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21/04/2011

Le double abandon d'Addis, petite Ethiopienne

RUE89.jpgAddis a débarqué en France un matin de printemps. Dans l'après-midi, elle est arrivée dans l'un des chefs-lieux du Berry. Elle a dû s'interroger sur le pourquoi de sa présence dans ce pays inconnu. Addis avait 9 ans. J'ai fait sa connaissance car je parle sa langue natale et que les services sociaux m'ont demandé de servir d'interprète.
 
Les odeurs, les épices de Bahar Dar, la deuxième ville du pays, des « visages brûlées » lui manquent, les couleurs des vêtements des religieux éthiopiens se sont envolés. Les pélicans et ce lac, un des plus grands d'Afrique, riche en îles avec ses monastères à l'architecture circulaire, ces barques en papyrus qui ne tiennent que quinze jours ne seront plus là pour distraire son regard.
 
Le Lac Tana au bord duquel elle a grandi est à plus de 5 000 kilomètres. Addis le verra-t-elle à nouveau ?
 

Ces nouveaux parents avaient-ils la force de l'accueillir ?
 
Quand quelques mois auparavant, elle a vu cette femme et cet homme à la couleur blanche dans l'orphelinat, elle a eu un mouvement de retrait, voire de peur alors que ces Européens venaient de faire la longue démarche de l'adoption internationale.
 
Malgré ce qu'elle avait vécu de drames familiaux – orpheline, elle avait été recueillie par une tante dont le mari violent la rejetait –, elle n'était pas sûre que son avenir était loin de là, de chez elle.
 
Ces « ferendji » (étrangers blancs) se voulaient ses nouveaux parents, mais avaient-ils la capacité d'accueillir Addis avec son vécu, ses fragilités, que possède tout être humain déraciné ?
 
Etranges parents qui, quinze jours après l'accueil joyeux, dépose la pré-pubère dans une maison de l'aide sociale à l'enfance. L'administration départementale désemparée ne sait plus que faire.
 
L'un des « parents », médecin dans un centre hospitalier, est proche du petit monde politique local. Une affaire d'abandon d'enfants éthiopiens a défrayé la chronique à Nantes, on veut éviter aux notables le scandale. Addis ne sera pas déclarée abandonnée, on lui bricole un statut bancal d'enfant trouvée. L'autre avantage de cette déclaration, artifice juridique, était de pouvoir accomplir une nouvelle démarche d'adoption.
 

Etrangère et apatride
 
Addis, paquet de la lointaine Afrique, a perdu de sa valeur affective. Addis tente à plusieurs reprises de se jeter sous les voitures ou de fuir vers l'aéroport le plus proche pour partir « vers le sud-est ».
 
Sa destinée serait à présent d'être en famille d'accueil, à moins que l'administration locale ne décide qu'elle passe sa vie en hôpital psychiatrique.
 
Devenue étrangère pour le pays des origines, l'Abyssinie, Addis est apatride dans son pays d'accueil. Le préfet, tuteur légal de l'enfant, nouvellement nommé, avait l'intention d'essayer de clarifier cette affaire et notamment qu'elle soit déclarée véritablement abandonnée.
 
Nous avons su que la jeune fille est aujourd'hui sous médicaments… En langue amharique, Addis signifie « nouvelle ».
 

Source: Rue89 | Luc Bonnal | Père adoptif | 21/04/2011