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26/08/2008

L’adoption encore et encore.

[Via le blog Les droits des enfants vus par un juge des enfants. Par Jean-Pierre Rosenczveig.]

 

Rosenczveig.jpgLa communication en Conseil des ministres sur l’adoption de Mme Morano prévue le mercredi 21 août a donc été reportée du fait des événements d’Afghanistan. La ministre s’étant exprimée préalablement sur ses intentions, on connait les orientations qu’elle retient avec sa collègue Rama Yade concernée par l’adoption transnationale.

 

Ce qui en première intention frappe l’observateur un brin expérimenté dans les mesures annoncées est bien leur caractère répétitif, pour ne pas dire récurrent depuis une vingtaine d’années. On tourne vraiment en rond sans répondre vraiment aux difficultés rencontrées par les candidats à l’adoption soucieux d’obtenir satisfaction à la hauteur de leurs attenttes. Mais peut-il en être autrement ?

 

Il est même de fait que le nombre d’adoptions prononcées chaque année diminue. En tout cas, d’une manière non constestable, les adoptions d’enfants de France sont en chute: un peu moins d’un millier - 800 exactement - en 2005. L’adoption transnationale prend donc une place très importance - 80 % - dans les adoptions prononcées. Mais, à un seuil moins élevé qu’il ne fut : environ 4000.

 

Bien évidemment dans ce qui est annoncé, il y a des mesures positives notamment lorsqu’il est proposé de réactualiser chaque année les demandes afin d’être au clair sur les chiffres. La ministre parle de 25 000 agréments en cours, 8 000 nouveaux étant délivrés chaque année. En d’autres temps récents, on avançait le chiffre de 15 000. Quelle est la réalité ? Ici comme ailleurs, nous avons besoin de disposer d’instruments de mesures fiables.

 

On avance aussi l’idée d’une session d’information et de formation obligatoire pour les demandeurs d’agrément afin de les préparer au parcours qui les attend. OK.

 

Mais le préoccupant est ailleurs. Il tient une nouvelle fois dans cette idée que l’ASE (service de l'aide sociale à l'enfance) serait un reservoir d’enfants adoptables qu’on n’exploiterait pas suffisamment. Les arguments avancés font frémir sur la méconnaissance de la réalité de l’aide sociale à l’enfance moderne.

 

Je cite Mme Morano (La Croix du 27 juillet 2008) : “Nous ne devons plus laisser filer les situations de délaissement parental. Regardez les chiffres : en 2006, sur 23 000 enfants placés après une décision d’un juge, on a dénombre seulement 219 demandes de déclarations judiciaires d’abandon, soit moins d’1% d’enfants adoptables. N’y a-t-il pas, parmi les milliers d’autres, des enfants dont le délaissement est avéré et qui seraient plus heureux dans une famille? Il faut en tout cas en avoir le coeur net (...)"

Les 26 000 enfants confiés chaque année par la justice à l’ASE ne correspondent pas à des enfants delaissés, mais à des enfants en danger.
C’est parmi ceux-là, une infime minorité qui sont sans parents exerçant leur autorité. Pour l’immensité des cas, on est avec des parents qui exercent “mal” l’autorité parentale et qu’il faut assister. D’ailleurs, la procédure judiciaire s’appelle “assistance éducative”.

 

La nuance est de taille car contrairement à ce qu’avance la ministre, ces enfants ne sont pas abandonnés et donc pas adoptables en l’état de notre législation.

 

On peut imaginer sanctionner la mauvaise éducation par le retrait de l’autorité parentale, mais là, on entrerait dans un autre registre par lequel nous sommes passés voici quelques décennies avec la déchéance d’autorité parentale. Si on voulait scier la branche sur laquelle l’ASE repose on ne ferait pas mieux.

 

Il faudra voir la réaction à ces analyses et propositions des députés - par ailleurs présidents de conseils généraux - qui connaissent les realités de ce que font leur service de l’aide sociale à l’enfance. Je doute qu’ils partagent l’analyse ministérielle sur le fait que l’ASE regorge d’enfants délaissés.

 

Quelle image surannée de l’ASE est ainsi véhiculée ! Comme sur d’autres sujets, quelle image dépassée les politiques ont de la jsutice des mineurs en alignant les poncifs et les images d’Epinal d’une autre époque.

 

Veut-on ne pas oublier qu’en 1900 pour 26 millions d’habitants, nous avions 150 000 enfants pupilles de l’Etat, aujourd’hui 2500 seulement pour 64 millions d’habitants. Est-ce une régression ou une avancée ? Une avancée, sans conteste. Alors ne cassons pas l’instrument pour quelques poignées d’enfants adoptables de plus.

 

Si l’on ne permet pas à l’ASE de faire son métier de protection de l’enfance en travaillant à faire fonctionner le lien parents-enfant, on fera effectivement de l’enfant adoptable avec des enfants qui quelques années plus tard vilipenderont le systême qui les aura privé de leur famille au seul prétexte qu’elle était pauvre ou en difficulté et d’autres familles attendaient des enfants.

 

Ce qui est choquant une nouvelle fois dans cette approche, c’est qu’avec la meilleure bonne conscience du monde, on mélange les deux problèmes : celui des enfants qui n’ont pas la chance de bénéficier d’entrée de jeu d’une famille capable dans tous les sens du mot de les accueillir et le problème de ceux qui souhaiteraient fonder une famille ou l’agrandir, mais ne le peuvent pas naturellement.

 

Dans le même temps une fois de plus, je me repète à le dire mais c’est l’expérience du dossier qui parle, on va susciter encore de faux espoirs chez tant de gens qui souffrent de n’être pas parents à la hauteur de ce dont ils rêvaient.

 

C’est irresponsable même si cela part d’une bonne intention.
Il faut dire lucidement et objectivement que l’adoption n’est pas une reponse limitée au problème du désir d’enfants.

 

Il faut dire aussi que l’enjeu des pouvoirs publics est d’abord de garantir à tout enfant sans famille qu’il trouvera une famille pour l’acceuillir. Trop d’enfants devenu pupilles de l’Etat ne seront “demandés” par personne du fait notamment de leur handicap, de leur âge ou de leur couleur de peau. L’idée de moderniser le dispositif de rapprochement entre candidats à l’adoption et enfants réellement adoptables (le SIAPE, Système d’Information pour l’Adoption des Pupilles de l’État) est excellente.

 

Je maintiens qu’il faut aussi faire un effort pour aller solliciter des candidcats à l’adoption qui s’ignorent: il y a dans ce pays généreux nombre de gens qui accepteraient d’accueilir un enfant et pourquoi pas de l’adopter si on les sollicitait.

 

Avant de “faire” de nouveaux enfants adoptables sachant que les enfants declarés judicairement abandonnés sont largement plus âgés que ceux confiés par leurs parents aux fins d’adoption préoccupons nous de ceux qui sont déjà pupilles de l’Etat.

 

En tout cas, j’attends que l’on me demontre rationnellement et scientifiquement que l’ASE est pleine de milliers d’enfants qui seraient délaissés.

 

L’adoption transnationale pose d’autres difficultés qu’il faut aussi abordés lucidement et sur lesquels je reviendrai.

 

01/03/2008

"Adoptie is lang niet zo goed als velen denken", Hilbrand Westra.

964531200.jpgVloeiend Fries spreekt hij, en nauwelijks Koreaans: Jung Woon Seok (38), alias Hilbrand Westra, groeide op in een Fries gezin met acht adoptiekinderen. Maar over adoptie is hij zeer kritisch.

 

Bij (aspirant-)adoptieouders is hij niet erg populair, weet Hilbrand Westra. Dat komt door de ongemakkelijke vraag die hij ze voorhoudt: is adoptie wel in het belang van het kind?

 

Het antwoord is vaak ’nee’, denkt Westra, die in 2006 United Adoptees International oprichtte, een organisatie van volwassen geadopteerden. Die boodschap draagt hij ook uit in krantenartikelen en radio- en tvinterviews. Zijn kritische stem klinkt steeds luider in het Nederlandse adoptiedebat.

 

„Ik raak adoptieouders in de kern van hun wezen”, zegt Westra. Niet dat hij dat beoogt: „Dat ik ze kwets, is een onbedoeld bijeffect.” Wat hij wel wil, is een open en eerlijk debat over de keerzijde van internationale adoptie. Over kinderroof en kinderhandel bijvoorbeeld, over de zwakke positie van afstandsmoeders, of over legale adoptie als lucratieve markt.

 

Over dergelijke thema’s heeft Westra, die bevlogen en snel spreekt, een indrukwekkende kennis. Onderzoeken, cijfers, boektitels, namen van buitenlandse adoptiedeskundigen – hij schudt ze zo uit zijn mouw. Zijn brood verdient hij als zelfstandig bedrijfsadviseur, maar zijn hart ligt bij het onbezoldigde adoptiewerk waaraan hij al vele jaren wekelijks zo’n twintig uur besteedt.

 

De bron van Westra’s vurige interesse is natuurlijk zijn eigen biografie. Als Jung Woon Seok werd hij geboren in Korea, als jongste telg (zo hoorde hij pas veel later) in een samengesteld gezin van acht kinderen. ’Watersteen’ betekent zijn Koreaanse naam, maar ook ’bergtop omgeven door wolken’. Dat beeld past goed bij hem, zegt Westra: „Er zit in mij een standvastige, zakelijke kant, maar ook iets zachts.”

 

Zijn Friese naam kreeg hij op vierjarige leeftijd, toen hij in 1973 ter adoptie werd gesteld. Samen met zijn zusje belandde de kleine Watersteen in Nederland bij het gereformeerde echtpaar Westra, dat hem Hilbrand noemde.

 

Wat volgde is een oer-Hollandse jeugd in een ongewoon Fries gezin, waarin na Hilbrand en zijn zusje nog zes adoptiekinderen werden opgenomen: nog één uit Zuid-Korea, twee kinderen uit Indonesië en drie uit Brazilië. Deze bonte kinderstoet leerde schaatsen, bezocht de compleet witte dorpsschool, las thuis Trouw en de Friese bijbel. Over adoptie werd nauwelijks gepraat.

 

„Ik was me er wel bewust van dat ik anders was, maar ik had daar geen reflectie op”, zegt Westra. Zijn ouders wisten weinig over Korea of de achtergrond van hun andere kinderen. Pas toen Westra het huis verliet om te gaan studeren, rezen er prangende vragen: wie ben ik en waar kom ik eigenlijk vandaan?

 

Hierover probeerde Westra met zijn adoptieouders te praten, maar dat lukte niet tot zijn spijt. Inmiddels heeft hij het contact met hen verbroken, en daarmee ook de relatie met zijn adoptiebroers en -zussen, die zich solidair met hun Friese ouders verklaarden. Anders dan hij, zien zij adoptie niet als een complex probleem maar als een ’heilige’ of ’levensreddende’ daad, zegt Westra. „Ik denk ook dat ze het pijnlijk vinden om me te ontmoeten, want met mij kun je het onderwerp ’adoptie’ niet vermijden.”

 

Als twintiger ondekte Westra op eigen houtje dat zijn adoptiedossier – zijn voorgeschiedenis in Zuid-Korea, te boek gesteld door het kindertehuis aldaar – niet klopte. Hij bleek biologische broers en zussen te hebben van wie hij geen weet had, en zijn gezin van herkomst stak sowieso anders in elkaar dan hij dacht. Maar Westra schrok daar niet meer zo van: „Ik had toen al zo vaak meegemaakt dat adoptiedossiers niet klopten. Mijn verhaal was gewoon het zoveelste bewijs.”

 

Een bewijs van het feit dat adoptie veel complexer is dan je op het eerste en tweede gezicht denkt, zegt Westra. Levensverhalen, zo weet hij nu, worden herzien uit schaamte, slordigheid, onwetendheid of winstbejag. Voor Westra is zijn eigen gefalsificeerde biografie ook een illustratie van de naïviteit van de adoptiebemiddelaar: „Ik ben geadopteerd via de voorloper van Wereldkinderen, maar die zette nooit ook maar één vraagteken bij de dossiers.”

 

Het was de tijd van schrijver Jan de Hartog, een van de eerste adoptievaders in Nederland, zo kan als verzachtende omstandigheid worden aangevoerd. Die deed in het tv-programma ’Mies en scène’ van Mies Bouwman een emotionele oproep tot adoptie: ieder kind dat gered kan worden, is er één, zo was het heersende idee.

 

Anno 2008 lijkt die naïviteit verdwenen, komen er geregeld misstanden in het nieuws en is adoptie een wijdverbreid internationaal fenomeen dat z’n goede imago langzaam aan begint te verliezen. Maar volgens Westra is de ’adoptiemythe’, zoals De Hartog die als eerste verkondigde, nog steeds dominant: „Veel moderne adoptieouders zijn net zo naïef als de ouders van toen. Ze sluiten hun ogen voor de harde werkelijkheid.”

 

In die werkelijkheid, gezien door Westra’s ogen, reizen er jaarlijks 40.000 kinderen uit zogeheten kansarme landen naar hun adoptieouders in het rijke Westen. Zij ondernemen die reis in de eerste plaats om de kinderwens van hun aanstaande nieuwe vader en moeder: „Adoptie is een leverancierskwestie geworden, en geen hulp- of redmiddel.”

 

Westra plaatst kritische kanttekeningen bij alle facetten van het adoptieproces. Bij het geld dat ermee gemoeid is en dat het kinderaanbod volgens hem dus vergroot: „De weeshuizen zijn onder andere zo vol vanwege de vele adoptieaanvragen.” Bij de motieven van adoptieouders: „Als ze zo graag kinderen willen helpen, waarom nemen ze dan geen Nederlands pleegkind?” Bij hun westerse arrogantie: „Veel adoptieouders denken toch dat speelgoed en weelde bijdragen aan geluk.”

 

Bij het beeld van het arme weeskind dat nergens anders terechtkan: „Het is vaak onduidelijk of zogenaamde wezen of vondelingen ook echt zonder ouders zijn.” En bij de moeder die, bijvoorbeeld uit geldnood, wel afstand van haar kind ’moest’ doen: „We vinden in Nederland tegenwoordig dat vrouwen hun kind beter niet kunnen afstaan. Waarom keuren we dat bij buitenlandse vrouwen dan wel goed?”

 

Tot slot betwijfelt Westra of het voor kinderen wel zo goed is om in een totaal andere cultuur door adoptieouders te worden opgevoed: „Waarom denk je dat volwassen geadopteerden zelf zelden kinderen willen adopteren? Ik vind dat je alles op alles moet zetten om een kind bij zijn ouders te laten. Je moet het niet lostrekken van zijn oorspronkelijke basis.”

 

Zo kan Westra uren doorgaan, op zakelijke toon, terwijl hij zijn betoog met cijfers en feiten lardeert. Toch vindt hij zichzelf geen ’strijder tegen adoptie’, zoals adoptieouders hem op internetforums wel noemen. Voor sommige kinderen, die echt geen ouders, familiebanden en vangnet meer hebben, kan adoptie volgens Westra wél een laatste redmiddel zijn. „Ik voer geen strijd”, zegt hij. „Ik wil alleen de waarheid boven tafel.”

 

Aan die tafel zit hij nu geregeld, als voorzitter van United Adoptees International, met beleidsmakers en werkers in het adoptieveld. Hij is zich ervan bewust dat hij in die overleggen waarschijnlijk maar een klein deel van de 36.000 volwassen geadopteerden in Nederland vertegenwoordigt. Veel geadopteerden zijn loyaal aan hun adoptieouders, en dat is logisch, zegt Westra: „Je wilt als kind niet ondankbaar zijn. Je adoptieouders hebben je toch alles gegeven wat je nodig had?”

 

Het is overigens ook heel begrijpelijk en prima als volwassen geadopteerden zich níet met het vraagstuk van adoptie willen bezighouden, vindt Westra: „Want wie wel op zoek gaat naar het conflict in zichzelf, betaalt een hoge prijs: relaties worden verbroken, mensen raken hun banen kwijt.”

 


United Adoptees International

In het debat over internationale adoptie ontbrak tot voor kort één stem, zegt Hilbrand Westra: die van de volwassen geadopteerde. Terwijl deze juist heel waardevolle informatie kan verstrekken over bijvoorbeeld de effecten van adoptie. Daarom richtte Westra, zelf geadopteerd, in 2006 een organisatie op voor volwassen geadopteerden: United Adoptees International (UAI, zie voor informatie de website
www.uai-nl.blogspot.com). De UAI beschouwt adoptie niet als de oplossing van een probleem, maar als een probleem op zichzelf.

 

Bron : Trouw

 

 

28/02/2008

Dire la vérité sur l’adoption

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Via [Les droits des enfants vus par un juge des enfants], le blog de Jean-Pierre Rosenczveig.



"Le nombre d’adoptions d’enfants étrangers par des français a donc de nouveau baissé en 2007.
3 162 pour 4 136 en 2006. Elles étaient de 6 000 voici encore quelques années. On se souvient que déjà M. Raffarin, alors premier ministre, avait émis un peu inconsidérément le projet de doubler les adoptions transnationales.



Apparemment la nouvelle Agence Française pour l’Adoption n’atteint pas les objectifs assignés. Le pourra-t-elle jamais et même, osons poser la question, est-ce dramatique qu’elle n’y parvienne jamais ?




Avec lucidité Mme de Choiseul, sa directrice générale, observe que les pays d’origine des enfants sans parents conditionnent désormais l’octroi d’autorisations pour adopter à la mise en œuvre de programmes sociaux sur place avec l’aide des pays qui entendent faciliter l’addition par leurs ressortissants. La France ne serait pas bien organisée pour développer cette démarche d’un nouveau style.



Il y a surtout le fait que nombre de pays ayant ratifié la convention de la Haye de 1993 sur l’adoption internationale avec le souci de ne plus être confrontés à des trafics d’enfants, les conditions sont devenues plus strictes pour adopter. Surtout ces Etats ont alors l’obligation de privilégier l’accueil des enfants adoptables par des compatriotes afin de ne pas les déraciner.



Qui n’adhérerait pas à un tel projet dès lors que dans ces pays il y a effectivement des familles susceptibles de s’ouvrir à ces enfants ? Apparemment de plus en plus dans les pays où nombre d’enfants étaient adoptables par des étrangers émerge une classe moyenne qui s’engage dans l’adoption. Marie-Christine Le Boursicot, membre du Conseil supérieur de l’adoption, cite ainsi le cas de la Chine qui en 2000 avait accepté 15 000 adoptions par des étrangers mais où en 2007 l’adoption nationale l’a emporté sur l’adoption transnationale. D’ailleurs, dans ce contexte où la demande intérieure se developpe, la même Chine n’hésite plus à poser de sérieuses conditions de ressources pour délivrer un visa à des étrangers candidats à l’adoption.



Disons le tout net on ne peut que se réjouir de ce que moins d’enfants aient aujourd’hui besoin d’être adoptés en dehors de leur pays. Globalement on doit y voir un signe positif de l’évolution sociale.



La France a été confrontée à cette situation : en 1900, pour environ 22 millions d’habitants, 150 000 enfants étaient pupilles de l’Etat ; aujourd’hui avec 64 millions nous n’avons que 3 300 pupilles. Les explications sont simples : une meilleure maîtrise de la contraception, un meilleur statut de la femme célibataire, des politiques sociales, tout contribue à ce que plus souvent que parle passé les enfants sont désirés et bien accueillis donc moins souvent abandonnés.



Comment ne pas souhaiter que ce que notre pays a connu, d’autres le connaissent pleinement ?



La chute du nombre d’enfants abandonnés n’est finalement que le révélateur d’une amélioration du niveau de vie d’un pays et de ses populations les plus fragiles.



Bien évidemment en avançant ces constats on ne peut pas ne pas prendre en compte la souffrance de ceux qui, ici ou dans d’autres pays où peu d’enfants sont adoptables, entendent être parents. On sait qu’il y a un acharnement procréatique. Il y a aussi un acharnement adoptif. Il n’est pas difficile d’imaginer que certains sont prêts à beaucoup donner pour adopter; d’autres sont prêts à profiter de cette pénurie en internet et de ces difficultés en externe pour faire miroiter un venir plein d’espoir et de joie.



La difficulté sur ce sujet est bien qu’on est confronté à l’irrationnel. Ceux qui entendent s’ouvrir à un enfant pour se réaliser sont quasiment dans l’impossibilité d’entendre que l’exercice devient quasiment impossible, en tous cas très difficile. D’autant qu’à leur yeux, il y a tant d’enfants au monde qui souffrent et ne souffriraient pas avec eux! Ces enfants sont-ils pour autant adoptables ? Dans le 93, on dit communément que  quelques 5000 enfants sont sans domicile; admettrait-on aisément que des Chinois ou des Burkinabe débarquent à Roissy pour les adopter?



Il faut ici éviter la démagogie et les faux espoirs. L’un comme l’autre sont redoutables et font très mal. Les pouvoirs publics doivent tenir un langage de vérité. Il sera ici intéressant de connaitre les conclusions de la mission confiée à J.-M. Colombani et le relais qui lui sera donné par le gouvernement.



Les médias ont leur part de responsabilité quand ils ont une approche compassionnelle du sujet sans en restituer les termes exacts. On doit se réjouir de la chute de l’adoption internationale si on se positionne du côté des enfants et non pas présenter la chose comme une catastrophe nationale.



Il faut rappeler que l’adoption est un droit pour l’enfant, mais une possibilité pour eux qui entendent accueillir un enfant. Comment pourrait-il en être autrement ?"

06/02/2008

Le complexe occidental du sauvetage d’enfants. De l’affaire de l’Arche de Zoé à la mise en cause du système de l’adoption internationale. Sandrine Dekens.

c1ef7eb58043ac39b39af2c0b68d8b00.jpgUn "point de vue" clinique et politique.


A croire que c’est un syndrome culturel, une compulsion occidentale ! Celle qui consiste à aller aux quatre coins du monde pour « sauver des enfants en danger de mort ». Je cite l’entête du site internet de l’Arche de Zoé : « Il faut sauver les enfants du Darfour pendant qu’il est encore temps. Dans quelques mois, ils seront morts ! ». Cette association n’est pas la seule à s’appuyer simultanément sur l’urgence et sur la nécessité du sauvetage d’enfants, ce sont des arguments publicitaires auxquels nous sommes habitués au fil des campagnes des grands organismes humanitaires internationaux. « Un enfant meurt (de la faim, de la lèpre, de la tuberculose, etc.) toutes les X secondes »... Sur le site de l’Arche de Zoé, vous verrez les mêmes photos d’enfants mourants et pitoyables que sur les brochures officielles d’organismes très honorables comme l’Unicef, Handicap International ou Action contre la faim.

 

Ce complexe est l’héritier à la fois de notre culture judéo-chrétienne (le sauvetage des âmes), et de notre culpabilité à l’égard des populations qui subissent les conséquences dramatiques de l’impérialisme et du cynisme des gouvernants de nos pays... L’espace dans lequel s’exprime le plus aisément ce complexe est légal : il s’agit de l’adoption internationale. Les parents adoptants que j’ai rencontrés dans le cadre d’une recherche en psychologie clinique en 2006 en témoignent : ils veulent « partager leur bonheur » avec un enfant pauvre, un enfant déshérité auquel ils souhaitent « donner une chance ». Certains rêvent ainsi, à la suite de Joséphine Baker, de s’entourer de toute une collection d’enfants venus des quatre coins du monde, pour faire des familles « smarties » ou « bénéthon ». Ils disent que cette vocation leur est venue de très loin, souvent de leur enfance... Ils affirment qu’ils ont toujours su qu’ils adopteraient un jour. Le recueil d’enfants répondrait chez eux à une vocation.

 

Face à de telles motivations, difficile d’évacuer la question de la culpabilité des nantis face à cette misère qui remonte du Sud au Nord. Auparavant, cette misère s’étalait en quatre mètres sur trois, sur les murs de nos villes. Depuis quelques années, ce sont les corps morts des candidats à l’exil qui se fracassent sur nos frontières méditerranéennes... La pression monte.

 

A travers le système légal et organisé de l’adoption internationale, nous nous sommes habitués à l’idée que la transplantation d’enfants des pays du Sud dans des familles du Nord pouvait constituer une réponse acceptable à toutes les situations de détresse : guerres, famines, maladies, etc. Quelque soit le problème, un enfant risque de mourir, une seule réponse : « tu gardes ton problème, je prends ton enfant ». Marché de dupes contre lequel un jour, les populations du Sud ne manqueront pas de se dresser. Arrivera un jour où les gouvernants des pays pourvoyeurs n’accepteront plus le pillage humain... Et l’affaire de l’Arche de Zoé a pour effet réjouissant d’accélérer ce processus.

 

L’adoption d’un enfant à l’étranger n’est pourtant pas sans risque, il ne s’agit pas d’un « coup de baguette magique » qui illuminerait brusquement la vie d’un enfant, grâce à l’amour inconditionnel et au bonheur en kit. La recherche en psychologie qui a été menée en 2006 à l’université Paris 8, a permis de rencontrer des enfants adoptés qui présentaient une psychopathologie très caractéristique. Le plus grand risque est bien sûr la souffrance identitaire, qui dans ses formes extrêmes, s’exprime sous des formes psychotiques ou dépressives (problèmes cognitifs, tentatives de suicide, grande violence, etc.). Arrachés à leur pays et à leurs attachements d’origine, il arrive que les enfants ramenés en France aient des difficultés à se sentir chez eux, à endosser leur nouvelle identité, à se glisser dans la « fiction juridique » qu’est l’adoption. Le risque pour ces enfants déracinés est de rester « suspendus » entre deux identités, comme le décrit Christian Dumortier dans son livre-témoignage « Adopté dans le vide ».. Ces difficultés sont exacerbées lorsque les enfants ont un vécu traumatique dans leur pays d’origine, ce qui est souvent le cas pour cause de guerre, troubles politiques, déplacements de populations, mais aussi maltraitances, absence de soins médicaux, famine... [1]

 

Si je parle de pillage, c’est que l’argument justificatif du système légal (Adoption Internationale) et des diverses formes illégales de « sauvetage » (Arche de Zoé et consoeurs), est le même : ce sont des enfants sans famille, des orphelins. Je me suis amusée cette semaine, d’entendre un ministre tchadien rappeler que cet état, ce statut d’orphelin, n’existe pas au Tchad, en ce qu’il relève d’une conception occidentale de la famille. Je me réjouis d’entendre enfin de tels propos clairement énoncés, car en effet, les anthropologues ne cessent de nous rappeler que les systèmes culturels de parenté africains ont prévu des modalités locales de prise en charge des enfants dont les parents sont morts : le rôle de la famille élargie (oncles, tantes, etc.) est fondamental dans l’accueil des orphelins. D’ailleurs, dans de nombreuses cultures, un enfant qui est accueilli chez sa tante ou son oncle n’est pas considéré comme un orphelin ! Doit-on rappeler qu’actuellement, le principal obstacle au fonctionnement de cette solidarité familiale est la misère économique dans laquelle se trouvent les familles africaines.

 

Au nom de l’urgence, il n’est pas étonnant que nous passions d’un système légal à des mesures illégales. D’ailleurs, les deux systèmes ne sont pas étanches, et la zone qui les sépare est on ne peut plus floue. Où s’arrête la légalité lorsqu’il s’agit de recueillir un « consentement éclairé » de la part de personnes dans des situations de survie [4] ? Je soutiens par conséquent qu’ il existe un continuum entre les deux systèmes, et qu’il est hypocrite de traiter les dérives de l’Arche de Zoé sans interroger les fondements du système de l’Adoption Internationale. D’ailleurs, les pays du Sud ne s’y sont pas trompés : après le tsunami de décembre 2004, l’Indonésie a fermé son pays à l’adoption afin de se prémunir du pillage d’enfants, et cette semaine, c’est le Congo Brazzaville qui annonce qu’il se ferme à l’adoption internationale suite à l’affaire de l’Arche de Zoé... Arrivés à ce point, nous ne nous étonnerons pas en constatant que la mobilisation fondatrice des « sauveteurs de l’Arche de Zoé » est un projet destiné à venir en aide aux enfants et aux familles victimes du Tsunami.

 

Arrivée à ce point, il me semble également important de souligner la vaste hypocrisie de nos dirigeants français dans cette histoire. Car nous pouvons nous interroger sur ce qui déclenche le passage à l’illégalité totale et revendiquée [3] de la part des membres de l’Arche de Zoé ? Au nom de quoi des personnes s’autorisent à « passer aux actes » ? Cette expression citée par l’association française sur son site internet est intéressante du point de vue psychologique... Le passage à l’acte étant le fruit d’une impulsion produite par l’incapacité à élaborer une émotion.

 

C’est bien le sentiment d’urgence qui autorise ces passages à l’acte. Et ce sentiment d’urgence a été alimenté très récemment concernant le Darfour par les politiciens français, qui souhaitent donner à leurs électeurs l’impression qu’ils sont mobilisés pour faire face à la situation dramatique du Darfour, pour donner l’illusion qu’ils sont en train d’agir. Il faut se rappeler qu’au lendemain de l’élection présidentielle, Bernard Kouchner, lui-même ancien french-doctor spécialiste de l’intervention d’urgence, a organisé un sommet appelé « Urgence Darfour »... ce que Rony Brauman dénonçait cette semaine comme « l’installation par les politiques de l’idée que le sauvetage immédiat était un impératif au nom duquel la transgression juridique était possible ». Il ne faut donc pas s’étonner que certaines personnes qui avaient une vocation au sauvetage (comme un ancien pompier Président d’une association) soient passées aux actes. La réaction médiatique et politique de grande ampleur aux dérives mises en actes par l’Arche de Zoé vise certainement à détourner l’attention de la responsabilité morale de ceux qui ont utilisé l’urgence (du Darfour et d’ailleurs) comme « caisse de résonance » à leurs propres intérêts. Une vaste hypocrisie...

 

Pour être très claire et pour conclure, j’affirme donc que les occidentaux abusent de leur position dominante, au mieux pour recueillir des consentements à l’adoption de la part des familles et des Etats, au pire pour organiser du pillage humain, en présentant comme seule solution l’exportation d’enfants devenus marchandises. Et nous soutenons pourtant qu’il en existerait une autre : donner les moyens à ces familles élargies de prendre en charge et d’accueillir leurs orphelins. Il me semble que la réponse d’Orphelins Sida International est clairement engagée à cet égard : les personnes qui parrainent des enfants par notre intermédiaire soutiennent que la meilleure solution est de donner des moyens aux familles pour continuer d’élever leurs enfants au sein de leurs communautés.

 

Il se trouve que notre association existe depuis 7 ans et que nous peinons à nous développer. Malgré les 250 enfants parrainés à l’heure actuelle, nous ne parvenons toujours pas à financer un salarié, et le refus de subventionner notre action fait l’unanimité auprès des pouvoirs publics et des financeurs privés, tant du côté de la lutte contre le sida que de l’aide à l’enfance... Le parrainage d’enfants dont les parents sont morts du sida n’est, en effet, pas une action spectaculaire, difficile à valoriser auprès de l’opinion publique, il s’agit d’un travail peu visible puis qu’il permet simplement à un enfant de vire et d’être scolarisé dans sa communauté. Nous avons toujours refusé l’imagerie du catastrophisme en Afrique [4], et malgré nos diffcultés d’existence, notre action existe ! Ce faisant, c’est sur une note positive que je souhaite terminer cet éditorial, en rappelant que, bien que confrontées à des obstacles, les initiatives de prise en charge des orphelins et des enfants vulnérables sont possibles, et que toutes les actions en leur faveur ne sont pas forcément condamnées au fatalisme.

 


Sandrine Dekens, psychologue clinicienne, experte de la prise en charge des orphelins et enfants vulnérables

 

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[1] Pour aller plus loin sur la psychopathologie des enfants adoptés à l’étranger : Dekens S., (2006), Exposés et sauvés. Le singulier destin des enfanst adoptés à l’étranger, Saint-Denis : Université Paris 8,
Romana V., Dekens S., (2006), « Enfants adoptés en difficulté : pour une prise en charge psychologique spécifique », Le Journal des Professionnels de l’Enfance, Dossier Adoption coordonné par Sellenet C., N°39, Mars-Avril 2006, pp 60-64

[2] voir à ce sujet les malentendus culturels dans les recueils de consentements : Exposés et sauvés, pp 11-12 et p76

[3] Site Internet : « L’Arche de Zoé s’exposera certainement aux foudres de Khartoum, de certains politiciens, de quelques philosophes ou autres « grands penseurs » qui vont crier au scandale en parlant d’éthique, d’illégalité ou de traumatisme psychologique des enfants déracinés (...) pendant que (...) d’autres essuieront les critiques mais agiront »

[4] Agréable visite sur le site de l’association "Orphelins du sida international"

 

Source : OSI BOUAKE, le blog des parrains de Bouaké

 

04/02/2008

Lettre ouverte d'EFA à Bernard Kouchner

La Fédération Enfance et Familles d’Adoption apprend qu’une fois encore, un groupe d’adoptants a récemment obtenu des visas après avoir mené des procédures en violation des conventions ratifiées par la France et le Cambodge.

 

Ces conventions — comme le précisent très clairement le site du Ministère des affaires étrangères :

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et celui de l’Agence française de l’adoption :

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prévoient un encadrement exclusif par l’AFA ou OAA (à ce jour un seul est autorisé et habilité par le Cambodge), ce qui, dans ce cas, n’a pas été respecté.



EFA a remis, le 1er février 2008, une lettre publique adressée à Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères, au cabinet de Rama Yade. Cette lettre souligne le risque que font courir de telles pratiques sur le regard porté sur nos enfants, sur la crédibilité des autorités françaises en matière d’éthique ainsi que le discrédit jeté sur la signature française de conventions.



EFA avait, déjà, le 15 décembre 2005, publié un communiqué « Quand la France oublie l’éthique en matière d’adoption » à propos d’adoptions illégales au Cambodge.

 

LETTRE OUVERTE À MONSIEUR BERNARD KOUCHNER MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES



Paris, le 1er février 2008

Monsieur le Ministre

Le 15 décembre 2005 Enfance & Familles d’Adoption publiait un communiqué intitulé « Quand la France oublie l’éthique en matière d’adoption ». Nous attirions l’attention sur l’attitude de la France qui avait entériné des démarches entreprises par des familles françaises au Cambodge alors que ce pays était fermé à l’adoption « parce que de sérieux doutes planaient sur l’adoptabilité des enfants ».



Le 31 mai 2007, j’écrivais à Monsieur Nicolas Sarkozy, président de la République : « […] nous osons espérer de votre part une rupture claire avec des pratiques antérieures en matière de ‘visas de complaisance’. Il est insoutenable, pour des milliers de candidats qui suivent scrupuleusement les procédures et restent dans la légalité, au prix souvent de très longs délais, de constater que quelques-uns bénéficient de passe-droits, parce qu’ils ont des contacts, parce qu’ils instrumentalisent les médias. Cette inégalité de traitement est inacceptable, pour les familles mais aussi pour l’obligation d’éthique que nous imposent nos engagements internationaux.»



Le 17 novembre 2007, dans un message que vous adressiez à notre mouvement à l’occasion de notre congrès, vous écriviez : « La priorité que vous accordez aux droits des enfants et l’accompagnement des familles dans une démarche de responsabilité sont des valeurs auxquelles ce ministère croit profondément ».



Quelques jours auparavant, l’Agence française de l’adoption (AFA) organisait un colloque invitant les pays d’origine à faire part à la France de leurs attentes. Le 26 février 2008, l’organisation non gouvernementale Terre des Hommes rendra publique au Parlement européen une étude comparative sur l’éthique des pays d’accueil européens en matière d’adoption.



Or nous apprenons qu’une fois encore, un groupe d’adoptants a récemment obtenu des visas après avoir mené des procédures en violation des conventions ratifiées par la France et le Cambodge, qui prévoient un encadrement exclusif par l’AFA ou par le seul organisme autorisé pour l’adoption habilité par le Cambodge.



Outre que de telles pratiques font porter sur nos enfants un regard qui n’est pas, pour le moins, facile à vivre, comment les autorités françaises peuvent-elles être crédibles quand elles exigent des candidats ne bénéficiant pas de passe-droits une éthique irréprochable ?



Aujourd’hui, nous vous demandons quelles dispositions vous comptez prendre afin de mettre fin à ce type de pratiques qui, au mépris des enfants qui en sont l’enjeu, au mépris des pays d’origine des enfants et se rajoutant à l’affaire Arche de Zoé, jettent le discrédit sur la signature française de conventions et le doute sur l’éthique dans la politique française en matière d’adoption.



Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l’assurance de ma haute considération.



Janice Peyré
Présidente d’Enfance & Familles d’Adoption
Membre du Conseil Supérieur de l’Adoption (CSA)
Membre du Conseil National pour l’Accès aux Origines Personnelles (CNAOP)


Source : Fédération Enfance et Familles d'Adoption

* * *

->  Adoption : vers une nouvelle Arche de Zoé ?
L’association "Enfance et familles d’adoption" vient d’adresser une lettre ouverte à Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, pour dénoncer des pratiques dévoyées d’adoption au Cambodge.
Agoravox. La Taverne des Poètes. 6 février 2008..


-> 6 mois après : voici maintenant l’Arche de Yadé, les Peace Corps de Rama et ces volontaires pour l’adoption internationale.
Les premiers volontaires seront envoyés au Cambodge.
Agoravox. Konzench. 5 août 2008.

 

19/11/2007

Affirmer un droit à l'adoption ?

L’affaire de l’arche de Zoé a ouvert à nouveau le débat sur l’adoption en général dans ses deux branches, nationale et transnationale. Droit à adopter contre droit de l’enfant à être ? Et comme tous débats où se trouvent des enfants, on est rapidement dans l’affectif, dans les excès et, bien sûr, dans la caricature. Les textes de Francois-Robert Zacot, « L'Occident, l'adulte et l'enfant »  et de Jacob Rogozinski, « Pour le droit à l'adoption »  parus dans « Le Monde » des 9 et 17  novembre 2007 n’évitent pas l’écueil. Chacun traite l’autre de méchant et joue des enfants pour culpabiliser son interlocuteur, on  n’a pas pour autant progresser. Bien évidemment dans le magma des invectives, il n’y a pas que des erreurs d’analyse. Essayons de retrouver un peu de raison comme il faut régulièrement le faire décennie après décennie.



1° Il est de fait que le désir d’enfant est une réalité dans ce monde, en France en particulier.
Cela n’a rien de blâmable. Généralement, on parvient à y répondre naturellement, parfois avec l’aide de la médecine. Le taux de natalité en France est l’un des plus élevés d’Europe. Et, il a plutôt cru ces derniers temps quand il chutait ailleurs. Personne ne sait pourquoi, mais ce n’est pas le sujet du jour. Reste que des personnes (entre 15 à 20 000 en France) qui n’ont pas pu l’être, souhaiteraient être parents;  d’autres veulent s’ouvrir à plus d’enfants qu’ils n’ont pu être parents. Rien de blâmable à cela.
On peut être stérile et équilibré. Il est aussi des gens qui pensent pouvoir aider un enfant laissé à lui même par les accidents de la vie – décès ou disparition de parents – et lui apporter ce qu’ils ont donné à leurs propres enfants.
Vouloir s’ouvrir à un enfant n’est pas nécessairement être un pédophile qui s’ignore ou un dangereux pervers. C’est une démarche généreuse car il ne suffit pas d’accueillir sur l’instant  on s’engage pour la vie. En d’autres termes, ne jetons pas l’anathème sur ceux qui forment un  projet d’adoption.



2° Il est de fait que la France a de moins en moins d’enfants délaissés ou abandonnés. Il y en avait 150 000 en 1900 et désormais un peu moins de 3 300 pour une population qui au passage à plus que doublé en un siècle et pour environ 450 000 enfants suivis par l’ASE (Aide Sociale à l'Enfance). On doit s’en réjouir.
C’est le fruit d’au moins trois phénomènes : les enfants sont aujourd’hui plus désirés grâce notamment à la maîtrise de la contraception; les aides sociales faites aux foyers monoparentaux sont meilleures et enfin le statut des mères célibataires n’est plus ce qu’il était il y a encore 40 ans. On n’est plus montrée du doigt et tout simplement l’action sociale vise à éviter la rupture parent-enfants.
Inéluctablement, le nombre des pupilles de l'Etat  tend à diminuer : 40 000 en 1960, 20 000 en 1980 et quelques centaines de nouveau chaque année soit par remise aux fins d’adoption, soit par déclaration judicaire d’abandon.Régulièrement, certains pointent du doigt que des enfants qui auraient du faire l’objet d’une déclaration judiciaire d’abandon n’en ont pas profité. Ils y voient là une source non exploitée d’enfants adoptables négligeant que ces enfants sont souvent âgés quand les choses se cristallisent et alors guère adoptables pour ne pas correspondre aux enfants que recherchent les candidats à l’adoption.
Ce n’est donc pas pour rien que les candidats français et plus largement européens se tournent vers l’adoption transnationale. On imagine des millions et des millions d’enfants orphelins – comme Jacob Rogozinski – attendant des orphelinats qu’on vienne les chercher.
De fait, ces enfants existent ; on le voit régulièrement dans les reportages télévisés. Sont-ils pour autant sans famille et adoptable ? On se souvient de l’appel précipité de sœur Emmanuelle pour l’adoption des enfants du tsunami  voici deux hivers quand on ne savait rien du sort de leur famille.

Que ne dirait-on pas  si des étrangers visitaient nos foyers de l’enfance pour y adopter. Il est de fait que les Etats ont des politiques restrictives répugnant à voir consacrer leur incapacité  prendre en charge leurs enfants.

Rares sont les pays comme la Corée du Sud qui affirment que les enfants coréens adoptés à l’étranger sont les fantassins de la conquête du monde par le Pays du Matin calme. Indéniablement on peut améliorer le dispositif d’adoption transnationale en offrant à chacun les garanties qu’il est en droit de recevoir : l’enfant dès lors qu’il est réellement adoptable c’est-à-dire sans famille ,sur ses conditions d’accueil dans le pays hôte, les pays concernés qu’il n’y a pas eu de trafic d’enfants, etc.



3° Une idée doit être combattue : il y aurait beaucoup d’échecs de l’adoption. C’est inexact. Non pas qu’il n’y en ait pas. Les professionnels de l’enfance ont tous des exemples à citer mais le tribunal pour enfants étant un beau lieu d’observation des rejets, je peux affirmer que nous ne croulons pas – et fort heureusement - sous ces situations.
Certainement parce que les personnes qui adoptent ont fait un long cheminement sur eux-mêmes, qu’elles y ont été aidées par l’ASE ou les Œuvres de l’adoption. Bref, ce que l’on qualifie parcours du combattant pour marquer qu’on n’a pas accès à un enfant facilement, n’est pas nécessairement négatif pour lutter contre les échecs.
Reste que l’on a bien fait de prévoir – réforme Mattei de 1996 sauf erreur - qu’il pouvait y avoir une nouvelle adoption quand une première tentative avait échoué.
Dans l’adoption il est vrai que généralement chacun y trouve son compte, l’adoptant comme l’adopté. Là encore rien de choquant, Ces rappels fait peut-on affirmer un droit à l’adoption ?
 Un droit pour qui ? Un droit pour l’enfant ou un droit pour l’adulte qui veut s’ouvrir à l’autre ? Qui dit droit dit qu’il y a une institution – l’Etat – qui s’organise pour gager la reconnaissance de ce droit.
On voit la difficulté de l’exercice. On peut garantir à l’enfant sans famille que l’on fera l’effort de lui rechercher une famille d’accueil susceptible de devenir la sienne par l’adoption. On aura parfois des difficultés à trouver cette famille.
Il est encore des enfants de France qui ne sont pas adoptés car tenus pour trop âgés, porteurs de handicaps, de couleur de peau ou en fratrie. Faut-il même rappeler qu’il a fallu attendre 1984 pour que la loi vienne dire que tous les enfants étaient adoptables même s’ils étaient porteurs de handicap : jusque-là seuls les enfants en bonne santé étaient adoptables.
Bref, l’Etat peut s’engager vis-à-vis de l’enfant à une démarche pour ne pas se contenter d’un accueil en foyer ou même en famille, pas à un résultat. De même,peut-on reconnaître à certaines personnes le droit de demander à adopter en les agréant, mais comment leur garantir qu’il y aura un enfant à leur « servir à l’adoption» pour reprendre l’expression d’un certain  temps. On n’est pas dans le domaine dans lequel on peut offrir un droit opposable.
M. Rogozinski méconnaît le sujet quand il ricane sur les orientations avancées par Mme Rama Yade, notre secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme. Pourtant elle n’innove pas; son discours est celui que tiennent des responsables politiques réellement responsables depuis 20 ou 30 ans : si l’on a réellement l’intérêt de l’enfant en tête – et pas celui des adultes qui s’en repaissent- il faut promouvoir le parrainage et les alternatives à l’adoption.
Il faut aider sur place des politiques qui permettent aux parents d’élever leurs enfants comme on l’a fait  pendant un siècle et demi – et le développement économique est la première condition à réunir. Si des enfants doivent être aidés, ce peut être par le parrainage, et très subsidiairement, par l’adoption quand les conditions en sont réunies.
Reste que le parrainage touche ses limites car les parrains attendent plus que ce qu’on leur demande. L’adoption ne peut pas être à soi seule une politique de protection de l’enfance. Pour certains enfants, elle peut être la réponse adaptée car elle permet d’offrir un univers familial juridiquement conforté – elle crée une filiation nouvelle - à un enfant qui en manque.

L’adoption est une démarche dans une stratégie globale. Doit-on rappeler que l’adoption des enfants n’est légale que depuis 1923 c’est-à-dire après la Premier Guerre Mondiale quand il fallut se préoccuper des enfants de ceux qui étaient tombés à Verdun ou sur d’autres champs de bataille. Jusque-là seuls les adultes étaient adoptables pour prolonger un nom ou garantir le maintien d’une fortune.Mais là encore, une question peut être un test éclairant : faut-il recourir autant qu’on veut le faire à l’adoption plénière qui efface l’histoire de l’enfant et le répute né dans sa famille d’adoption. Il faut un lien pérenne, mais pourquoi effacer l’histoire ? Chacun d’entre nous est un mille-feuilles : pourquoi vouloir nier l’origine de l’enfant et son passé.

Si on recourrait plus à l’adoption simple qui crée un lien de filiation sans pour autant effacer le lien précédent, on admettrait réellement l’enfant pour lui-même, et non pas pour remplacer l’enfant qu’on n’a pas pu avoir par ailleurs. Peut-être serait-on moins soupçonnés par des parents ou des Etats de vouloir s’approprier un enfant.

Pour être respecté dans ses désirs, il faut sans doute commencer par respecter l’autre dans ce qu’il ressent. Une dernière chose est sûre : l’adoption n’est pas qu’une démarche privée. Certes, pour certains, il y a un mystère de l’adoption : comment faire sien un enfant qu’on n‘a pas conçu ? C’est en tous cas l’histoire d’une rencontre qui souvent se déroule bien mais peut aussi mal se  terminer.  
Elle suppose des précautions prises pour l’enfant, pour sa famille naturelle mais aussi pour la famille d’accueil. Elle engage la responsabilité de la puissance publique. Elle peut aussi participer de la politique étrangère d’un Etat. Il est donc bien difficile, si on veut bien y regarder de près d’affirmer un droit à l’adoption. Si on ne l’a pas fait jusqu’ici ce n’est pas par hasard. Sur ce sujet, comme sur bien d’autres méfions-nous des discours incantatoires.



Source : Les droits des enfants vu par un juge des enfants, Jean-Pierre Rosenczveig

26/01/2007

L’adoption en questions - Sur le blog de Jean-Pierre Rosenczveig, juge des enfants.

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Le procés des “enfants bulgares vendus” qui se déroule actuellement à Bobigny pose bien évidemment de nombreuses questions. Il serait hors de propos de ma part d’aborder l’affaire elle-même. En revanche en arrière-fond, on trouve le dossier adoption qui vaut quelques remarques pour alimenter la réflexion de chacun.

 

Tout d’abord il faut observer que derrière ce mot se posent deux problèmes :

1° le souci pour des adultes d’accueillir un enfant soit parce qu’ils ne peuvent pas en avoir autant qu’ils ne souhaitent soit même pas en avoir du tout,

2° le souci, généralement pour la puissance publique, de procurer une famille à un enfant qui en est privé pour avoir été délaissé soit explicitement - la remise aux fions d’adoption ex-abandon - ou une déclaration judiciaire d’abandon à l’encontre de parents qui pendant une année n’auront pas exercé leur autorité parentale.

 

Une première difficulté résultent des données chiffrées et qualitatives.

 

 Selon les chiffres 15 à 25 000 personnes veulent adopter. Ils sont demandeurs d’un enfant en bas-âge, en bonne santé et de type européen. Bref, l’enfant qu’ils n’ont pas pu avoir naturellement.

 

Dans le même temps les services de l’ASE accueillent 3 300 enfants qui ayant le statut de pupilles de l’Etat sont adoptables. Outre le différenciel (15 000 - 3 300) qui saute aux yeux , il faut savoir que ces enfants pupilles de l’Etat sont plutôt âgés (60% ont plus de 10 ans, ils sont souvent handicapés, de couleur et fréquemment ont des frères et soeurs aussi adoptables !

 

Les termes de l’équation sont connus avec ses conséquences : les délais d’attente pour être “servi” même si on a été agrée officiellement comme “candidat à l’adoption”.

 

D’où la tentation de se diriger vers l’étranger.

 

Mais l’adoption “transnationale” n’est pas si simple que cela. Quoique l’on voit des drames vécus par tant d’enfants du monde le nombre d’enfants - juridiquement et politiquement - adoptables n’est pas si important que cela. Tous les enfants pauvres ne sont pas sans parents; tous les pays du monde n’acceptent pas facilement que leurs enfants soient adoptés à l’étranger mettant en évidence leur incapacité à les nourrir et les élever ! La France elle-même est soucieuse de poser des cadres pour  ne pas être éclaboussée de scandales de trafics d’enfants qui font mauvais genre au plan international.

 

En d’autres termes tant pour accueilir un enfant de France ou un enfant venu d’accueilir les candidats - couples ou célibataires- doivent recevoir un agrément délivré par le président du conseil général de leur domicile. Le taux de refus est minime. L’agrément pour autant ne garantit pas d’adopter; il faut encore se voir confier un enfant par une oeuvre d’adoption ou par l’aide sociale à l’enfance sous le contrôle du conseil départemental des pupilles de l’Etat, puis du TGI qui prononcera l’adoption.

 

En d’autres termes beaucoup de candidats et peu d’élus s’agissant des personnes qui souhaitent adopter. L’orientation vers l’adoption transnationale n’est pas toujours elle-même couronnée de succès. Il faut en payer le prix dont le temps n’est pas la moindre dimension.

 

Dans le même temps tous les enfants qui devraient être adoptés ne trouvent pas de famille d’accueil même si des gestes extraordinaires sont faits en direction des enfants gravement handicapés désormais (1984) adoptables puisque l’on n’a plus que l’enfant objet d’un projet d’adoption soit en bonne santé.

 

Et on se trouve devant ce paradoxe que tous les enfants adoptables de France ne trouvent pas famille tandis que des français sont près à tout faire- y compris - violer la loi pour accueillir un enfant venant d’ailleurs! Il ne s’agit pas de porter un jugement de valeur sur le désir d’enfant et le projet de vie de chacun. Respect ! Il s’agit simplement de constater que ce désir d’enfant peut amener à soulever des montagnes. Pour autant des limites doivent être posées. Je renverrai au débat sur l’adoption par les couples homosexuels qui est posé depuis quelques années. Un homosexuel peut adopter. Ses orientations sexuelles n’ont d’ailleurs pas à entrer en ligne de compte (dixit à juste titre le Conseil d’Etat). La question juridique se pose pour les couples. Il ne s’agit pas de nier la légitimité de deux personnes homosexuelles d’adopter, mais simplement de s’interroger sur cette formule en se plaçant du côté de l’enfant qui doit préoccuper la puisance publique qui l’a en charge. L’adoption d’enfant est un mode recent de création de filiation entre un enfant et un ou des adultes. Il a été introduit en 1923 pour répondre au souci de l’enfant sans famille ( les enfants des morts de Verdun!), mais pas pour satisfaire le désir d’enfants des adultes. Bien sûr ce n’est pas mal de faire coup double. On se garantit d’ailleurs plus souvent la réussite de la greffe. Mais de là à poser en premier le droit de l’adulte à l’enfant, il y a une marge que personnellement je n’ai pas franchi.

 

Ce débat va rebondir à coup sûr en France dans les mois et années à venir. Pour autant on ne peut pas oublier l’ordre des choses et le balayer d’un revers de la  main pas plus qu’on ne peut sans réagir laisser des officines vendre des enfants et des personnes les acheter. La personne humaine est hors du commerce, en entier comme en pièce ! La fin - le bonheur de l’enfant et des adultes qui l’accueillent - ne saurait justifier les moyens.

 

On peut tout comprendre et même sans punir poser des limites. Par exemple, pour les enfants “bulgares” indépendamment de la fin de l’instance pénale est posée la question de la filiation des enfants concernés. Ils sont certes pour la majorité d’entre eux dans les familles d’accueil, mais leur filiation est anéantie ou le sera. Il va falloir en reconstruire une.

 

Les difficultés ne font que commencer pour ces enfants.

 

D’une manière générale l’adoption n’est qu’une étape d’un parcours difficile pour les enfants concernés. Le plus souvent le bonheur est à la clé. Il peut aussi y avoir des accidents et des difficultés. Le législateur l’a entendu qui permet désormais de former un nouveau projet d’adoption en cas d’échec du premier.

 

Dernière remarque sur le sujet : trop souvent , dans l’intérêt affiché des enfants - on privilégie l’adoption plénière qui substitue d’une manière irréversible une filiation à une autre sur l’adoption simple en théorie réversible et qui ajoute une filiation à la première. Souvent s’agissant d’un enfant âgé qui a la mémoire de son passé il aurait fallu se contenter d’une adoption simple ! Une réforme s’impose qui tout en créant un lien irréversible ne prive pas l’enfant de sa filiation première et a tout le moins ne lui interdise pas d’accéder à la connaissance de ses origines.

 

Source.

Pour en savoir plus.