Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« "Ma mère zéro". L'enfance en quête de ses liens biologiques et de son identité. | Page d'accueil | Corée. Une nouvelle ère pour l'adoption. »

28/07/2011

La question d'identité est fondamentale à l'épanouissement d'un être.

Cette question est probablement centrale chez les enfants adoptés qui peuvent se retrouver soit dans un processus d’acculturation, soit confrontés à un dédoublement culturel et identitaire renforcé. De manière générale, les parents adoptifs se préoccupent surtout de la santé physique et des différences visibles chez leur enfant. Ils s’interrogent parfois sur une éventuelle maladie héréditaire. De manière légitime, ils se préoccupent ensuite de la différence psychologique, du regard des autres, de quelle manière leur enfant va s’attacher à eux et s’intégrer à son nouveau milieu. Indépendamment de leurs nombreux questionnements, les parents adoptifs doivent veiller à renforcer l’identité de l’enfant, son sentiment d’appartenance à sa famille, à son milieu social mais aussi à sa culture d’origine. Lorsque l’enfant est issu d’une autre culture et présente des dissemblances plus marquées, la différence s’affiche beaucoup plus mais les problèmes d’identité sont les mêmes.

 

L’adoption est une affaire de patiente, de coïncidence, d’attachement, d’identification et d’affection. Après une période de démarches et d’incertitude, lorsqu’un projet d’adoption se concrétise, l’aventure peut commencer. Après une période d’attente parfois assez longue, l’enfant finit par arriver. Même si elles ont fait l’objet de certaines discussions, se posent alors différentes questions comme si l’adoption exigeait plus des parents adoptifs que des autres parents. Avec l’arrivée d’une nouvelle personne dans la famille, la faculté d’adaptation est primordiale, tant pour les parents que pour les enfants.

Certains évoquent la période de la post-adoption, comme un défi à relever. Il importe de démystifier certaines idées reçues à propos de l’adoption. L’attachement instantané représente une fausse croyance qui provient de l’époque où les parents adoptifs venaient choisir l’enfant dans les orphelinats. Ils étaient alors convaincus que le premier enfant qui leur tendait les bras était celui qu’ils devaient adopter. Or, le processus d’attachement ne s’installe pas en fonction des sentiments (positifs ou négatifs) ressentis lors de la première rencontre. Cette première impression peut être faussée par différents éléments qui ne peuvent garantir l’installation d’un processus l’attachement favorable. Analogue à une naissance, l’adoption comporte des moments d’incertitude et de balbutiement. Il s’agit surtout de la rencontre entre deux êtres différents, qui ont probablement besoin l’un de l’autre. Une aventure humaine où la relation reste à construire.

Certains parents adoptifs rapportent cependant qu’ils ont éprouvé plus difficultés de créer des liens solides et stables avec leurs enfants adoptifs qu’avec leurs enfants naturels. Dans les situations où l’enfant adopté a déjà vécu dans une autre famille ou a évolué dans une institution, il a connu une autre réalité et doit s’adapter à de nouveaux repères parfois très différents. De manière radicale et sans aucune progression, tout ce qui concerne cette réalité originelle (les odeurs, les voix, les sons, l’ambiance, etc.) disparaît du jour au lendemain. Au début, il va essayer de retrouver instinctivement les traces de ce passé proche. Il va mobiliser son énergie psychique à survivre le mieux possible à cette rupture. Il ignore qu’il va vivre avec des nouvelles personnes qui vont devenir ses parents pour la vie. Ce stress émotionnel profond laissé par la trace de quelque chose qui s’évanouit progressivement dans les mânes du temps peut persister des années durant, voire même pendant la vie adulte. Conscients de ce trouble plus ou moins apparent, les parents adoptifs observent ces mécanismes psychologiques (souvent inconscients) et pensent à se mettre dans la peau de l’enfant adoptif pour l’aider à trouver son identité malgré certaines différences visibles ou invisibles.

L’origine ethnique de l’enfant adopté joue également un rôle significatif dans les processus d’attachement et d’identification. Aujourd’hui, l’adoption internationale est portée par les vagues de la mode et l’évolution des mentalités. Chaque année, des milliers de parents adoptent des enfants en provenance des cinq continents. Actuellement, ces jeunes enfants proviennent d’une vingtaine de pays (principalement la Chine, Haïti, la Russie, le Vietnam, la Thaïlande, le Brésil et la Colombie). De manière générale, les spécialistes de l’adoption observent que les enfants issus de l’adoption internationale s’adaptent assez bien à leur nouveau milieu, surtout s’ils ont été adoptés très jeunes. La plupart de ces enfants venus d’ailleurs bénéficient des meilleurs soins et de bonnes conditions d’accueil. Lorsque l’enfant est d’une autre couleur de peau que celle de ses parents adoptifs, le regard des autres et les questions sont souvent dérangeantes. En filigrane des réflexions se révèlent diverses formes de racisme ou de xénophobie. Ces attitudes souvent insidieuses se manifestent différemment selon l’âge et l’origine ethnique de l’enfant. Les enfants qui apparaissent comme « adorables » lorsqu’ils sont petits, deviennent plus connotés en grandissant. Certains affirment que les enfants africains sont plus souvent victimes de racisme en grandissant, que les enfants asiatiques qui seraient mieux « appréciés ». Pour les Asiatiques, c’est le stéréotype de l’enfant parfait qui fait souvent la vie dure aux fillettes. Elles sont gentilles, dociles et elles devraient tout réussir. C’est souvent à l’adolescence que l’image stéréotypée de l’enfant « mignon » finit par s’estomper, laissant la place à d’autres ressentiments.

En grandissant, les enfants adoptés ethniquement différents souffrent des remarques des autres enfants ou subissent des pressions qui remettent en cause leur attachement à leur famille adoptive. Les différences culturelles sont pourtant de plus en plus manifestes dans les grandes cités occidentales. Mais la plupart des enfants adoptés issus de l’étranger sont sensibles aux remarques des autres. Il importe d’ailleurs qu’ils soient informés à propos de leur culture d’origine ou qu’ils apprennent leur langue originelle, afin notamment de retirer une certaine richesse de leur métissage culturel. En connaissant leurs racines, leur langue « maternelle », ces enfants prennent conscience que leur culture d’origine n’est pas un sujet tabou. Cette approche démystificatrice aide l’enfant à s’épanouir dans sa famille et son milieu. Les problèmes d’attachement sont aussi remis en question par cette dichotomie culturelle que l’enfant ressent parfois comme un dédoublement personnel. Il peut perdre confiance en lui ou rechercher d’autres figures d’attachement extérieurs à sa famille adoptive. Il peut aussi se poser des questions sur sa culture d’origine et la placer en compétition avec sa culture d’accueil, tout en déstabilisant son processus d’intégration.

L’enfant adopté se lance ainsi un véritable défi : trouver le juste milieu entre ses origines et sa destinée actuelle et consolider ses liens d’attachement avec ses parents adoptifs. Si la mission de tout parent est d’accompagner et de soutenir son enfant vers un épanouissement optimum, les parents adoptifs doivent relever un second défi : reconnaître leurs propres différences et accepter un certain décalage que tôt ou tard l’enfant qu’il ont adopté va installer.

Ayant dépassé une histoire singulière, les enfants adoptés se présentent parfois comme survivants d’un traumatisme précoce. Depuis leur naissance en passant par l’abandon, ils ont survécu physiquement et affectivement à diverses épreuves parfois innommables et surmonté des expériences plus ou moins douloureuses (guerre, famine, séparation, rupture de soin, décès des parents, viol, etc). D’un point de vue psychologique, il est tout aussi important de pouvoir diagnostiquer certains symptômes cliniques spécifiques du vécu des enfants adoptés. En reconnaissant ces signes, les parents peuvent soutenir l’estime de soi de leur enfant et l’aider à se construire. Au-delà de toute considération culturelle, le renforcement de sa construction personnelle est aussi la base de son identité.

En matière d’identité, l’enfant adopté a besoin d’être considéré en tant que personne à part entière et intégrée à une famille qui ne met pas de côté son histoire originelle. Il faut cependant éviter certains pièges qui pourraient renforcer des attitudes ou des prises de position extrêmes. Ainsi, certains parents font une fixation sur l’origine de leur enfant et se mettent à l’idéaliser. Tels parents sont si fiers de leur enfant d’origine indienne qu’ils transforment la décoration de la maison, changent totalement leurs habitudes alimentaires, apprennent le hindi en famille et racontent continuellement devant l’enfant leur merveilleuse expérience d’adoption. À l’opposé, certains cherchent à effacer toute trace du passé de l’enfant pour qu’il puisse repartir à zéro. A l’exemple de ces parents qui de bonne foi se débarrassent de tous les vêtements et objets que l’enfant portait sur lui le premier jour, afin qu’il oublie son passé pénible. Dans ces deux situations extrêmes, l’emprunte culturelle de l’enfant occupe paradoxalement tout l’espace de l’adoption. L’enfant doit apprendre à fonctionner avec ses deux identités. Lorsqu’il ressent le besoin d’appartenir à l’une ou l’autre référence culturelle ou familiale, l’enfant doit se sentir autorisé à opérer un libre choix. Qu’il soit d’ici ou d’ailleurs, il est à la fois l’enfant de ses parents adoptifs et l’enfant d’une autre origine. Suivant les vicissitudes de sa propre existence et certaines périodes plus ou moins difficiles de sa vie, il sera confronté à des personnes, à des événements, à des rencontres qui ouvriront son coeur et son esprit à l’intelligence du monde d’où il est issu et où il s’est attaché.


Source: L’enfant adopté : en quête de sens ou d'identité? par Yves-Hiram Haesevoets

09:06 Écrit par collectif a & a dans Origine - Identité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : adoption, adoptés, identité | |  del.icio.us