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29/01/2011

Un enfant volé est-il récupérable ?

Es recuperable un hijo robado.jpgJe vous laisse la traduction d'un article de la presse espagnole qui me semble intéressant et qui est un peu une suite de ce que je vous avais présenté le mois dernier.

Aujourd'hui même, on a dû présenter à la justice espagnole un dossier de 400 cas de vols d'enfants. C'est sans doute comme celà aussi qu'il faudrait intervenir en Corée du Sud pour de nombreux cas, même si celà doit être bien plus difficile car on a là affaire à une véritable institution toujours bien en place et qui n'est qu'une ramification internationale d'une très puissante multinationale de l'adoption.

L'article peut être aussi intéressant dans ce qu'il soulève  pour une évolution à prendre autour des adoptés et des parents biologiques. Je pense notamment comme à un droit pour les parents biologiques qui se traduirait comme un devoir minimal d'information pour des agences d'adoptions et/ou pour des parents adoptifs quand des parents biologiques demandent à avoir des nouvelles de l'enfant adopté. Je pense évidemment aussi au droit des enfants adoptés, une fois devenus adultes, d'avoir un minimum d'informations sur leur origine, et même auparavant comme pour des raisons médicales, par exemple.  

Je pense particulièrement à une personne en Corée que j'ai rencontré à l'automne là-bas, une femme qui a demandé à me voir parce qu'elle pensait que je pouvais beaucoup l'aider (Elle m'avait remarqué dans une émission de la télévision coréenne qui traitait du problème de l'adoption fin 2009.), une jeune femme que la famille a poussé à donner son enfant pour l'adoption, un bébé que l'agence d'adoption a vite fait d'envoyer très loin à l'étranger ( La Corée du Sud est maintenant le pays au monde qui envoie à l'étranger les enfants à adopter les plus jeunes... Ils ont tous moins d'un an pratiquement.), un bébé que la toute juste mère a voulu récupérer très peu de temps après l'avoir donné... en vain. Je pense particulièrement à elle car elle demande depuis des années des informations via l'agence d'adoption ... absolument rien en retour.


Ce 31 janvier 2011, le Procureur Général de l'Etat espagnol penche dans le sens de rejeter l'idée de système organisé au niveau national. Il va probablement renvoyer les demandes d'enquête dans les tribunaux de province auxquels correspondent les cas. Pour Maitre Vila ce serait déjà une victoire que des procès s'ouvrent dans pratiquement toute l'Espagne.

La Fiscalía cree que el robo de niños no obedece a un plan sistemático a nivel nacional
El Pais | 01.02.2011
 
 
Greg.

 

La traduction non-officielle en français de ¿Es recuperable un hijo robado?, El Pais, 23.01.2011.

 

Un enfant volé est-il récupérable ?

Les mères de bébés enlevés désirent les retrouver par dessus tout, mais ces enfants, aujourd'hui adultes, ont déjà des parents : ceux qui ont payé pour eux.

Un doute insupportable gagne des centaines de personnes en Espagne. Mon fils est-il mort ou me l'ont-ils volé ? Mes parents sont mes parents, ils m'ont adopté ou ils m'ont acheté à un médecin, un prêtre ou une religieuse qui m'a arraché des bras de ma vraie mère ? La recherche de l'historien Ricard Vinyes, la procédure dans laquelle le juge Baltasar Garzón parlait du vol de plus de 30.000 enfants durant dans un franquisme, et les témoignages de femmes d'âges distincts et de villes différentes en répétant les mêmes phrases - "Ils m'ont dit qu'il était mort et qu'ils l'avaient déjà enterré. Je n'ai jamais vu le cadavre" - ont dévoilé une histoire d'achats et de de ventes de bébés en Espagne qui démarre dans les premières années de la dictature et finit dans les premiers de la démocratie... une histoire qui commence comme avec des représailles politiques envers des femmes républicaines justifiées par les théories absurdes du psychiatre Vallejo Nájera, et qui se termine comme un simple négoce aidé par une loi qui jusqu'à 1987 favorisait les adoptions irrégulières, un marché noir de bébés à l'origine de séquelles psychologiques terribles qui trainent jusqu'à nos jours.

Les mères d'enfants volés ont-elles plus le droit de les chercher que les enfants volés, aujourd'hui adultes, de ne pas vouloir être trouvés ? La justice doit-elle intervenir ? Peut-on considérer comme des délinquants les parents qui ont acheté leurs enfants ?

Carla Artés, la première petite fille récupérée par les Grand-Mères de la Place de Mai en Argentine, des femmes qui cherchent les bébés que la dictature a volé à leurs enfants, a su qui elle étant petite. "J'avais 10 ans et je l'ai assumé. Mais pour beaucoup d'enfants qui ont continué de vivre avec les assassins et les tortionnaires de leurs parents, découvrir qui ils sont avec 30 ans est très complexe", explique-t-elle. Son frère, qui n'était pas non plus enfant biologique du couple avec qui ils ont été élevé, a rompu toute relation avec elle, après que Carla se soit déclarée dans un jugement contre son supposé père .

En 2009, le parlement argentin a approuvé une loi qui oblige à se soumettre aux tests d'ADN quand il y aura des soupçons de vol d'enfants. C'est ainsi que les Grand-mères de Place de Mai ont récupéré l'année dernière le dénommé "Petit-fils  102". Il avait été élevé par un employé des Forces Aériennes et les tests n'ont pas voulu être faits pour vérifier si cet homme était son père. Mais par ordre d'un juge il lui a été saisi des dessous intimes à partir desquels on a extrait des échantillons génétiques qui ont confirmé que ses parents étaient en réalité victimes de la dictature.

Santiago González, qui vient de trouver sa famille biologique et de créer un site web www.adoptados.org  pour en aider d' autres à le faire  pense : "Si cet enfant a été élevé dans une autre famille on ne peut pas lui demander après 30 ou 40 ans de sentir de l' affection pour une mère biologique qu'il ne connaît pas. Le mineur est complètement innocent. Cet enfant doit-il être, aujourd'hui adulte, celui qui a à payer émotionnellement le vol que sa mère biologique a subi ? Je crois que si une institution trouve un enfant volé ou adopté elle doit lui faire savoir que sa famille d'origine le cherche. S'il ne veut pas la contacter, il devrait suffire de lui renvoyer un message du genre "il a été trouvé, il est sain, il est heureux, et si dans un avenir il veut ou il s'en sent capable, il saura déjà comment entrer dans en contact".

L' avocat Enrique Vila, spécialisé dans la recherche de parents biologiques - lui même cherche sa mère - et auteur d' "Histoires volées"(édité chez "Temas de hoy") assure que 90 % les trouvent. "Les 10 % restants sont les enfants volés. Celà leur est très difficile parce que les institutions religieuses ( celles qui, dans la majorité des cas, décidaient avec qui le bébé allait "mieux") nient toute information". Sur 100 consultations qu'il reçoit dans son bureau, 10 correspondent à de faux enfants. "C'était une affaire très bien organisée. Il y avait des capteurs de parents et d'enfants. Les fournisseurs de parents adoptifs étaient des femmes avec des contacts sociaux. Les fournisseurs d'enfants étaient des médecins, des sage-femmes, des assistants sanitaires et des religieux qui réalisaient un acte supposé de charité chrétienne. Leur association agissait sur les femmes de manière brutale".

Le 27 janvier prochain Enrique Vila et Antonio Barroso (qui a découvert cela fait trois ans que ses parents l'avaient acheté pour 200.000 pesètes) présenteront au procureur général de l'État 400 cas de vols d'enfants. Ils pensent qu'il s'agit d'un délit imprescriptible d'enlèvement ou de détention illégale, et que le procureur devrait s'en occuper.

Cependant, dans la majorité de ces familles, on ne croit pas que les parents, ceux qui les ont achetés, soient des délinquants. Vila a en reçu plusieurs dans son bureau. "Ils sont effrayés. La majorité n'avaient pas conscience qu'ils volaient un bébé. Ils pensaient que l'argent qu'ils payaient était une aide pour la mère biologique, qu'elle leur avait remis leur fils volontairement. Ils recevaient le bébé sans un papier et l'inscrivaient à l'état civil comme leur propre fils, mais ils pensaient qu'ils évitaient ainsi un tas de formalités et de paperasses, sans commettre de délit".

Le sociologue Francisco González de Tena, qui a rencontré des dizaines de mères d'enfants volés et qui a rédigé pour le juge Garzón un rapport avec ses déductions, assure : "Du point de vue social et anthropologique, le problème est immense. Il s'est transformé en sujet très douloureux pour moi parce que je comprends que jamais on ne pourra tout élucider. En faisant une projection bien mesurée, il y a des milliers d'enfants volés en Espagne. Depuis un mai 2009 je reçois entre deux et trois cas possibles par jour".

"Nous vivons dans une société qui n'est pas sûre dans l'ascendance biologique, dans laquelle beaucoup de personnes ne peuvent pas être sûres de qui elles sont", assure González de Tena. "Cela implique des problèmes médicaux, parce que faute d' antécédents les archives cliniques ne sont pas fiables; des problèmes juridiques, des problèmes d' hérédité et des problèmes psychologiques. Les adoptés ont peur. Ils ont déjà des parents, ils ne veulent pas de complications, et ceux qui cherchent, ne cherchent pas une mère, mais une origine, par curiosité. Mais les mères d'enfants volés, elles, oui, cherchent leurs fils".

Le Docteur en psychologie Guillermo Fouce, professeur à l'Université Charles III de Madrid, assure que des "problèmes d'identité et de manque de défense" que génère le vol d'enfants "sont les plus graves traumas auxquels un être humain peut faire front". Les parents d'enfants volés embarqués dans des "années de recherches infructueuses", souffrent "une dépression, des dérangements de personnalité, d'anxiété ...". Pour les enfants, le sentiment contradictoire vers quelques parents qui les ont trompés et ne pas être sûrs de qui ils sont un risque pour leur stabilité psychique ". La meilleure thérapie, ajoute-t-il,"c'est l'aération émotionnelle, pour laquelle il semble absolument nécessaire une clarification de la vérité et l'appui des institutions : de la judiciaire à la sanitaire ".

La vie entière de beaucoup de personnes se déroule avec un doute impossible à résoudre sans l'intervention d'une autorité judiciaire ou administrative qui oblige à fournir des informations.

 

R e p è r e s

- Des voix s'élèvent pour réclamer l'ouverture dune enquête concernant le trafic d'enfants en Espagne
Vidéo sur tsr.ch

- According to other reports....
...newborns were stolen from their mothers and sold to other families, as recently as the mid-1990s.
Pound Pup Legacy - Kerry

- Bébés volés du franquisme: les victimes espèrent une enquête
La Libre Belgique, Le Point , AFP , France Soir

- Les enfants volés d'Espagne
Ligue des Droits de l'homme Les Ulis

09:12 Écrit par collectif a & a dans Bébés volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : espagne, bébés volés, adoption, identité | |  del.icio.us