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04/04/2010

Pierre Lévy-Soussan, psychiatre et psychanalyste, met en relief les difficultés de l’adoption internationale. Il préconise d’arrêter les adoptions dans les pays n’ayant pas signé la convention de La Haye.

L-echec-des-parents-adoptifs-est-un-sujet-tabou.jpgLe collectif "SOS Haïti enfants adoptés" dénonce l’indifférence du gouvernement face au sort d’enfants adoptables en Haïti. Qu’en pensez-vous?


Lors d’une catastrophe, la logique humanitaire doit prévaloir et il faut interrompre tout le processus adoptif (moratoire sur les adoptions des enfants venant des pays vicitimes du tsunami). Les adoptions réalisées ou finalisées en urgence peuvent avoir des effets traumatiques sur les enfants et aussi sur les familles. Le moment de la séparation avec le pays d’origine est fondamental pour la réussite du projet adoptif. L’adoption est une mécanique très fragile qui demande du temps.



Quelles sont les difficultés de l’adoption internationale?



Un cadre juridique vulnérable qui peut voler en éclats, des adoptions individuelles en dehors des organismes autorisés pour l’adoption, l’absence de rencontres préalables au jugement d’adoption entre adoptants et enfants… Certains pays, comme Haïti, n’ont pas ratifié la Convention de La Haye qui réglemente l’adoption internationale et prévient le trafic d’enfants. Quand ce texte est appliqué, les Etats vérifient scrupuleusement les conditions de l’abandon, s’assurent que l’intérêt de l’enfant est vraiment la priorité et qu’il n’y a pas de corruption des filières d’obtention des enfants. C’est positif pour tout le monde. Une famille classique a trois piliers: le biologique, le juridique et le psychique. L’adoption, elle, ne repose que sur deux piliers: le juridique et le psychique. S’ils sont fragiles, c’est tout l’édifice qui est menacé.


"Arrêter les adoptions dans les pays qui n'ont pas signé la convention"



Les échecs sont-ils nombreux?



On les évalue officiellement à 1 à 2% du total des adoptions, mais ce chiffre est largement sous-estimé. Comme de nombreux spécialistes, je constate que dans 10 à 15% des cas, les parents adoptifs n’ont pu créer des liens filiatifs avec l’enfant. Cela peut se traduire par des retours dans les services sociaux, des mises à distance (pensionnat à l’année ou enfant confié à un tiers). Mais aucune étude n’existe sur ce sujet. En France, c’est une question taboue. Pourtant, plus on connaît les risques d’échec, plus on a de chance que cela marche.



Comment réduire ces risques?



Il faudrait commencer par arrêter les adoptions dans les pays qui n’ont pas signé la Convention de La Haye. Ce serait un excellent signal pour montrer au monde entier que la France se préoccupe d’abord de l’intérêt des enfants et non de celui des parents en demande d’enfants. On pourrait également réformer la procédure d’agrément. Les conseils généraux chargés de les délivrer sont très peu sélectifs. Un département devrait refuser de 30 à 40% des dossiers. En réalité, le taux de refus moyen est de 10% dans les deux tiers des départements, de 1% à Paris. Les pays d’origine le savent bien: en France, "pour avoir l’agrément, il suffit d’attendre".



La Convention de La Haye prévoit que les enfants soient adoptés en priorité dans leur propre pays. L’adoption internationale a-t-elle vécu?



Tous les pays ne pourront pas, faute de moyens, prendre en charge les enfants délaissés ou abandonnés vivant sur leurs territoires. Mais il est vrai que le visage de l’adoption change. Dans les années 70, les couples adoptaient un bébé. Aujourd’hui, les nourrissons sont plus rares et les parents se lancent dans des projets plus complexes : ils font venir des fratries, des enfants au passé très traumatique et carentiel, des enfants grands. Il est urgent de ne pas les laisser se débrouiller seuls et de créer dans toutes les régions des consultations spécialisées dans les enjeux psychiques de l’adoption.


Source :   Le Journal du Dimanche | 4 Avril 2010

17/02/2010

L’adoption n’est pas une action humanitaire d’urgence

 

Chronique de l Abrincate.jpg

[Via Chronique de l'Abrincate, le blog de Bernard BOETON.]

 

Ci-dessous, le texte rédigé par deux médecins français ayant accompagné une convoi d’enfants adoptés en provenance d’Haïti et ayant transité par la Guadeloupe.



6 heures du matin, Orly, un froid glacial, un aéroport vide,  excepté la porte I, gardée par quelques personnes en civil. Le personnel de la Croix rouge et du Samu sont là, tentent de préparer un espace intime en vue de l’arrivée de 46 enfants au cours de la matinée venant d’Haïti, transitant par la Guadeloupe. Vers 7 heures un premier avion atterri et 26 enfants portés par des adultes, apparaissent enfin. Hagards, sidérés, endormis, fatigués tous enveloppés dans des couvertures, ils sont installés avec douceur dans la partie du Hall qui leur est réservée. Quelques vieux jouets trainent, et accueillent les plus téméraires qui quittent les genoux bienveillants de leurs référents. On leur parle doucement et on leur propose des boissons et des gâteaux. Le calme règne. Pas pour longtemps. Les premiers référents de Guadeloupe partis, les enfants hurlent, s’agrippent, s’endorment subitement, sont pris de panique, s’immobilisent dans des expressions vides. Les adultes regardent. Le personnel des CMUP (cellules médico psychologiques d’urgence) s’inquiètent en voyant émerger au-delà des manifestations réactionnelles assez classiques au vu de la situation, les malaises anciens des enfants. Les plaies psychiques s’ouvrent révélant les amputations affectives récentes et sévères, traces profondes du vécu des enfants, réactivées par l’urgence du transfert.

 

Le personnel administratif et les personnalités politiques des ministères notent la normalité des réactions de ces enfants qui viennent de subir un traumatisme, celui du séisme. Deux regards, deux interprétations, qui se transforment en dialogue de sourd. La vie psychique n’existe pas, la souffrance profonde non plus, seule l’expression réactionnelle, et donc entendez ponctuelle, a le droit de cité : enfants fatigués par le voyage, le décalage horaire, ce qu’ils ont vu et vécu du séisme…

 

Durant l’attente pour remplir les formalités administratives, les psychologues passent voir les parents et leur expliquent progressivement  le vécu des enfants arrivés. Ils iront ainsi tout au long de la matinée les tenir au courant des réactions de leurs enfants.

 

Les rencontres sont pour certaines émouvantes, d’autres effrayantes tant les conditions d’urgence de cette mise en relation, sont en soi un séisme, cette fois psychique.

 

Les référents de Guadeloupe sont surpris de constater que personne ne parle créole et ils pourront à plusieurs reprises calmer les enfants en s’adressant à eux dans leur langue, pour compenser notre impuissance à le faire.  Après leur départ personne ne pourra prendre le relais, certains enfants hurleront pendant des heures, même après la rencontre avec leurs parents adoptifs. Ils devront partir avec cet enfant inconsolable, inapprochable, nous confiant déjà qu’ils ne supportaient plus ses cris et qu’ils auraient besoin de repos. Mais impossible, ils doivent partir avec l’enfant, cela fait déjà 6h, 7 ou 8 heures qu’ils sont là dans ce grand couloir aménagé d’aéroport.

 

Alors que nous entendons dans l’espace public que tout est fait en tenant compte de règles éthiques, juridiques, sévères, nous assistons médusés à la séparation de jumeaux arrivés dans deux avions différents, adoptés dans deux familles différentes ; deux enfants adoptés dans la même famille devenant frère et sœur sans aucune préparation ; des parents adoptifs déchirant une lettre d’une mère de naissance ne souhaitant rien garder du passé ; d’autres ne supportant pas la tenue de l’enfant qu’ils ont rencontré 5 minutes plus tôt et qu’ils changent, le dévêtant, lui supprimant ainsi ce qui faisait office de peau, d’enveloppement sensoriel ; de parents inadaptés psychiquement sans capacités identificatoires à l’enfant ; d’autres s’adressant à l’enfant avec son nouveau prénom sans lui avoir parlé de leur souhait de le rebaptiser tout de suite. Heureusement quelques belles rencontres nous apaisent tel cet homme seul accueillant son petit garçon avec douceur, sans chercher à l’accaparer, lui offrant de belles chaussures qu’il aime exhiber à ses copains, l’obligeant à l’attendre, ce qu’il accepte; ou ce couple avec deux enfants dont une petite fille de 5 ans qui pendant des heures tournera dans le hall, refusant de partir, son père la suivant, attendant qu’elle l’apprivoise.

 

Au regard de toutes nos observations de ce jour, nous confirmons que  l’adoption n’a pas sa place dans un dispositif humanitaire. La logique de sauvetage physique, en tenant compte de l’urgence médicale seulement, ne peut pas être éthique si elle ne prend pas en compte la santé psychique des enfants que nous voulons sauver. L’amputation n’est pas réservée au corps, elle existe dans la vie psychique où la souffrance lancinante empêche tout processus vital. Ici l’amputation est le déracinement, l’arrachement, la précipitation, propre à « l’accélération des procédures d’adoption en cours ». Celle-ci devient un risque majeur d’échec pour la construction du lien de filiation adoptif.

 

Nous déplorons que notre expertise clinique soit inaudible au nom du déni de la vie psychique de l’enfant, de sa construction. « Vous ne pouvez pas en trois minutes dire comment vont ses enfants » avons-nous entendu ce matin là par des personnalités institutionnelles organisant ce dispositif. Vouloir traduire la vie affective des enfants, est en soi insupportable. Personne n’a contrecarré un diagnostic médical fait en trois minutes. Deux santés, pour deux priorités qui ne sont pas à égalité.

 

L’invisible du psychisme nécessite un regard qui repose sur des années d’expérience et de pratique, le refuser, l’ignorer, le dénier est une atteinte direct aux droits des enfants et leur intérêt d’être reconnu dans leur identité de Sujet.

 

Nous demandons à l’exemple d’autres pays, le gel de toute arrivée d’urgence des enfants. Et de prendre des mesures spécifiques propres à l’adoption sans les confondre avec les exigences des sauvetages humanitaires.

 

Dr Pierre Lévy-Soussan  
psychiatre, psychanalyste

Mme Sophie Marinopoulos
psychologue, psychanalyste

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Témoignage du Dr Bydlowski.
Le transport des enfants haïtiens en cours d’adoption par des parents français

12 Février 2010 – Retour de Guadeloupe

 

L’émotion soulevée par le séisme a entraîné les autorités françaises à accélérer les procédures d’adoption en cours.

 

La lenteur habituelle de ces protocoles est en effet impopulaire auprès des familles en mal d’enfant. Elle a cependant sa rationalité : aucune adoption ne peut se réussir dans l’urgence. Il faut en effet respecter la temporalité de l’installation  de la parentalité d’une part et celle de la préparation de l’enfant au moment crucial de la mise en relation avec la famille adoptante et du départ du milieu d’origine.

 

Dans la situation tragique créée par le séisme, des enfants non blessés physiquement sont ainsi évacués d’Haiti par groupes de 50 environ en avion militaire et sans accompagnement.  Ils ont entre 6 mois et 9 ans et presqu’aucun ne parle ni ne comprend le français. Leur stress extrême est une leçon de clinique du traumatisme (incontinence, pleurs, sidération ou au contraire hyper agitation). Les Antilles françaises (Guadeloupe et Martinique) sont la première étape de leur exode, mais aucune structure d’accueil stable n’y est proposée. L’équipe essentiellement  bénévole du CUMPS (cellule  d’urgence médico psychologique) les reçoit et ne doit les garder qu’une nuit. L’urgence prescrite étant de les accompagner au plus vite dans un avion de ligne direction Orly où des parents à peine encadrés les réceptionnent sans accompagnement spécifique. Nouvelle étape puisqu’ensuite les enfants sont répartis dans toute la France. Le risque de solitude des familles adoptantes avec ces enfants qui viennent de traverser des expériences traumatiques est majeur.

 

Le vol AF du 11 février transportait ainsi 19 enfants dont 12 bébés de 6 mois environ et une dizaine d’accompagnants bénévoles (toujours les mêmes) épuisés. On estime que cette semaine 370 enfants auront ainsi  été « traités » ; 130 environ vont suivre dont les dossiers sont en règle. On estime que 400 autres ont leurs dossiers encore en suspens.

 

Les bénévoles du CUMPS témoignent de rencontres potentiellement explosives avec des enfants qui risquent d’être mal acceptés par certains parents ne les ayant jamais rencontrés auparavant, ou bien parce que porteurs de signes de troubles de développement déjà visibles.

La situation, ainsi créée, additionne les traumatismes des rencontres bâclées à ceux de l’effondrement de leur pays, et risque de préparer à l’échec du processus d’adoption. Ajoutons que les services de pédopsychiatrie en France, déjà surpeuplés, auront du mal à faire face à des « urgences adoptives »  immédiates ou différées.

 

Des propositions

1. La création d’une structure d’accueil des enfants haïtiens sur une durée de plusieurs mois en Guadeloupe, en milieu créolophone est une nécessité absolue. Les enfants pourraient y être écoutés, rassurés, soignés. Cette structure permettrait leur bilan et l’évaluation de leur adoptabilité. Elle offrirait aux enfants une expérience de vie collective avec des pairs et la préparation à la rencontre de parents adoptants, sur place, dans un lieu de vie voisin  du pays d’origine.


2. La question de la langue maternelle est essentielle même pour les tout-petits. Il existe en France une communauté de près de 70.000 Haïtiens. Pourquoi ne pas envisager de développer des liens entre ceux-ci et les familles adoptantes, ayant d’ores et déjà accueilli un enfant ? Ces contacts permettraient de développer des espaces de transition, offrant un bain culturel aux enfants, retrouvant par là des repères structurants, dont la perte brutale est pourvoyeuse de traumatismes. Ils permettraient aussi aux parents adoptifs de tisser une histoire favorisant l’accueil des enfants. L’idée est de relancer des processus de vitaux, là où le séisme a semé morts, violences et douleurs.

 

Eloigner purement et simplement, sans accompagnement, ces enfants du lieu de l’horreur est bien insuffisant. Il faut leur donner les moyens, un jour, de pouvoir penser cette expérience, et pour cela, aider les parents adoptifs à soutenir ces processus.

Docteur Monique Bydlowski

 

Communiqué de presse.

Enfants d’Haïti et adoption : du sauvetage au désastre


Le déplacement en urgence des enfants d’Haïti « en cours d’adoption » que la France a conçu comme un processus de sauvetage humanitaire est un nouveau scandale français en matière d’adoption internationale. D’autres pays ont fait le choix du gel de toutes les procédures en cours afin d’éviter les maltraitances et les trafics d’enfants. Après le tirage au sort des enfants par l’Agence Française de l’adoption, l’arche de Zoé, les agréments  obtenus contre l’avis des professionnels par intervention d’un politique, voilà maintenant l’adoption en lieu et place d’un sauvetage humanitaire.


La logique de sauvetage physique, en tenant compte de l’urgence médicale seulement, ne peut pas être éthique si elle ne prend pas en compte la santé psychique des enfants que nous voulons sauver. L’amputation psychique des enfants d’Haïti propre au déracinement, à l’arrachement, la précipitation, propre à « l’accélération des procédures d’adoption en cours» est une pratique inadmissible contre l’enfant et la famille adoptante qui mèneront à des échecs d’adoption dramatiques.


Que sommes nous devenus, les adultes d’aujourd’hui pour imaginer qu’un enfant se possède, s’achète, se prend, se consomme, se livre « en urgence » au mépris de sa temporalité psychique et des étapes légales indispensables garantissant sa légitimité ? Que se passe t-il pour que nous pensions que des enfants âgés de 6 mois à 9 ans déracinés, arrachés à leur culture, dans une précipitation salvatrice au nom du séisme dramatique qui a touché Haïti, ne puissent retrouver le bonheur, qu’en France, dans une famille adoptive ? Pourquoi l’adulte d’aujourd’hui est incapable de penser que l’enfant qui vient de vivre une catastrophe naturelle, est profondément traumatisé et que son statut de survivant l’oblige d’abord à se retrouver parmi « les siens » au sens large : dans son pays, d’entendre sa langue, de sentir ses odeurs, de se retrouver dans sa communauté d’enfants,  pour se restaurer, revivre? Pourquoi les futurs parents adoptifs n’ont pas fait une chaine de solidarité, envoyant des dons massifs, pour que les enfants restent dans leur pays dans une zone non touchée, et soient pris en charge médicalement, psychologiquement, matériellement dans leur pays avant tout ?


Il n’y avait pas urgence à transférer ces enfants en France dans les conditions auxquelles nous avons assistées lors de l’arrivée de 46 enfants sur les 363 arrivés. Ce que nous avons vu et entendu à l’aéroport d’Orly le 11 février 2010 n’est pas digne d’un pays d’accueil, civilisé, qui respecte les enfants de toutes origines, leurs donne des droits et s’occupe de leur intérêt.


L’intérêt de l’enfant, ce thème majeur dans la protection de l’enfance, est en perte de sens depuis longtemps et ce 11 février 2010 en est la démonstration vivante. Cet accueil, plus exactement cette « livraison », vient sceller notre surdité face aux besoins des enfants et leur intérêt majeur. Perdus, les enfants tout juste arrivés, oscillent entre se taire comme ultime réflexe de survie en plongeant dans une hypersomnie, des états de sidération, de prostration ;  ou bien hurler à en perdre la voix pendant des heures, s’agitant, marchant le regard perdu, hagard, n’attendant plus rien de ce monde adulte qui ne veut pas les entendre dans leurs besoins premiers. La chronologie des troubles, qui n’existaient pas avant le départ d’Haïti, permet d’évoquer une cause traumatique aigue, précoce, liée au déplacement dans l’urgence des enfants, sans aucune préparation psychique. Ces états traumatiques ne sont pas liés directement aux conséquences du séisme ni aux conditions de vie après. De tels états ne sont presque jamais observés avec une telle intensité ou sur un aussi grand nombre d’enfants dans les suites d’une catastrophe naturelle.


Pendant que nous imaginons être des sauveteurs d’enfants, le monde nous regarde agir, juge nos passages à l’acte et fera le bilan. Les plus graves conséquences seront subies par les enfants et leurs familles et les années à venir révéleront des échecs d’adoption que nous avons fabriqués de toutes pièces.  La « livraison » des enfants d’Haïti va laisser de lourdes traces dans l’histoire de l’adoption internationale en France.


Sophie Marinopoulos et Pierre Lévy-Soussan


Source: Chronique de l'Abrincate.

 

- "Adopter n'est pas un acte humanitaire"
Lors de crises humanitaires, généralement, toutes les procédures d'adoption sont gelées.
Youphil | Julie Schneider | 11/01/2011

 

- Haïti : urgence, traumatisme et adoption

Depuis une quinzaine de jours, des enfants arrivent à Orly et Roissy ; 70 % ont moins de trois ans. 7, 30, 40, 61 enfants selon les vols sont ainsi débarqués en France depuis le tremblement de terre d’Haïti. Ils sont hagards, prostrés, tenus dans les bras de secouristes tout aussi bouleversés et silencieux face à des enfants qui ne réagissent pas, qui ne réagissent plus. Sont-ils toujours vivants, psychiquement ?

Ces enfants, ces tout-petits, ces bébés même, ont vécu un événement traumatique majeur. Il ne s’agit pas tant du tremblement de terre que des conséquences néfastes de celui-ci sur leur vie et leurs repères. En quelques heures, ils ont été dans le chaos total d’un tremblement de terre, avec des adultes perdus, submergés de peine, de désespoir et d’impuissance. Certains  sont blessés, d’autres ont erré seuls pendant des heures, d’autres abandonnés …

Ils se trouvent en situation de deuil traumatique non seulement parce qu’ils ont été confrontés à un risque de mort imminente mais surtout par ces multiples pertes qu’ils ont dû subir en quelques jours : perte de leurs figures d’attachement, de leurs repères et comme si cela n’était pas suffisant, perte de leurs racines, de leurs habitudes.

Ce n’est pas tant la catastrophe de ce tremblement de terre que la manière dont ses conséquences ont été traitées qui risque de faire une trace traumatique durable dans leur histoire de ces enfants.

De l’autre côté, il y a des parents qui sont à des niveaux d’élaboration de leur parentalité bien différents : de rares parents ont déjà rencontré leur enfant (12%), la majorité ne les connaît qu’en photos (63%) et certains ont juste un prénom mais pas même une photo (25%). Il y a aussi des frères et des sœurs bouleversés dans leur rapport à cet enfant venu d’ailleurs et, pour certains, dans des états de réactivation traumatique de leur propre histoire d’enfants adoptés.

Le tremblement de terre et le retour des enfants ont violement court-circuité leur démarche  d’adoption.

Dans un tel contexte, comment penser la rencontre entre cet enfant et ces familles ?

Comment pouvoir s’imaginer qu’en quelques heures, dans un aéroport aux conditions d’accueil précaires, tout ce processus de construction autour de cette nouvelle filiation va pouvoir se faire ? Comment ne pas craindre les effets de déculturation et de désaffiliation si aucune étape n’est prévue avec du temps pour que chacun, enfant et parents, aille l’un vers l’autre ?

Les conséquences traumatogènes d’un tel événement (le tremblement de terre ET cette adoption précipitée) dépendront de ce qui pourra leur en être dit, de ce qui pourra être mis en place pour réassurer au plus tôt ces enfants et leur permettre d’intégrer ces multiples ruptures subies.

Ce qu’ils viennent de vivre se surajoute tout en réactivant les traumas antérieurs. Et l’adoption n’annulera pas la dette traumatique, même avec un amour infini des parents adoptants.

 

Enfance Majuscule
enfancemajuscule@wanadoo.fr

 

- Quitter Haïti en catastrophe ne peut être qu’un traumatisme surajouté pour des enfants qui ont vu leur pays s’effondrer.
Le point de vue de Bernard Golse, pédopsychiatre.
Via Osi Bouaké.




- L'adoption n'est pas de l'aide humanitaire. Opération "Baby Lift" à Haiti.
Via United Adoptees International - News.

 

08/02/2010

Comment les jeunes errants mettent le travail social en difficulté

logo Lien Social.jpg

Mineurs en fugue, en rupture de famille ou de placement, jeunes adultes en pleine dérive, ils déstabilisent souvent les travailleurs sociaux car certains… ne leur demandent rien ! Avant d’errer dans la vie, ces jeunes ont tous commencer par errer dans leur tête, et c’est là qu’il faut les aider. Après, c’est beaucoup plus difficile. Surtout pour ceux qui, de chute en chute, s’enferment dans une véritable carrière d’errant, allant alors de la mort sociale à la mort tout court. Il revient aux acteurs sociaux la responsabilité d’inventer de nouvelles réponses, et, de faire émerger des solutions dans une dynamique d’intelligence collective où chacun ait sa place : les institutions dans leur capacité à s’adapter et à descendre de leur tour d’ivoire, les professionnels dans l’imagination de nouvelles pratiques et les jeunes dans la reconstruction de leur personne.

 

Il apparaît difficile de définir à la fois ce qu’est l’errance et qui sont les jeunes errants. Le phénomène de l’errance peut tout d’abord être compris dans son sens restrictif. Il s’agit alors d’une vie dans la rue qui s’identifie à une désinsertion grave. Mais il peut aussi être perçu au sens large de ces jeunes sans occupation ni ressort de vie, qui vont traverser à un moment de leur existence une situation d’instabilité. L’errance peut être soit immobile et se situer dans tel quartier, tel centre ville, la plupart du temps dans le secteur géographique où le jeune a grandi. Elle peut encore se faire mobile et itinérante, sans but précis ni itinéraire construit, mis à part les regroupements dans les grandes villes festivalières qui sont au contraire très recherchés.


Cela peut autant être un parcours chaotique qu’un simple passage sans qu’il y ait d’ordre logique de transition de l’un à l’autre. Ce peut encore être un choix de vie délibéré marqué par une volonté de rupture, mais aussi un destin subi.
L’errance constitue en fait cet espace entre le pôle d’une insertion suffisamment stable, car basée sur des revenus et un logement, et le pôle de la désaffiliation extrême.


Aussi compliqué est le repérage exact du profil de la population concernée par l’errance. Il est délicat de dresser un portrait-type de ces jeunes tant leurs situations sont diverses et complexes. On identifie malgré tout quelques constantes. L’errance ne menace pas dans les mêmes proportions tout un chacun. Ce qui joue beaucoup ce sont les fragilités de certaines personnalités qui s’exposent bien plus que d’autres à cette dérive. Souvent, cela commence par un éclatement familial, un traumatisme ou une rupture. À partir d’un tel évènement, on assiste à une succession de décrochages progressifs : désinvestissement scolaire, conflit avec les proches, prise de produits psychotropes. Les difficultés apparues dès la petite enfance se traduisent à l’adolescence par une impulsivité et une faible tolérance à la frustration, qu’aucun cadre ne vient contenir. Le monde de la rue et sa liberté apparente jouent comme un puissant attractif : faire ce que l’on veut quand on le veut, quoi de plus attirant ? Mais, c’est là surtout un support à une véritable fuite en avant : s’enfuir toujours, ne jamais se retourner de peur d’être rattrapé par ses angoisses. Bien sûr, il y a ces voyages initiatiques popularisés dans les années 60 avec des destinations tel Katmandou. Mais cela ne recouvre pas la réalité du phénomène contemporain vécu par les jeunes dont il est question ici. Ceux-ci sont le plus souvent « errants » dans leur tête avant de l’être dans leur vie ! Le mode d’existence auquel ils sont soumis n’est pas vraiment fait pour les aider. Les supposées solidarité et fraternité que cet univers offrirait se traduisent en réalité en une simple somme de misères individuelles, de souffrances additionnées et de dérives confrontées. Comme le dit le sociologue François Chobeaux [Dans les Nomades du vide] « l’errance se résume très vite, une fois passées les premières sensations de toute-puissance et d’affranchissement à un vide stérile et angoissant ». C’est alors ce parcours vain qui s’apparente à un tragique jeu de l’oie où l’on passe inlassablement d’une case à une autre : hébergement chez des ami (e) s, puis dans les institutions sociales, puis dans la famille, une hospitalisation, la prison, un hôtel, une cave, une chaufferie, puis à nouveau chez des ami (e) s, dans une logique infernale de circuit fermé.


À ce stade, le jeune peut arriver à s’en sortir. Les solutions existent qui lui sont proposées par des relais institutionnels (mission locale, Fonds d’aide aux jeunes…). Mais il n’est pas rare qu’il échoue dans ses efforts. Ce qui le guette alors, c’est bien l’enfermement dans une carrière d’errant avec à la clé deux types de comportements autodestructeurs : éviter ou mettre en échec toutes les solutions qui sont proposées, et se ” suradapter ” aux dispositifs permettant la survie au jour le jour sans jamais arriver à se stabiliser. Perte des repères communs, dégradation relationnelle, déchéances physique et psychique, problèmes d’alcool ou de toxicomanie, difficulté de santé, confrontation à la violence et aux dangers de la rue… peuvent aboutir à une véritable mort sociale et une durée de vie écourtée.


Les institutions au défi de l’errance

L’errance a le don de venir percuter la société et plus particulièrement le travail social, tant dans ses habitudes de fonctionnement que dans ses dysfonctionnements.
Ainsi, de nos professions habituées à répondre à une demande des usagers et qui sont confrontées à des jeunes errants qui ne sont pas toujours demandeurs ! Mais ce n’est pas parce qu’ils ne formulent pas de désir qu’on ne peut rien leur proposer. Qui plus est, si leur désir se trouve en pleine contradiction avec nos logiques traditionnelles : accueillir sans n’avoir à offrir qu’une présence n’est pas une pratique à laquelle nous sommes très habitués. Ce sont là pourtant les modalités choisies par les structures dites de ” bas seuil d’exigence ” qui proposent une aide au jour le jour, sans contrepartie. Pour y être admis, nul besoin de parler de son passé. L’anonymat y est la règle. L’inconditionnalité du séjour ne trouve ses limites que dans la seule violence jugée inacceptable. Se mettre à l’abri, se poser quelques heures, pouvoir entreposer ses paquets et ses sacs, se doucher, se raser, laver et sécher ses affaires, se domicilier : ici pas d’exigences en matière d’insertion ultérieure, pas d’obligation en matière de sacro-saint « projet ». Cela ne signifie nullement que rien de plus élaboré ne peut se construire. Simplement, ce n’est pas un préalable à l’accueil. Face à des personnes ayant perdu les principaux repères de la vie, il faut aux intervenants la patience et la tolérance d’accepter leurs échecs. Alors même qu’un travail de longue haleine serait nécessaire, ce qui prévaut c’est leur instabilité et la discontinuité de leur existence. Obligation est faite alors aux intervenants de faire avec, de travailler sur l’existant : constituer un lieu de passage, un abri où le jeune saura trouver un accueil chaleureux, tel est le premier maillon qui débouchera peut-être sur une réinsertion, qui constituera peut-être la base d’un nouveau départ. Mais, ce n’est qu’une possibilité offerte, jamais une condition.


L’errance pointe aussi les limites des institutions, chacune ayant une nette tendance à se replier sur le champ de ses compétences face à des jeunes errants qui s’instillent justement dans les interstices. L’accueil, la protection de l’enfance, l’ordre public, la santé, la formation, le logement… se trouvent ainsi interpellés au travers d’un nombre considérable d’acteurs qui rendent la réponse à la problématique de l’errance particulièrement compliquée à mettre en œuvre. Comme le dit avec beaucoup d’humour Laurent Barbe, consultant du COPAS : « les jeunes en errance n’ont pas la décence de respecter le subtil ordonnancement des champs de compétence issus de la décentralisation et de s’adresser à la bonne porte ». C’est alors le jeu de la « patate chaude », chaque structure renvoyant le problème à son voisin. L’expérience montre pourtant qu’avec ce public, plus qu’avec tout autre, il est fondamental de rentrer dans une logique de réseau. S’il ne s’agit pas de limiter l’offre de service à un guichet unique qui contraindrait ces jeunes à une seule réponse possible, il est nécessaire néanmoins que les partenaires entrent en relation les uns avec les autres, articulent leur intervention et proposent un dispositif qui soit complémentaire et non concurrent, cohérent et non contradictoire. Cela signifie un décloisonnement entre les différentes institutions d’abord, mais aussi entre le social, l’économique et le politique, ainsi qu’entre les différents territoires. Imaginer aujourd’hui des liaisons souples et opérationnelles entre les différents intervenants issus des diverses institutions implique une large part laissée à leur autonomie et une moindre prégnance des hiérarchies respectives des uns et des autres qui renonceraient à tout vouloir contrôler, vérifier, valider.
Décidément, ces jeunes errants nous confrontent à bien des questionnements sur notre société et sur notre mode de fonctionnement professionnel.


Est-il légitime de vivre sans travailler, ni avoir un logement ? Face à une image familiale en pleine mutation qui a vu disparaître le modèle unique père + mère, comment mieux prendre en compte les difficultés d’identification qui se traduisent par une plus grande fragilisation à l’adolescence et au début de l’âge adulte ? La précarisation grandissante qui rend de plus en plus compliquée l’autonomisation des jeunes majeurs par l’accès au travail et au logement ne démontre-t-elle pas le facteur essentiel joué par la crise d’accès à l’âge adulte ?
Mais, il faudra pour relever le défi de l’errance de certains jeunes, ne pas hésiter à remettre en cause nos schémas traditionnels d’intervention et d’organisation pour les faire correspondre à cette problématique originale. Doit-on intervenir auprès des personnes qui refusent les règles sociales ordinaires ? Jusqu’où ? Comment renouer un contact avec eux ? Ne nous sommes-nous pas fourvoyés en proposant de nous occuper des enfants à la place des parents ? Ne vaut-il pas mieux aider les parents à faire face à leur fonction ?


Il nous revient la responsabilité d’inventer de nouvelles réponses et de faire émerger des solutions dans une dynamique d’intelligence collective où chacun aura sa place : les institutions dans leur capacité à s’adapter et à descendre de leur tour d’ivoire, les professionnels dans l’imagination de nouvelles pratiques et les jeunes dans la reconstruction de leur personne.

 

Par Jacques Trémintin.

 

Source: Lien Social.

 

10:24 Écrit par collectif a & a dans Avis d'expert | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : enfance, adolescents, errance, france | |  del.icio.us

27/01/2010

Quitter Haïti en catastrophe ne peut être qu’un traumatisme surajouté pour des enfants qui ont vu leur pays s’effondrer

Via Osi Bouaké
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Le point de vue de Bernard Golse, pédopsychiatre

Quitter Haïti... oui, mais comment ? (ou d’un tremblement de terre à l’autre)



Une fois de plus, hélas, l’amour risque de faire ses ravages, ou plutôt l’amour mal compris ! Quitter Haïti en catastrophe, ne peut être qu’un traumatisme surajouté pour des enfants qui ont vu leur pays s’effondrer - dans toutes les acceptions du terme.


Quitter son pays, soudainement, quand celui-ci se trouve en plein désastre, ne va de soi – bien évidemment – pour personne. Quitter son pays en plein désastre pour être accueilli par sa future famille d’adoption, à l’autre bout du monde, pose encore davantage de problèmes, et ceci même en cas de « dossiers déjà finalisés », selon le terme que nous ressassent à l’envi les media dégoulinants de bons sentiments dont on sait à quel point ceux-ci peuvent se révéler à double tranchant !


Faire le voyage tout seul, transiter par des aéroports étranges et surtout inconnus, être empêché de s’exprimer authentiquement du fait d’une gangue de pseudo-bonté « politically correct », être accueilli entre deux portes par des parents angoissés, tout ceci ne peut que venir aggraver le fait central qui tient en ceci, que mal quitter son pays d’origine, ne prépare en rien à bien arriver dans son pays d’accueil.


Qui peut dire si ces enfants ne s’en voudront pas toute leur vie d’avoir abandonné leurs familles d’origine ou les adultes qui prenaient soin d’eux, dans des souffrances qui leur auront été, à eux évitées, mais au risque de se sentir coupables d’être rescapés et survivants ? Que l’on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas, puisque, bien sûr, je me réjouis, comme tout un chacun, que ces adoptions aient pu, en dépit de tout, être menées à bien.


Je dis seulement que les circonstances exceptionnelles - et extraordinairement douloureuses - qui viennent de survenir, devraient nous amener, vis-à-vis de ces enfants en instance d’adoption, à laisser, paradoxalement ( ?), un petit peu plus de temps au temps afin qu’ils aient le temps de penser, de parler et d’écouter, urgence absolue, à mes yeux, avant même que de partir.


Tout enfant, quel que soit son âge, a le droit de comprendre ce qui arrive, ce qui lui arrive. Les mots, mais aussi les gestes de tous les jours, sont le vocabulaire d’un texte qui ne peut être compris dans l’instant, et qui a besoin de temps pour faire son chemin dans l’esprit de ces enfants gravement traumatisés.


Comment quitter son pays dévasté, comment quitter ceux qui ont veillé sur soi avant et pendant la catastrophe qui est venue redoubler la catastrophe première de l’abandon, sans savoir ce qu’il en est vraiment, et ce qu’il advient de ce pays et de ces personnes ? Les souvenirs futurs ne peuvent jamais être apaisés qu’en prenant le temps, maintenant, d’inscrire dans sa mémoire ce qui vient de se passer et à quoi on ne peut rien.


Vouloir absolument protéger les enfants de cette étape, ne traduit, à mon sens, que la peur des adultes des enfants qu’ils craignent eux-mêmes d’avoir été et dont ils se disent, souvent à tort, qu’ils n’auraient peut-être pas su vivre et supporter l’insupportable. Telle est cette peur tenace de l’enfant qu’on craint soi-même d’avoir été, qui nous empêche de renoncer à notre pouvoir sur les enfants, sous le prétexte fallacieux qu’ils n’auraient pas les ressources personnelles suffisantes pour faire face, pour faire face d’abord et toujours. Cet impossible renoncement à notre pouvoir sur les enfants ne fait, au fond, que traduire cette part d’agressivité et d’ambivalence foncière envers l’enfance qu’on prive si souvent d’actualiser ses compétences en proclamant sa vulnérabilité, et en se précipitant de vouloir toujours la protéger de tout danger externe, au risque d’intensifier, du même coup, les menaces et les insécurités internes. Il n’ y a jamais d’urgence à partir.


L’urgence est d’avoir le temps de voir, et de savoir… afin de savoir ensuite qu’on n’est pas coupable de ce qui a eu lieu, ni coupable de partir. Il me semble que si l’on parvient à envoyer plus de 15000 soldats pour maintenir un semblant d’ordre social, on aurait pu, peut-être, trouver quelques centaines de personnes aptes à parler aux enfants, à mettre des mots sur les images, et à offrir les gestes susceptibles de restaurer leur confiance dans la relation. Mais peut-être est-ce là trop demander … La précipitation, par essence, arrive toujours la première ! D’un tremblement de terre à l’autre, c’est toujours de la Terre-Mère dont il s’agit, c’est-à-dire des images parentales qu’il est, finalement, si difficile de quitter, si facile de perdre, mais aussi si délicat de construire ou d’édifier.


Bernard GOLSE
Pédopsychiatre-Psychanalyste / Chef du service de Pédopsychiatrie de l’Hôpital Necker-Enfants Malades (Paris) / Professeur de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université René Descartes (Paris 5) / Inserm, U669, Paris, France / Université Paris-Sud et Université Paris Descartes, UMR-S0669, Paris, France / LPCP, EA 4056, Université Paris Descartes / CRPM, EA 3522, Université Paris Diderot / Membre du Conseil Supérieur de l’Adoption (CSA) / Ancien Président du Conseil National pour l’Accès aux Origines Personnelles (CNAOP) / Président de l’Association Pikler Loczy – France / Président de l’Association pour la Formation des Psychothérapeutes Psychanalytiques de l’Enfant et de l’Adolescent (AFPPEA).



Publié sur OSI Bouké 27.01.2010.

 

- Commentaires intéressants de Sandrine Dekens, psychologue spécialisée en ethnopsypsychiatrie
[“Agir dans la précipitation serait absolument catastrophique” - Blog Le Monde - Haïti après le séisme - 18 janvier 2010]


"Hervé Boéchat du SSI est quelqu’un de toujours très intéressant et pertinent. Pour avoir bien suivi l’affaire de l’arche de Zoé (et pris la parole à cette occasion), j’ai l’impression qu’il y a cette fois, davantage de prises de position de la part des professionnels du champ et également de la part de parents adoptants, que nous sommes de plus en plus nombreux à exprimer nos réserves face à l’adoption comme "compulsion" au sauvetage d’enfants."

"Je reviens sur l’article du SSI particulièrement censé et intéressant [L’adoption ne doit pas être une réponse émotionnelle à la catastrophe]
Boéchat y formule une inquiétude que je partage quant à l’état psychologique dans lequel seront les enfants haïtiens adoptés à leur arrivée en France. Ce sont des enfants en état de fort stress post-traumatique lié à la catastrophe et aux conditions de survie, qui vont se trouver propulsés dans un autre monde, alors que la plupart d’entre eux n’ont jamais approché physiquement une personne blanche. En tant que psychologue, je m’interroge sur leurs capacités psychiques à surmonter cette accumulation de traumatismes, et affirme qu’il est indispensable que ces enfants soient vus par des professionnels dès leur arrivée, qui les aideront à surmonter ces épreuves. Certains parents ne tarderont pas à s’en apercevoir car l’enfant traumatisé montrera qu’il va mal (plaintes et atteintes somatiques, cauchemars et terreurs nocturnes, problèmes cognitifs et affectifs, dépression, agitation etc.). D’autres ne manifesteront pas toujours de réaction au trauma, mais le traumatisme créé une fragilité psychique susceptible d’être violemment réactivée des années plus tard, au détour d’un événement qui peut paraitre anodin. Nous savons combien la capacité à dépasser un état post-traumatique et pour grande partie liée à l’inscription dans un groupe, un collectif social (cf Cyrulnik, Moro, Feldman, etc), qui donne sens aux événements, et où l’individu partage le même destin social que ses semblables. Les enfants haitiens traumatisés vont se retrouvés isolés, éloignés de leurs semblables, et donc privés de certaines capacités de récupération. Ils auront sans conteste, besoin de soins."


Source : OSI Bouaké. 21.01.2010.

 

- Traumatisme et adoption, un regard clinique. Sandrine Dekens.
Les événements récents survenus en Haïti amènent aujourd’hui des enfants de ce pays à arriver en urgence en France pour y être adoptés. Cette succession d’épisodes bouleversants dans la vie d’un enfant conduit à un cumul de risques traumatiques, non équivalents entre eux, très fortement susceptibles de produire une importante blessure psychique, qui peut rester invisible et qui nécessite une prise en charge professionnelle sans délai. Après la publication du texte de Bernard Golse sur ce sujet (Lire son article du 25/01/10), j’ai souhaité lui emboiter le pas et revenir sur les conséquences cliniques d’un tel cumul.
La suite sur OSI Bouaké | 29 janvier 2010


Haiti Position Unicef 2010.jpg- Adoption et protection de l'enfance en Haïti : la position de l'Unicef

La protection des enfants d’Haïti est une priorité de l’Unicef. La situation à Port-au-Prince et dans les environs rend les enfants restés sans soutien parental ni familial particulièrement vulnérables.
Ce contexte favorise l’activité des trafiquants, ceux qui facilitent l’adoption illégale ou ceux qui essaient d’exploiter la situation et de contourner les standards nationaux et internationaux de façon à sortir pour leur seul profit les enfants du territoire haïtien.
Des informations sur de telles pratiques sont déjà en cours d’investigation.
Communiqué Unicef France | 28.01.2010

 

- Communiqué de SOS Villages d’Enfants quant à l’adoption internationale à la suite du tremblement de terre en Haïti
Lors d’une urgence catastrophique comme celle du tremblement de terre en Haïti, des images d’enfants blessés et vulnérables, affamés et traumatisés, éveillent de grandes émotions. Nombreux sont ceux qui réagissent et souhaitent donner instinctivement à ces enfants ce qu’ils ont perdu en apparence : la sécurité, l’amour et une famille aimante. Dans de telles circonstances, les demandes urgentes et les offres d’adoption sont nombreuses et compréhensibles.
SOS Villages d'Enfants International | 25/01/2010


- Tremblement de terre en Haïti :  Le cas de l'adoption internationale.

Position du Centre international de référence pour les droits de l’enfant privé de famille (SSI/CIR). 18 janvier 2010.

 

- Adoption is a last resort. L’adoption ne doit être que la dernière chance, le dernier recours.
Marlène Hofstetter, Terre des hommes
La priorité est la protection des enfants.

 

- Amnesty International sur Haïti : Les droits humains doivent être au coeur des efforts de reconstruction
...
Amnesty International a dressé une liste de points sur lesquels tous les acteurs concernés devront être particulièrement vigilants au cours de la phase de distribution de l'aide d'urgence et des premiers stades de la reconstruction :

Protection des enfants contre les violences, l'exploitation et la traite
Les enfants sont parmi les membres les plus vulnérables de la société et, lors d'une crise humanitaire, leur vulnérabilité augmente de façon significative en raison de la violence, des exactions, de la séparation des familles ou du handicap. La séparation des familles et la destruction des écoles et des villages ont laissé des milliers d'enfants privés de leur environnement protecteur. Sans lui, ils risquent de devenir la proie de réseaux de trafiquants et d'exploiteurs qui opéraient déjà en Haïti avant le tremblement de terre.
Des enfants séparés de leurs familles pourraient être considérés à tort comme orphelins et faire l'objet de procédures irrégulières d'adoption. Selon la Convention de La Haye sur les adoptions internationales, l'adoption internationale ne doit être envisagée qu'en dernier ressort, lorsque toutes les alternatives à l'intérieur du pays ont été épuisées et seulement après constat par les autorités compétentes de l'absence de parent ou de tuteur pour s'occuper des enfants. Le risque existait déjà avant le tremblement de terre mais il pourrait être amplifié maintenant, étant donné l'intérêt manifesté par les familles d'autres pays qui souhaitent répondre à la détresse des enfants orphelins d'Haïti en les adoptant. Les institutions haïtiennes n'étant pas en mesure dans la plupart des cas de déterminer si l'adoption est la solution la mieux adaptée et de veiller au respect des droits des enfants, des réseaux d'adoption illégaux pourraient se développer. Les autorités haïtiennes, avec le soutien de la MINUSTAH (Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti), doivent s'assurer que des mécanismes et des garanties appropriés sont mis en place pour empêcher que des enfants ne soient emmenés hors de leur pays sans passer par une procédure légale complète d'adoption internationale.
News Press | 28.01.2010

 

- Le Conseil des droits de l'homme débat de l'importance d'une approche fondée sur les droits de l'homme après le séisme en Haïti
...
M. DERMOT CARTY (Fonds des Nations Unies pour l'enfance - UNICEF) a fait remarquer que l'ampleur du séisme à Haïti a eu un impact extrêmement important sur les enfants haïtiens, dans un contexte où la réalisation des droits de l'enfant était déjà compliquée. Ces enfants font aujourd'hui face à des risques accrus de malnutrition et de maladie, ils sont vulnérables à la traite et à l'exploitation sexuelle. Le représentant de l'UNICEF a attiré l'attention sur la situation particulière d'enfants qui se retrouvent aujourd'hui sans parents, sans famille, des enfants qui sont plus que jamais vulnérables au trafic ou à l'adoption illégale. Avant le séisme, un nombre alarmant d'enfants étaient orphelins ou abandonnés, surtout pour des raisons économiques, a-t-il rappelé. Les enfants des rues, ainsi que ceux travaillant comme domestiques, étaient également nombreux. La vente et le trafic d'enfants faisaient malheureusement partie de la réalité. Avec le séisme, les préoccupations d'UNICEF pour tous ces enfants se sont accrues.

Le représentant de l'UNICEF a souligné l'importance de répondre rapidement à cette situation. Il faut enregistrer ces enfants et promouvoir la réunification avec leur famille. Il est impératif d'interdire que des enfants haïtiens soient sortis illégalement du pays. Cette préoccupation, déjà soulevée par l'UNICEF avant la catastrophe, est aujourd'hui plus forte que jamais. Il faut empêcher les séparations non nécessaires avec les familles. Il faut nourrir les enfants, les loger et leur offrir un soutien émotionnel. L'UNICEF s'engage dans ces efforts.
Source: United Nations Office of the High Commissioner for Human Rights (OHCHR)
ReliefWeb | 27 Jan 2010


- L'adoption n'est pas de l'aide humanitaire. Opération "Baby Lift" à Haiti.
Via United Adoptees International - News.

23/01/2010

"Adoption is a last resort" L'adoption est le dernier recours. La priorité, sur place, est donnée au regroupement familial, retrouver un oncle, une tante, des cousins.

adoption is a last resort.JPGFlying planeloads of newly orphaned children out of Haiti is “reprehensible”, an adoption expert tells swissinfo.ch.

"L'adoption ne doit être que la dernière chance"


Marlène Hofstetter, head of international adoption at Lausanne-based organisation Terre des Hommes – Child Relief, warns of the dangers of rushing adoption procedures and says Swiss regulations are unsatisfactory.



The 7.0-magnitude earthquake that struck Haiti on January 12 may have killed 200,000 people, with aid agencies estimating that tens of thousands of children had been orphaned.



Even before the quake, Haiti - one of the world’s poorest countries - had 380,000 orphans, according to the United Nations Children’s Fund (Unicef).



Some children lost their parents in previous disasters, including tropical storms and hurricanes that hit in 2004, 2005 and 2008.



Others were abandoned amid the Caribbean nation’s long-running political strife, which has led thousands to seek asylum in the United States – without their children – or by parents who were simply too poor to care for them.



swissinfo.ch: Is the adoption of Haitian children now going to boom?



Marlène Hofstetter: People are making enquiries into how they can adopt a child from Haiti – especially from countries where adoptions from Haiti had already been made.



swissinfo.ch: Wouldn’t it be a good thing for Haitian orphans to be able to escape poverty, homelessness and violence and come to a Swiss family?



M.H.: First of all you have to clarify that they are in fact orphans and don’t have other family members – uncles, aunts and so on – who could look after them.

You also have to check what condition the children are in. If they’re traumatised, it’s not necessarily advisable to whisk them out of the country and place them with a new family.



swissinfo.ch: On Thursday a Dutch adoption agency flew more than 100 children out of Haiti to start new lives in the Netherlands.



M.H.: I find it reprehensible when planes full of children fly out of Haiti. From what I’ve heard, only 55 of these children have been involved in an adoption proceeding. For some of the others, adoptive families haven’t even been proposed.



swissinfo.ch: Belgium wants to facilitate the adoption of Haitian children for families who had begun proceedings before the earthquake. Switzerland is also prepared to speed up adoption processes already in motion. Is that a good idea?



M.H.: It always depends on what you mean by speed up. In any case the situation of every individual child must be thoroughly examined – including now, after the earthquake.



There must be cooperation with the Haitian authorities. We can’t go about things like the Dutch, simply removing children from Haiti. The authorities must approve every adoption, so that children have the necessary papers for their adoption.



swissinfo.ch: The French foreign minister has warned rash adoptions could lead to accusations of “abduction”.



M.H.: In France there is talk of more than 1,000 children being involved in adoption processes – and it’s clear that such a number can’t leave Haiti all at once. The French authorities have also explicitly stated that they want to work with the Haitian authorities. The process will thus last a while.



French families wanting to adopt are certainly exerting a lot of pressure on the government to enable the children to leave Haiti. Paris initially said that for the time being all adoptions had been stopped – they’ve now changed their stance a bit.



swissinfo.ch: Haitian children are as a rule black. Does this create problems in Switzerland?



M.H.: I don’t think so. When they grow up it’s another story. It’s obviously not written on their forehead that they’re adopted and Swiss.



Of course they’ll have to reckon with xenophobic comments, but that comes from the fact that they are different, which can apply to any child whether they’re from Nepal, India or Thailand. It needn’t necessarily be a question of skin colour. But sure, anyone who looks different will encounter racism, be they adopted, an immigrant or an asylum seeker.



swissinfo.ch: In that case should we not refrain from adopting children with different colour skin or from other cultures?



M.H.: Adoption is a good solution and should in principle be employed to protect a child when there really is no other solution in his or her country – when the only alternative is growing up in an orphanage. In that case international adoption is a good solution, but only as a last resort.



You also have to bear in mind the age of the child and whether he or she is traumatised. It’s not advisable to remove traumatised children from their homeland and bring them to “well-ordered” Switzerland, where no one can imagine what they have gone through.



swissinfo.ch: Are Swiss requirements sufficient for potential adoptive parents?



M.H.: No. In many European countries parents have to attend preparatory courses, which can last several months, where it is explained in detail what adoption is and what they can expect to face.



That’s not the case in Switzerland. Yes, there’s a bit or preparation during the clarification process carried out by the cantons, but this varies greatly. Detailed preparation isn’t really carried out here.



Jean-Michel Berthoud, swissinfo.ch (Adapted from German by Thomas Stephens)


swissinfo.ch | 23.01.2010

 

- Séisme Haïti. Le point sur l'adoption avec La Voix de l'enfant.
Martine Brousse. Directrice de La Voix de l'Enfant.
aufeminin.com 25.01.2010

 

- Haïti : l’adoption, une question publique et pas seulement privée
Trouver le ton juste s’agissant du sort à réserver aux enfants orphelins d’Haïti n’est pas chose aisée. Il semble que les pouvoirs publics y parviennent. On s’en réjouira.
Bien évidemment chacun a été littéralement sidéré par l’ampleur du drame supporté par une grande partie du peuple haïtien qui n’avait pas besoin de cela pour avoir déjà eu son lot de catastrophes en tous genres dans le passé venues en rajouter aux accidents politiques qui ont fait de ce pays une des zones les plus pauvres du monde. Comment ne pas être sensible au sort des enfants de Port au Prince, mais aussi des villes plus éloignées de la capitale quand tant d’orphelinats ont été frappés, et tout simplement quand tant d’enfants qui ont survécus après la formidable secousse sont désormais orphelins. Il faut s’en préoccuper.
Pour autant l’adoption est-elle la réponse adaptée ? Même si on peut y aspirer pour ne pas se prendre la tête, il est impossible de répondre par un simple mot à cette délicate question.
L’adoption n’est qu’une réponse parmi d’autres, elle a sa place pour les enfants sans parents ; elle n’est pas LA réponse.
Lire la suite sur "Les droits des enfants vus par un juge des enfants", le blog de Jean-Pierre ROSENCZVEIG. 24.01.2010.

 

- Haïti. Pour un progrès durable
La réponse à la situation en Haïti développée par Women’s Health & Justice Initiative (WHJI) et INCITE! Women of Color Against Violence. Elles posent la question: "Comment pouvons-nous soutenir intentionnellement la viabilité à long terme et l'autodétermination du peuple haïtien?"  [Outlandish Adoption doesn't help]
Donner à Haïti du secours et lui permettre un progrès durable ne se fera pas en «important» ses enfants et ses forces vives. Mais en y exportant de la logistique, du capital et ce qui sera bientôt tout aussi essentiel: des emplois. [Mario Roy, La Presse]
Via Fabriquée en Corée. 24.01.2010

 

- The Dangerous Desire to Adopt Haitian Babies.
I'm a foster care adoptive parent. I can't speak for all of us, since we're a diverse bunch. Some of us have also adopted internationally and support international adoption strongly. Others despise the institution, and are angry about what the perceived hypocrisy of parents who walk past the foster kids in their own cities and states so that they can adopt from a far-away country. I'm somewhere in the middle, but definitely leaning more towards the anti side, especially after this week.
Upside-down Adoption | 23.01.2010

 

- La meilleure place pour les enfants d'Haïti est dans leurs familles et pas dans un autre pays.
Children are best left with their families.
The Sydney Morning Herald. 21 janvier 2010.

 

- Il y a 5 ans : Les orphelins du tsunami.
Témoignages. 11 janvier 2005

16/01/2010

Adoption d’un orphelin après une catastrophe: les leçons du tsunami

Enfants blessés, couverts de poussière, les yeux vitreux… L’élan de générosité devant une telle catastrophe étant ce qu’il est, de nombreuses personnes se disent aujourd’hui prêtes à adopter un enfant haïtien à qui le tremblement de terre aura volé sa famille.



Mais les organismes d’aide à l’enfance, dont l’UNICEF, servent une mise en garde: déraciner un enfant orphelin à la suite d’une catastrophe n’est pas nécessairement une bonne idée.



«On ne peut tenir pour acquis que ces enfants n’ont plus aucun proche ni parent vivant, écrit l’UNICEF sur son site internet. Même si leurs père et mère sont décédés, il se peut qu’ils soient en mesure de trouver des proches encore en vie, ainsi qu’une communauté et un foyer où ils pourront retourner à la fin du conflit. Ces enfants ne devraient donc pas être pris en considération pour l’adoption internationale et la priorité devrait être donnée à la recherche de leur famille. C’est une position que partagent l’UNICEF, le HCR, la Confédération internationale de la Croix Rouge et des ONG internationales telles que l’Alliance Save the Children.»



À la suite du tsunami de 2004 en Asie, l’UNICEF avait dit craindre le commerce d’enfants orphelins, qui peuvent être «victimes de réseaux de prostitution, de travail forcé ou d’adoption au prix fort», selon un article publié en 2005 sur Radio France Internationale. «Il est facile de dire: c’est mon petit neveu», y disait Marc Vergara, porte-parole de l’organisme à Genève. «Les mineurs isolés, surtout les jeunes filles, peuvent être poussés vers la prostitution par besoin de survivre et parce qu’ils n’ont rien d’autre à offrir.»



L’insularité d’Haïti préservera peut-être les orphelins du trafic d’enfants. N’empêche: les organismes humanitaires sont d’avis que les orphelins devraient rester dans leur pays et être recueillis d’abord par la famille élargie, la communauté ou leur village.



Toujours dans l’article de RFI, Christiane Sébenne, de l’Association Enfance et Famille d’adoption (EFA) préconisait le parrainage : «Il ne faut pas confondre adoption et humanitaire. La première urgence c’est secourir ces enfants, envoyer de l’argent, des vivres, reconstruire des lieux de vie pour que ce enfants puissent rester dans leur environnement».


Source: Le Devoir.

 

- Séisme à Haïti : Protection et secours aux enfants séparés de leurs parents et de leur "famille. Mise en garde.
À la suite du tremblement de terre qui a fortement secoué Haïti en fin d’après-midi, le 12 janvier, les personnes préoccupées par le sort des enfants qui se retrouvent séparés de leurs parents et de leur famille peuvent en savoir plus sur les mesures prévues par la communauté internationale en de telles circonstances sur notre page "Protection des enfants lors de conflits armés ou de catastrophes naturelles".
Le Secrétariat à l’adoption internationale rappelle qu’il adhère aux lignes directrices établies par la communauté internationale quant à l’aide devant être fournie aux enfants en cas de catastrophe naturelle. Ces règles prévoient, notamment, qu’avant de penser à la solution qu’est l’adoption internationale, il faut tout mettre en œuvre pour retrouver les familles des enfants qui en ont été séparés. L’expérience démontre, qu’après une catastrophe naturelle, il se passe des mois, sinon une année ou deux, avant que la situation de chaque enfant soit parfaitement clarifiée. Bon nombre d’entre eux retrouvent leurs parents ou, encore, sont pris en charge par leur famille élargie ou leur communauté.
Secrétariat à l'adoption internationale. Québec. 13.01.2010.

 

- Child Trafficking Major Concern After Quake
Thousands Of Children Left Without Parents
By Mike Paluska, CBS Atlanta Reporter. January 14, 2010.

 

- Québec. L'adoption suspendue.
Tous les dossiers d'adoption d'enfants haïtiens sont sur la glace. Aucune nouvelle demande n'est acceptée pour l'instant, et le gouvernement du Québec n'envisage pas d'accélérer le processus permettant à des parents d'ici d'accueillir un orphelin du tremblement de terre.
Cyberpresse.ca | 16 janvier 2010.

 

- Haïti. Tremblement de terre

Le terrible séisme qui a frappé ce mardi 12 janvier la ville de Port-au-Prince et les images de dévastation ne laissent personne indifférent

La Direction de l'Adoption - ACC rappelle qu'elle adhère strictement aux recommandations des principales organisations internationales (UNICEF, Service social international, Comité international de la Croix-Rouge, Save the Children, Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés,...) quant à l'aide devant être fournie aux enfants en cas de catastrophe naturelle. Ces règles prévoient notamment qu'avant de penser à l'adoption internationale, il faut tout mettre en oeuvre pour retrouver les familles des enfants qui en ont été  séparés. L'expérience a démontré qu'après une catastrophe naturelle plusieurs mois sont nécessaires aux services sociaux et aux autorités compétentes locales pour clarifier la situation de chaque enfant, et que la plupart de ces enfants retrouvent leurs parents ou sont pris en charge par d'autres membres de leur famille.

A l'exception des demandes actuellement encadrées par les organismes agréés autorisés à collaborer avec Haïti, aucune nouvelle demande d'adoption d'un enfant haïtien ne sera donc prise en considération.

www.adoptions.be 15.01.10

11:47 Écrit par collectif a & a dans Avis d'expert | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : haïti, adoption internationale, unicef, efa | |  del.icio.us

09/01/2010

Adoption internationale. Un déséquilibre flagrant entre "l'offre et la demande"

adoptions steadly decreasing.jpgUn déséquilibre flagrant entre les besoins des enfants et le désir des candidats adoptants.
Des standards internationaux pour tenter de diminuer la pression de la demande sur les pays d’origine.

 

 

- Mars 2007. Le Centre international de référence pour les droits de l’enfant privé de famille (SSI/CIR) écrit dans son article "Le contexte global de l'adoption internationale.":

...

Depuis quelques années, force est de constater que la pratique de l’adoption internationale est confrontée à des tensions toujours plus importantes. D’un côté, les sociétés occidentales sont toujours plus enclines à adopter des enfants en provenance des pays émergents afin de palier, notamment, au problème de l’infertilité dont elles souffrent de plus en plus. La globalisation du monde, l’accélération des moyens de communication ainsi que la diffusion toujours plus large et rapide d’images d’enfants victimes de la pauvreté, de la guerre ou de catastrophes naturelles contribuent également à cet engouement pour l’adoption internationale. Mais cet « appétit » crée une pression très forte sur les pays d’origine. Ce d’autant plus que de leur côté, ceux-ci sont davantage qu’avant en mesure de contrôler les naissances, réduire la pauvreté et encourager l’adoption nationale. Ils proposent donc de moins en moins d’enfants en adoption internationale et nombre d’entre eux ne sont plus en mesure de « libérer » suffisamment d’enfants pour répondre aux demandes d’adoption des pays d’accueil.

Il est désormais commun d’analyser cette situation en termes économiques : la « demande » étant plus forte que « l’offre », l’équilibre est rompu et peut conduire à toute sorte de comportements dangereux, au mépris de l’intérêt des enfants. Ce risque est d’autant plus grand que le déséquilibre n’est pas seulement quantitatif. Il est aussi qualitatif. En effet, l’immense majorité des candidats adoptants souhaite adopter un bébé ou un enfant en très bas âge et en bonne santé. Or, en raison des évolutions dont nous avons parlé plus haut, ces enfants sont de moins en moins adoptables au niveau international. En revanche, de nombreux enfants plus âgés, porteurs d’une maladie ou d’un handicap même bénin, ou des fratries sont en besoin d’adoption. Mais il est souvent extrêmement difficile de trouver une famille d’accord de les adopter.

SSI/CIR. Fiche de formation N° 33. Mars 2007.




- Avril 2007. Dans son éditorial, l'équipe du SSI/CIR écrit "L’adoption internationale ne trouvera son équilibre que si pays d’origine et pays d’accueil prennent les mesures nécessaires."



Si les pays d’origine prennent toujours plus de mesures pour se protéger de la pression des pays d’accueil en « manque d’enfants », ces derniers doivent maintenant trouver le moyen de mieux gérer le flux de leurs candidats adoptants.


L’adoption internationale peut-elle trouver son point d’équilibre ? ...
...
L’application et le respect de la Convention des droits de l’enfant de 1989 et de celle de La Haye de 1993 sur l’adoption internationale sont indispensables à la garantie de l’intérêt supérieur des enfants, mais restent insuffisants tant que l’ensemble des acteurs impliqués ne prendra pas de véritables dispositions pour enrayer le déséquilibre croissant entre le nombre d’enfants proposés en adoption internationale et le nombre de candidats adoptants.

...


L’adoption internationale ne trouvera son équilibre que si chaque acteur fait sa part du chemin. Nous sommes conscients qu’initier de telles démarches demande un réel courage politique, ainsi qu’un véritable effort didactique de la part des pays d’accueil. Si les professionnels de l’adoption sont souvent conscients de ce phénomène, il devient de plus en plus urgent d’en informer le public et de lui proposer d’autre moyens de soutenir l’enfance en détresse.

ISS/CIR. Bulletin Mensuel n° 4/2007. Avril 2007.



- Février 2008. Dans son intervention, M. Didier Dehou, Représentant de l’Autorité centrale de la Belgique francophone écrit:

...
On assiste aujourd’hui à un déséquilibre croissant entre le nombre d’enfants en besoin d’adoption internationale et le nombre de candidats adoptants.
Ce déséquilibre – parce qu’il s’exerce par des ressortissants de pays riches sur des structures de pays plus pauvres - peut créer – s’il n’est pas régulé – une pression porteuse de tous les dangers en termes de dysfonctionnement institutionnel, en termes de dérapages éthiques, en termes d’insuffisance de garanties sur l’origine et l’adoptabilité des enfants proposés à l’adoption, en termes de corruption et de profits indus, en termes de trafics d’enfants. Essayer de réguler ce déséquilibre est l’une des responsabilités majeures des autorités centrales des pays d’accueil, sans doute la plus difficile car elle risque de heurter de plein fouet le désir d’enfant de nos candidats adoptants, désir hautement respectable en soi mais souvent soutenu sans distance, de manière démagogique ou aveugle par certains. Cette responsabilité résulte pourtant directement de l’esprit de co-responsabilité préconisé par la Convention de La Haye de 1993, convention que nos pays ont tous ratifiée.
Ne pas imposer aux autorités compétentes d’un pays d’origine la pression de « nos » candidats adoptants est l’une des conditions de base pour permettre à ces autorités d’exercer dans des conditions normales leurs responsabilités d’autorités centrales de pays d’origine, notamment en matière de garanties sur l’adoptabilité des enfants.

Fondation Terre des hommes.

 


- Décembre 2006. En Belgique francophone, le Conseil Supérieur de l'Adoption (CoSA) rend un avis sur le décalage entre l'« offre d'adoption » et la « demande d'adoption ».

Le CoSA écrit :
"Il ne peut être nié qu’un décalage existe.
Du constat qui précède découle inévitablement un déséquilibre croissant entre les possibilités d’adoption d’enfants dans les pays d’origine de ceux-ci et les demandes d’adoption introduites dans les pays où vivent les candidats adoptants. Ce déséquilibre est donc une réalité mondiale. Il a été clairement mis en lumière par les experts internationaux, parmi lesquels Madame LAMMERANT : « Il résulte de ces tendances contraires un déséquilibre croissant entre les besoins des enfants adoptables et les demandes des parents adoptifs potentiels. En France par exemple, au moins « 35% des familles agréées (pour l’adoption) chaque année ne se verront pas confier d’enfant ». Selon l’UNICEF, à l’échelle mondiale, « les demandes d’adoption semblent excéder le nombre d’enfants adoptables en ce qui concerne les jeunes enfants en bonne santé, bien qu’il soit  nettement impossible à ce stade d’en estimer la proportion. L’inverse semble toutefois avéré dans le cas des enfants considérés comme difficiles à placer, pour lesquels il y a un manque sérieux de parents adoptifs potentiels » .  "

À ces réalités viennent s’en ajouter d’autres :

1°    Les relations interétatiques en matière adoptive se situent actuellement dans un climat de concurrence, chaque autorité centrale d’États d’accueil s’efforçant de se placer en position privilégiée dans les États d’origine. Dans ce contexte, le rapport des forces entre petites entités fédérées (comme l’est la Communauté française de Belgique) est défavorable par rapport à des États puissants (comme les États-Unis d’Amérique, la France, l’Allemagne, le Canada,…). Ces derniers sont en mesure de négocier avec les pays d’origine d’enfants adoptables en vue de recevoir priorité pour leurs candidats adoptants dans l’examen des dossiers adoptifs.

2°    Dans certains États d’origine, la tendance actuelle est de prévoir des « quotas » de propositions d’enfants adoptables fixés selon l’importance des États d’accueil.


Le rapport complet de la CoSA.

 

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Lire aussi : L'offre et la demande.
Sur le blog "Dialogue avec une cigogne" de Véro & FrancK.

 

20:14 Écrit par collectif a & a dans Avis d'expert | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : adoption internationale, ssi, cosa | |  del.icio.us