Time a récemment enquêté. Dans le reportage saisissant réalisé par le journal, on découvre que sur les 58 000 familles ayant adopté des enfants russes, près de 4 000 ont décidé de renoncer à leurs droits parentaux en raison des problèmes psychiatriques lourds que les jeunes enfants avaient révélés.

Ces statistiques impressionnantes sont méconnues car beaucoup de parents, honteux d'avoir abandonné leurs enfants adoptifs, gardent le silence. Ces problèmes, plus fréquents chez les enfants russes - notamment parce qu'ils sont adoptés plus tardivement -, proviendraient des séquelles laissées par leur petite enfance ou leur passage par les orphelinats russes. De ce point de vue, l'arbre du drame vécu par Artiom Saviliev cache la forêt de la misère sociale profonde dans laquelle vivent des millions d'orphelins en Russie.

Laure Mandeville 25/06/2010

Écrit par : Figaro | 25/06/2010