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16/11/2010

Qualité de l’attachement: diagnostic, cours, et interventions possibles

SPZ symposium qualite attachement.jpg7ème Symposium SPZ, en collaboration avec le service de psychiatrie de l’enfance et de l’adolescence de l’université de Zurich

Jeudi, le 2 décembre 2010, de 8h30 à 17h15
Kirchgemeindehaus, Liebestrasse 3, Winterthur

 

Enfants et adolescents ont besoin de notre protection d’une manière toute particulière. Ils grandissent dans un contexte que notre société et nos notions culturelles leur imposent.

Nombre d’études internationales ainsi que suisses démontrent de façon impressionnante l’importance du développement des liens d’attachement dès la prime enfance et leur influence sur la capacité d’établir des liens durables et porteurs pour plus tard et de pouvoir les vivre.

En Suisse, des initiatives diverses en faveur des enfants, parents et familles ont été entreprises aux niveaux national, cantonal et régional qu’il faut poursuivre. Il est important de procurer aux enfants une formation et un encadrement correspondant le mieux possible à leurs besoins individuels moyennant un encouragement précoce ainsi que des offres d’accueil extrafamilial privées et publiques. Et il est primordial que les parents se sentent soutenus et ne soient dès lors pas livrés à eux-mêmes quand surgissent des difficultés et des situations qui les dépassent.

Le 7ème symposium SPZ, organisé en collaboration avec le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent du Canton et de l’Université de Zurich, met en évidence les possibilités de diagnostiquer la qualité de l’attachement, au cours de la petite enfance jusqu à l’âge adulte, et présente des possibilités d’interventions face aux troubles de l’attachement. Un nombre d’exemples vidéografiés ainsi que des notions actuelles provenant de la recherche dans le
domaine de la pédopsychopathologie et de la neurobiologie réunissent fondements théoriques et pratique appliquée.


Programme

- La qualité de l’attachement: Définition et connaissances acquises sur les nouveau-nés et enfants prématurés
Univ.-Prof. Dr. Marguerite Dunitz-Scheer, Graz

- Interaction mère-enfant dans les contextes à risque élevé:
Diagnostic, prévention et interventions auprès des mères adolescentes
Prof. Dr. Ute Ziegenhain, Ulm


- The Child Attachment Interview: Current Status and Future Developments
PhD Yael Shmueli-Goetz, London


- Les processus bio-psycho-sociaux dans le développement de l’attachement
Prof. Dr. Gottfried Spangler, Erlangen

- Attachement, traumatisme et réponse au stress
Prof. Dr. Blaise Pierrehumbert, Lausanne


- Attachement et comportement problématique des enfants placés: L’influence des expériences dans la famille d’origine et dans la famille de placement
Dr. Ina Bovenschen, Erlangen

- La signification de la qualité de l’attachement pour la relation entre thérapeute et client dans le traitement des jeunes adultes
Prof. Dr. Bernhard Strauss, Jena


Source : Kantonsspital Winterthur.

11/11/2010

Pierre Lévy-Soussan : "On n'adopte pas pour sauver un enfant"

On n adopte pas pour sauver un enfant Levy-Soussan.jpgJulien Arnaud reçoit Pierre Lévy-Soussan, pédopsychiatre spécialisé dans l'adoption. Dans son dernier ouvrage, "Destins de l'adoption" aux éditions Fayard, il répond à bon nombre d'idées reçues.


Source : TF1 News. Interview-vidéo du 2 novembre 2010.

08/11/2010

Formation sur les troubles de l'attachement

Encore peu diffusée en Europe, la théorie de l'attachement nous éclairera de façon féconde sur les rapports «enfant-parent » et sur les conséquences de la nature du lien sur le développement psychologique de l'enfant. La formation sur la théorie de l'attachement nous donnera également de précieuses indications sur ses implications dans le cadre de la maltraitance et de la négligence infantile, de l'adoption, du placement en institution, ainsi que des conseils pratiques dans le cadre de la relation en général, de l'éducation et de la position thérapeutique. Cette grille de lecture complémentaire est un outil supplémentaire dans notre pratique professionnelle pour nous permettre de mieux comprendre et donc de mieux intervenir.

 

Public

Tout intervenant dans le cadre de la petite enfance, de l'adolescence, de l'aide à la jeunesse en milieu ouvert ou fermé ou encore toute personne intéressée par cette thématique (psychologues, psychothérapeutes, assistants sociaux, éducateurs, gardiennes ONE, TMS,…).

Le groupe sera composé de 10 à 18 participants.

 

Formateurs

Dr Françoise HALLET, médecin scolaire, coordinatrice de la clinique de l'adoption « L'Envol ».
Andréa AGOSTA, psychothérapeute en thérapie brève.

 

Dates

Les jeudi 20 et vendredi 21 janvier 2011, de 9h30 à 16h30

Coût : 140 €

Inscription :  info@rvdconsultance.be

 

Source : Andrea Agosta - Thérapie brève 

 

 

08:54 Écrit par collectif a & a dans Avis d'expert, Troubles DSM-IV | Lien permanent | Commentaires (6) | |  del.icio.us

20/10/2010

Mères d’origine, les oubliées de l’adoption internationale

Logo - ISS SSI.jpgL'éditorial du bulletin mensuel n° 9/2010 du Service Social International (SSI/CIR) offre une place spéciale aux mères d’origine, en se penchant sur leur vécu difficile et en ouvrant la réflexion sur le chemin qui reste à parcourir pour leur offrir un accompagnement de qualité.

Si les recherches concernant les enfants adoptés et la création du lien d’attachement avec la famille adoptive sont nombreuses, tel n’est pas le cas pour les mères biologiques des enfants. Elles sont
pourtant des actrices centrales du processus d’adoption, puisqu’elles en sont finalement à l’origine. La récente publication d’une recherche centrée sur les mères ukrainiennes nous donne l’occasion de revenir sur cette question critique et trop souvent ignorée.

 

Pourquoi cette ignorance voire cet ostracisme ?

Une première réponse peut être recherchée dans la perception même de l’adoption internationale : une vision trop simple qui ne veut voir que l’aide à l’enfant en détresse, et qui occulte ses origines afin, consciemment ou non, de rassurer les adoptants dans la justesse de leur démarche. De récentes enquêtes ont toutefois grandement contribué à faire changer cette image idéale : qu’il s’agisse du rapport de Terre des Hommes au Népal, le reportage d’ABC News en Ethiopie, le cas des enfants Ruc au Vietnam (bulletin 11-12/2008), la parole donnée aux mères fait ressurgir la honte, le chagrin et les larmes.
Ainsi, bien que les avancées législatives en la matière soient notables aujourd’hui – la CLH-1993 ainsi que de nombreuses législations nationales reconnaissant le droit et les intérêts de ces femmes – il convient de s’interroger sur la pratique. Peut-on prétendre qu’un véritable choix est offert à ces mères de garder ou non leur enfant ? Il en va pourtant de l’avenir de l’enfant et du sens même de toute adoption, fondée sur la décision finale de la mère, prise en connaissance de cause, avec discernement et en toute liberté.


Des proies faciles…

Les mères d’origine sont au coeur des pressions sociales et financières. Elles sont souvent les proies faciles de certains intermédiaires, du crime organisé ou d’agences d’adoption. Concernant ces dernières, leur rôle s’avère parfois (et pour le moins) ambigu, en particulier lorsqu’elles accueillent à la fois les mères d’origine et qu’elles placent des enfants en adoption. Un conflit d’intérêt évident se pose alors notamment au niveau financier: les mères peuvent se sentir redevables envers l’institution qui leur a prodigué des soins qu’elles ne sont pas en mesure de payer. De plus, leur consentement peut être recueilli de manière abusive si elles sont illettrées, etc. Ces situations ne sont malheureusement pas rares et entrainent des séparations abusives et traumatisantes à vie.

De la responsabilité de la société et des professionnels

Selon les pays où elles vivent, les mères d’origine doivent également endurer une condamnation morale : issues de milieux socioéconomiques défavorisés, elles sont soumises à de fortes pressions culturelles, familiales et religieuses (par exemple par le rejet des grossesses hors mariage). Le regard que la société et les professionnels portent sur elles est, consciemment ou non, accusateur et jugeant.
Comment parler librement dans de telles conditions? La responsabilité qui pèse sur les professionnels accompagnant ces femmes est dès lors essentielle : une grande partie de leur décision repose sur le professionnalisme, la pluridisciplinarité et la qualité humaine du personnel qui les entoure. La question se pose de la capacité de ce dernier à amener ces mères à exprimer librement leurs sentiments par rapport aux circonstances de leur grossesse, aux peurs qui l’entourent et au rejet éventuel de l’enfant.
Permettre à ces dernières d’ouvrir leur coeur peut les aider à devenir mère d’un enfant dont elles prennent conscience de l’existence au niveau physique et psychique, et assumer leur responsabilité quant à son projet de vie, quel qu’il soit. A cette fin une méthode d’intervention basée sur des critères précis (par exemple : durée de la prise en charge avant/pendant et après la décision finale ; accompagnement de proximité ; mise en oeuvre des droits élémentaires et sociaux tels que l’accès au logement, à l’emploi, à la crèche, etc.) permettrait de répondre aux besoins des mères à chaque étape de leur prise en charge, en mettant en exergue leur vécu propre et en tenant compte de leur évolution au fur et à mesure que le bébé devient plus réel. Tel est le défi de la pratique.

Vers une vraie place des mères d’origine dans le processus décisionnel ?

L’observation attentive de l’adoption internationale montre que les pays prennent de plus en plus conscience que la prévention de l’abandon passe par un soutien des mères d’origine au plus près de leurs besoins et de leur réalité, un principe clairement posé par les Lignes Directrices des Nations Unies relatives à la protection de remplacement pour les enfants (Section IV). Des programmes de soutien ont ainsi été mis en place, par exemple au Chili (mise en place des crèches au sein des écoles permettant aux mères adolescentes de poursuivre leurs études) et en Roumanie (voir bulletin 5/2008).
Moins nombreux sont les programmes de soutien mis en place en amont, dès le début de la grossesse de la mère.
Prétendre offrir aux mères d’origine un réel choix de garder leur enfant s’avère donc être une tâche délicate et complexe à laquelle les pays doivent continuer à s’atteler. S’il en va ainsi pour les
mères d’origine, ne parlons pas des pères d’origine souvent très absents des discussions autour de l’adoption internationale. Quelle place leur est accordée dans le processus décisionnel ?
Une question qui pourrait inspirer de nouvelles recherches.

 

Source : Centre international de référence pour les droits de l’enfant privé de famille - SSI/CIR - Septembre 2010.

26/09/2010

Boris Cyrulnik, Neuropsychiatre et éthologue. Débats sur l'adoption, l'attachement et la résilience.

 

Boris Cyrulnik.jpgVéronique : Il y a vingt ans, j’ai adopté une petite fille venue de Roumanie. Elle avait 18 mois. J’ai eu beaucoup de mal à créer un lien d’attachement avec elle. Et quand je lisais dans vos livres que l’amour permet de tout rattraper, je vous en voulais. Parce que cela me faisait culpabiliser de ne pas y arriver. J’avais honte de me sentir une mère incapable… 

B.C. : Votre critique me touche et j’entends combien elle sonne juste. L’adoption est le prototype de la résilience : tous les enfants adoptés n’ont pas été maltraités, mais tous les enfants adoptés ont changé de bras, changé de culture, et parfois même leur famille a changé de couleur. Quand j’ai commencé à travailler sur la résilience, je voulais démontrer que c’était possible de « récupérer » ces enfants que l’on abandonnait. C’est vrai que dans nos premiers travaux, nous avons donné une impression d’optimisme forcené, car on récupère beaucoup de ces enfants. Mais pas tous… La résilience neuronale est plus facile à provoquer que la résilience psychologique. Les enfants abandonnés manifestent tous un retard de taille et de poids. Mais dès qu’ils sont adoptés, ils rattrapent ce retard. Voilà pourquoi je dis toujours qu’il est plus facile de changer un métabolisme que de détruire un préjugé. Les études montrent que pendant trois ans, 80 % des enfants adoptés manifestent ce que l’on appelle un attachement « évitant », par peur d’être aimé. Ils ont peur d’être aimés, cela ne veut pas dire qu’ils ne veulent pas l’être ! Nous n’avons pas su expliquer que ces enfants-là, il faut leur apprendre à aimer. J’ai eu tort de ne pas l’avoir dit assez fort. Mais, moi aussi, j’étais un débutant…

 

Véronique : Est-ce qu’il arrive un âge où il n’est plus possible de développer un attachement ?

B.C. : Il y a cinq ans, nous avons fait une étude à Toulon. Nous avons suivi des enfants qui étaient ce que j’appelle des « mal partis de l’existence », mal partis parce qu’ils ont une maladie, ou parce que leurs parents sont en difficulté, ou qu’ils sont maltraités, ou parce qu’ils vivent dans des conditions précaires qui font que la vie quotidienne est une agression constante. Nous les avons suivis et nous les avons revus régulièrement entre 15 et 20 ans. Notre conclusion est claire : les attachements qui ont été décrits par les psychologues ou les neuro logues n’indiquent que des tendances, ce ne sont jamais des fatalités. Presque tous les attachements sont flexibles : on voit beaucoup d’attachements indifférents se réchauffer, à condition qu’il y ait un lien stable, à condition qu’il y ait une autre manière d’aimer à l’intérieur de la famille. Ce que nous avons constaté, c’est que la stabilité affective se met en place après le premier amour, moment clé où les gens apprennent à aimer. À partir de là, leur score d’attachement « sécure » grimpe très vite. Ce qui signifie qu’une fois que l’on a appris à mieux aimer, on se répare. Et pour moi, c’est vrai jusqu’à l’âge de 120 ans. Après, c’est moins vrai… [Rires.]

 

Catherine : Alors c’est ça le pouvoir de l’amour ? 

B.C. : Moi, j’appelle ça le pouvoir de l’attachement. L’attachement est différent de l’amour. Je vis avec lui, avec elle, tous les jours, et je l’aime alors que chaque matin, il faut que j’attende un quart d’heure qu’il ou elle ait pris son café pour commencer à sourire… Je vis avec lui, avec elle, je suis attaché à lui, à elle. C’est très différent de l’amour.

 

Élizabeth : Je suis directrice de crèche et je m’interroge sur la garde alternée. Quels sont les risques pour ces enfants qui changent de maison une semaine sur deux de développer des troubles de l’attachement ? 

B.C. : La stabilité affective de la première année crée des attachements « sécures ». La stabilité affective, statistiquement, vient de la mère, mais elle peut également venir du père – si la mère est morte, malade ou en difficulté – ou d’une autre figure adulte. En effet, l’important réside dans la « niche sensorielle » construite autour du bébé. C’est-à-dire la façon dont l’enfant est touché, toiletté, nourri, la façon dont on lui parle. Si la mère est malheureuse, elle ne fait pas une niche sensorielle chaleureuse autour de son bébé : elle pense à autre chose quand elle le change ou le nourrit… Alors la niche sensorielle est pauvre, toutes les stimulations biologiques sont pauvres, et les bébés apprennent mal. Mais les enfants qui ont connu une stabilité affective et dont la niche sensorielle a été forte pendant leur première année apprennent à aimer.

Source : Psychologies.com

 

- Dossier troubles de l'attachement
Johanne Lemieux et d'autres textes.

 

- Dossier résilience
Psychasoc, Collectifs d'auteurs, Joseph Rouzel

 

 

28/05/2010

Haïti : faire face à la problématique des enfants abandonnés !

Logo MINUSTAH.jpg


Le phénomène d’enfants abandonnés constituait en Haïti, depuis plusieurs années, un problème préoccupant. Mais, avec le séisme du 12 janvier, il s’est exacerbé. Et les centres résidentiels accueillent, depuis, un nombre sans précédent d’enfants séparés de leurs parents. Une situation à laquelle les pouvoirs publics et leurs partenaires internationaux tentent tant bien que mal d’apporter une réponse.


Depuis le 17 février, Maurice (nom d’emprunt), 10 ans, vit à SOS Village des enfants, à Santo 19, un quartier périphérique de la capitale. Cet enfant, qui est en 4e année du cycle primaire, n’est pas orphelin. Il ne se retrouve pas non plus par hasard dans cette résidence. Il y a été abandonné par son père.

 

Il y vit avec deux de ses trois frères et ses deux petites sœurs, dont Claudine (nom d’emprunt) qui n’avait que de 45 jours lorsqu’elle fut laissée sur la cour de SOS Village des enfants. « Le père n’a rien laissé avec eux, pas même des habits de rechange », souligne Jeanide qui fait office de « maman » dans cette maison. Dans cette tâche, elle est soutenue par trois collègues qui y jouent le rôle de « tantes ». Un encadrement qui visait à reconstituer un environnement familial.

 

Le cas de Maurice n’est cependant pas un épiphénomène. Ils sont nombreux les enfants qui sont abandonnés par leurs parents. Certes, bien avant le 12 janvier, l’abandon d’enfants a été un problème récurrent en Haïti. Car on les retrouvait souvent sur la cour ou dans les hôpitaux, dans les rues, dans les poubelles ou même jetés dans des fosses septiques.

 

Une situation qui s’est aggravée

 

Depuis le séisme du 12 janvier, ce phénomène a pris une ampleur considérable. A titre d’illustration, SOS Village d’enfants qui, avant, recevait uniquement des orphelins, a dû mettre en place un programme d’urgence pour faire face à cette nouvelle réalité.

 

Aussi, de 152 enfants, cette institution caritative a vu son effectif passer à 427, dont  plus de 200 enfants abandonnés ou « séparés de leur parents », selon une terminologie chère à l’UNICEF. Pour ce dernier, l’enfant peut ne pas être « sciemment abandonné » mais se retrouve dans l’impossibilité, pour « des raisons diverses », de retrouver ses parents.

 

Comme SOS Village d’enfants,  d’autres institutions travaillant dans la prise en charge des enfants ont eu  à recueillir également des enfants séparés. Ces derniers, elles peuvent les retrouver directement. Elles peuvent aussi être informées par l’Unicef et autres partenaires, des cas d’abandon. Selon les données dont dispose l’Unicef, le nombre d’enfants ainsi enregistrés s’élèverait à 1505.

 

Si le facteur économique n’est certes pas le seul paramètre pouvant expliquer les séparations, il y joue néanmoins un grand rôle. Comme le souligne la responsable du projet « enfants séparés » de l’Unicef, Mme Christina Torsein, « la situation économique était déjà difficile. Mais avec le séisme, elle est exacerbée. Beaucoup de parents n’ont pas les moyens financiers de s’occuper de leurs enfants ». Cependant, fait-elle remarquer : « en dépit de tout, il importe de travailler au renforcement des liens familiaux afin de prévenir les séparations ».

 

Une perception que partage Jules Bernard Richard, coordonnateur des travailleurs sociaux à SOS Village des enfants. En effet, souligne-t-il, « même lorsque les parents sont identifiés, certains affirment être incapables de faire face à leurs obligations envers leurs enfants et refusent de les reprendre ». Le travailleur social d’ajouter : « la médiation ne permet pas toujours de convaincre les parents que la pauvreté n’est pas une raison pour que l’enfant soit séparé de son milieu familial».

 

Réintégrer l’enfant au sein de sa famille

 

La prise en charge des enfants dans un centre résidentiel est d’abord provisoire. Ils y sont en attendant qu’on retrouve leur famille. Ils ne seront considérés comme définitivement placés dans un centre après que toute recherche de famille ou tentative de réunification familiale se sera révélée vaine. Ainsi, le centre, de concert avec l’Institut du Bien-être social et de Recherche (IBESR), pourra alors entamer un « processus de recherche de famille d’adoption pour l’enfant ».

 

Pour l’instant, les acteurs planchent sur la réunification familiale des enfants séparés. Un travail réalisé conjointement par des institutions nationales comme l’IBESR et la brigade de Protection des Mineurs (BPM) de la Police nationale d’Haïti (PNH) ainsi que des partenaires de la communauté internationale.  Parmi ces derniers figurent entre autres l’UNICEF, Save the Children, World Vision, Terre des Hommes, Heart Land Alliance, IRC (International Rescue Comitee), Comité International de la Croix Rouge (CICR), Catholic Relief Service (CRS). Chacune de ces agences a juridiction sur une zone.

 

Ce processus comprend l’identification des enfants séparés, leur enregistrement, la recherche des parents et la réunification familiale. Et pour faciliter la récupération de ces enfants, l’UNICEF a mis en place un « centre d’appel » qu’institutions et particuliers peuvent utiliser pour informer sur d’éventuels cas. Le centre, pour sa part, contactera l’agence sur le « territoire » de laquelle a été retrouvé l’enfant afin qu’elle puisse faire le suivi.

 

Les institutions engagées dans la réunification familiale se donnent pour tâche, par le biais de rencontres avec les parents identifiés, de les convaincre de l’intérêt qu’ont les enfants de vivre au sein de leur famille. Toujours selon l’UNICEF quelque 200 enfants ont déjà réintégré le foyer familial. Et le travail de réunification se poursuit.

 

Des mesures d’accompagnement

 

D’autres mesures sont également mises en œuvre. Parmi elles, un travail de prévention et de réponse contre les violences sexuelles sur les enfants. Aussi, à l’aide de supports écrits et audio sont transmis des messages relatifs aux comportements à adopter ou aux actions à entreprendre en vue de prévenir des agressions. De même sont fournis, par exemple, des renseignements sur l’appui médical disponible en faveur d’éventuelles victimes.

 

Toujours avec ses partenaires, dont l’IBESR, l’UNICEF avait, peu après le séisme, procédé à un travail d’évaluation des centres résidentiels dans les endroits affectés. L’évaluation portait aussi sur les besoins et la qualité de la prise en charge offerte par les centres qui, en outre, ont reçu un appui matériel. Et suite à cette évaluation, l’OEA et des agences de protection de l’enfant, avec le soutien technique de l’UNICEF ont entrepris l’enregistrement systématique des enfants dans les centres.

 

Pour permettre aux enfants de se retrouver dans un environnement qui soit le plus proche possible de leur environnement traditionnel, les acteurs  ont créé à leur profit « espaces amis-enfants ». Il s’agit d’un espace de jeux récréatifs, de sensibilisation…Un espace qui leur appartient et où ils peuvent s’exprimer. C’est aussi un espace qui offre l’opportunité d’identifier les besoins particuliers des enfants, comme par exemple des signes de malnutrition, afin d’intervenir.

 

Avec la Brigade de Protection des Mineurs, la Police des Nations Unies (UNPol) affectée au BPM, le Fond des Nations Unies pour l’enfance, de concert avec l’IBESR et Heart Land Alliance, réalise un travail de prévention et de réponse à la traite des enfants. Il s’agit d’un travail de formation et de sensibilisation à l’endroit des policiers basés à la frontière ainsi que des agents de l’immigration également déployés à la frontière ou dans les aéroports.

 

A ce travail de prévention contre le trafic d’enfants participe également l’Unité « Child Protection » (Protection de l’Enfant), ainsi que la Section des Droits de l’Homme de la MINUSTAH. Une intervention qui s’est traduite par un appui technique au « Sub cluster » (sous-groupe de travail) Protection d’enfants. De même, Child Protection effectue un travail de terrain comprenant des visites dans les camps, dans les orphelinats et dans des hôpitaux, un ensemble d’endroits qui accueillent des enfants séparés.

 

L’Unité, avec d’autres composantes de la MINUSTAH, a par ailleurs effectué des enquêtes sur les allégations de trafics d’enfants. Et dans le cadre de ses démarches de prévention, elle a fait de la sensibilisation auprès du personnel des hôpitaux et lui a fourni les directives devant l’aider à être plus vigilant face à des actions ou tentatives pouvant déboucher sur des cas de trafic d’enfants. Des numéros de téléphone sont mis à la disposition des hôpitaux afin qu’ils puissent signaler des cas d’enfants non accompagnés ou tout mouvement suspect pouvant viser un enfant séparé de ses parents.

 

A propos de l’adoption, un domaine qui peut laisser porte ouverte à des trafics, Child Protection, de concert avec l’UNICEF et l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), a aussi joué sa partition. Aussi a-t-elle effectué, dans le cadre du vote de la loi sur l’adoption, un travail de plaidoyer auprès des parlementaires et fourni un appui technique notamment aux commissions parlementaires travaillant sur la problématique des enfants. Une initiative dont l’objectif est d’aider à avoir une loi qui soit adaptée et capable de prévenir le trafic d’enfant.

 

Toutes ces mesures répondent à la nécessité de faire face à une situation exceptionnelle. Car, comme l’a fait remarquer Mme Christina Torsein, «avec l’urgence, les besoins et la vulnérabilité des enfants se sont accrus de manière exponentielle et les réponses doivent aussi être exponentielles ». Des réponses qui ont eu cependant pour préalable le partenariat entre les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs de la communauté internationale

 


Source : Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïtï.

14:56 Écrit par collectif a & a dans Avis d'expert | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : haïti | |  del.icio.us

04/05/2010

Les chiffres sont secrets et tabous en France : officiellement 2 % des adoptions sont vouées à l’échec en France. Mais officieusement, les spécialistes parlent carrément d’un cas sur dix.

Logo France Soir.jpgUn terrible constat



Les échecs de l’adoption, on en parle peu. Pourtant, même en France, des histoires déchirantes d’enfants adoptés remis aux institutions, puis renvoyés dans leurs pays sont fréquentes et bien réelles. Sujet tabou, polémique, aucune statistique officielle n’est mise en avant. Le dossier de l’adoption est trop sensible et le constat de l’échec enfoui sous les centaines de demandes en attente. Si des chiffres de 2 à 3 % d’échec circulent, c’est déjà énorme, car cela signifie que sur environ 4.000 enfants adoptés par an, plus de 80 sont abandonnés chaque année, rendus comme un simple appareil qui ne fonctionne pas !



Qu’advient-il ensuite de ces petits rejetés coup sur coup, par leur famille biologique puis adoptive ? Comment pourront-ils se reconstruire ? Et comment expliquer qu’après tant de démarches et d’attente, des parents adoptifs se révèlent incapables de garder cet enfant tant rêvé ?


Pourquoi ces échecs ?


« Dans le cadre de l’adoption, explique-t-on à l’AFA (Agence française de l’adoption), il y a très souvent l’enfant rêvé et l’enfant réel. Et les deux ne se rejoignent pas toujours. L’adoption est vraiment une greffe qui prend ou qui ne prend pas. » En effet souvent les parents vont bien au-delà de leur projet initial en se disant qu’ils pourront assumer un enfant plus grand, avec un passé psychologique chargé ou un problème physique voire pathologique… Mais au fil des mois, les choses se compliquent… Le docteur Geneviève André-Trevennec, directrice de Médecins du monde, explique : « Il faut faire prendre conscience aux parents de la responsabilité qu’ils ont eue dans leur démarche d’adoption. Ils se sont engagés, c’est comme lorsqu’on a un enfant biologique qui né avec des difficultés, on l’assume et on l’aime jusqu’au bout, quoi qu’il arrive. »


Que deviennent ces enfants rejetés ?



Lorsque l’adoption plénière a été reconnue, l’enfant reste à jamais lié juridiquement à ses parents. Il est placé par les services sociaux, mais il ne sera plus jamais adoptable plénièrement. Lorsque qu’il est étranger et que son pays d’origine a prononcé un jugement, son pays n’en veut plus. Et s’il n’est pas encore enregistré à l’état civil français, il se retrouve un peu apatride. Cela arrive particulièrement lors d’adoptions individuelles.


Pour éviter cela, des préparations psychologiques à la parentalité adoptive et un suivi des familles sont progressivement mis en place par les organismes d’adoption. « Avec la tendance actuelle de l’adoption internationale qui propose des enfants de plus en plus grands, issus de situations complexes, cela devient vital. Sinon les échecs se multiplieront ! Une famille soutenue et avertie réagit pour ne pas arriver à des situations extrêmes », atteste Geneviève André Trevennec. Mais c’est encore insuffisant et de nombreux signes d’alarmes passent inaperçus. Pourtant, un échec de l’adoption n’arrive jamais du jour au lendemain. Tant de vies brisées dans les premières années d’existence ne peuvent laisser indifférent…


« Plus de 30 % des agréments accordés devraient être refusés »


Le Dr. Pierre Lévy-Soussan est pédopsychiatre, médecin directeur Consultation filiations à Paris.


France-Soir. Qu’est-ce qu’un véritable échec de l’adoption ?
Pierre Lévy-Soussan. Les plus graves sont ceux qui se traduisent par une maltraitance, avec abandon et remise de l’enfant à l’ASE (Aide sociale à l’enfance). Ils vont bien au-delà des 2 % annoncés. Puis il y a les équivalents d’échecs lorsque la situation a dégénéré, à tel point que les parents ou les enfants n’éprouvent plus rien ensemble sauf l’indifférence ou la haine. Les professionnels évaluent globalement ces échecs à 10 ou 15 %. Et c’est énorme…


F.-S. Que faudrait-il faire pour éviter de tels drames ?
P. L.-S. Etre plus sélectif sur les agréments et arrêter l’amateurisme institutionnalisé en matière d’adoption. Un dossier rejeté par la commission peut ensuite être sauvé par un président de conseil général ou un juge. Amateurisme ! N’importe qui peut donc obtenir un agrément. Le taux de refus national est de 10 %, avec 70 % des départements entre 0 et 10 % ! Plus de 30 % devraient être refusés car les régions qui travaillent le mieux ont un taux de refus entre 30 et 40 %. Aucun politique ne veut remettre en question la loi et les enfants en font les frais !


F.-S. Comment agir concrètement ?
P. L.-S. En assumant une sélection efficiente des candidats, en faisant un travail d’appariement des familles : tel enfant pour tel parent, car n’importe quel enfant ne peut pas aller avec n’importe quel parent. Il faut arrêter de s’en remettre au hasard de l’arrivée des dossiers comme le fait l’AFA.


F.-S. Fait-t-on un dossier trop rose de l’adoption par rapport à sa réalité ?
P. L.-S. Bien sûr, et la peopolisation y contribue, l’adoption a une image de conte merveilleux. Les réalités et les difficultés sont mises à l’écart et cela n’aide pas les futurs parents adoptifs qui se retrouvent souvent dépassés par les obstacles qu’ils rencontrent.


F.-S. Une histoire comme celle du petit garçon russe aurait-elle pu arriver chez nous ?
P. L.-S. Non seulement ça aurait pu, mais cela arrive en France. Des enfants qui sont renvoyés avec leur valise à l’ASE cela n’a malheureusement rien d’exceptionnel…


Source: France Soir | 03.05.10

 

En savoir plus

 

- Enfants adoptés, l'envers du décor

- Souffrance dans l'adoption

- Des enfants qu'on jette, des enfants qu'on éloigne