Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/12/2005

A-t-on bien compris ce que serait une «adoption homosexuelle» ? Jean-Louis Renchon

medium_ucl_jlrenchon.gif

La «parenté sociale» est donc un statut juridique fort et engageant pour le partenaire homosexuel et l'enfant. L'adoption, elle, définit en outre l'identité humaine. C'est trop.

Jean-Louis RENCHON, Professeur à la Faculté de droit de l'UCL, directeur du Centre de droit de la personne, de la famille et de son patrimoine

Le Parlement belge débat actuellement de plusieurs propositions de loi tendant soit à instituer la «parenté sociale», soit à «permettre» l'adoption par deux personnes de même sexe.

L'objectif principal de chacune de ces propositions de loi est de régler juridiquement le statut d'un enfant élevé par un couple homosexuel. A l'heure actuelle, un tel enfant n'a en effet de lien juridique qu'avec un seul des partenaires du couple homosexuel: sa mère ou son père biologique ou, éventuellement, sa mère ou son père adoptant. Il n'a par contre pas de lien juridique avec l'autre partenaire, puisque celui-ci n'est ni sa mère ni son père. Lorsque cet enfant n'a qu'un seul parent, parce que l'autre parent est inconnu ou que sa filiation n'est pas établie, il advient que le partenaire homosexuel de ce seul parent de l'enfant s'implique dans une fonction de parentalité, c'est-à-dire de responsabilité éducative, à l'égard de l'enfant.

La situation la plus fréquente est celle où une femme lesbienne a décidé de concevoir un enfant par procréation médicalement assistée avec le sperme d'un donneur anonyme. Un tel acte de procréation, à la différence d'autres pays européens, n'a jamais été interdit en Belgique et est régulièrement pratiqué dans plusieurs hôpitaux universitaires. Lorsque cette maman partage déjà sa vie lors de l'acte de procréation avec une partenaire lesbienne ou lorsqu'elle s'installe en ménage avec une partenaire lesbienne après l'acte de procréation ou après la naissance de l'enfant, l'enfant grandira et sera éduqué au sein du couple homosexuel de sa maman et de la partenaire de sa maman.

Comment consacrer et organiser un lien juridique entre l'enfant et la partenaire homosexuelle de sa mère biologique?

Certains peuvent assurément se poser des questions à propos d'un tel choix humain et affectif. Est-il opportun de concevoir un enfant dans un tel contexte? L'enfant ne va-t-il pas se trouver confronté à des difficultés psychiques spécifiques? Comment aider l'enfant à résoudre de telles éventuelles difficultés?

D'autres pourraient même se demander si une société ne se met pas elle-même en difficulté d'assurer sa propre cohésion lorsqu'elle considère que la procréation d'un enfant peut désormais être scientifiquement et médicalement organisée en l'absence délibérée de tout père pour l'enfant.

Ce n'est cependant pas la problématique qui est actuellement posée au Parlement belge. On raisonne en partant du constat qu'on ne remettra plus en cause cette liberté qui a été reconnue de faire appel à la médecine pour inséminer une femme lesbienne, de la même manière que celle-ci pourrait tout autant concevoir naturellement un enfant avec un «homme de passage». On raisonne donc en partant du constat qu'un certain nombre d'enfants sont effectivement nés ou sont effectivement élevés au sein d'un couple homosexuel, parce que la mère qui les a conçus partage sa vie avec une partenaire homosexuelle, qu'elle a au surplus peut-être épousée, depuis que le mariage a été ouvert aux personnes de même sexe.

La question qu'on se pose - et que la Cour d'arbitrage a d'ailleurs expressément invité le législateur à résoudre - est alors bien celle de la manière la plus appropriée de «lier» juridiquement l'enfant à la partenaire homosexuelle de sa mère, de façon à ce que cette partenaire puisse le mieux exercer une fonction de «parentalité», c'est-à-dire de responsabilité éducative, à l'égard de l'enfant.

La réponse qui avait paru la plus logique à un certain nombre d'hommes et de femmes politiques était d'instituer pour le partenaire homosexuel de la mère ou du père de l'enfant un statut de «parenté sociale» qui signifie et implique que ce partenaire deviendrait pour l'enfant un «beau-parent» investi désormais avec le parent de l'ensemble des responsabilités éducatives (autorité parentale proprement dite et obligation alimentaire d'entretien de l'enfant) et susceptible de lui transmettre des droits successoraux. Dès lors, si le couple se sépare ou si le parent meurt, l'enfant resterait juridiquement «lié» à son beau-parent, pourrait rester confié à sa responsabilité éducative et pourrait faire valoir à son égard des droits alimentaires et éventuellement successoraux.

La «parenté sociale» est donc un statut juridique «fort» et «engageant» pour le partenaire homosexuel, et il n'est d'ailleurs pas certain que tous les partenaires homosexuels de la mère (ou du père) d'un enfant souhaiteraient y souscrire.

Mais voilà que beaucoup d'hommes et de femmes politiques veulent aujourd'hui aller «plus loin» et permettre que ces enfants puissent être «adoptés» par le partenaire homosexuel. Ce serait, à leurs yeux, une question d'«égalité» pour les couples homosexuels par rapport aux couples hétérosexuels, car, de la même manière qu'un homme et une femme peuvent devenir le père et la mère d'un enfant, une femme et une femme ou un homme et un homme devraient, à leurs yeux, pouvoir aussi devenir à part entière la mère et la mère ou le père et le père d'un enfant.

On nous affirme qu'il n'y aurait là qu'une question élémentaire de non-discrimination.

Nous ne parvenons pas à partager un tel point de vue et nous ne comprenons pas que ceux qui - comme moi - essaient de faire apparaître qu'il y a là un vrai «problème» pour les enfants sont aujourd'hui perçus comme des «conservateurs» mentalement incapables d'appréhender ce qui ne ferait que constituer un «progrès social».

Et si ce n'était précisément pas un «progrès social» ?

Car qu'en est-il, dans une telle perspective, de l'enfant lui-même?

Ce qu'il faut bien voir en effet, c'est que l'adoption, à la différence de la parenté sociale, est un lien de filiation qui définit, en termes sociaux et juridiques, l'identité d'un enfant.

Sur notre fiche d'«identité» appelée le plus souvent notre fiche d'état civil, nous sommes «identifiés» comme l'enfant d'un père et d'une mère, et cette manière pour chacun d'entre nous d'être identifié renvoie au fait - qui est constitutif de l'identité humaine et qui est plus fort qu'une quelconque volonté politique - que chaque être humain est issu de la rencontre du sexe masculin et du sexe féminin. De la même manière qu'il est tout à fait certain que nous avons besoin d'eau et d'oxygène pour vivre, il est presque tout autant certain que nous avons besoin, pour être des hommes et des femmes, d'être pensés par les autres et de nous penser nous-mêmes comme étant nés d'un homme et d'une femme et/ou d'être, les uns comme les autres, à la croisée des deux sexes de l'humanité: le sexe masculin et le sexe féminin.

Alors pourquoi vouloir aujourd'hui à tout prix identifier sur leurs fiches d'identité certains enfants comme nés et/ou à la croisée d'un seul et même sexe?

C'est d'autant plus surprenant qu'on peut résoudre pour ces enfants qui vivent dans un couple homosexuel toutes les questions pratiques et juridiques qui se posent, grâce au statut de la parenté sociale.

Nous prônons une solution qui est à nos yeux plus raisonnable et plus sage que l'«adoption homosexuelle». C'est celle qui consiste à édicter une norme politique et juridique produisant pour l'enfant une parole vraie, juste et équilibrée.

Un enfant n'«est» pas l'enfant de deux femmes ou de deux hommes. Pour un enfant, il y a maman et/ou papa, et s'il n'y a que maman sans papa, parce que maman est lesbienne et vit avec une autre femme, il n'y a pas tout à coup maman et maman, mais maman et la partenaire de maman qui n'est ni maman ni papa.

Alors ne donnons pas à l'enfant, en termes juridiques, deux mêmes mamans, alors que les deux femmes qui l'élèvent ne sont pas les «mêmes», et que c'est l'enfant qui ne s'y retrouverait plus dans cette «mêmeté».

Une chose a été, pour notre société occidentale, de reconnaître, au nom de la valeur démocratique fondamentale de l'acceptation des différences, la liberté de l'orientation sexuelle homosexuelle.

Mais la reconnaissance de cette liberté ne signifie pas, à mes yeux, que les homosexuels devraient maintenant imposer à un enfant, parce que leur sexualité est homosexuelle, une identité «sexuée» qui devrait être le pur reflet de leur propre vie «sexuelle» et être délibérément amputée d'une des deux composantes irréductibles de l'identité humaine.

A un tel projet politique, auquel il n'est peut-être plus aujourd'hui de «bon ton» d'oser s'opposer, je pense au contraire qu'il est préférable d'avoir le courage de dire «non».

Source : La Libre Belgique

09:55 Écrit par collectif a & a dans Avis d'expert | Lien permanent | Commentaires (3) | |  del.icio.us

09/12/2005

Adoption homosexuelle : un nouvel argument d' autorité | Xavier Lacroix

Il faut vraiment que le débat sur l’adoption par les personnes de même sexe soit passionnel pour que l’évocation de lointaines enquêtes passe avant ce que le bon sens indique chaque jour, à savoir ce qu’un enfant reçoit du fait de grandir dans une relation d’intimité avec un homme et une femme. Il faut vraiment que notre culture soit désorientée pour que soit balayé d’un revers de main ce que la psychanalyse nous a appris depuis plus d’un siècle.

 

Etonnante est la capacité des adultes à justifier la réalisation de leurs désirs par les scénarios compliqués qu’ils imposent aux enfants. Pour nier l’évidence, à savoir les ressources de l’ancrage de la maternité dans un corps de femme et de la paternité dans un corps d’homme; pour oublier aussi tout ce qu’un enfant doit à la relation désirante entre son père et sa mère, pour relativiser ces données premières, le plus expédient est aujourd’hui de faire appel à l’argument statistique.

 

C’est alors l’évocation des fameuses «enquêtes-américaines-qui-prouvent-qu’un-enfant-élevé-par-un-couple-homosexuel-n’a-pas-plus-de-problèmes-qu’un-enfant-élevé-par-un-couple-hétérosexuel ». Il n’est pas un seul débat à ce sujet où l’argument ne soit avancé. Personne dans l’assistance n’étant allé vérifier, il laisse sans voix. Ceux qui pourtant en ont pris la peine sont stupéfaits par l’absence de probité desdites « enquêtes » réalisées dans un contexte militant. Dans l’une d’entre elles, souvent citée car elle reprend une trentaine d’études antérieures, ils découvrent par exemple que les enfants élevés par des couples monosexués ne sont comparés qu’avec des enfants de couples hétérosexués ayant divorcé. La raison donnée en est « que les mères lesbiennes se trouvent dans cette situation » (sic). Dans une étude française, ce sont seulement les parents (tous membres d’une association de parents homosexuels) qui sont interrogés. Je pourrais multiplier les indications de ce genre, comme je l’ai fait dans un article de la revue Etudes.

 

Comment pourrait-il en être autrement, dès lors que l’objet de la démonstration est une thèse d’avance déterminée ? S’il s’agit de montrer la capacité qu’ont les enfants de s’adapter aux scénarios compliqués des adultes, la cause est gagnée. Mais ces études, procédant par questionnaires standard et stéréotypés, ne disent rien sur le long terme, sur l’intergénérationnel, sur la découverte par ces enfants de leur identité sexuée. Dans leur quasi totalité elles portent sur de jeunes enfants, pré-pubères. Situées d’un point de vue quantitatif, elles sont loin de la psychologie des profondeurs et de ce que pourrait exprimer une parole développée, personnelle, à travers le temps.

 

Pourquoi recourir à des statistiques alors que l’expérience directe nous enseigne ? Ni le masculin ni le féminin ne récapitulent tout l’humain. Qu’il soit garçon ou fille, l’enfant, pour découvrir toutes les potentialités de son humanité, a besoin de grandir en relation avec un homme et une femme. Chacun sait combien il a découvert son identité par un jeu subtil d’identifications et de différenciations, entre deux parents de sexes opposés. Si cela lui a fait défaut, il connaît son manque, sa souffrance. Il est vrai que le psychisme humain est capable d’adaptation, vrai que d’autres personnes peuvent jouer le rôle de « référent » masculin ou féminin. Mais ce serait faire preuve d’une approche bien superficielle que considérer comme secondaire que ces « référents » soient ceux par lesquels l’enfant est en relation avec son origine. Une éducation monosexuée ne peut pas ne pas être amputée.

 

A cet égard, l’expression « ne pas avoir plus de problèmes psychologiques que les autres » doit être interrogée. Que veut on prouver alors ? La « mesure » des difficultés psychologiques passe nécessairement par une grille de lecture. Dans les prétendues enquêtes, cette grille est patente : pragmatique, utilitaire, comportementaliste. En ce domaine, l’ « objectivité scientifique » est nécessairement seconde par rapport à des choix philosophiques.

 

En réalité, l’argument de l’objectivité scientifique a une fonction très claire : faire office d’argument d’autorité. Dans maints discours, il est le seul argument avancé. Mais comment ne pas voir qu’il y a violence à asséner ainsi une donnée quantitative apparemment irrécusable, face à ce qui relève de l’anthropologie et de l’éthique, impliquant donc des options fondamentales sur l’humain ? L’argument quantitatif dispense de penser.

 

Mais dans cet évitement, il est porteur d’une autre violence : affirmer comme allant de soi que des enfants peuvent aussi bien être élevés par deux hommes ou deux femmes que par un homme et une femme, c’est tranquillement nier l’importance de ce que des milliards d’hommes, de femmes et d’enfants vivent tant bien que mal depuis toujours : la difficile rencontre du masculin et du féminin, tout ce qui se joue dans la relation sexuée entre un enfant et ses deux parents sexuellement différenciés. Il faut bien l’autorité d’un Congrès de psychiatres américains et des données chiffrées pour faire oublier ce qu’un enfant doit à la croissance en lien avec deux amours de « couleurs » différentes. Tout ce qu’il doit non seulement au fait que son père soit un homme, mais un homme tourné vers une femme, et réciproquement.

 

Oui, avec Pierre Legendre il faut affirmer que « le scientisme vendu au monde entier par la psychiatrie à l’américaine détruit la possibilité d’interroger le sens ». Pour l’essentiel, la question n’est pas : les enfants sont-ils assez résistants pour s’adapter aux désirs et à l’imaginaire des adultes ? mais : quelles sont les conditions qui leur donneront le plus de chances de déployer toutes les dimensions de leur humanité ?

 

Que des situations de fait existent est une chose – et le respect est dû à ceux qui leur font face avec courage. Que la loi, la puissance publique, l’Etat doivent d’avance les prévoir et les codifier comme de nouveaux modèles en est une autre, qui pose un problème moral. En effet, sous prétexte de dépasser une prétendue « discrimination » entre adultes, on en créerait une autre, bien plus certaine et bien plus grave, entre les enfants. Dans cette hypothèse en effet il serait a priori prévu par la loi que certains enfants puissent compter sur ce bien élémentaire qu’est la croissance entre un père et une mère, et que d’autres, vivant avec deux pères ou deux mères, seraient privés soit d’une mère soit d’un père.

 

Xavier Lacroix
Université catholique de Lyon
Ancien directeur de l’Institut des sciences de la famille
Auteur de Passeurs de vie. Essai sur la paternité, Bayard, 2004

 

« Homoparentalité, les dérives d’une argumentation », Etudes, septembre 2003. Les enquêtes ici évoquées sont celles de Charlotte Patterson et de Stéphane Nadaud.

Pierre Legendre, Le crime du caporal Lortie (1989), Champs-Flammarion p. 11

10:20 Écrit par collectif a & a dans Avis d'expert | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Xavier Lacroix, homoparentalité, adoption | |  del.icio.us

08/12/2005

"Adopter à l'étranger ? C'est de la poudre aux yeux!" Stéphane Albessard

Jusqu'ici, aucune adoption par un couple homosexuel n'a été enregistrée au niveau international.


Même si la Belgique accorde le droit aux couples gays et lesbiens d'adopter un enfant, tout semble indiquer que les familles homoparentales ne se verront pas confier de sitôt un bébé venu de l'étranger. « A notre connaissance, il y a très peu de pays dont sont issus les enfants adoptés qui accepteraient des demandes émanant de couples homosexuels », signale Stéphane Albessard, conseiller au cabinet de la Ministre Catherine Fonck (CDH), chargée de l'Enfance et de l'Aide à la jeunesse en Communauté française.

Chaque année, entre 450 et 500 enfants étrangers sont accueillis par des familles francophones (dont environ 350 via des organismes agréés par la Communauté française; les autres l'étant par une filière libre). Précisons que ce système hybride disparaîtra bientôt: dès le 1erseptembre, toutes les procédures d'adoption devront être encadrées par un service reconnu.

En 2004, sur les 366 enfants adoptés via des services agréés, près de la moitié (141) provenaient de Chine. Or, le « Centre chinois des adoptions », l'instance officielle par laquelle doivent transiter toutes les demandes, exclut d'office les dossiers émanant de couples gays ou lesbiens. «La Chine refuse de les prendre en considération et rattache même encore l'homosexualité à des acceptions comme maladie ou anormalité », continue le conseiller de la ministre Fonck.

Mission spéciale en Chine

En 2001, à l'époque où les Pays-Bas ont rendu possible l'adoption interne d'enfants par des couples homosexuels, les responsables de l'instance néerlandaise avaient dû entreprendre une mission spéciale en Chine pour expliquer ce que contenait la loi. Depuis lors, la Chine a clairement établi qu'elle n'accepterait pas de dossiers venant de couples gays ou lesbiens. Il semble également que cela ait produit des effets sur les possibilités d'adoption par les personnes célibataires. Depuis plusieurs années, la Chine a établi des quotas stricts: une organisation ne peut pas transmettre plus de 8 pc de dossiers de personnes seules par an. Un spécialiste de l'adoption internationale y voit « l'expression d'une méfiance à l'égard des célibataires derrière lesquels on soupçonne l'homosexuel ».

En Ethiopie, deuxième pays de provenance des enfants adoptés (45 en 2004) en Communauté française, l'homosexualité reste une infraction. « Cela paraît délicat d'adresser des demandes de couples homosexuels dans de tels pays », dit encore Stéphane Albessard.

Au Mali, en Ukraine, au Maroc et ailleurs, où la Communauté française a ses antennes, on suit avec inquiétude l'évolution du dossier. «L'adoption internationale ouverte aux couples homosexuels, c'est de la poudre aux yeux!», tranche cet éminent spécialiste, excédé par « les mensonges éhontés » qu'il entend proférer par des parlementaires.

Onze pays auraient ouvert leur droit à l'adoption par des couples homosexuels?
« C'est une baudruche qui s'est complètement dégonflée. » Seuls le Danemark (depuis 1999), les Pays-Bas (depuis 2001) et la Suède (depuis 2003) le permettent. Les deux premiers limitent strictement cette possibilité à l'adoption interne. Aux Pays-Bas, l'enfant doit être de nationalité néerlandaise. Le Danemark émet une autre restriction: il ne peut s'agir, exclusivement, que de l'adoption de l'enfant du partenaire -ce qui implique le consentement de l'autre parent qui doit renoncer à ses droits parentaux. Ici encore, la législation danoise émet une réserve importante: c'est impossible si l'enfant est déjà adopté et originaire d'un pays étranger. La Suède est donc finalement le seul pays à avoir inscrit dans sa législation, depuis 2003, la possibilité pour les homosexuels d'adopter des enfants étrangers.
« Mais jusqu'ici, aucune adoption n'a été enregistrée au niveau international. »

Dans les autres pays régulièrement évoqués, la législation ouvrant ce droit est soit en cours d'élaboration (en Espagne, en Allemagne, en Islande...), soit pas encore d'application (en Angleterre et au Pays de Galles, la loi entrera en vigueur fin 2005). Quant à l'Afrique du Sud, l'adoption par des couples homosexuels n'y est pas permise, ni au niveau interne ni au niveau international. Mais la Cour constitutionnelle a autorisé, dans un cas, une adoption par un couple lesbien. Suite à cette décision, un projet de loi est à l'étude.

Source : La Libre Belgique

07/12/2005

Arguments relatifs à la psychologie de l'enfant en défaveur d'une adoption par les couples homosexuels. Pr. Jean-Yves HAYEZ

" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va et d'employer l'esprit à le justifier."

 [Jean Guéhenno]

 

Le projet d'adoption d'enfants par un couple homosexuel concerne :

 - De façon minoritaire, des enfants défavorisés dont les parents biologiques ne peuvent plus s'occuper et qu'ils ont proposé pour l'adoption : elle est donc de type classique et déjà possible dans le chef d'une personne homosexuelle seule.

 - De façon majoritaire, des enfants conçus volontairement à l'intention spécifique du couple qui désire les adopter par après : enfants portés par une mère lesbienne, le plus souvent après insémination (3) ; enfants portés par une mère porteuse (4) à l'intention d'un couple gay; enfants issus d'un contrat de co- parentalité passé entre un couple gay un couple de lesbiennes, etc.

CHAPITRE 1 : ARGUMENTS ANTHROPOLOGIQUES ET SOCIOLOGIQUES. 

Introduction.

A. Le projet ici concerné ne procède pas de la perspective de soulager l'enfant (5) d'une détresse morale que l'on aurait repérée chez lui ; il ne s'agit pas d'une sollicitude de la génération actuelle vis-à-vis des générations futures, en veillant à leur fournir le cadre de vie sociale le plus simple et le plus serein qui soit. Il s'agit bel et bien de donner une suite rapide au désir d'une petite minorité d'adultes.

B. Le projet fait éclater une réalité et une conception universelles et très stables de la filiation, et redéfinit aussi ce qu'est la famille.

On objectera sans doute que cette réalité n'est pas si monolithique et est occupée à se fissurer, au XXIe siècle plus que jamais ! Certes, mais ces fissures sont provoquées par des accidents de la vie, des accidents du lien.

Ici, par contre, une des caractéristiques du projet réside dans son intentionnalité : on voudrait créer officiellement une institution alternative, qu'on prétend d'égale valeur à la dynamique de la filiation existante. Au cœur de cette institution, et dans la majorité des cas d'adoption ici concernés, on dissocierait donc volontairement les trois niveaux biologique, légal et affectif de la filiation; on réduirait également volontairement à sa seule composante biologique un des principes, soit le masculin, soit le féminin, fondateurs de la vie sociale humaine.

C. Revenons à la question de la non-intentionnalité : dans beaucoup de familles contemporaines, la dissociation évoquée précédemment existe, mais elle est accidentelle (6). Personne ne revendique d'ériger ces familles hors norme en systèmes officiels.

Et d'ailleurs, après les séparations des couples parentaux d'origine, pour que les enfants aillent bien, il est essentiel qu'ils puissent continuer à se référer à leur père et à leur mère ; et puis, nombre de familles d'abord éclatées se recomposent : homme et femme s'y retrouvent, les nouveaux arrivants participent quelque peu à la fonction parentale, bref c'est dans ces conditions où les effets de la dissociation sont réduits progressivement et où la double sexuation continue à opérer que les enfants ont les meilleures chances de se reconstruire. Par contre quand, après séparation, il existe une interdiction de se référer soit au père soit à la mère, les conditions sont réunies pour que les enfants aillent plutôt mal (7). Il en va de même quand la monoparentalité de la mère était un choix dès le début ou quand, après séparation, cette monoparentalité s'instaure à l'instar d'un choix : la probabilité que l'enfant aille mal est plus forte ... On ne peut donc pas s'appuyer sur les formes très diversifiées, de facto, des familles contemporaines pour revendiquer d'instituer officiellement une néo-famille, la famille homosexuelle, encore radicalement différente de par ce qui serait son homoparentalité (8)


§1. Créer volontairement un bouleversement anthropologique superflu.

A. Bouleversement anthropologique?

Le terme n'est pas trop fort : on touche ici à des choses fondamentales. On voudrait à la fois une définition et un contenu supplémentaires à la filiation, en référence à des parents du même sexe ; et de la famille : après le mariage homosexuel, voici la famille officielle avec parents homosexuels ; on veut aussi redonner à l'adoption plénière de toutes autres caractéristiques que celles avec lesquelles elle se conçoit dans nos pays industrialisés depuis fort longtemps.

Sans nécessité pour l'enfant, rappelons-le !

1. Examinons d'abord ce qu'il en est à propos de la filiation. Dans le monde entier et tout au long de l'histoire, on peut considérer la filiation à la fois comme une réalité naturelle et comme une construction sociale très solide et très stable. L'activation de chaque filiation marque deux différences anthropologiques fondamentales de la communauté humaine : la généalogie (différence des générations) et la sexuation. Par la filiation, l'enfant reçoit sa place de sujet humain spécifique (« Pierre, fils de ... et de ... »), inscrit symboliquement et officiellement ( état-civil ) dans une société.

Voici rapidement énumérés les constituants ordinaires de toute filiation (9) :

 - L'enfant est procréé par un homme et une femme, et désiré par eux ; en cas d'incapacité physique, on a éventuellement recours à la procréation médicalement assistée.

 - Tout au long de la vie, il y a une reconnaissance mutuelle de l'enfant par ses parents et de ses parents par l'enfant ; il se crée ainsi une réalité d'appartenance, qui ne doit pas être possession mutuelle.

- La société consacre cette situation de fait, en donnant à l'enfant le nom d'un ou de ses deux géniteurs et en l'inscrivant à l'état-civil : il devient donc aussi l'enfant d'une communauté.

 - Il y a une prise de responsabilité particulière des parents à l'égard de l'enfant : ils l'éduquent, le protègent, lui donnent le meilleur d'eux- mêmes en héritage spirituel, et un jour en passation de patrimoine.

 - Et la sexuation différente et complémentaire des parents n'est pas une petite affaire dans ce processus. L'exercice de la parentalité est marqué par la façon singulière dont chaque parent vit son identité d'homme ou de femme ; il est marqué par les richesses et manques humains sexués et spécifiques qui en découlent. Une identité sexuée ne se construit que par référence à l'autre, à la différence, à ce qu'elle n'est pas.

Et l'enfant a bien besoin de ce père et de cette mère en qui il se ressource.

 Il gagne à constater qu'un homme et une femme lui attachent beaucoup d'importance, qu'il fait l'objet de toute leur sollicitude.

Il reçoit le témoignage spontané de cette sexuation, qui l'ouvre au fait que le monde humain est composé à parts égales des deux genres. En négociant la vie entre eux, régulièrement en fonction de leur sensibilité d'homme et de femme, les parents apprennent à l'enfant à mener ses propres négociations et communications, avec ses pairs et avec l'ensemble des gens des deux sexes.

Dans toute sa vie, ça va l'aider à accorder la même valeur et la même dignité aux deux genres constitutifs de l'humanité.

 S'imprégner de la vie commune d'un père et d'une mère confronte l'enfant à la présence et à la diversification importante des nuances et des ressources du masculin et féminin. Certes, il ne faut pas lier strictement masculin à l'homme biologique, et autant pour le féminin.

Néanmoins le raisonnement inverse n'est pas vrai non plus. On peut donc continuer à penser que, sur un mode simple, qui ne complique pas trop la constitution des repères, il y a davantage de présence et de nuances masculin et féminin dans un couple hétéro que dans un couple homosexuel. Porteur de ses nuances spécifiques chacun doit donc communiquer, négocier, apprendre à vivre avec l'autre différent tout en sauvegardant son identité sexuée propre, et l'enfant a tout à gagner à s'imprégner de cette manière d'être.

 Pour éduquer l'enfant, il est très important qu'existent une fonction paternelle et une fonction maternelle, et qu'elles s'exercent de façon complémentaire et harmonieuse. Certes, nous savons que la fonction paternelle ne se distribue pas exclusivement et massivement sur la personne du père de chair, et autant pour la fonction maternelle. Cependant, ici non plus, le raisonnement exactement inverse n'est pas exact. De facto, dans beaucoup de familles hétéro, ce sont bien les pères de chair qui exercent la majeure partie de la fonction paternelle, et les mères, la majorité de la fonction maternelle. Cette répartition simple, sans dissociation biologie/affectivité peut être importante à enregistrer, surtout pour les enfants qui ont déjà été traumatisés par la vie comme par exemple les enfants adoptés au sens habituel du terme.

 J'en arrive maintenant à un autre point essentiel : l'enfant a besoin de la présence active, non pas de fonctions, mais de la personne incarnée du père et de la mère pour structurer le développement de sa personnalité. Je me limiterai à étayer cette affirmation avec l'une l'autre illustration centrée sur ce moment délicat du développement qu'est le stade œdipien. Ces illustrations ne sont certes pas univoques : « l'effet » de la présence du père et de la mère à la maison ne joue pas dans la même sens pour tous les enfants et toutes les familles, mais il joue, ça c'est certain !


La petite fille gagne à ce que son père la reconnaisse positivement comme un être de valeur spécifiquement sexué ; en montrant l'importance affectueuse et chaste qu'il accorde à sa nature féminine, le père renforce sa confiance en elle pour la suite de sa vie lorsqu'il s'agira de construire ses liens sentimentaux. En procédant ainsi, il l'aide à se détacher de la mère, son premier objet d'amour, tout en ouvrant la porte à des éléments d'identification à celle-ci. Complémentairement, si la fille est trop amoureuse de son père, la mère doit la remettre gentiment à sa place d'enfant, entre autres en vivant une relation amoureuse spécifique avec son homme, et en montrant de la sorte que la place est déjà prise.

Le petit garçon, bien amoureux de sa mère qui le reconnaît comme « petit homme », gagne lui aussi à trouver sur son chemin un père qui lui montre que la place de l'amant est déjà prise et qui, par sa proximité affective, lui ouvre quand même la voie à des identifications sexuées.

Pour le garçon, il se passe encore souvent quelque chose de plus spécifique : la présence vivante du père à la maison lui indique qu'il existe une limite à la toute-puissance des femmes ... lui qui est sorti du ventre de sa mère et qui vient de vivre une petite enfance où elle l'a beaucoup materné, peut faire cette expérience d'indépendance à travers le témoignage, par son père, de la différence vivante des hommes. Une illustration à contrario de ce « besoin d'un homme à la maison » chez le garçon réside dans le comportement perturbé qu'il peut avoir après séparation du couple parental : il peut la vivre comme une toute-puissance de la mère, capable d'éliminer du foyer tout ce qui est principe masculin, et se sentir menacé à son tour.


Ces quelques illustrations indiquent à suffisance qu'il ne s'agit pas de rôle mais de personnes en chair et en os, père et mère, dont la présence positive contribue à la maturation de la personnalité, de l'identité, de la sécurité et de la confiance en soi sexuées de l'enfant. (Sentiment de valeur sexuée).

2. A propos de la famille, on pourrait raisonner comme à propos de la filiation : en ce qui la concerne aussi, le projet amène la création d'une institution officielle supplémentaire, unique en son genre. Or et probablement depuis le début de l'humanité, la famille a été organisée par les sociétés successives pour remplir ses buts spécifiques, en y prévoyant la présence d'hommes et de femmes ; certes, les statuts et les rapports hiérarchiques de ceux-ci ont été très diversifiés, de même que de nombreuses conceptions, étroites ou élargies, de la famille ont vu le jour ; néanmoins, la complémentarité sexuée - hommes et femmes - de ses personnages les plus importants est une réalité qui n'a été que très rarement et très éphémèrement mise en cause dans le monde.

3. Quant à l'adoption plénière, dans nos sociétés occidentales, elle est essentiellement conçue comme un service rendu à un enfant en grande difficulté : on lui redonne une famille pour qu'il retrouve toutes ses chances d'un bon développement psychique. A l'origine, on doit avoir constaté l'incapacité des parents biologiques qui confient leur enfant à la société. Viennent alors des candidats reconnus aptes à adopter (10) , qui vont essayer de redonner vie psychique à cet enfant, notamment en lui ouvrant leur famille.

Plus officiellement et symboliquement encore, ils vont l'inscrire plénièrement dans une filiation ordinaire, celle de leur généalogie à eux. Cette inscription est un acte central de toute adoption plénière (11) .

Les parents candidats sélectionnés n'ont aucun droit à revendiquer un enfant - ils sont déclarés aptes, un point c'est tout -, pas plus qu'ils n'ont le droit de choisir l'enfant qui va venir habiter chez eux.

Dans le projet d'adoption en couple homosexuel, par contre, on met à l'avant-plan la frustration et le désir d'enfant du couple, ainsi qu'un droit à l'enfant : le processus est donc complètement inversé.

Lorsqu'il s'agit d'une adoption au sens traditionnel du terme, la structure familiale proposée à l'enfant par le couple homosexuel n'est pas vraiment de nature à réparer ses souffrances originaires et les questions qu'il se pose sur sa valeur : la femme mère y est à nouveau absente, à l'instar de la première mère qui l'a abandonné ... ou alors c'est le père qui n'est pas là : aurait-il pris la fuite comme l'a probablement fait, dans son imaginaire, son père biologique ? (12)

Plus encore, dans la majorité concrète de ces adoptions, l'enfant n'est pas très loin d'être choisi ; en tout cas, il est fabriqué pour la circonstance particulière du couple adoptant. Au-delà du fait de lui imposer cette filiation purement homosexuée que nous venons de contester, on voit que bien d'autres paramètres différencient ce type d'adoption de l'adoption traditionnelle.

B. Pourquoi vaut-il mieux ne pas procéder à de tels bouleversements ?

1. A tout le moins parce qu'ils sont porteurs de risques et qu'on en mesure mal les effets potentiels, alors qu'ils ne se sont rendus nécessaires par aucune situation de détresse particulière des enfants.

Bien sûr, des risques ne sont jamais que des risques ; tel couple homosexuel riche en ressources humaines est à même d'y pallier ou à tout le moins de les réduire. Néanmoins, ils nous paraissent avoir une probabilité statistique d'occurrence suffisamment grande pour qu'il vaille mieux renoncer au projet en tant qu'il serait consacré par la société.

2. Résumons rapidement les principaux risques :

 - Carences dans l'apport sexué spécifique de l'homme et de la femme, du père et de la mère à l'enfant ;

 - Risque de diverses confusions et erreurs intrapsychiques importantes à propos des constituants, des statuts de l'organisation sociale. Risque de perte d'un sens de l'ordre humain qui n'est pas arbitraire et aléatoire mais qui a son fondement et sa raison d'être dans la nature de ce que nous sommes.

Ici, les parents laisseraient leurs enfants à l'extérieur de cet ordre biologique et spirituel. Essentiellement, référence n'est plus faite à la fonction fondatrice dans l'aventure humaine de la différence des sexes (13) . Autre exemple, la confusion des nominations (14) : la même nomination pour les deux adultes en fonction de parents, le même statut qu'on doit leur attribuer ... alors qu'un seul père et une seule mère sont prévue pour maintenir la limpidité de la filiation, et alors que sur le plan affectif, ils fonctionnent probablement avec de rôles bien différents, etc.

 - Risque aussi de davantage d'insécurité existentielle par rapport à davantage de volatilité des repères : Que se passe-t-il si un des papas décide du jour au lendemain d'être appelé maman ? Qui peut le lui interdire si d'aventure il le désire ? Que peut-il en résulter pour l'enfant ?

 - Risque d'une imprégnation par une certaine toute-puissance des adultes-parents sur la vie ; ils ont eu pratiquement la possibilité de gommer l'importance de l'autre sexe dans l'installation de l'enfant. Quels sont les effets d'imprégnation de cette puissance sur celui-ci ? Certains enfants se sentiront-ils menacés? D'autres, par contre, autorisés à jouer eux aussi avec les limites, comme leurs parents ? Mais quelles limites ? Nous y reviendrons tout de suite ...

 - Dilution de l'idée d'une égalité fondamentale et complémentaire accordée à chaque sexe, pour l'organisation de la vie sociale et pour la fonction parentale.

 - Etc.


§2. Des risques d'accéder à tout désir.

A. Depuis quelques décennies, nous vivons dans des sociétés où tout désir doit être satisfait, pourvu qu'il ne contrevienne pas aux lois naturelles dans leur acceptation la plus stricte (15) . Il est interdit d'interdire.

La demande d'adoption par un couple homosexuel, dont on nous dit qu'elle procède d'un désir d'enfant naturel, légitime n'est jamais qu'une application d'un tel mouvement. Nous ne voulons donc pas la diaboliser : elle n'est ni meilleure, ni pire que nombre d'autres. Nous voulons plutôt y réfléchir en tant que SYMPTOME SOCIAL typique de notre époque.

Epoque où la société tend à devenir un self-service normatif où chacun souhaite et reçoit un décret ou une loi pour légaliser son désir et en rendre possible la réalisation ( P. Kinoo ).

On ne veut donc plus assumer que chaque choix, chaque état de fait connote ses caractéristiques propres qui sont ce que l'on pourrait appeler des caractéristiques limitantes. Si tout n'est pas possible dans un cadre donné, alors peu importe, on cherche à faire éclater le cadre !

On assiste du même coup à une volonté folle d'éradiquer de l'humanité toutes les souffrances morales et notamment les souffrances liées aux pertes et aux manques; ces souffrances sont pourtant inhérentes à notre condition humaine ; les accepter apporte régulièrement plus de paix intérieure, plus de légitimation du sens de l'existence, que de vouloir les combattre et les colmater à n'importe quel prix, parfois en niant l'évidence.

B. C'est pourtant en assumant les différences qui nous distinguent les uns des autres, en les nommant et en communiquant à leur sujet qu'on entre dans le vrai monde de l'égalité entre humains. Nul ne peut être proclamé inférieur aux autres à cause de ses différences, serait-ce d'être en couple homosexuel sans enfants.

Ce sentiment d'égalité vécue par la reconnaissance des différences, ce n'est pourtant pas l'égalitarisme, à l'arrière-plan des pensées de ceux qui veulent que tous leurs désirs soient satisfaits. Reconnaître et parler nos différences ne les supprime pas, ne supprime pas tout de suite le poids pénible du manque dans le quotidien, mais c'est quand même cette reconnaissance qui lui donne les meilleures chances de cicatriser petit à petit. Elle conduit aussi au sentiment de partager une humanité pleine avec les autres.

C. Inversement, à vouloir réaliser rapidement tous nos désirs, nous sommes occupés à faire imploser la planète, tant dans sa matérialité que dans son organisation sociale.

1. Au nom de quoi et, plus concrètement, comment empêcher nos fils et nos filles de s'identifier à notre toute-puissance ? En référence à quelle valeur sociale stable les dissuader d'en vouloir plus et plus ? Puisque mon père ou ma mère l'a fait, pourquoi pas moi ? Et encore mieux et plus loin que lui, comme il se doit dans la dynamique des rivalités intergénérationnelles.

2. Et donc si la médecine continue à faire ses « progrès » technologiques, toujours présentés comme des avancées sociales et des bienfaits pour l'humanité, pourquoi refuserait-on un jour l'idée d'un enfant qui serait procréé à partir de deux ovules, voire de deux spermatozoïdes, sans qu'il n'y ait plus la moindre interférence avec les semences de l'autre sexe ? Et au fond, s'il arrive, pourquoi refuser l'enfant cloné, s'il est désiré - « Au moins on est sûr de ce qu'on achète ! » - et si l'on promet qu'on va l'aimer et l'éduquer de façon plus précieuse que ne le font la moyenne des gens pour leur enfant ?

Pourquoi refuserait-on la généralisation des mères porteuses ? Pourquoi pas l'adoption par un trio au lieu d'un couple ? Et même par une communauté religieuse ?

Et dans les couples homosexuels qui adoptent, pourquoi ne pas laisser choisir, au cas par cas, chaque partenaire d'être nommé père ou mère, indépendamment de son sexe biologique, en référence à ce qu'il sent de plus profond en lui comme dimensions du masculin ou du féminin ? S'il le désire, pourquoi pas ? Si on a fait sauter un repère, où sont les arguments pour ne pas faire sauter les suivants ?

Pourquoi ne permettrait-on pas à un grand-père de devenir père adoptif de son petit-fils si son propre fils meurt dans un accident ?
Etc., etc.

3. De façon plus générale, au-delà de l'application qui concerne l'adoption en milieu homosexuel, faire éclater les limites les unes après les autres comme nous le faisons, conduit déjà la société humaine à une large perte de repères.

Arrive le règne des enfants et des adolescents rois (16) ; parents et éducateurs ne se donnent plus le droit d'interdire et passent leur temps à négocier si pas à mendier un peu d'adhésion de leurs enfants à leurs attentes. On ne peut plus se référer à des règles qui fassent un consensus social stable. C'est le règne de la contestation permanente ; c'est le cafouillage perpétuel des règlements volatils et contradictoires, qui essaient de donner un peu raison et des miettes de satisfaction à un peu tout le monde et dont on ne sait plus extraire des directions de conduite bien tracées vers un avenir cohérent ...
 

CHAPITRE 2 : DE CONTESTABLES ARGUMENTS « POUR » 

§1. De bien hypothétiques discriminations.

A. Il ne s'agit pas de discriminer négativement les couples homosexuels, en vertu de je ne sais quelle homophobie latente. Tout état de fait – ici, se constituer en couple homo – entraîne des caractéristiques qui font que certaines conséquences sont possibles, et d'autres pas. Même si l'homosexualité n'est pas vraiment un « choix de vie », mais plutôt « un destin » ou même « l'affirmation d'une nature », la différenciation qu'elle entraîne amène un paysage de vie spécifique. Il n'est pas très logique de se réclamer de cette différence fondamentale – l'homosexualité – et puis de demander que tout soit indifférencié : le mariage comme tous les autres, une famille comme tous les autres, des enfants comme tous les autres ... avec, quand même, une sorte de gymnastique mentale qui « tord » ce qu'est la réalité commune : des enfants, oui, mais ils (n') auront (que) deux pères ou deux mères.

B. Il ne s'agit pas non plus de discriminer les enfants déjà là et de nuire à leur bien-être. Diverses dispositions légales doivent permettre de veiller à ce qu'ils aient les mêmes droits que les autres. Il n'est pas question cependant qu'ils en aient plus, et, de surcroît, de drôles de droit (par exemple avoir une mère biologique et une adoptive !).

On ne peut pas légiférer en référence à un « fait accompli » hors normes qui, entraînant une loi dans son sillage, va par après multiplier une pratique en soi contestable. Ce qu'il faut interroger, c'est la pratique qui le permet : par exemple, l'acte médical qui insémine des mères lesbiennes et qui, de ce fait, sort clairement du dialogue « médecin - malade ( ici quel malade ?? ) » pour devenir un acte de société !

§2. Les arguments défaitistes.

A. « On ne saurait pas arrêter un mouvement irréversible. L'homosexualité est là et bien la, donc il faut en assumer socialement toutes les implications » D'abord, cette implication n'est même pas voulue par tous les homosexuels. C'est d'abord et avant tout la revendication d'associations militantes.

Ensuite, dans les années à venir, nous avons des combats immenses à mener et à gagner si nous ne voulons pas que la planète, les nations et les organisations sociales implosent. C'est vrai au niveau matériel (combats écologiques), c'est vrai au niveau de la justice sociale mondiale (rapports Nord-Sud ; alter – mondialisation ) ; mais c'est vrai aussi au niveau de l'organisation de la vie sociale ( maintien des repères et des limites fondamentales, pour éviter la confusion, l'anarchie, la toute-puissance des désirs des plus forts ). Sans être « mauvais » en soi, le désir des homosexuels qui veulent l'adoption en couple bouscule trop les repères anthropologiques fondamentaux : c'est donc une excellente occasion - à notre sens, une nécessité - pour réaffirmer la limite.

B. Autre types d'arguments défaitistes : « Vous avez bien accepté l'adoption monoparentale, alors ceci n'est certainement pas pire ». Nous considérons en effet que l'ouverture à l'adoption monoparentale a été une lourde erreur. Néanmoins, commettre une seconde erreur parce que la première existe, c'est aberrant. Supprimons plutôt la première !

§3. Les arguments de type positif.

A. « Les homosexuels qui veulent adopter un enfant le désirent intensément et seront d'excellent éducateurs, probablement supérieurs à ce qui se passe dans nombres de familles hétérosexuelles ».

La comparaison introduit un autre genre de discrimination - envers les hétéros cette fois ! - et n'est probablement pas fondée (Elle met en regard des toutes petites quantités d'éducateurs bien sélectionnées et un énorme tout venant!).
Plus fondamentalement, ce n'est pas en référence à quelques individualités, tout excellentes soient-elles, que l'on légifère, mais en fonction d'une sorte d'abstraction généralisable « le couple homosexuel standard » dont il n'y a aucune raison de penser qu'il serait de meilleure qualité que le couple hétéro standard !

B. « Si nous sommes gays, nous ouvrons néanmoins notre foyer à de nombreuses femmes » (et vice-versa pour les lesbiennes ). C'est une réponse fréquente des couples homosexuels candidats à l'adoption pour expliquer qu'ils vont pallier l'absence d'un modèle sexué de l'autre sexe dans leur foyer. Donc, si ce sont deux hommes, leur enfant aura des contacts positifs avec leur mère, leur sœur et belle-sœur, leur institutrice, etc. Certes, c'est déjà plus satisfaisant que la fermeture plus au moins haineuse ou dégoûtée à l'autre sexe. Néanmoins, dans un tel fonctionnement, l'enfant ne saurait pas s'imprégner d'un témoignage sur l'égalité des deux sexes ni sur l'intérêt de leur complémentarité. Dans l'exemple donné, c'est pour l'enfant que les femmes sont conviées ; elles n'intéressent pas à part entière les deux hommes qui exercent la fonction parentale à son égard. Or, c'est du témoignage de vie de ces deux hommes qu'il va s'imprégner le plus.

§4. Les études scientifiques.

Les associations homo affirment souvent : « De nombreuses études scientifiques montrent le bien-être d'enfants élevés en couple homosexuel ; ils se développent à l'égal des autres enfants ». Qu'en est-il ?

A. Beaucoup de ces études ont une méthodologie contestable et portent sur des paramètres superficiels, évalués par exemple par questionnaires (17) . Il pourrait être judicieux que l'Etat mette en place une commission de scientifiques experts de l'enfance et des méthodes de recherche en sciences humaines pour faire le tri parmi ces études et ne retenir que les plus valides.

A noter, entre autres, qu'on n'a vraisemblablement pas d'études et certainement pas à long terme portant sur les effets non pas de l'adoption comme telle par un parent homosexuel, mais de l'adoption en couple avec le bouleversement anthropologique qu'il inclut (18) .

B. Nous ne doutons néanmoins pas qu'une minorité de ces études puisse être validée et avoir des résultats à première vue positifs. Ces résultats sont cependant limités et concernent des composantes du comportement, plus ou moins sociable, ou une autoévaluation du sentiment de bien-être assez immédiat. Or : « ... Il n'est pas besoin de faire des études savantes pour savoir que ce n'est pas la même chose pour un enfant d'avoir un couple parental de sexe différent ou de même sexe. La seule démarche pertinente et véritablement scientifique est de s'efforcer d'identifier en quoi ce n'est pas la même chose, et dans quelle mesure ce « pas la même chose » pose ou non un problème du point de vue du développement de l'enfant. Pour parvenir à différencier le sirop de menthe et de grenadine, il vaut mieux s'intéresser à leur goût qu'à leur teneur en sucre ou en conservateurs ... » ( Jean-Paul Matot, CB Le Soir 14/06/05 ).

Pour prendre une autre métaphore, si l'on compare l'être humain à un bel arbre, les résultats de ces études méthodologiquement valides portent sur la composition de quelques éléments du feuillage. Ce feuillage peut avoir l'air de bonne qualité pour le moment ; néanmoins les bouleversements anthropologiques introduits ainsi que la concession faite à tous les nouveaux désirs humains sont occupés à miner les racines de l'arbre.

Difficile d'imaginer des études portant sur des petits groupes bien ciblés et qui rendraient compte de réalités aussi subtiles que : une certaine confusion opérant dans les repères sociaux ; de la confusion identitaire ; une difficulté à gérer également les liens profonds avec le masculin et le féminin ; la position de toute- puissance ou de renoncement par rapport à la réalisation des désirs, etc.

C'est en faisant parler les gens longuement par exemple lors de psychothérapies, que de telles réalités intérieures se disent et que les personnes en évaluent vraiment leurs effets, mesurent leurs effets. Par ailleurs, ces études ne peuvent rien nous dire des effets sur la structure sociale de ces changements des modèles de parentalité.

C. Lorsqu'il s'agit de statuer sur le bien–fondé de grands changements anthropologiques, la communauté humaine tout entière devient « expert ». Ses intuitions cernent justement ce qui est bon pour son équilibre global.

Il serait donc souhaitable de faire de grands sondages avec populations bien contrôlées autour de ces questions. On y verrait très probablement que l'acceptation de la différence homosexuelle a bien progressé, mais que la majorité des gens est contre l'indifférenciation des mots ( par exemple le mot mariage pour désigner l'union homosexuelle ), et qu'une majorité des gens encore plus grande est contre l'adoption en couple.

On ne peut pas ne pas se laisser impressionner par ce point de vue de la communauté. Nous sommes même convaincus qu'un large sondage de la communauté homosexuelle de base pourrait donner des résultats surprenants, différents en tout cas de ce que revendiquent et proclament les associations militantes homosexuelles. Celles-ci me paraissent parfois poursuivre davantage un but de non-discrimination ultime, que de partir du point de vue de l'enfant pas encore là et de penser simplement à son intérêt.

Personne d'un peu sensé ne dit plus que les homosexuels sont incapables d'aimer et d'élever. C'est le bouleversement anthropologique non-nécessaire qu'ils veulent imposer qui est difficile à accepter, non seulement pour l'enfant, mais pour toute la société.

Pr. Jean-Yves Hayez.

 

  
- Notes. -

(1). Jean-Yves Hayez, Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur ordinaire à l'Université catholique de Louvain ( Belgique ) et responsable de l'Unité de pédopsychiatrie aux cliniques universitaire Saint- Luc ( Bruxelles ).
Courriel :
jean-yves.hayez@pscl.ucl.ac.be.
Site :
www.jeanyveshayez.net

(2). En Belgique francophone, peu de psychiatres d'enfants et d'adolescents se sont exprimés ou/et ont procédé à une discussion détaillée sur le problème, à l'inverse des pédopsychiatres français, dont la grande majorité à une position très proche de la nôtre. Pour cette raison, nous tenons à signaler la large communauté de vue que nous partageons avec les Drs Ann d'Alcantara (UCL), Philippe Kinoo (UCL), Marie-Françoise Lorent et Jean-Pol Matot (ULB).

(3). Dans le couple, elle est la mère biologique et souhaite que sa compagne soit déclarée mère adoptive.

(4). Eventuellement inséminée avec le sperme d'un des partenaires du couple. La pratique des mères porteuses est extrêmement discutable dans la mesure où elle instrumentalise d'abord le corps de femmes le plus souvent défavorisées, favorise ensuite un marché d'enfants et comporte enfin des risques considérables de conflits juridiques et psychologiques traumatisants et coûteux ( M.-T. Meulders, 2005 in LLB, 16/06/05 )

(5). S'il s'agit de légiférer, on ne peut évidemment raisonner qu'en référence aux enfants à venir. Bien sûr, on doit penser aux enfants déjà présents dans le cadre de la parentalité en milieu homosexuel, mais il existe sans doute des moyens de veiller à leur intérêt sans passer par une redéfinition de l'adoption qui engage l'avenir de la société humaine. Nous y reviendrons par la suite.

(6). Accidentelle, pas dans le sens d'un événement rare, mais dans le sens d'un « accident du lien », non voulu comme tel par les protagonistes les premiers temps de leur rencontre.

(7). Quand, après une séparation hétérosexuelle, un des parents se met en couple homosexuel, la circulation de l'enfant entre ce couple et l'autre parent ne cause souvent aucun inconvénient psychologique à l'enfant, sauf cas particuliers d'incompétence éducative. Mais ici, précisément, la référence aux deux parents de sexe complémentaire n'est pas remise en question.

(8). La suite de mon raisonnement montrera d'ailleurs que le terme Homoparentalité devrait disparaître ; il y a des personnes homosexuelles qui remplissent occasionnellement une fonction parentale, et peuvent être d'excellents éducateurs, aimant bien leurs enfants et veillant à leur épanouissement, mais ce n'est pas pour autant de l'homoparentalité.

(9). Ordinaire veut dire ici : dans l'ordre normal des choses, dans de bonnes conditions. On peut dire que ces conditions normales sont aussi optimales, aussi bien pour l'individu que pour le groupe. Encore une fois, nous sommes conscients que beaucoup d'accidents peuvent se produire et que la réalité de telle ou telle filiation particulière est loin des composantes que j'énumère dans le texte. Par exemple, un certain nombre d'enfants n'est pas désiré, un certain nombre ne connaît pas son père géniteur ou n'est pas reconnu par lui. Mais précisément, ce sont là des accidents, toujours à risque de compromettre quelque peu l'épanouissement de l'enfant.

(10). Je déplore vivement qu'existe l'adoption monoparentale. Dans l'intérêt des enfants, j'en exclurais la possibilité, en m'appuyant sur la plupart des arguments que je viens de développer ... Filiation ordinaire veut donc dire filiation proposée par un homme et femme en position de parents.

(11). J'ai déjà lu dans un texte ou l'autre que la filiation redonnée était subsidiaire dans l'adoption. A parler ainsi, il me semble que l'on n'est plus dans la science, mais dans le discours propagandiste : évidemment, si c'était vrai que la filiation n'est pas très importante, ce serait plus facile à avaler, l'idée des deux papas ou des deux mamans, avec en prime, la réalisation d'un nouveau désir : le choix du nom de famille de l'enfant laissé à l'appréciation du duo parental.

(12). Jean-Paul Matot dit à ce propos ( CB, Le Soir, 14/06/05 : « ... Pour l'enfant, le statut d'adopté, et la réalité d'avoir auparavant été abandonné, sont souvent associés à un sentiment, douloureux et difficile à admettre, d'être différent, de ne pas être « comme tout le monde », de ne pas « avoir des parents comme tout le monde ». Alors pourquoi faudrait-il que la société complique la vie à cet enfant déjà éprouvé en le mettant dans la situation d'avoir en outre à assumer la « différence » de ses parents d'adoption ?
L'enfant dans cette perspective « sert » à deux choses :

- à l'accomplissement personnel de l'adulte dans ses désirs de parentalité ;

- à la reconnaissance sociale d'une égalité de valeur et de statut supposée annuler la réalité des différences entre couples homo et hétérosexuels.

Il n'est pas question ici de la défense des droits de l'enfant, mais bien des besoins des adultes dont l'enfant est l'enjeu ... » ).

(13). Fondation pas seulement par le mélange de ses semences biologiques, mais au moins autant par la complémentarité du désir et du projet du père et de la mère.

(14). Il s'agit bien ici d'incriminer la nomination officielle, symbolique ; sur le terrain de la vie de tous les jours, lorsque se déroule la dynamique de la filiation dans son niveau affectif, l'enfant aura probablement trouvé des noms différents pour désigner les deux partenaires du couple.

(15). Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, bien au-delà des limites de cet article. On est passé d'un paradigme social de l'autorité, de l'interdit vers des paradigmes de l'efficacité, de l'autosuffisance, de la réussite à tout prix. C'est évidemment en corrélation avec les avancées technologiques qui veulent aller toujours plus loin vers la nouveauté dans l'immédiateté.

(16). Jean-Paul Matot, ibid., écrit : « ... Les manifestations de cette primauté donnée à la satisfaction des désirs sur l'intériorisation de valeurs partagées, apparaissent chez ces enfants de deux – trois ans qui tyrannisent leurs parents et leurs institutrices, ou, chez les adolescents, dans ces décrochages scolaires de plus en plus nombreux, ainsi que dans la multiplication de ce que les psychiatres identifient comme « pathologies de l'agir » : toxicomanies, anorexies-boulimies, jeu pathologique, conduites délinquantes ... »

(17). Un exemple parmi tant d'autres, La thèse de psychiatrie du Dr Nadaud, souvent citée comme l'exemple même du travail scientifique montrant qu'il n'y a aucun problème concernant la garde d'un enfant par un couple homosexuel, repose sur l'utilisation d'un questionnaire rempli par les adultes gardiens de l'enfant, sans que l'auteur de la thèse ait eu un contact direct avec les enfants concernés. Il s'agit donc d'une évaluation très subjective.

(18). En 2005, très peu de pays en effet ont voté une loi qui permet ce type d'adoption et presque aucune une loi qui le permet sans restriction : ainsi, le droit à l'adoption internationale est quasi toujours fermé. Au Québec, qui a voté la loi sans restriction, la pratique de terrain semble assez scandaleuse : on propose en adoption aux couples homosexuels les enfants les plus handicapés, qu'on ne peut pas adopter ailleurs. Si elle se passe réellement, nous trouvons cette pratique non éthique: on ne reprend pas sournoisement de la main gauche ce que l'on a donné de la main droite.

 

06/12/2005

L'enfant L'Oréal, et le goût de la grenadine | Docteur Jean-Paul Matot

Le débat sur l’ « homoparentalité » et l’adoption par des couples homosexuels pose des questions importantes à trois niveaux au moins.

 

Le premier niveau est celui des enfants directement concernés par la question de l’adoption.

Deux cas de figure méritent d’être distingués :

- soit il s’agit de l’enfant d’un couple de femmes, dont l’une l’a conçu, soit avec un « géniteur » de son choix, soit, le plus souvent maintenant, par procréation médicalement assistée (PMA). Dans cette situation où l’enfant vit déjà avec un couple de femmes comme seuls parents, et où sa tâche est de s’y adapter, une reconnaissance et une garantie sociale de son statut, que ce soit par adoption ou par une formule juridique équivalente, sécurise la situation de l’enfant et à ce titre semble favorable à sa santé psychique ; reste à questionner la légitimité, tant par rapport à l’enfant que sur le plan des conséquences sur l’organisation sociale, de cette application des PMA en dehors d’un problème de stérilité de couple ;

- soit il s’agit de « donner » un enfant à un couple homosexuel : l’expérience montre que l’adoption n’est pas chose facile, ni pour les parents, ni pour l’enfant. De ce point de vue, la légalisation, effective, de l’adoption par des personnes seules, est déjà très discutable. Pour l’enfant, le statut d’adopté, et la réalité d’avoir auparavant été abandonné, sont souvent associés à un sentiment, douloureux et difficile à admettre, d’être différent, de ne pas être « comme tout le monde », de ne pas « avoir des parents comme tout le monde ». Alors pourquoi faudrait-il que la société complique la vie à cet enfant déjà éprouvé en le mettant dans la situation d’avoir en outre à assumer la « différence » de ses parents d’adoption ?

L’enfant dans cette perspective « sert » à deux choses :

- à l’accomplissement personnel de l’adulte dans ses désirs de parentalité ;
- à la reconnaissance sociale d’une égalité de valeur et de statut supposée annuler la réalité des différences entre couples homo et hétérosexuels.

Il n’est pas question ici de la défense des droits de l’enfant, mais bien des besoins des adultes dont l’enfant est l’enjeu.

 

Ceci nous amène au second niveau, qui est celui des effets indirects, au niveau des évolutions sociales, des changements des représentations de la place de l’enfant.

La revendication d’une égalité de droit des couples homosexuels à la parentalité, que ce soit par le biais du droit à l’adoption ou par la revendication du droit aux PMA, n’est en effet que la partie émergente d’une question que nous ne pourrons plus éluder très longtemps : celle de la fonction et de la place de l’enfant dans notre société. Le grand mérite du débat sur l’adoption homosexuelle et de celui, qui se profile, sur la définition d’un cadre légal pour les procréations médicalement assistées, est d’ouvrir une réflexion sur les valeurs et les repères que notre société entend transmettre. On peut regretter de ce point de vue que les « communautés » homosexuelles apparaissent comme les trublions d’un ordre établi, alors que leur démarche ne fait que pousser jusqu’au bout une logique qui est à l’œuvre dans l’ensemble de nos démocraties occidentales.

Nous vivons dans une société où l’idéal gestionnaire (de Gaulejac, 2005) exerce sur l’individu, devenu « incertain » (Ehrenberg, 1998) une pression sans cesse croissante : la valeur d’un homme ou d’une femme s’établit selon des critères d’efficacité, de rendement, d’image. L’échec, ou même une performance moyenne, deviennent des menaces pour le sentiment d’exister. Il est donc essentiel pour l’individu « postmoderne » d’éviter toute frustration, toute déception, tout renoncement, en un mot éviter tout travail de deuil de la toute puissance. Cette survalorisation de la réalisation personnelle au détriment du collectif, de l’intérêt général, diminue d’autant le consensus social sur les règles régissant la sociabilité.

Cet impératif d’épanouissement personnel à tout prix a pour corollaire le fait que le couple se fait et se défait en fonction du désir et de ses aléas, et que les critères d’utilité ou de reconnaissance sociale perdent de leur valeur stabilisatrice. A la place, c’est aujourd’hui le fait d’avoir un enfant, d’être parent, qui désormais assure un statut et de ce point de vue fonde la famille. Nous sommes entrés dans l’ère de l’enfant « pour soi », de l’enfant comme agent d’une reconnaissance, d’un statut social. Cet enfant là est fortement investi comme objet narcissique de substitution, ce que j’appelle « l’enfant L’Oréal » : « un enfant, parce que je le vaux bien ».

La conséquence en est la position de « l’enfant roi », auquel on ne peut rien refuser, qu’il ne faut surtout pas frustrer, avec qui il ne faut pas entrer en conflit. On n’a pas la force de lui dire « non », et ce d’autant plus que ce « non » peut beaucoup moins qu’auparavant s’appuyer sur des règles et des traditions éducatives établies.

Les manifestations de cette primauté donnée à la satisfaction des désirs sur l’intériorisation de valeurs partagées, apparaissent chez ces enfants de deux – trois ans qui tyrannisent leurs parents et leurs institutrices, ou, chez les adolescents, dans ces décrochages scolaires de plus en plus nombreux, ainsi que dans la multiplication de ce que les psychiatres identifient comme « pathologies de l’agir » : toxicomanies, anorexies-boulimies, jeu pathologique, conduites délinquantes, …

Ces « nouveaux jeunes » risquent de se trouver en grande difficulté dans leur insertion sociale, avec un effet de dualisation de plus en plus marqué, où les familles qui ont les moyens – matériels et culturels – seront aussi celles qui pourront rendre compatible, non sans mal, l’omnipotence narcissique de leurs rejetons et les exigences de la réalité.

 

Le troisième niveau de questionnement concerne la place de la médecine dans ces évolutions sociales.

Par leur formation, médecins et psychologues sont portés à reconnaître et à traiter la souffrance individuelle, et non à s’interroger sur les dimensions sociales de l’exercice de leur art ; cela amène les gynécologues et leurs équipes à opérer un glissement du traitement des infertilités au soulagement des souffrances bien réelles que vivent les hommes et les femmes qui, assumant leur homosexualité, ne peuvent accéder à la parentalité, en faisant l’impasse sur les effets culturels des bouleversements symboliques qu’induit un tel glissement.

Les développements technologiques, dont on sait qu’ils précèdent désormais les évolutions culturelles – ce qui soit dit en passant pose un problème de fond à nos sociétés – mettent désormais les médecins dans une position de magiciens tout puissants.

Suivant en cela les principes de la médecine expérimentale, ils s’efforcent d’évaluer leur travail en s’appuyant sur des études qui, pour certaines, concluent qu’il n’y aurait pas de différences entre le développement psychologique d’enfants élevés par des couples homo ou hétérosexuels. Au-delà de réserves méthodologiques qui n’ont pas leur place ici, deux remarques s’imposent : premièrement, ces études ne peuvent rien nous dire des effets sur la structure sociale de ces changements des modèles de parentalité ; deuxièmement, il n’est pas besoin de faire des études savantes pour savoir que ce n’est pas la même chose pour un enfant d’avoir un couple parental de sexe différent ou de même sexe. La seule démarche pertinente et véritablement scientifique est de s’efforcer d’identifier en quoi ce n’est pas la même chose, et dans quelle mesure ce « pas la même chose » pose ou non un problème du point de vue du développement de l’enfant. Pour parvenir à différencier le sirop de menthe et de grenadine, il vaut mieux s’intéresser à leur goût qu’à leur teneur en sucre ou en conservateurs …

Docteur Jean-Paul Matot, Directeur du Service de Santé Mentale à l’Université Libre de Bruxelles (ULB)

Source : La Libre Belgique.

14:00 Écrit par collectif a & a dans Avis d'expert | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Jean-Paul Matot, homoparentalité, adoption | |  del.icio.us

04/12/2005

Ce sont les enfants abandonnés qui ont droit à une famille et non l’inverse | Fanny Cohen-Herlem

Fanny Cohen Herlem.jpgSelon Fanny Cohen-Herlem, pédopsychiatre et psychanalyste, on doit toujours privilégier l’adopté, même si les candidats à l’adoption vivent de vrais drames quand leurs démarches n’aboutissent pas.

 

« Les postulants sont souvent persuadés, explique Fanny Cohen-Herlem, qu’il y a, répondant à leur projet, de très nombreux enfants adoptables en France et dans le monde ». Mais, précise-t-elle : « Ce n’est pas le cas ». Il faut se faire à l’idée, conseille-t-elle d’autre part, que « tous les enfants ne sont pas adoptables et tous les parents ne sont pas susceptibles d’être des parents adoptifs ». Enfin, avant et après, l’adoption est un chemin où l’accompagnement des uns et des autres est indispensable et Fanny Cohen-Herlem regrette l’absence d’une formation spécifique des travailleurs sociaux.

 

Quand on écoute les parents on entend le plus souvent parler de « parcours du combattant » pour désigner les démarches inhérentes à l’adoption. Qu’en est-il dans la réalité ?

Neuf mois pour obtenir l’agrément du conseil général, soit plusieurs entretiens avec une assistante sociale, un/e psychologue et parfois un/e psychiatre. Neuf longs mois qui sont destinés à la fois à déterminer la capacité adoptive des parents juridiquement et sur un plan psychosocial, mais qui servent aussi de temps de réflexion approfondie pour les postulants, de retour sur eux-mêmes et leur désir d’enfant, seuls et avec les travailleurs sociaux. Ils peuvent prendre le temps de penser leur projet et déterminer leurs limites. Ils peuvent aussi aborder les difficultés éventuelles liées à cette filiation particulière.

Ces démarches, cette attente, correspondent à cette obligation de répondre en premier et avant tout aux besoins des enfants privés de famille. Une fois l’agrément en poche, que reste-t-il à faire ? Pour l’adoption d’un pupille de l’État, les parents attendent qu’un enfant leur soit attribué par le conseil de famille ; et pour l’adoption d’un enfant né à l’étranger, d’autres lois régissent l’adoption internationale, notamment la convention de La Haye (qui n’a pas été signée par tous les pays), qui entraîne d’autres obligations pour les parents.

Toutes ces procédures peuvent paraître fastidieuses, d’autant plus que les postulants sont souvent persuadés qu’il y a, répondant à leur projet, de très nombreux enfants adoptables en France et dans le monde, ce qui n’est pas le cas. En fait, elles ont pour objectif de protéger les enfants et, partant, les futurs parents des dérives possibles et de les « armer » au mieux pour cette aventure.

 

Justement, quelles sont alors les principales difficultés (éducatives et/ou psychologiques) rencontrées par ces parents, vis-à-vis de ces enfants ?

Les enfants adoptés sont d’abord des enfants, et, comme tels, ils rencontrent un certain nombre de difficultés inhérentes à leur développement psychoaffectif qui remettent en jeu, à chaque étape, l’équilibre précédemment acquis. Les symptômes de souffrance sont donc ceux utilisés par tous les enfants, mais l’adoption vient leur donner une couleur différente.

En effet, le traumatisme premier que représente l’abandon, puis, les éventuelles carences affectives précoces, les carences nutritionnelles, les séparations répétées, les possibles maltraitances, autrement dit, tout ce qui a précédé l’adoption est susceptible d’avoir des effets sur les modalités de développement et de relation de l’enfant. Mais, la façon dont les parents reçoivent l’histoire de leur enfant, comment elle retentit sur leur investissement, la représentation qu’ils s’en font, l’écho qu’elle rencontre avec leur propre histoire, leur désir de réparation… entrent largement en ligne de compte sur les effets de l’histoire des enfants.

Chaque histoire est unique et chaque symptôme est à replacer à la fois dans l’histoire de l’enfant et dans celle qu’il est en train de construire et de vivre avec sa nouvelle famille.

Les « troubles de l’attachement », notion très à la mode actuellement recouvrent en fait les troubles dus aux carences affectives précoces. Face aux difficultés relationnelles d’un enfant, ce qui est à interroger l’est autant du côté de l’enfant que du côté des parents car, dans toute relation on est au moins deux. Quelles que soient leurs qualités personnelles, tous les enfants ne sont pas adoptables et tous les parents ne sont pas susceptibles d’être des parents adoptifs.

Enfin, les parents adoptifs ont à se défaire de la tentation d’avoir à être des parents « parfaits », pour lesquels « tout fonctionne bien », car tout problème devient alors un échec personnel, une blessure narcissique. Reste à devenir un parent « suffisamment bon » au sens Winnicotien du terme.

 

Et du côté des enfants, leur âge d’abandon présente-t-il des conséquences sur leurs relations avec leurs parents adoptifs ? Quels sentiments peuvent-ils développer ?

Les difficultés pour les enfants varient bien sûr, selon l’âge de l’abandon et de recueil et de leurs modalités, ainsi que de leur histoire pré-adoptive. Ils vont rencontrer des parents chez qui ces difficultés vont être entendues, comprises, acceptées ou non de façons différentes. Et cela aura un effet sur l’évolution de ces difficultés quelles qu’elles soient.

Être adopté, c’est avoir été abandonné et il faut à l’enfant réussir à faire le deuil des parents d’origine, trouver d’autres repères identificatoires, et faire des parents adoptifs « ses parents ».

Être adopté c’est entrer dans une famille, s’adapter à ses codes, sa culture, ses valeurs.

Se sentir dans « sa » famille, signifie, pouvoir faire confiance, se sentir en sécurité dans un environnement stable, fiable et aimant. Quand on a été abandonné, la question du pourquoi finit toujours par se poser et entraîne alors souvent la remise en cause de la fiabilité des liens établis, leur attaque, le besoin de vérifier leur solidité. Cette question ne souffre pas une réponse unique car elle renvoie l’enfant à sa qualité d’être humain aimable et ayant une valeur. L’enfant a besoin d’entendre que le désir d’enfant de ses parents adoptifs fait écho à son propre désir de parents (même insu), et se sentir sujet désiré et unique avec toute l’histoire dont il est porteur.

Être adopté, ce peut être changer de pays et donc de langue, d’habitudes, sentir d’autres odeurs, goûter d’autres aliments. Être adopté, ce peut être aller à l’école pour la première fois. Être adopté, ce peut être se retrouver l’objet unique de l’attention de parents qui étaient en attente, et ce peut être parfois, un peu trop…. Être adopté, c’est apprendre que l’on peut être aimé sans que tout soit permis, que tout ce qui est demandé soit donné, c’est apprendre que la frustration n’est pas en contradiction avec l’amour porté, que l’autorité est nécessaire mais peut exister sans violence…. Être adopté, c’est à l’adolescence, vivre une crise qui prend un relief particulier car la remise normale en question des parents rejoint la question concernant les parents d’origine, et ouvre sur des perspectives qui peuvent être vertigineuses….

En matière d’adoption, quelles sont selon vous les principales dérives ?

On pense aux « trafics d’enfants », aux intermédiaires douteux, à l’argent qui circule…
Une des premières raisons à ces dérives est la forte demande d’enfants petits et en bonne santé. Il y a plus de demandes que de tels enfants adoptables. Le risque de dérive existe donc surtout si l’on ne prend pas la peine de s’informer un maximum avant de partir pour adopter un enfant à l’étranger.

Il existe des lois dans chaque pays d’origine et chaque pays d’accueil a ses propres règles pour ce type d’adoption. Par ailleurs un grand nombre de pays ont signé la convention de La Haye qui a pour objectif la protection des enfants privés de famille dans l’adoption internationale. Elle oblige les États à se doter d’un certain nombre d’instruments législatifs nécessaires à sa mise en œuvre et rappelle que l’adoption internationale doit toujours venir en second après la recherche de parents adoptifs dans le pays d’origine de l’enfant.

Partir dans un « pays La Haye » donne donc déjà des garanties aux postulants sur l’adoptabilité juridique de l’enfant qui leur sera confié. Passer par l’intermédiaire d’un Organisme agréé à l’adoption (OAA) donne aussi des garanties aux parents d’être accompagnés d’un bout à l’autre de leurs démarches. Prendre contact avec des associations de parents est une aide importante mais qui n’est pas toujours suffisante.

Partir seuls, dans un pays qui n’a pas signé la convention de La Haye rend les parents plus fragiles. C’est à eux d’aller dans les orphelinats, de trouver les avocats et les intermédiaires nécessaires aux procédures d’adoption. C’est ainsi qu’ils peuvent se trouver dans des situations difficiles, comme pouvoir choisir leur enfant, se trouver face à une fratrie alors qu’ils étaient partis pour un enfant unique, être soumis à des pressions financières… être pris malgré eux dans des circuits douteux.

On sait bien à présent que les enfants font l’objet d’un marché pour des intermédiaires peu scrupuleux et que dans certains pays, des pressions sont exercées sur des mères fragiles ou en grande précarité pour qu’elles vendent leurs bébés à peine nés ou même à naître… On évite au maximum les écueils en prenant toujours contact avec l’Autorité centrale française, représentée actuellement par la Mission de l’adoption internationale (avant sa transformation prévue pour 2006).

La possibilité pour les couples homosexuels d’adopter un enfant, semble plus complexe encore. Qu’en pensez-vous ?

Il s’agit effectivement d’un problème très complexe, qui doit être abordé sans idées préconçues, à distance de toutes pressions, d’où qu’elles viennent. Je vous livre ici l’état actuel de ma réflexion. L’amour homosexuel, quelle que soit sa valeur ne peut engendrer d’enfant, il est stérile par nature. Ce qui n’a rien à voir avec la capacité éducative et d’amour que peuvent avoir deux personnes du même sexe vivant en couple. Si le choix homosexuel entraîne l’impossibilité de procréer « naturellement », et l’on peut reconnaître que cela est une souffrance, ce n’est pas à l’enfant de traiter cette souffrance. En invalidant, par son existence la différence entre homosexualité et hétérosexualité, il est mis en position de rendre ce choix inexistant. L’adoption signifie pour l’enfant l’entrée dans une nouvelle filiation. Filiation symbolique qui lui donne un nom et le fait héritier et successeur dans l’ordre généalogique de ses nouveaux parents. L’amour que se portent les parents est ainsi, à défaut de se réaliser dans la conception et la naissance d’un enfant, symbolisé dans cette filiation. Les enfants adoptés ont besoin de se penser/rêver enfant engendré par les parents qui les ont accueillis.

Se retrouver avec deux adultes tutélaires du même sexe c’est obliger l’enfant à reconnaître un seul adulte comme père ou mère et le priver de l’autre et l’empêcher de vivre la différence sexuelle au sein du couple, différence qui l’aide à se structurer. Ce sont les enfants abandonnés qui ont droit à une famille et non l’inverse. C’est à la société de réparer les souffrances qu’endurent les enfants en leur donnant les moyens de se développer et de s’épanouir dans les meilleures conditions, dans un contexte qui soit le moins conflictuel possible.

Les politiques françaises mises en place en matière d’adoption sont-elles adaptées aux demandes d’adoption ?

Une politique appropriée est, à mon avis, une politique qui se définit en priorité en fonction des besoins des enfants privés de famille. Une politique qui tendrait à faciliter l’adoption, en réponse unique à la souffrance de parents qui souhaitent adopter ne paraît pas adéquate. Une politique qui faciliterait l’adoption internationale au motif que les orphelinats sont « pleins d’enfants adoptables » ne tiendrait pas compte des réalités des pays d’origine, ni du caractère subsidiaire de ce type d’adoption.

Il est fondamental que les procédures soient claires et connues des postulants, que ce soit celles du pays d’accueil ou celles du pays d’origine. Il est aussi fondamental que les futurs parents soient préparés à l’accueil d’un enfant, en particulier s’il s’agit d’un enfant né à l’étranger, et qu’ils puissent trouver si nécessaire, des lieux d’écoute, d’aide et de soins avec dans un premier temps, des professionnels connaissant les problématiques particulières liées à l’adoption.


Voulez-vous dire par là, que les travailleurs sociaux œuvrant dans ce domaine ne sont pas suffisamment formés aux problématiques liées à l’adoption ?

Il me semble que l’écho donné aux problèmes liés à l’adoption a sensibilisé à la fois le public et les travailleurs sociaux. Néanmoins, il y a encore peu de formations qui leur soient proposées. Dans les situations de crise, les travailleurs sociaux se trouvent confrontés à l’inévitable question « qu’est ce qui est lié à l’adoption ? ». On voit donc ici la nécessité de bien connaître les particularités de l’adoption pour ne pas tomber dans le piège qui consisterait à tout lier à l’adoption.

Une formation adéquate consisterait donc à proposer une connaissance juridique de base sur le cadre légal de l’adoption nationale et internationale, des notions sur les effets de l’abandon précoce et tardif, les particularités liées à l’adoption d’enfants petits et d’enfants « grands », les problèmes d’ordre psycho affectifs et éducatifs des enfants et des parents, ainsi que les structures de recours en cas de difficultés. Il serait aussi intéressant de tordre le cou à un certain nombre d’idées reçues sur l’adoption.


Source : Le Lien Social.

 

L'enfant adopté n'est pas une marchandise
Libération | 25.10.2006

 

 

 

01/12/2005

Dans l'intérêt de l'enfant vraiment ? | Diane DRORY

La Ligue de familles en Belgique s'est prononcée pour l'adoption par les couples homosexuels. L'intérêt de l'enfant n'est-il pourtant pas de grandir avec un père et une mère de sexe différent ?


Le 8 octobre 2005, l'assemblée générale de la Ligue des familles a approuvé, à la quasi-unanimité (trois abstentions, aucun contre), un avis favorable pour l'adoption par des couples homosexuels. Sous peine d'être traitée de «néo-traditionaliste», avec tout ce que cela sous-entend de péjoratif et de facile pour faire écran à la réflexion, je n'hésiterai pas à argumenter un avis différent. Différent de ceux qui prônent l'égalitarisme, qui fait aujourd'hui partie d'une certaine «modernité» bien médiatisée, qui oublie que l'altérité fonde la spécificité de notre humanité.

Est-ce la soumission à une société éprise d'immédiateté et d'effervescence médiatique qui rend soudain «urgent» le règlement de cette question? Selon le président de la Ligue, l'urgence se fonde sur la nécessité de «légaliser un état de fait».

L'«empressement à légiférer» peut engendrer des effets pervers. Une analogie pour vous faire sourire? Il faudrait aussi que les parlementaires se mettent de toute urgence à plancher sur la suppression des lois fiscales puisqu'une majorité des Belges fraudent le fisc. Ainsi dans cette même logique, face à un couple homosexuel éduquant un enfant, il faudrait d'urgence établir une législation de filiation (par ailleurs impossible) ! L'adoption n'est pas qu'un «fait social», aussi il est indispensable de confronter les divers regards culturels dont dispose notre société.

Cette position tranchée de la Ligue est-elle issue d'une autre influence de la modernité? Fruit de notre société de consommation qui refuse le manque, qui veut que tout désir soit réalisé et qui dément l'impossible? Avoir tout, être tout. Que penser de l'énoncé du président de la Ligue: «Les sociétés toujours ajoutent à la nature, instauratrice des liens de la génération et de la filiation, ce que la volonté créatrice des hommes estime opportun pour la réalisation de tous nos désirs et nos besoins» ? Nos besoins, oui sans doute, mais ceux-ci n'ont en rien à être confondus avec ce qui est du désir. Car ce dernier, pour rester vivant, ne peut être assouvi. Le «rêve humain» est par définition sans limite mais la spécificité de notre humanité est de ne pas le confondre avec «l'acte humain». Ce dernier est confronté aux réalités contraignantes de la vie... Mais il est vrai que de nos jours, le principe du Plaisir l'emporte et le principe de Réalité qui appelle au «non» devient un acte courageux! Oser dire non, c'est s'inscrire en contre-pied de la tendance actuelle qui pousse à accepter tout et n'importe quoi au prix d'une nouvelle valeur en hausse: «se réaliser à tout prix».

L'égarement de certaines revendications survient du fait d'une confusion entre être «égaux» et être «tous les mêmes». S'il faut se battre pour une égalité, il faut aussi savoir reconnaître l'importance de la différence. C'est par elle que chacun peut devenir unique et non le clone d'un autre. L'altérité facilite la subjectivation. Le monde psy auquel j'appartiens plaide pour un véritable respect de la différence jusqu'y compris dans le cadre juridique qui signe et parle de cette différence. Dans cet ordre d'idées, reconnaître un statut à un enfant vivant dans un couple homosexuel n'est pas du tout la même chose que de voter une loi rendant légale l'adoption par des couples homosexuels.

Comme argument pour convaincre, sont brandies les statistiques démontrant qu'il n'y aurait aucune différence entre les enfants ayant grandi avec des parents du même sexe et les autres. Ces études ont pour seuls objets d'analyse la détection d'une adaptation sociale et le repérage de maladies psychiatriques et portent principalement sur des jeunes adultes pour la plupart conçus par un couple homme-femme dont l'un est parti vivre son homosexualité. Aucune étude n'a été faite sur la structure psychique des enfants qui ont grandi dès le départ dans un couple homosexuel ni sur leurs éventuels manques.

Il est rarissime de lire un commentaire ou d'entendre citer le livre«J'ai deux mamans, c'est un secret». Livre écrit par une jeune femme qui est passée par là et qui dénonce la honte, le mensonge dans lequel vivent souvent des enfants qui grandissent avec des parents du même sexe. Peut-on nier la souffrance psychique souvent muette de ces enfants? Cela n'a rien à voir avec une question d'adoption ou non. C'est la question du regard de l'autre.

La souffrance des adoptés de «ne pas être comme tout le monde» et «de ne pas avoir des parents comme tout le monde» est connue et reconnue. Alors pourquoi faudrait-il que la société complique la vie d'un enfant déjà éprouvé par l'abandon en légalisant une situation où il aurait, en outre, à assumer la «différence» de ses parents d'adoption? Notre culture, par sa législation, peut-elle accorder à des adultes, en vue de leur accomplissement personnel, le droit de décider «pour l'intérêt de l'enfant» d'un cheminement aussi doublement inconfortable psychiquement? Face à cette question d'adoption par des homosexuels, est-il question de «droits de l'enfant» ou plutôt de répondre à un «besoin» d'adultes?

Par ailleurs, s'il est de toute évidence indispensable de légiférer en ce qui concerne l'enfant élevé par un partenaire non parental, on ne souligne jamais que la voie de l'adoption est impossible pour les nombreux enfants nés d'une relation hétérosexuelle et qui, après séparation, vivent dans une famille homosexuelle.

La Ligue se serait d'emblée ralliée à la cause de l'enfant dans le but essentiel de refuser tout risque ou source de discrimination. Les différentes propositions juridiques de parentalité sociale, de coparentalité, de tutelle ne sont-elles pas des réponses intelligentes permettant d'éliminer toute discrimination négative de statut juridique entre les enfants quelle que soit la composition de leur famille? La Ligue rejette ces pistes sans autre argument que d'estimer qu'un statut différent est un sous-statut! Or, opter pour un contrat de coparentalité protégerait l'enfant juridiquement et conférerait aux adultes qui en ont la garde tous les droits et les obligations attachés au rôle parental!

Parlant de discrimination, si cette loi passe, les décideurs se rendent-ils compte qu'en confondant un «état de fait» avec une discrimination, ils vont créer une réelle discrimination? En effet, les couples hétérosexuels belges en demande d'adoption se verront précarisés par rapport à ceux de nombreux autres pays où l'adoption homosexuelle est réfutée. Car la majorité des pays offrant de possibles enfants à adopter refusent que ceux-ci soient confiés à un couple homosexuel. Le but de l'opération est-il de pénaliser les familles hétérosexuelles en désir d'enfant? Parce que l'un souffre d'un certain handicap par rapport à une situation, tous doivent-ils en pâtir? Est-ce cela, la démocratie?

Adopter une loi ou régler la situation juridique dans laquelle nombre d'enfants se trouvent aujourd'hui sont deux choses différentes. Que l'on arrête de tout mélanger sous prétexte de démêler des contradictions! Donnons du temps au temps et prenons le temps de réfléchir si, dans le débat qui nous occupe, il n'y a pas à craindre un effet contre-productif qui entraînerait un déficit symbolique préjudiciable à l'organisation sociale et à la structuration psychique des individus. Est-ce enviable pour notre culture, sous prétexte de la diversité culturelle, que soit votée une loi qui nous considère comme «tous pareils» ? Que penser d'une société qui rejette en bloc toutes ses traditions au nom d'une «modernité» qui n'a pas encore fait ses preuves?

L'intérêt de l'enfant ne serait-il pas de lui garantir le droit de grandir avec un père et une mère de sexes différents? Je cite Tony Anatrella: «Le lien logique entre la conception de l'enfant et la sexualité des adultes est indispensable afin qu'il puisse se différencier subjectivement et socialement. Dire à l'enfant qu'il a deux papas ou deux mamans est un mensonge social et un handicap pour se situer dans l'altérité sexuelle.» L'adoption est plus qu'un statut juridique, elle définit l'identité humaine! Dans le cadre d'une union homosexuelle, la filiation est contraire à la logique la plus élémentaire. Est-ce le chaos mental et psychique que la jurisprudence doit transmettre aux enfants belges?

Si c'est vraiment le bien-être des enfants qui anime les réflexions et qui sous-entend les actions de l'assemblée générale de la Ligue, il faudrait peut-être qu'ils revoient leur copie...

Diane DRORY
Psychologue, psychanalyste. Ancienne présidente de la Fédération belge des psychologues. Collaboratrice du «Ligueur».

Source : LA LIBRE BELGIQUE