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29/07/2011

Corée. Une nouvelle ère pour l'adoption.

corée,adoptés,adoption internationaleComme vous savez sans doute, la loi sur l'adoption en Corée a été modifiée. J'espère qu'on cherchera maintenant davantage à aider des personnes fragiles qu'à en abuser comme je vous l'ai laissé voir dernièrement par l'interview de la leader de l'association de mères célibataires coréennes Miss Mama Mia.  Bon, il y a sans doute encore beaucoup de chemin à faire... En France, le délai de rétractation est de deux mois pour un accouchement sous X. Par contre, par ici, on a encore du chemin à faire par rapport à la Corée maintenant... concernant les droits de l'homme, un droit à la connaissance de ses origines, un droit bien inscrit dans la Convention Internationale sur les Droits de l'Enfant pourtant.
 

 
La loi sur l'adoption modifiée marque la fin d'une ère dans laquelle l'adoption était associée avec les meilleurs intérêts d'un enfant et ceci au dépend de sa famille d'origine.

Le 29 juin, l'Assemblée Nationale a révisé la loi sur les adoptions internationales et quelques adoptions nationales, donnant aux adoptés le droit d'avoir accès à leurs informations d'adoption et affichant son engagement de prendre comme meilleure méthode de protection des droits de l'enfant, celle de préserver la famille.
 
Ce virage pris et tourné vers la préservation de la famille se remarque déjà dans la modification même de l'intitulé de la loi permanente, passant de "la Loi Spéciale sur la Procédure et la Promotion de l'Adoption à "la Loi Spéciale sur l'Adoption". Ceci marque la fin d'une ère en Corée du Sud pendant laquelle il a été pensé que l'adoption était dans le meilleur intérêt d'un enfant, plutôt que soutenir la famille d'origine à élever l'enfant.
 
Le projet de loi n°1812414 a été soutenu par le gouvernement et a obtenu 188 voix en sa faveur, 0 contre et quatre abstentions, après être passé par des examens constitutionnel et législatifs.

Ce processus de réforme de la loi a été au début mis en place en 2008 quand le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales a donné une mission d'enquête à un groupe consultatif composé de travailleurs d'agences d'adoption, d'assistants sociaux et d'universitaires pour commencer à examiner la révision de la loi permanente sur l'adoption en vue de se préparer à ratifier de la Convention de La Haye sur l'Adoption. Le problème avec ce groupe nommé par le gouvernement initial,  c'est que des parents isolés, des membres de la famille de naissance et des adoptés, c'est à dire les personnes mêmes qui ont été directement affectées par la loi permanente, n'ont pas été consultés.
 
Au vu de tout celà, des avocats de droits de l'enfant, des organisations de femmes, des adoptés, des chercheurs et des organisations d'adoptés se sont mobilisés pour rassembler des témoignages et suivre des auditions publiques tenues par le gouvernement coréen commencées en janvier 2009. Ensemble avec les avocats So Rami et Hwang Pillkyu de Gonggam Public Interest Lawyers, et avec le soutien de la Représentante du Démocratic Party, Choi Young-Hee, la Coalition pour la Réforme de l'Adoption a commencé à rédiger le meilleur projet de loi possible.
 
Au moment du passage de la loi, la coalition comprenait le groupe Dandelions de "parents de naissance" , l'association de familles de mères célibataires coréennes KUMFA, et des associations concernant des adoptés KoRoot, ASK (Adoptee Solidarity Korea ) et TRACK (Truth and Reconciliation for the Adoption Community of Korea).  La signature du projet de loi concernera les deux adoptions extérieures et intérieures avec le but primordial d'encourager la préservation de la famille d'origine.
 
Alors que les mères célibataires étaient encouragées à signer un formulaire pour renoncer à leurs droits parentaux avec leurs bébés toujours dans l'utérus, une semaine doit maintenant s'écouler après la naissance du bébé avant qu'un accord d'adoption ne soit signé. Alors que le conseil principal aux mères célibataires consistait en beaucoup d'informations sur l'adoption, la loi ordonne maintenant que ceux qui sont près de devenir parents doivent recevoir conseils et informations suffisants en matière d'éducation.
 
Par ailleurs, des enfants pourront être adoptés à l'étranger seulement après qu'aucun foyer ne soit trouvé pour eux en Corée et les adoptants étrangers devront se rendre en Corée pour les prendre à moins qu'ils ne fassent reconnaître des circonstances spéciales par le  Ministère de la Santé et des Affaires Sociales.
 
La loi actuelle établit une base légale pour conduire la Corée du Sud à respecter les normes internationales données par la Convention de la Haye sur l'Adoption Internationale. une autorité centrale sous le Ministre de la Santé et des Affaires Sociales.  Parmi d'autres fonctions, l'autorité centrale doit protéger pour les adoptés un droit de l'homme , celui à la connaissance d'informations médicales propres et à son identité.
 
 
Le projet de loi qui est passé établit une base légale pour aider à porter la Corée jusqu'à des normes (standards) internationales selon la Convention d'Adoption de la Haye. En plus d'avoir des adoptions qui passent par décisions de justice, il y aura une nouvelle autorité centrale de l'information qui protègera les adoptés le droit de l'homme à la connaissance de ses origines et d' informations médicales propres à lui. Son président sera nommé par le Président de la Corée puis controlé par le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales et un conseil de direction formé d'adoptés.
 
Une base de données sera constituée afin que les adoptés puissent s'en servir pour la recherche de leurs familles d'origine. Dans le cas d'un parent biologique décédé ou de la non obtention d'un consentement pour des raisons inévitables, ou dans le cas où l'adopté a besoin d' informations dans un but thérapeutique , les informations pourront lui être révélées sans permission du parent biologique.
 
Il est dans l'espoir de la coalition que sous ces nouvelles protections légales les adoptés ne seront plus soumis à un traitement injuste et irrégulier pendant la recherche d'informations
 
C'est l'espoir de la coalition que sous ceux des nouvelles protections légales, des adoptés ne seront plus soumises au traitement déloyal (injuste) et irrégulier pendant la recherche d'informations sur leur origine.
 
La coalition est heureuse de voir des hommes de lois et du personnel du Ministère de la Santé et des Affaires Sociales et du Ministère de la Justice travaillant sur cette question.
 
Bien que la loi ait changé, l'interprétation de la loi au niveau politique et sa mise en oeuvre dans la pratique doivent être faits par beaucoup d'autres organismes, incluant le Bureau du président, l'autorité centrale prévue en matière d'adoption , le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales, le Ministère de la Justice et les agences d'adoption. À cet égard, il est impératif que ces organismes restent ouverts aux recommandations en cours des parties affectées et assurent aussi que la loi soit exécutée.
 
Il y a toujours beaucoup de travail à faire en Corée pour une pleine égalité en droits entre hommes et femmes et pour les droits de l'enfant , mais on devrait louer le gouvernement de faire ces pas significatifs dans la bonne direction.

 
Ecrit par Jane Jeong Trenka (présidente de TRACK), Tammy Ko Robinson (professeur de l' Université de Hanyang ) et Kim Stoker (Représentant Adoptee Solidarity Korea  ASK), tous membres de la Coalition pour la Réforme de l'Adoption

Article traduit par Greg.


Sources : [Viewpoint] A new era for adoption | Korea Joongang Daily | 7 juillet 2011
[Op-Ed] New adoption law puts family preservation first | The Hankyoreh | 7 juillet 2011
  
   
 
 

28/07/2011

La question d'identité est fondamentale à l'épanouissement d'un être.

Cette question est probablement centrale chez les enfants adoptés qui peuvent se retrouver soit dans un processus d’acculturation, soit confrontés à un dédoublement culturel et identitaire renforcé. De manière générale, les parents adoptifs se préoccupent surtout de la santé physique et des différences visibles chez leur enfant. Ils s’interrogent parfois sur une éventuelle maladie héréditaire. De manière légitime, ils se préoccupent ensuite de la différence psychologique, du regard des autres, de quelle manière leur enfant va s’attacher à eux et s’intégrer à son nouveau milieu. Indépendamment de leurs nombreux questionnements, les parents adoptifs doivent veiller à renforcer l’identité de l’enfant, son sentiment d’appartenance à sa famille, à son milieu social mais aussi à sa culture d’origine. Lorsque l’enfant est issu d’une autre culture et présente des dissemblances plus marquées, la différence s’affiche beaucoup plus mais les problèmes d’identité sont les mêmes.

 

L’adoption est une affaire de patiente, de coïncidence, d’attachement, d’identification et d’affection. Après une période de démarches et d’incertitude, lorsqu’un projet d’adoption se concrétise, l’aventure peut commencer. Après une période d’attente parfois assez longue, l’enfant finit par arriver. Même si elles ont fait l’objet de certaines discussions, se posent alors différentes questions comme si l’adoption exigeait plus des parents adoptifs que des autres parents. Avec l’arrivée d’une nouvelle personne dans la famille, la faculté d’adaptation est primordiale, tant pour les parents que pour les enfants.

Certains évoquent la période de la post-adoption, comme un défi à relever. Il importe de démystifier certaines idées reçues à propos de l’adoption. L’attachement instantané représente une fausse croyance qui provient de l’époque où les parents adoptifs venaient choisir l’enfant dans les orphelinats. Ils étaient alors convaincus que le premier enfant qui leur tendait les bras était celui qu’ils devaient adopter. Or, le processus d’attachement ne s’installe pas en fonction des sentiments (positifs ou négatifs) ressentis lors de la première rencontre. Cette première impression peut être faussée par différents éléments qui ne peuvent garantir l’installation d’un processus l’attachement favorable. Analogue à une naissance, l’adoption comporte des moments d’incertitude et de balbutiement. Il s’agit surtout de la rencontre entre deux êtres différents, qui ont probablement besoin l’un de l’autre. Une aventure humaine où la relation reste à construire.

Certains parents adoptifs rapportent cependant qu’ils ont éprouvé plus difficultés de créer des liens solides et stables avec leurs enfants adoptifs qu’avec leurs enfants naturels. Dans les situations où l’enfant adopté a déjà vécu dans une autre famille ou a évolué dans une institution, il a connu une autre réalité et doit s’adapter à de nouveaux repères parfois très différents. De manière radicale et sans aucune progression, tout ce qui concerne cette réalité originelle (les odeurs, les voix, les sons, l’ambiance, etc.) disparaît du jour au lendemain. Au début, il va essayer de retrouver instinctivement les traces de ce passé proche. Il va mobiliser son énergie psychique à survivre le mieux possible à cette rupture. Il ignore qu’il va vivre avec des nouvelles personnes qui vont devenir ses parents pour la vie. Ce stress émotionnel profond laissé par la trace de quelque chose qui s’évanouit progressivement dans les mânes du temps peut persister des années durant, voire même pendant la vie adulte. Conscients de ce trouble plus ou moins apparent, les parents adoptifs observent ces mécanismes psychologiques (souvent inconscients) et pensent à se mettre dans la peau de l’enfant adoptif pour l’aider à trouver son identité malgré certaines différences visibles ou invisibles.

L’origine ethnique de l’enfant adopté joue également un rôle significatif dans les processus d’attachement et d’identification. Aujourd’hui, l’adoption internationale est portée par les vagues de la mode et l’évolution des mentalités. Chaque année, des milliers de parents adoptent des enfants en provenance des cinq continents. Actuellement, ces jeunes enfants proviennent d’une vingtaine de pays (principalement la Chine, Haïti, la Russie, le Vietnam, la Thaïlande, le Brésil et la Colombie). De manière générale, les spécialistes de l’adoption observent que les enfants issus de l’adoption internationale s’adaptent assez bien à leur nouveau milieu, surtout s’ils ont été adoptés très jeunes. La plupart de ces enfants venus d’ailleurs bénéficient des meilleurs soins et de bonnes conditions d’accueil. Lorsque l’enfant est d’une autre couleur de peau que celle de ses parents adoptifs, le regard des autres et les questions sont souvent dérangeantes. En filigrane des réflexions se révèlent diverses formes de racisme ou de xénophobie. Ces attitudes souvent insidieuses se manifestent différemment selon l’âge et l’origine ethnique de l’enfant. Les enfants qui apparaissent comme « adorables » lorsqu’ils sont petits, deviennent plus connotés en grandissant. Certains affirment que les enfants africains sont plus souvent victimes de racisme en grandissant, que les enfants asiatiques qui seraient mieux « appréciés ». Pour les Asiatiques, c’est le stéréotype de l’enfant parfait qui fait souvent la vie dure aux fillettes. Elles sont gentilles, dociles et elles devraient tout réussir. C’est souvent à l’adolescence que l’image stéréotypée de l’enfant « mignon » finit par s’estomper, laissant la place à d’autres ressentiments.

En grandissant, les enfants adoptés ethniquement différents souffrent des remarques des autres enfants ou subissent des pressions qui remettent en cause leur attachement à leur famille adoptive. Les différences culturelles sont pourtant de plus en plus manifestes dans les grandes cités occidentales. Mais la plupart des enfants adoptés issus de l’étranger sont sensibles aux remarques des autres. Il importe d’ailleurs qu’ils soient informés à propos de leur culture d’origine ou qu’ils apprennent leur langue originelle, afin notamment de retirer une certaine richesse de leur métissage culturel. En connaissant leurs racines, leur langue « maternelle », ces enfants prennent conscience que leur culture d’origine n’est pas un sujet tabou. Cette approche démystificatrice aide l’enfant à s’épanouir dans sa famille et son milieu. Les problèmes d’attachement sont aussi remis en question par cette dichotomie culturelle que l’enfant ressent parfois comme un dédoublement personnel. Il peut perdre confiance en lui ou rechercher d’autres figures d’attachement extérieurs à sa famille adoptive. Il peut aussi se poser des questions sur sa culture d’origine et la placer en compétition avec sa culture d’accueil, tout en déstabilisant son processus d’intégration.

L’enfant adopté se lance ainsi un véritable défi : trouver le juste milieu entre ses origines et sa destinée actuelle et consolider ses liens d’attachement avec ses parents adoptifs. Si la mission de tout parent est d’accompagner et de soutenir son enfant vers un épanouissement optimum, les parents adoptifs doivent relever un second défi : reconnaître leurs propres différences et accepter un certain décalage que tôt ou tard l’enfant qu’il ont adopté va installer.

Ayant dépassé une histoire singulière, les enfants adoptés se présentent parfois comme survivants d’un traumatisme précoce. Depuis leur naissance en passant par l’abandon, ils ont survécu physiquement et affectivement à diverses épreuves parfois innommables et surmonté des expériences plus ou moins douloureuses (guerre, famine, séparation, rupture de soin, décès des parents, viol, etc). D’un point de vue psychologique, il est tout aussi important de pouvoir diagnostiquer certains symptômes cliniques spécifiques du vécu des enfants adoptés. En reconnaissant ces signes, les parents peuvent soutenir l’estime de soi de leur enfant et l’aider à se construire. Au-delà de toute considération culturelle, le renforcement de sa construction personnelle est aussi la base de son identité.

En matière d’identité, l’enfant adopté a besoin d’être considéré en tant que personne à part entière et intégrée à une famille qui ne met pas de côté son histoire originelle. Il faut cependant éviter certains pièges qui pourraient renforcer des attitudes ou des prises de position extrêmes. Ainsi, certains parents font une fixation sur l’origine de leur enfant et se mettent à l’idéaliser. Tels parents sont si fiers de leur enfant d’origine indienne qu’ils transforment la décoration de la maison, changent totalement leurs habitudes alimentaires, apprennent le hindi en famille et racontent continuellement devant l’enfant leur merveilleuse expérience d’adoption. À l’opposé, certains cherchent à effacer toute trace du passé de l’enfant pour qu’il puisse repartir à zéro. A l’exemple de ces parents qui de bonne foi se débarrassent de tous les vêtements et objets que l’enfant portait sur lui le premier jour, afin qu’il oublie son passé pénible. Dans ces deux situations extrêmes, l’emprunte culturelle de l’enfant occupe paradoxalement tout l’espace de l’adoption. L’enfant doit apprendre à fonctionner avec ses deux identités. Lorsqu’il ressent le besoin d’appartenir à l’une ou l’autre référence culturelle ou familiale, l’enfant doit se sentir autorisé à opérer un libre choix. Qu’il soit d’ici ou d’ailleurs, il est à la fois l’enfant de ses parents adoptifs et l’enfant d’une autre origine. Suivant les vicissitudes de sa propre existence et certaines périodes plus ou moins difficiles de sa vie, il sera confronté à des personnes, à des événements, à des rencontres qui ouvriront son coeur et son esprit à l’intelligence du monde d’où il est issu et où il s’est attaché.


Source: L’enfant adopté : en quête de sens ou d'identité? par Yves-Hiram Haesevoets

09:06 Écrit par collectif a & a dans Origine - Identité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : adoption, adoptés, identité | |  del.icio.us

10/07/2011

"Ma mère zéro". L'enfance en quête de ses liens biologiques et de son identité.

ma mere zero.jpgFejzo et sa sœur ont été adoptés. Se laissant influencer par Maud qu’il a récemment rencontré dans le parc, Fé décide de retrouver sa mère biologique, sa mère Zéro comme il dit. Mais il ne sait pas comment s’y prendre et des milliers de questions le submergent. Ses parents décident de lui venir en aide tandis que sa sœur se révolte à l’idée de ne pas avoir cette chance car elle a été abandonnée secrètement. Fé prend alors conscience qu'il risque de modifier l’équilibre familial auquel il tient.


 

Tous les jours après l'école, Fé aime s'asseoir sur un banc du parc et dessine avec talent les oiseaux car "quand on fait le portrait d'une poule, tout est à sa place". C'est comme ça qu'il rencontre Maud. Et en tombe un peu amoureux. Tient-il son talent de sa mère ? Fé l'ignore car il a été adopté. Sa mère bosniaque, réfugiée aux Pays-Bas pendant la guerre, l'a confié à une famille qui accueillait déjà An Bing Wa, une petite Chinoise de trois ans son aînée. Sollicité par Maud, le garçon s'interroge. Qui est sa mère ? Où est-elle ? Pourquoi l'a-t-elle abandonné ? Dès lors, Fé est hanté par cette absence, imaginant mille visages et mille retrouvailles. Il se met en tête de retrouver sa "mère zéro" et provoque la pagaille au sein de sa famille. D'une belle écriture, ce roman aborde avec délicatesse et humour les questions de l'identité et du courage. Comment, à dix ans, faire face à un processus qu'on ne maîtrise pas et qui va bouleverser tant de choses ? En grandissant, peut-être. 


L'avis de Ricochet

Feyzo est un enfant adopté, comme sa sœur Bing venue de Chine. Il se sent aimé et vit bien sa situation, jusqu’au jour où la jolie Maud l’incite à retrouver sa mère biologique, sa « mère zéro ». Feyzo commence à se poser plein de questions, perturbant l’équilibre entier de la famille.
Le narrateur est un petit garçon : s’il possède une intelligence du cœur instinctive et s’il exprime ses sentiments avec sincérité, ces derniers demeurent souvent confus. Les adultes – parents, médiateur – ont alors une grande importance dans l’orientation bienveillante du jeune héros. Marjolijn Hof complexifie son roman avec la problématique de Bing, la grande sœur abandonnée qui ne pourra, elle, jamais retrouver sa mère. Le ton est parfois un peu trop compréhensif et « psychologisant », mais la démarche progressive de recherche d’un parent reste exemplaire. Parallèlement aux questions graves sur les origines, le quotidien de Feyzo est aussi fait de relations amicales et amoureuses mouvantes, au cours desquelles il montre son caractère responsable. Signalons enfin les dernières pages nuancées, sans jugement ni solution toute faite.

Source : Ricochet-Jeunes

 

recherche,identité,origine,adoptéInédit : Nés abandonnés, documentaire de Jean-Pierre Vedel


"Dès ma naissance, le 29 décembre 1955, c'est une autre femme que ma mère qui va m'élever, pendant trois ans. Je n'entendrai plus jamais parler de cette femme ensuite. Aujourd'hui, je pars à sa recherche pour retrouver le fil de ce premier attachement. Je veux aussi aller à la rencontre des femmes qui comme ma mère mettent au monde un enfant qu'elles ne pourront pas élever, pour les confier à d'autres femmes, d'autres familles."



Le réalisateur, Jean-Pierre Vedel, a voulu articuler sa propre histoire à celles des autres, aujourd'hui. En 2011, le regard de la société sur ces femmes qui décident d'abandonner leur enfant a t-il changé ? A travers deux témoignages, le documentaire inédit proposé ce dimanche à 22h55 sur France 3 nous montre d'abord combien ces femmes enceintes sans l'avoir désiré se sentent le plus souvent seules et démunies. On découvre qu'elles peuvent trouver à Paris une structure d'accueil unique en France, l'association M.O.I.S.E, où elles sont accompagnées sans être jugées.
 
Puis, Jean-Pierre Vedel s'attache au sort d'un enfant né sous X aujourd'hui, filme son premier contact avec celles qui vont le recueillir. Car selon la loi, sa mère a deux mois pour confirmer l'abandon ou le reprendre avec elle. Deux mois pendant lesquels il va être pris en charge dans une pouponnière, ou par des assistantes familiales qui l'accueillent chez elles, au sein de leur famille. On voit comment ces personnes vont l'aider à passer le cap de ces deux mois sans mère, faire en sorte qu'il ne tombe pas dans le vide, qu'il ne perde pas le fil de sa propre histoire.

Nous entendrons ensuite des adultes abandonnés à la naissance qui témoignent de la trace laissée par le vide originel et le secret de leur naissance. Jean-Pierre Vedel veut nous montrer que deux situations a priori contradictoires peuvent se concilier : qu'une mère, sans honte et en toute sécurité, puisse abandonner son enfant, et que les premiers pas de cet enfant puissent être accompagnés par des bras rassurants.

Source : Le blog de TV News
 



07/07/2011

Haïti. L'adoption internationale, une priorité qu'on veut nous imposer

Le Nouvelliste en Haiti.jpgCet article est dédié à tous les parents haïtiens qui jusqu'à ce jour gardent l'espoir de retrouver leurs enfants séparés d'eux à la suite du tremblement de terre du 12 janvier 2010.
Quelques jours après le tremblement de terre de 2010, un journaliste étranger écrivait : l'adoption internationale n'est pas une aide humanitaire. Suite au tremblement de terre, en effet, l'adoption internationale a dominé l'actualité internationale ; aujourd'hui encore elle semble être le thème central de ceux-là qui prétendent oeuvrer pour la protection et le bien-être des enfants.

 

"Adoption internationale", un thème prioritaire également pour de nombreux pays « amis ». Au cours de la visite éclair en Haïti d'Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, pour assister à l'investiture du président Michel Martelly, le ministre français a pris le temps de visiter un orphelinat et la Fondation Solidarité Internationale, engagée dans l'adoption internationale. De plus, selon des sources autorisées, le ministre Juppé aurait soulevé la question de l'adoption internationale lors de son entretien privé avec le président Martelly (qui a dû peut-être paraître fort surpris du choix d'un tel sujet, compte tenu des grands problèmes auxquels sont confrontées actuellement les familles haïtiennes).

Il faut donc se demander pourquoi ce focus sur l'adoption internationale, alors que selon l'UNICEF « 1,2 millions d'enfants étaient déjà considérés comme étant extrêmement vulnérables avant le tremblement de terre. Un an plus tard, les enfants d'Haïti sont encore au bord du précipice » ( voir « Un an après - Des secours à la reconstruction : un long parcours », Janvier 2011 UNICEF Haïti).

Pour répondre à cette question, il faut remonter à 2010. Le 20 Janvier 2010, l'ex-Premier ministre Bellerive, sur la demande de certaines organisations de droits humains, adopte une mesure d'urgence selon laquelle le Premier ministre est le seul habilité à autoriser le départ d'enfants haïtiens du territoire national et que dans ces cas, il doire s'agir d'enfants pour lesquels le processus d'adoption avait été déjà engagé et approuvé, ce, de concert avec les ambassades concernées. Cette mesure, conforme aux principes de droits humains, visait à assurer que la priorité dans cette situation de catastrophes soit donnée aux efforts visant la réunification des enfants avec leurs parents ou les membres de leur famille, à éviter toutes tentatives prématurées ou irrégulières de sortir un enfant de son pays. Malgré cette mesure, des enfants haïtiens ont continué à sortir du pays au vu et au su de tous. Pourtant, bien que foulée aux pieds dès les premiers jours, cette mesure gêne.

Nombreux sont ceux (étrangers pour la plupart) qui ne veulent que rouvrir l'adoption internationale avec tout ce qu'elle comporte d'illégalité, c'est-à-dire, la traite d'enfants, la vente d'enfants, le trafic d'organes, la prostitution infantile, la pédophilie, etc. Et pour cela, les pressions et les pièges « diplomatiques » s'intensifient, particulièrement à la veille de la tournée du président Martelly en Europe à la fin du mois de juin.

L'enfant a le droit de grandir dans un milieu familial et l'Etat a pour obligation de donner une famille permanente à l'enfant pour lequel une famille appropriée ne peut être trouvée dans son pays d'origine. Cependant, l'adoption internationale telle que pratiquée en Haïti n'est pas toujours un moyen visant à assurer à l'enfant dans une situation de vulnérabilité un environnement familial au contraire, l'adoption internationale, et plus souvent qu'on ne le suppose, est un mécanisme utilisé par beaucoup pour s'enrichir sans aucune considération pour la situation de l'enfant ou pour exercer toutes sortes de violence sur l'enfant. Les anecdotes relatives à la vente d'enfants, vente d'organes, aux primes d'assurances sont nombreuses. Vrai ou faux ! Comme dit le proverbe il n'y a pas de fumée sans feu.

D'un côté, il y a les crèches. Selon l'UNICEF des 700 centres d'enfants actuellement répertoriés, seulement 300 sont accrédités. Les crèches sont des institutions hébergeant des enfants en bas âge et dont le seul but est de les donner en adoption internationale. Généralement ces crèches sont liées à des organismes étrangers d'adoption, se chargent de chercher des enfants et des parents adoptifs étrangers, le plus souvent sans autre considération que monétaire. Il s'agit là d'un commerce extrêmement lucratif. 80 à 90% sont des adoptions individuelles, c'est-à-dire une relation directe entre les propriétaires de crèches et les parents adoptifs étrangers. En plus des rémunérations (et mensualités) payées par les parents adoptifs, les crèches recevaient des subventions via des ONGs et ONGIs (certaines d'entre elles allant jusqu'à prendre en charge des mères adolescentes).

D'un autre côté, les orphelinats, ou des milliers d'enfants-vivent des situations abusives. Selon des estimations, près de 50 000 enfants sont placés en institutions; de ce nombre, à peu près 20 000 sont orphelins de père ou de mère ; les autres n'y sont qu'en raison de pauvreté. Suite au séisme de 2010, les orphelinats sont devenus l'une des activités les plus lucratives après les ONGs nationales et internationales.
Les illégalités dans les procédures d'adoption sont pourtant connues de tous. Il s'agit de véritables réseaux criminels dédiés à la traite d'enfants et à des adoptions irrégulières. Ces réseaux, opérant à travers les crèches et les orphelinats, s'approvisionnent en enfants en utilisant souvent la menace, la fraude ou le mensonge, convainquant ainsi les parents biologiques à donner leurs enfants en adoption. Ces réseaux, experts dans la fabrication de faux documents, de fausses mères, de déclarations d'abandon ou de consentement frauduleux, collaborent également avec des avocats et des juges de paix.

A la racine de ces réseaux se trouvent les responsables (ou du moins) des propriétaires de crèches et d'orphelinats vivant de ce commerce et opérant le plus souvent avec la complicité de certains fonctionnaires de l'IBESR.

Plus de 2 400 enfants ont laissé Haïti depuis le tremblement de terre (plus du double du nombre d'adoption autorisée en 2009). Ce chiffre (bien que partiel) en lui-même constitue la preuve de l'illégalité de ces procédures d'adoption. Des billets gratuits ont été offerts à travers le net à ceux-là qui accepteraient de se rendre en Haïti pour ramener des enfants ; comme on ramène des « patates ».


Comment avec des institutions jusqu'à ce jour affaiblies par la catastrophe de janvier 2010 (des ministères, les tribunaux, les services d'Etat civil) a-t-on pu garantir la légalité de ces procédures, s'assurer de l'identité des enfants et de leur adoptabilité, vérifier le consentement des parents, etc. Ce n'est donc pas surprenant que plusieurs cas de traite d'enfants sous le couvert d'adoption internationale irrégulière aient été identifiés à divers points de la frontière entre Haïti et la République Dominicaine et dans certains aéroports, particulièrement l'aéroport Guy Mallary. Le souvenir des 33 Américains arrêtés à la frontière est toujours bien frais; à ce souvenir vient s'ajouter le cas récent des pédophiles allemands.

Il ne fait aucun doute que l'aide humanitaire, comme ce fut le cas dans d'autres pays, a emmené avec elle les prédateurs et les vautours de l'urgence dont le seul objectif est de profiter des situations de chaos pour exercer leurs méfaits ; leur proie de prédilection: les enfants. Alors que la situation de l'irrégularité des adoptions internationales était déjà inquiétante suite au contrôle plus serré des adoptions dans certains pays dont le Guatemala, depuis le tremblement de terre, Haïti attire tous les dossiers frauduleux. Le tremblement de terre est venu en effet mettre à nu des situations d'illégalité, des réseaux de traite et de vente d'enfants, le plus souvent sous le couvert d'adoptions internationales.


Certaines ambassades ont clairement exprimé leur doute quant aux procédures d'adoption postséisme. Cependant, d'autres s'intéressent de plus en plus à l'adoption internationale. Ces dernières, dont celle de France et du Canada s'apprêtent d'ailleurs à célébrer une réunion dite « Réunion du Groupe de Montréal » du 22 au -24 Juin prochain à l'Hôtel Le Plaza à Port-au-Prince. Cette réunion fait suite à une réunion du même type célébrée l'année dernière à Montréal. Le thème central de cette réunion: « l'adoption internationale »; le but: rouvrir la vanne de l'adoption internationale, faire « plaisir » à leurs ressortissants et s'assurer de leur vote.

Suite au tremblement de terre, la France a fait évacuer plus de 1 000 enfants haïtiens. Pour certains Français, la décision du gouvernement français était "logique et raisonnable". Aussi les 21 et 23 décembre 2010, à la veille de la Noël, des centaines d'enfants ont-ils quitté leur pays dans deux avions affrétés « pour évacuation urgente » à cause du choléra. Ces enfants ne faisaient l'objet que d'un consentement des soi-disant parents et d'une autorisation de l'IBESR. Parmi les enfants arrivés en France, près d'une centaine se trouvent dans une situation juridique floue, vu qu'ils n'ont pas de jugement d'adoption mais un simple apparentement (voir Imbroglio juridique pour les enfants haïtiens adoptés - 31 March 2011).

« Quelques jours après le tremblement de terre, décrète un « Humanitarian Parole Policy », à la faveur de cette politique, des centaines d'enfants haïtiens « orphelins » ou séparés de leurs parents à cause du tremblement de terre ont été « évacués ». Certains se retrouvent aujourd'hui dans les « foster care », abandonnés par les parents adoptifs ».

L'Hollande, quant à elle, suite au séisme, a décidé « qu'en raison de la situation inquiétante en Haïti, d'admettre les enfants sans qu'ils disposent de documents de voyage en règle. Le gouvernement hollandais décide alors que les enfants seront rapatriés d'abord, et l'approbation des autorités haïtiennes viendra après. (Voir déclaration du ministre de la justice hollandais Hirsch Ballin).

Comme l'a dit un observateur. « C'est la pauvreté qui transforme les enfants en cheptel adoptable pas les familles occidentales riches en mal d'enfants. »

Ce qui étonne, c'est que tous ces pays ont ratifié la « Convention de la Haye sur la protection des Enfants et la Coopération en matière d'adoption Internationale » ; laquelle convention considère l'adoption internationale comme une mesure de dernier recours, et oblige les Etats parties à adopter toutes les mesures visant à maintenir l'enfant dans sa famille d'origine, à envisager l'adoption nationale, et a s'assurer que les parents adoptifs soient réellement aptes à adopter un enfant.

« Il faut en finir avec le marché aux enfants haïtiens, et avec leur pieuse importation » ; ces mots d'un observateur illustrent bien la problématique de l'adoption internationale.

Il est temps que ceux-là qui prétendent s'intéresser à la situation de l'enfant haïtien se penchent sur les vrais problèmes de l'enfance : l'assistance aux familles nécessiteuses, l'accès à l'éducation et à la santé pour tous les enfants. Rouvrir l'adoption internationale sans mettre des balises solides, c'est livrer des milliers d'enfants à la merci de groupes prédateurs.

La construction de l'Etat de droit passe par la chasse à ces organisations criminelles, et la lutte contre l'impunité devant les crimes perpétrés contre les enfants haïtiens. L'Etat de droit exige des investigations sérieuses visant à démasquer les réseaux de traite et de vente d'enfants, les procédures d'adoption bidon, les individus et les institutions dont le seul but est de s'enrichir aux dépens des petits haïtiens. L'Etat de droit exige également que l'adoption, tant nationale qu'internationale, puisse enfin répondre à sa vraie vocation : celle d'offrir aux enfants abandonnés ou orphelins un environnement familial permanent, chaleureux et sain.

Pour arriver à cet état de fait, il faut (Que peut faire le président Martelly ?):
1) Décréter un moratoire (i.e. suspension provisoire) ferme sur les adoptions internationales, particulièrement les adoptions d'enfants haïtiens par les étrangers, jusqu'à la ratification par Haïti de la Convention de la Haye sur la protection de l'enfant et la coopération en matière d'adoption internationale ;
2) Reformer et épurer l'Institut du Bien-être Social ;
3) Mettre l'action publique en mouvement contre les avocats, juges, propriétaires de crèches et d'orphelinats, fonctionnaires de l'Etat et tous ceux engagés dans la fabrication de faux documents, la vente d'enfants, la traite d'enfants ;
4) Mettre sur pied une commission spéciale ayant pour mission
a. Entreprendre des investigations afin de retracer/retrouver les nombreux enfants perdus pendant le tremblement de terre ;
b. Revoir les adoptions internationales autorisées depuis le 12 janvier 2010
c. Adopter un plan de placement familial pour les enfants et adolescents qui croupissent dans les crèches et orphelinats pour le simple fait que leurs parents n'ont pas les moyens de s'occuper d'eux.
d. Entreprendre des investigations sérieuses sur les irrégularités et les illégalités dans les procédures d'adoption, l'existence et le fonctionnement de ces crèches, orphelinats et maisons d'enfants;
5) Adopter une loi sur l'adoption répondant aux critères et standards internationaux
6) S'assurer qu'Haïti ratifie la Convention de la Haye sur la protection des enfants et l'adoption internationale


Source : Le Nouvelliste en Haïti |27 juin 2011