Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« On vend des enfants pauvres pour des parents riches | Page d'accueil | Mâles en péril. Le krach du sperme. »

28/05/2010

Haïti : faire face à la problématique des enfants abandonnés !

Logo MINUSTAH.jpg


Le phénomène d’enfants abandonnés constituait en Haïti, depuis plusieurs années, un problème préoccupant. Mais, avec le séisme du 12 janvier, il s’est exacerbé. Et les centres résidentiels accueillent, depuis, un nombre sans précédent d’enfants séparés de leurs parents. Une situation à laquelle les pouvoirs publics et leurs partenaires internationaux tentent tant bien que mal d’apporter une réponse.


Depuis le 17 février, Maurice (nom d’emprunt), 10 ans, vit à SOS Village des enfants, à Santo 19, un quartier périphérique de la capitale. Cet enfant, qui est en 4e année du cycle primaire, n’est pas orphelin. Il ne se retrouve pas non plus par hasard dans cette résidence. Il y a été abandonné par son père.

 

Il y vit avec deux de ses trois frères et ses deux petites sœurs, dont Claudine (nom d’emprunt) qui n’avait que de 45 jours lorsqu’elle fut laissée sur la cour de SOS Village des enfants. « Le père n’a rien laissé avec eux, pas même des habits de rechange », souligne Jeanide qui fait office de « maman » dans cette maison. Dans cette tâche, elle est soutenue par trois collègues qui y jouent le rôle de « tantes ». Un encadrement qui visait à reconstituer un environnement familial.

 

Le cas de Maurice n’est cependant pas un épiphénomène. Ils sont nombreux les enfants qui sont abandonnés par leurs parents. Certes, bien avant le 12 janvier, l’abandon d’enfants a été un problème récurrent en Haïti. Car on les retrouvait souvent sur la cour ou dans les hôpitaux, dans les rues, dans les poubelles ou même jetés dans des fosses septiques.

 

Une situation qui s’est aggravée

 

Depuis le séisme du 12 janvier, ce phénomène a pris une ampleur considérable. A titre d’illustration, SOS Village d’enfants qui, avant, recevait uniquement des orphelins, a dû mettre en place un programme d’urgence pour faire face à cette nouvelle réalité.

 

Aussi, de 152 enfants, cette institution caritative a vu son effectif passer à 427, dont  plus de 200 enfants abandonnés ou « séparés de leur parents », selon une terminologie chère à l’UNICEF. Pour ce dernier, l’enfant peut ne pas être « sciemment abandonné » mais se retrouve dans l’impossibilité, pour « des raisons diverses », de retrouver ses parents.

 

Comme SOS Village d’enfants,  d’autres institutions travaillant dans la prise en charge des enfants ont eu  à recueillir également des enfants séparés. Ces derniers, elles peuvent les retrouver directement. Elles peuvent aussi être informées par l’Unicef et autres partenaires, des cas d’abandon. Selon les données dont dispose l’Unicef, le nombre d’enfants ainsi enregistrés s’élèverait à 1505.

 

Si le facteur économique n’est certes pas le seul paramètre pouvant expliquer les séparations, il y joue néanmoins un grand rôle. Comme le souligne la responsable du projet « enfants séparés » de l’Unicef, Mme Christina Torsein, « la situation économique était déjà difficile. Mais avec le séisme, elle est exacerbée. Beaucoup de parents n’ont pas les moyens financiers de s’occuper de leurs enfants ». Cependant, fait-elle remarquer : « en dépit de tout, il importe de travailler au renforcement des liens familiaux afin de prévenir les séparations ».

 

Une perception que partage Jules Bernard Richard, coordonnateur des travailleurs sociaux à SOS Village des enfants. En effet, souligne-t-il, « même lorsque les parents sont identifiés, certains affirment être incapables de faire face à leurs obligations envers leurs enfants et refusent de les reprendre ». Le travailleur social d’ajouter : « la médiation ne permet pas toujours de convaincre les parents que la pauvreté n’est pas une raison pour que l’enfant soit séparé de son milieu familial».

 

Réintégrer l’enfant au sein de sa famille

 

La prise en charge des enfants dans un centre résidentiel est d’abord provisoire. Ils y sont en attendant qu’on retrouve leur famille. Ils ne seront considérés comme définitivement placés dans un centre après que toute recherche de famille ou tentative de réunification familiale se sera révélée vaine. Ainsi, le centre, de concert avec l’Institut du Bien-être social et de Recherche (IBESR), pourra alors entamer un « processus de recherche de famille d’adoption pour l’enfant ».

 

Pour l’instant, les acteurs planchent sur la réunification familiale des enfants séparés. Un travail réalisé conjointement par des institutions nationales comme l’IBESR et la brigade de Protection des Mineurs (BPM) de la Police nationale d’Haïti (PNH) ainsi que des partenaires de la communauté internationale.  Parmi ces derniers figurent entre autres l’UNICEF, Save the Children, World Vision, Terre des Hommes, Heart Land Alliance, IRC (International Rescue Comitee), Comité International de la Croix Rouge (CICR), Catholic Relief Service (CRS). Chacune de ces agences a juridiction sur une zone.

 

Ce processus comprend l’identification des enfants séparés, leur enregistrement, la recherche des parents et la réunification familiale. Et pour faciliter la récupération de ces enfants, l’UNICEF a mis en place un « centre d’appel » qu’institutions et particuliers peuvent utiliser pour informer sur d’éventuels cas. Le centre, pour sa part, contactera l’agence sur le « territoire » de laquelle a été retrouvé l’enfant afin qu’elle puisse faire le suivi.

 

Les institutions engagées dans la réunification familiale se donnent pour tâche, par le biais de rencontres avec les parents identifiés, de les convaincre de l’intérêt qu’ont les enfants de vivre au sein de leur famille. Toujours selon l’UNICEF quelque 200 enfants ont déjà réintégré le foyer familial. Et le travail de réunification se poursuit.

 

Des mesures d’accompagnement

 

D’autres mesures sont également mises en œuvre. Parmi elles, un travail de prévention et de réponse contre les violences sexuelles sur les enfants. Aussi, à l’aide de supports écrits et audio sont transmis des messages relatifs aux comportements à adopter ou aux actions à entreprendre en vue de prévenir des agressions. De même sont fournis, par exemple, des renseignements sur l’appui médical disponible en faveur d’éventuelles victimes.

 

Toujours avec ses partenaires, dont l’IBESR, l’UNICEF avait, peu après le séisme, procédé à un travail d’évaluation des centres résidentiels dans les endroits affectés. L’évaluation portait aussi sur les besoins et la qualité de la prise en charge offerte par les centres qui, en outre, ont reçu un appui matériel. Et suite à cette évaluation, l’OEA et des agences de protection de l’enfant, avec le soutien technique de l’UNICEF ont entrepris l’enregistrement systématique des enfants dans les centres.

 

Pour permettre aux enfants de se retrouver dans un environnement qui soit le plus proche possible de leur environnement traditionnel, les acteurs  ont créé à leur profit « espaces amis-enfants ». Il s’agit d’un espace de jeux récréatifs, de sensibilisation…Un espace qui leur appartient et où ils peuvent s’exprimer. C’est aussi un espace qui offre l’opportunité d’identifier les besoins particuliers des enfants, comme par exemple des signes de malnutrition, afin d’intervenir.

 

Avec la Brigade de Protection des Mineurs, la Police des Nations Unies (UNPol) affectée au BPM, le Fond des Nations Unies pour l’enfance, de concert avec l’IBESR et Heart Land Alliance, réalise un travail de prévention et de réponse à la traite des enfants. Il s’agit d’un travail de formation et de sensibilisation à l’endroit des policiers basés à la frontière ainsi que des agents de l’immigration également déployés à la frontière ou dans les aéroports.

 

A ce travail de prévention contre le trafic d’enfants participe également l’Unité « Child Protection » (Protection de l’Enfant), ainsi que la Section des Droits de l’Homme de la MINUSTAH. Une intervention qui s’est traduite par un appui technique au « Sub cluster » (sous-groupe de travail) Protection d’enfants. De même, Child Protection effectue un travail de terrain comprenant des visites dans les camps, dans les orphelinats et dans des hôpitaux, un ensemble d’endroits qui accueillent des enfants séparés.

 

L’Unité, avec d’autres composantes de la MINUSTAH, a par ailleurs effectué des enquêtes sur les allégations de trafics d’enfants. Et dans le cadre de ses démarches de prévention, elle a fait de la sensibilisation auprès du personnel des hôpitaux et lui a fourni les directives devant l’aider à être plus vigilant face à des actions ou tentatives pouvant déboucher sur des cas de trafic d’enfants. Des numéros de téléphone sont mis à la disposition des hôpitaux afin qu’ils puissent signaler des cas d’enfants non accompagnés ou tout mouvement suspect pouvant viser un enfant séparé de ses parents.

 

A propos de l’adoption, un domaine qui peut laisser porte ouverte à des trafics, Child Protection, de concert avec l’UNICEF et l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), a aussi joué sa partition. Aussi a-t-elle effectué, dans le cadre du vote de la loi sur l’adoption, un travail de plaidoyer auprès des parlementaires et fourni un appui technique notamment aux commissions parlementaires travaillant sur la problématique des enfants. Une initiative dont l’objectif est d’aider à avoir une loi qui soit adaptée et capable de prévenir le trafic d’enfant.

 

Toutes ces mesures répondent à la nécessité de faire face à une situation exceptionnelle. Car, comme l’a fait remarquer Mme Christina Torsein, «avec l’urgence, les besoins et la vulnérabilité des enfants se sont accrus de manière exponentielle et les réponses doivent aussi être exponentielles ». Des réponses qui ont eu cependant pour préalable le partenariat entre les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs de la communauté internationale

 


Source : Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïtï.

14:56 Écrit par collectif a & a dans Avis d'expert | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : haïti | |  del.icio.us

Commentaires

Adoption en Haïti (1er juin 2010)

Le collectif "SOS Haïti enfants adoptés", représenté par l’avocat Maître Koubbi, a en effet fait parvenir une sommation interpellative au ministre des affaires étrangères et européennes concernant les enfants haïtiens en cours d’adoption.

L’impatience compréhensible des parents se heurte non seulement à l’intérêt futur des enfants mais également à la souveraineté du gouvernement haïtien qu’il convient de ne pas perdre de vue.

Le ministère des affaires et étrangères et européennes s’attache, depuis le séisme du 12 janvier 2010, à permettre l’accueil en France, par leurs parents adoptifs, des enfants haïtiens pour lesquels un jugement d’adoption a été rendu, et ce dans les meilleures conditions pour les enfants comme pour les familles, au présent comme pour l’avenir. Ceci implique en particulier que cet effort soit accompli en prenant en compte les impératifs de sécurité juridique, d’autant plus que les enfants haïtiens concernés disposent encore, dans leur très grande majorité, de leurs parents biologiques. Notre action se fonde ici non pas sur un droit à l’enfant qui n’existe pas mais bien sur le nécessaire respect des droits des enfants en voie d’adoption.

A cet égard, un véritable plan d’action respectueux des engagements internationaux de la France est recherché auprès des autorités haïtiennes. A ce jour, la situation de 591 enfants haïtiens dont la procédure a atteint le stade du jugement a pu être réglée.

Pour les 445 enfants qui sont encore en cours de procédure, à la demande expresse de Bernard Kouchner, l’ambassade de France à Port au Prince a entrepris des démarches auprès de chacun des services administratifs intervenant dans le processus de délivrance des passeports. L’objectif recherché est de faciliter et d’accélérer les différentes étapes de la phase administrative post jugement afin de réduire le délai de délivrance du passeport de l’enfant à un ou deux mois, au lieu des six voire douze mois, constatés antérieurement au séisme. Le MAEE et notre ambassade à Port-au-Prince s’impliquent par ailleurs fortement dans les démarches nécessaires à la délivrance d’un passeport pour les enfants.

Des discussions sont actuellement en cours, notamment avec le ministère de l’Intérieur dont les services procèdent à quatre contrôles successifs. Lors de son audience hier avec le Président Préval, Rama Yade, secrétaire d’Etat chargée des sports, a également appelé l’attention de son interlocuteur sur notre souhait de voir ces procédures administratives facilitées et accélérées. Nous espérons aboutir à une solution rapide en accord avec les autorités haïtiennes.

De telles démarches mobilisent les services de l’ambassade de manière très importante, et des moyens supplémentaires vont être engagés par le ministère, sur les fonds du Service de l’adoption internationale, pour permettre la mise en place du dispositif qui pourra être trouvé avec les autorités haïtiennes, en complément de l’aide déjà apportée destinée à la restauration du bâtiment de l’IBESR et à l’équipement du tribunal de Port au Prince.

Les familles sont d’ailleurs régulièrement tenues informées par le Service de l’Adoption Internationale et des moyens conséquents ont été mis en œuvre pour un accompagnement optimal : transferts des enfants, moyens humains et matériels engagés auprès des autorités haïtiennes, centre d’accueil en Guadeloupe notamment.

La précarité des conditions de vie de tous les enfants haïtiens, qui en raison de leur jeune âge demeurent plus fragiles, ne doit pas nous faire oublier que l’adoption demeure l’ultime mesure de protection de l’enfance après la recherche de solutions de développement.

Afin d’apporter son aide et son assistance à tous ces enfants, l’ambassade de France poursuit son action en direction des crèches, en étroite coopération avec l’UNICEF et le Programme alimentaire mondial (PAM). Par ailleurs, notre ambassade réagit immédiatement à toutes les alertes humanitaires qui lui sont communiquées.

La précarité des conditions de vie de tous les enfants haïtiens, qui en raison de leur jeune âge demeurent plus fragiles, ne doit pas nous faire oublier que l’adoption demeure l’ultime mesure de protection de l’enfance après la recherche de solutions de développement.

Bernard Kouchner a engagé de nombreux moyens, tant humains que financiers, pour traiter la situation des enfants en voie d’adoption et pour prêter assistance aux familles. L’action du ministère des affaires étrangères et européennes continuera à être juridiquement fondée, digne et soucieuse de l’intérêt supérieur des enfants.

Source: France. Diplomatie - Ministères des Affaires Etrangères et Européennes.

Écrit par : collectif a&a | 01/06/2010