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14/01/2014

Pour des adoptions internationales plus éthiques

Irrégularités, manque de transparence, confusion avec l’humanitaire… Des voix s’élèvent pour stopper les dérives de l’adoption internationale qui ternissent son image.


Mercy, mercy («Pitié, pitié»), l’histoire vraie d’une adoption… Tel est le titre d’un documentaire danois, projeté en France, le 20 novembre dernier, lors du festival «Enfances dans le monde» organisé par le Bureau international catholique de l’enfance (BICE) et qui pourrait bien bouleverser notre regard sur l’adoption internationale, comme il est en train de bouleverser celui des Danois.

La réalisatrice (Katrine Riis Kjaer) a en effet filmé pendant quatre ans l’adoption de deux enfants éthiopiens par un couple danois. On y voit leurs parents «biologiques», malades du sida, céder à la pression d’une agence d’adoption, leur faisant espérer un avenir meilleur («c’est une chance pour vos enfants», «remerciez simplement Dieu de ce qui vous arrive. Ne vous inquiétez pas pour eux, ils vous oublieront.») ; puis, pris de remords, aller frapper désespérément aux portes de l’orphelinat pour réclamer, comme on leur a promis, des nouvelles de leurs enfants.

On suit surtout le parcours tragique de Ruba et de Masho (4 ans), qui ne comprend pas ce qui lui arrive, réclame sa maman, s’enferme dans des crises de violence… jusqu’à ce que ses parents adoptifs, désemparés, la confient aux services sociaux.

«C’est probablement l’un des documents les plus forts et les plus dérangeants sur les abus de l’adoption internationale, mais aussi sur nos rapports aux pays pauvres», souligne Alessandra Aula, secrétaire générale du BICE. Manipulation des parents d’origine, instrumentalisation des enfants, absence de préparation des parents adoptifs aveuglés par leur désir d’enfant, irresponsabilité de l’agence et des autorités danoises. «Ce film montre tout ce qu’il faudrait bannir pour qu’une adoption soit faite dans l’intérêt de l’enfant.» Le gouvernement danois a d’ailleurs depuis suspendu les activités de son agence Danadopt en Éthiopie. «Une adoption ne doit jamais s’apparenter à une vente ou à une pseudo-vente», insiste Alessandra Aula, qui rappelle aussi l’attachement du BICE aux principes énoncés par la Convention internationale des droits de l’enfant et par la convention de La Haye, qui régit l’éthique de l’adoption : «Il faudrait autant que possible le laisser dans sa famille élargie, en favorisant le développement communautaire sur place.» 

C’est aussi la position de l’Unicef. «L’adoption internationale peut être une solution pour l’enfant, quand elle est faite dans son intérêt. Mais dans certains pays, des réseaux se sont organisés, qui ont perdu de vue cet objectif», souligne Jean-Claude Legrand, conseiller régional en protection de l’enfance à l’Unicef (à Genève). Les pays d’accueil ont dans ce domaine une part de responsabilité. «Leurs ambassadeurs se retrouvent avec le mandat d’obtenir des enfants à adopter, et sont tentés de faire du chiffre, en compétition avec les autres pays.» «Il faut qu’on mette fin à ces dérives, insiste-t-il. C’est dans l’intérêt de tous. D’autant plus qu’un nouveau phénomène émerge : le nombre grandissant d’adoptions en échec, certains enfants ayant le sentiment d’avoir été “enlevés” ou “achetés”. De plus en plus d’adolescents adoptés sont placés dans les services sociaux, même si les gouvernements ne veulent pas publier leurs chiffres. La commission d’enquête mise en place par le gouvernement danois sur les adoptions en Éthiopie a également révélé que de plus en plus de familles adoptives européennes renvoyaient leurs enfants dans leur pays.» 

Sur ces zones sombres de l’adoption, on préférait ne pas lever le voile. Mais le silence commence à se briser. En France, les associations d’adoptés commencent à être mieux écoutées. Regroupées dans le Conseil national des adoptés (CNA), elles viennent de publier une «charte éthique», où elles demandent un plus grand respect de leurs parents d’origine, une totale transparence, et un encadrement plus rigoureux des procédures. «Si les adoptions frauduleuses restent minoritaires, les dérives sont encore trop fréquentes», regrette Cécile Février, présidente du CNA. «Les incitations à l’abandon et les manipulations des parents sont encore courantes dans les pays où on ne connaît pas l’adoption plénière : on leur fait croire qu’ils garderont des liens, que leurs enfants leur enverront de l’argent… On voudrait un meilleur contrôle des OAA (organismes agréés pour l’adoption) à tous les niveaux, car ils bénéficient jusque-là d’une certaine impunité.» Mais elle espère aussi faire changer les mentalités. «L’adoption n’est pas un geste humanitaire, insiste-t-elle. Et il faudrait faire comprendre qu’un enfant peut être heureux dans sa famille même si elle est pauvre, et qu’on n’adopte pas pour lui donner un niveau de vie meilleur.»

 

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