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14/02/2012

France. "Manifeste contre l'accouchement sous X"

les x en colere.jpg

 Ce manifeste a été rédigé par Audrey HERPE, secrétaire de l'Association "Les X en Colère"  et récemment cosigné par 8 associations de défense du droit aux origines.

Ce manifeste a été rédigé dans un contexte actuel où les deux propositions de lois de la députée Brigitte Barèges remettent en cause l'accouchement sous X, pour se diriger vers un accouchement dans le secret. La mère aurait ainsi la possibilité d'accoucher dans la discrétion, d'être protégée et entourée médicalement et psychologiquement, tout en laissant son identité sous pli fermé. L'enfant, pourra, S'IL LE SOUHAITE, accéder à ces informations dès sa majorité. Celle loi, contrairement à la loi de 2002 établie pour un instant "T", envisage l'avenir des mères et des enfants, pour qui l'anonymat est source de souffrances. Elle vise aussi à un équilibre des droits encore jamais atteint.

Les opposants à l'abolition de l'accouchement sous X reprennent depuis des années des arguments qui nous semblent dépassés et éloignés de la réalité, ce manifeste a aussi pour objectif de répondre à ces clichés véhiculés qui n'offrent pas une vision objective de la situation.

Ce manifeste est en ligne sur le forum des "X en Colère" depuis le 5 novembre, et largement diffusé sur le net (forums, facebook ...). Il a également été envoyé à plusieurs députés et sénateurs, ainsi qu'à quelques personnalités.


Il est depuis mi-janvier en ligne sur le site des "X en Colère", et depuis une semaine à peine, sur le site pétitions24 afin de pouvoir être signé par le plus grand nombre. Il a recueilli pour l'instant 150 signatures en l'espace de quelques jours, mais ce n'est que le début.

Le lien vers la pétition : http://www.petitions24.net/manifeste_contre_laccouchement...

02/12/2011

Tinan, auteur du récit "Magnitude 7.3" sur l'adoption en Haïti

Magnitude 7-3 Tinan.jpgMon livre Magnitude 7.3, publié chez Alma Editeur (http://www.alma-editeur.fr), est sorti depuis le 6 octobre. Il est disponible dans toutes les libraires au prix de 18€. Je vous invite à le découvrir, pas seulement parce que c'est moi qui l'ai écrit mais parce que je pense qu'il apporte un regard profondément utile sur la réalité de l'adoption, le déracinement, le multiculturalisme.


Voici le texte de la quatrième de couverture :

Tinan a quatre ans et demi lorsqu’il découvre le sol français. Il vient d’être adopté. Dix-huit ans plus tard, il part pour Haïti rencontrer sa famille. À la joie immense de retrouver sa mère et toute sa parentèle s’ajoute la découverte d’un pays, d’une culture et d’une langue qu’il tente de se réapproprier. Mais comment vivre en étant de deux mondes ? Comment admettre que si l’amour des siens en France lui semble corrompu, en Haïti il apparaît souvent dénaturé par l’égoïsme ou l’intérêt ? Avec beaucoup de pudeur et une grande lucidité, Tinan raconte ce voyage, cet apprentissage, le mélange d’enthousiasme et de doutes au terme duquel il affirme son identité : plus qu’à un pays, il s’appartient à lui-même et son avenir il le construira loin des mensonges, quel qu’en soit le prix.

Magnitude 7.3 est le récit d’un séisme intérieur : comment appartenir à deux cultures, deux terres, deux mondes ?
Voici un extrait du livre.

Tinan Leroy, 32 ans, grandit en France. Après avoir enseigné la physique-chimie, il est aujourd’hui musicien, chorégraphe et professeur de salsa.


Quelques liens :

http://www.salsatango.fr/2011/10/02/magnitude-7-3-lhistoire-haitienne-de-tinan-leroy/
http://www.liberation.fr/monde/01012328119-haiti-adoptions-a-but-lucratif
http://www.unicef.fr/contenu/actualite-humanitaire-unicef/tinan-temoignage-d-un-enfant-deracine-2010-02-18
http://www.alma-editeur.fr/


Au nom de tous les siens


Tinan

 

Vous avez interviewé Tinan Leroy, auteur du livre «Magnitude 7.3»
20 Minutes.fr  


28/07/2011

La question d'identité est fondamentale à l'épanouissement d'un être.

Cette question est probablement centrale chez les enfants adoptés qui peuvent se retrouver soit dans un processus d’acculturation, soit confrontés à un dédoublement culturel et identitaire renforcé. De manière générale, les parents adoptifs se préoccupent surtout de la santé physique et des différences visibles chez leur enfant. Ils s’interrogent parfois sur une éventuelle maladie héréditaire. De manière légitime, ils se préoccupent ensuite de la différence psychologique, du regard des autres, de quelle manière leur enfant va s’attacher à eux et s’intégrer à son nouveau milieu. Indépendamment de leurs nombreux questionnements, les parents adoptifs doivent veiller à renforcer l’identité de l’enfant, son sentiment d’appartenance à sa famille, à son milieu social mais aussi à sa culture d’origine. Lorsque l’enfant est issu d’une autre culture et présente des dissemblances plus marquées, la différence s’affiche beaucoup plus mais les problèmes d’identité sont les mêmes.

 

L’adoption est une affaire de patiente, de coïncidence, d’attachement, d’identification et d’affection. Après une période de démarches et d’incertitude, lorsqu’un projet d’adoption se concrétise, l’aventure peut commencer. Après une période d’attente parfois assez longue, l’enfant finit par arriver. Même si elles ont fait l’objet de certaines discussions, se posent alors différentes questions comme si l’adoption exigeait plus des parents adoptifs que des autres parents. Avec l’arrivée d’une nouvelle personne dans la famille, la faculté d’adaptation est primordiale, tant pour les parents que pour les enfants.

Certains évoquent la période de la post-adoption, comme un défi à relever. Il importe de démystifier certaines idées reçues à propos de l’adoption. L’attachement instantané représente une fausse croyance qui provient de l’époque où les parents adoptifs venaient choisir l’enfant dans les orphelinats. Ils étaient alors convaincus que le premier enfant qui leur tendait les bras était celui qu’ils devaient adopter. Or, le processus d’attachement ne s’installe pas en fonction des sentiments (positifs ou négatifs) ressentis lors de la première rencontre. Cette première impression peut être faussée par différents éléments qui ne peuvent garantir l’installation d’un processus l’attachement favorable. Analogue à une naissance, l’adoption comporte des moments d’incertitude et de balbutiement. Il s’agit surtout de la rencontre entre deux êtres différents, qui ont probablement besoin l’un de l’autre. Une aventure humaine où la relation reste à construire.

Certains parents adoptifs rapportent cependant qu’ils ont éprouvé plus difficultés de créer des liens solides et stables avec leurs enfants adoptifs qu’avec leurs enfants naturels. Dans les situations où l’enfant adopté a déjà vécu dans une autre famille ou a évolué dans une institution, il a connu une autre réalité et doit s’adapter à de nouveaux repères parfois très différents. De manière radicale et sans aucune progression, tout ce qui concerne cette réalité originelle (les odeurs, les voix, les sons, l’ambiance, etc.) disparaît du jour au lendemain. Au début, il va essayer de retrouver instinctivement les traces de ce passé proche. Il va mobiliser son énergie psychique à survivre le mieux possible à cette rupture. Il ignore qu’il va vivre avec des nouvelles personnes qui vont devenir ses parents pour la vie. Ce stress émotionnel profond laissé par la trace de quelque chose qui s’évanouit progressivement dans les mânes du temps peut persister des années durant, voire même pendant la vie adulte. Conscients de ce trouble plus ou moins apparent, les parents adoptifs observent ces mécanismes psychologiques (souvent inconscients) et pensent à se mettre dans la peau de l’enfant adoptif pour l’aider à trouver son identité malgré certaines différences visibles ou invisibles.

L’origine ethnique de l’enfant adopté joue également un rôle significatif dans les processus d’attachement et d’identification. Aujourd’hui, l’adoption internationale est portée par les vagues de la mode et l’évolution des mentalités. Chaque année, des milliers de parents adoptent des enfants en provenance des cinq continents. Actuellement, ces jeunes enfants proviennent d’une vingtaine de pays (principalement la Chine, Haïti, la Russie, le Vietnam, la Thaïlande, le Brésil et la Colombie). De manière générale, les spécialistes de l’adoption observent que les enfants issus de l’adoption internationale s’adaptent assez bien à leur nouveau milieu, surtout s’ils ont été adoptés très jeunes. La plupart de ces enfants venus d’ailleurs bénéficient des meilleurs soins et de bonnes conditions d’accueil. Lorsque l’enfant est d’une autre couleur de peau que celle de ses parents adoptifs, le regard des autres et les questions sont souvent dérangeantes. En filigrane des réflexions se révèlent diverses formes de racisme ou de xénophobie. Ces attitudes souvent insidieuses se manifestent différemment selon l’âge et l’origine ethnique de l’enfant. Les enfants qui apparaissent comme « adorables » lorsqu’ils sont petits, deviennent plus connotés en grandissant. Certains affirment que les enfants africains sont plus souvent victimes de racisme en grandissant, que les enfants asiatiques qui seraient mieux « appréciés ». Pour les Asiatiques, c’est le stéréotype de l’enfant parfait qui fait souvent la vie dure aux fillettes. Elles sont gentilles, dociles et elles devraient tout réussir. C’est souvent à l’adolescence que l’image stéréotypée de l’enfant « mignon » finit par s’estomper, laissant la place à d’autres ressentiments.

En grandissant, les enfants adoptés ethniquement différents souffrent des remarques des autres enfants ou subissent des pressions qui remettent en cause leur attachement à leur famille adoptive. Les différences culturelles sont pourtant de plus en plus manifestes dans les grandes cités occidentales. Mais la plupart des enfants adoptés issus de l’étranger sont sensibles aux remarques des autres. Il importe d’ailleurs qu’ils soient informés à propos de leur culture d’origine ou qu’ils apprennent leur langue originelle, afin notamment de retirer une certaine richesse de leur métissage culturel. En connaissant leurs racines, leur langue « maternelle », ces enfants prennent conscience que leur culture d’origine n’est pas un sujet tabou. Cette approche démystificatrice aide l’enfant à s’épanouir dans sa famille et son milieu. Les problèmes d’attachement sont aussi remis en question par cette dichotomie culturelle que l’enfant ressent parfois comme un dédoublement personnel. Il peut perdre confiance en lui ou rechercher d’autres figures d’attachement extérieurs à sa famille adoptive. Il peut aussi se poser des questions sur sa culture d’origine et la placer en compétition avec sa culture d’accueil, tout en déstabilisant son processus d’intégration.

L’enfant adopté se lance ainsi un véritable défi : trouver le juste milieu entre ses origines et sa destinée actuelle et consolider ses liens d’attachement avec ses parents adoptifs. Si la mission de tout parent est d’accompagner et de soutenir son enfant vers un épanouissement optimum, les parents adoptifs doivent relever un second défi : reconnaître leurs propres différences et accepter un certain décalage que tôt ou tard l’enfant qu’il ont adopté va installer.

Ayant dépassé une histoire singulière, les enfants adoptés se présentent parfois comme survivants d’un traumatisme précoce. Depuis leur naissance en passant par l’abandon, ils ont survécu physiquement et affectivement à diverses épreuves parfois innommables et surmonté des expériences plus ou moins douloureuses (guerre, famine, séparation, rupture de soin, décès des parents, viol, etc). D’un point de vue psychologique, il est tout aussi important de pouvoir diagnostiquer certains symptômes cliniques spécifiques du vécu des enfants adoptés. En reconnaissant ces signes, les parents peuvent soutenir l’estime de soi de leur enfant et l’aider à se construire. Au-delà de toute considération culturelle, le renforcement de sa construction personnelle est aussi la base de son identité.

En matière d’identité, l’enfant adopté a besoin d’être considéré en tant que personne à part entière et intégrée à une famille qui ne met pas de côté son histoire originelle. Il faut cependant éviter certains pièges qui pourraient renforcer des attitudes ou des prises de position extrêmes. Ainsi, certains parents font une fixation sur l’origine de leur enfant et se mettent à l’idéaliser. Tels parents sont si fiers de leur enfant d’origine indienne qu’ils transforment la décoration de la maison, changent totalement leurs habitudes alimentaires, apprennent le hindi en famille et racontent continuellement devant l’enfant leur merveilleuse expérience d’adoption. À l’opposé, certains cherchent à effacer toute trace du passé de l’enfant pour qu’il puisse repartir à zéro. A l’exemple de ces parents qui de bonne foi se débarrassent de tous les vêtements et objets que l’enfant portait sur lui le premier jour, afin qu’il oublie son passé pénible. Dans ces deux situations extrêmes, l’emprunte culturelle de l’enfant occupe paradoxalement tout l’espace de l’adoption. L’enfant doit apprendre à fonctionner avec ses deux identités. Lorsqu’il ressent le besoin d’appartenir à l’une ou l’autre référence culturelle ou familiale, l’enfant doit se sentir autorisé à opérer un libre choix. Qu’il soit d’ici ou d’ailleurs, il est à la fois l’enfant de ses parents adoptifs et l’enfant d’une autre origine. Suivant les vicissitudes de sa propre existence et certaines périodes plus ou moins difficiles de sa vie, il sera confronté à des personnes, à des événements, à des rencontres qui ouvriront son coeur et son esprit à l’intelligence du monde d’où il est issu et où il s’est attaché.


Source: L’enfant adopté : en quête de sens ou d'identité? par Yves-Hiram Haesevoets

09:06 Écrit par collectif a & a dans Origine - Identité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : adoption, adoptés, identité | |  del.icio.us

25/01/2011

France. Feu l’intérêt de l’enfant. Jean-Pierre Rosenczveig

La commission de l’Assemblée nationale en charge d’examiner le projet de loi sur la bioéthique vient de se prononcer à la majorité contre la mesure phare avancée par le gouvernement qui voulait que  les enfants nés de procréations assistée avec donneur puissent désormais accéder, s’ils le souhaitent, à la connaissance de l’identité de ce donneur de sperme ou d’ovocyte qui leur a permis d’être. On se souvient que récemment le PS, après un débat délicat s’était déclaré contre la levée de l’anonymat, mais en l’espèce, le clivage n’est pas politique. Il est philosophique, la ligne de partage dépassant l’approche partidaire.

Les droits des enfants vus par un juge des enfants | 22.01.2011

14/01/2011

Quand l'enfant de l'ennemi finit par gagner l'après-guerre

Elle était fille de l'ennemi et cela ne pouvait pas se savoir. Soixante-sept ans après sa naissance, Gerlinda Swillen est devenue, en Belgique, la première enfant de la guerre à obtenir la nationalité allemande. Elle peut enfin sortir de l'ombre et s'afficher comme une femme avec une identité complète. "Ceci clôture ma quête de père. Mon histoire personnelle est réparée." Grâce à cette double nationalité, Gerlinda Swillen espère ouvrir la voie de la reconnaissance des enfants de la guerre. Ils seraient pas moins de 20000 dans notre pays.


Pour les enfants de la guerre, le deuxième conflit mondial ne s'est pas achevé en 1945. "Beaucoup d'entre nous ont du alors commencer à mener leur propre guerre", explique Gerlinda Swillen. "La lutte pour la reconnaissance de notre identité biologique." Les enfants nés d'une mère belge et d'un père soldat allemand étaient les enfants de l'ennemi. Des enfants dont personne ne devait savoir comment ils avaient été conçus, même pas eux-mêmes. "J'ai longtemps vécu avec une demi-identité".Jusqu'à aujourd'hui. Sur son bureau trône l'Einbùrgerungsurkunde, le document officiel qui matérialise la fin de son combat. Elle a désormais la double nationalité belgo-allemande.

Elle est la première dans ce cas mais entend bien ne pas rester la seule. Depuis qu'elle est sortie du placard en 2007 en tant que fille d'un soldat de la Wehrmacht, elle a parlé à presque une centaine d'autres enfants de la guerre. Jusque là, ils représentaient une face cachée de notre histoire. Aujourd'hui, elle milite pour la création d'un réseau européen qui se battrait pour leurs droits. "La double nationalité, c'est une étape importante pour l'obtention d'un statut protégé pour les enfants de la guerre. La nationalité est tellement importante. Certains bébés de la guerre étaient même apatrides. C'est affreux. Etre protégé par la loi, c'est souvent lié à la nationalité. Sans nationalité, c'est à peine si l'on a des droits."

Elle-même a essayé depuis son plus jeune âge de retrouver sa véritable identité mais elle se heurtait chaque fois à un mur. "Ma mère me rabrouait chaque fois que je posais des questions sur mon père, mais je savais bien qu'il y avait quelque chose qui clochait. Les adultes commençaient à chuchoter lorsque j'arrivais ou se mettaient subitement à parler dans une autre langue. Et ma mère se comportait bizarrement. Jusqu'à l'âge de quatre ans, j'habitais chez mes grands-parents. Mais quand ma mère s'est mariée avec un veuf qui avait un jeune fils, tout a subitement changé."

Sa mère tricotait les mêmes vêtements pour elle et pour son demi-frère. "Rien ne pouvait la rendre plus heureuse que lorsque quelqu'un remarquait que nous avions presque l'air d'être des jumeaux. Elle voulait surtout gommer mes origines, oublier le passé. C'était un tabou absolu. Il lui arrivait bien de dire, quand elle était fâchée, que si elle s'était mariée, c'était pour moi. Je me suis rendu compte plus tard que beaucoup de mères célibataires d'enfants de la guerre avaient fait de même, pour protéger leur enfant de l'exclusion. Mais, après avoir franchi ce pas, le nom du vrai père devenait encore plus tabou."

De temps en temps, le prénom Karl revenait dans les conversations mais il a fallu longtemps pour qu'elle réalise qu'elle était la fille d'un soldat allemand. Le nom de famille ne sortait pas. Jusqu'à ce jour de 2007 où elle a provoqué sa mère qui était en train de parler de la guerre. "J'ai dit : arrête de radoter, tu ne te souviens même pas du nom de mon père. Bien sûr que si, a-t-elle répondu. Dis-le, alors, ai-je répondu, alors que tout le monde nous regardait en silence. Karl Weigert, a-t-elle lâché". C'était la dernière pièce du puzzle, celle que Gerlinda attendait depuis 64 ans. Depuis ce jour-là, elle ne tient plus aucun compte des tabous. Elle a raconté l'histoire de ses origines à tous ses amis, lancé un appel aux autres enfants de la guerre et s'est plongée dans cette page d'histoire qui fait apparemment encore tellement peur à certains. Et elle est partie à la recherche de son père en Allemagne. Le jour de son 66e anniversaire, le téléphone a sonné. C'était le Deutsch Dienststelle, qui gère les dossiers des 17 millions de soldats de la Wehrmacht. "Nous pensons avoir retrouvé votre père", ont-ils dit. "Mais il y a un problème. L'âge ne correspond pas. "Ma mère avait dit qu'il avait trois ans de plus qu'elle mais il en avait seize de plus", explique Gerlinda Swillen. "Tout le reste collait. Il avait été affecté à Gand, sa mère s'appelait Barbetta - mon nom vient en partie d'elle - et son père travaillait aux chemins defer. Ils ont fait un travail incroyable. Maintenant, j'insiste auprès de tous les autres enfants de la guerre : chaque détail compte et peut aider à reconstituer le puzzle"

Son père était décédé en 1958 mais le frère et !a soeur de celui-ci vivaient encore et ils étaient prêts à la rencontrer. En 2009, elle a reçu une photo de son père. "C'est tout moi, non ?", dit-elle en la montrant. "Ce nez, ce front C'était bizarre aussi d'entendre certaines histoires. Je n'ai pas été élevé par eux, j'ai grandi dans un tout autre milieu et pourtant, on n'a aucune prise sur certains caractères héréditaires. Mon père avait des côtés sexistes et moi j'ai plutôt des idées féministes. Je me serais certainement souvent disputé avec lui, ai-je dit à son frère, mais celui-ci a aussitôt démenti. Quand mon père était vraiment fâché, il ne disait rien : il tournait le dos et s'en allait J'étais sciée qu'il me dise cela, parce que je fais exactement la même chose."

Son père avait claqué la porte de la maison familiale à 17 ans ; à un moment donné, Gerlinda a, elle aussi, radicalement coupé les ponts avec sa mère et son beau-père. "C'était un épicurien, très dynamique, très sociable, et moi aussi. Subitement, vous comprenez plein de choses, votre identité se reconstitue. Je me sentais incroyablement libérée. Cela vous donne une énorme force aussi. J'ai enfin l'explication de plein de choses."
Comme celle de sa mauvaise relation avec sa mère. "J'ai compris subitement qu'elle avait dû vivre pendant des années avec le portrait craché de son amant. Mon fils ressemble aussi énormément à mon père. J'ai compris cela maintenant. Ma mère le savait depuis le début mais ne m'en avait jamais parlé. Maintenant elle en parle souvent. Mais elle n'arrive pas encore à exprimer que moi aussi, je lui ressemble de manière flagrante."

Jusqu'à il y a peu, sa mère ne voulait rien savoir de la famille allemande de Gerlinda mais la curiosité a fini par l'emporter petit à petit. "Elle estimait qu'il l'avait laissé tomber. Mais mon père avait été plutôt honnête. Il l'avait demandée en mariage à mon grand-père. Mon grand-père avait refusé. Parce qu'il était anti-allemand mais aussi parce qu'il percevait le danger. Personne ne le savait, mais il avait du sang juif. Et les Allemands exigeaient que les femmes de leurs soldats aient une ascendance pure. Ils auraient certainement fait une enquête et, s'il l'avaient découvert, nous aurions alors tous risqué de nous retrouver dans un camp de concentration."

Après la guerre, la loi du silence régnait mais maintenant, cela a changé. Gerlinda déteste l'expression "collaboration horizontale" : "En temps de guerre, les relations sexuelles sont une manière d'avoir une bouffée de liberté pour les hommes et les femmes. Si j'en crois les conversations que j'ai eues avec d'autres enfants de la guerre, la plupart de ces relations n'ont rien eu à voir avec la collaboration." Gerlinda elle-même ne s'est pas tourmentée à propos du passé de son père. "Longtemps, je n'ai rien su. Mais j'ai été soulagée d'apprendre que mon père avait toujours fait en sorte de ne pas devoir se battre. D'après mon frère, il détestait les armes, il s'occupait du matériel roulant. Cela m'a soulagé d'apprendre qu'il n'avait pas eu à tuer des gens."

Aujourd'hui, elle estime que son histoire personnelle n'est qu'un détail de l'Histoire du monde. "Cette double nationalité a surtout de l'importance pour pouvoir protéger les enfants de la guerre dans le futur. Je sais que les gens tirent rarement les leçons de l'Histoire mais ces situations se reproduisent encore aujourd'hui. Des enfants conçus par des soldats américains ne reçoivent pas le droit départir à la recherche de leur père. Mais les enfants de la guerre doivent avoir droit à leur identité biologique. Avec ce statut, nous voulons leur donner une protection juridique contre les insultes et l'exclusion. Afin que tout ceci ne se reproduise plus." 

Source : De Morgen | Courrier International n° 1050 | 16-21.12.2010

 

- Enfants 'de la Wehrmacht' en Belgique
L'occupation allemande au cours du dernier conflit mondial a conduit inévitablement à des relations entre les militaires de l'armée ennemie et la population belge féminine. De ces relations sont nés, selon les estimations les plus prudentes, 20.000 enfants, sans parler des enfants avortés. La recherche sur ces enfants, que Gerlinda Swillen a entamée en septembre 2007, concerne des rapports éphémères ou de plus longue durée, désirés par l'homme et la femme. Comment en sont-ils arrivés là ? Qui étaient les mères, mais aussi les pères concernés ? Comment se déroulaient la grossesse et la naissance ? Quel fut le sort des enfants ? Pour traiter de ces questions, Gerlinda Swillen analyse des archives et des documents d'époque. Mais elle a aussi besoin de témoignages de mères, d'enfants, de médecins, d'infirmières, de membres des familles, de voisins, de connaissances. 
Après des années de silence en Belgique, l'âge des témoins devient aussi problématique. Les entendre devient donc très urgent. Le CEGES appuie cet appel au témoignage.

- Trente "enfants de la Wehrmacht" sont enfin prêts à témoigner
Le CEGES va lever l'un des derniers tabous de la Seconde Guerre mondiale. Sa recherche est menée par Gerlinda Swillen, qui fut aussi la fille d'un soldat allemand.
La Libre Belgique | 15.10.2008

 

21/12/2010

Espagne. Niños robados. Enfants volés

Espana_ninos_robados_vidas_ficcion.jpgHistoriquement, je croyais la Corée du Sud championne du monde dans le domaine des adoptions pas très nettes. A présent, je crois que c'est peut-être l'Espagne. Bon, il y a de grandes différences:  il s'agit là d'une histoire intranationale ... et ces adoptés, en se construisant durant leur l'enfance n'ont pas, je pense souffert psychologiquement d'un déracinement total et/ou d'un sentiment d'étrangeté permanent.  Ils ignoraient qu'ils étaient volés, et même souvent qu'ils avaient été adoptés.
 
Je crois néanmoins intéressant de présenter ce qui suit car je pense qu'on peut trouver beaucoup de choses similaires dans d'autres pays, notamment comment peut se développer un sacré sale système à partir de quelque chose qui doit en principe aider, protéger des enfants. Je crois aussi intéressant de présenter ce qui suit car celà présente une réaction civile intéressante. 
 
Il y a plus d'un an un juge espagnol, Baltasar GARZON (très connu pour avoir ouvert plusieurs enquêtes internationales en tapant très haut au niveau des droits de l'homme. Il a coincé quelques temps Pinochet à Londres notamment.), se pencha sur des enfants volés aux républicains par les nationalistes après la guerre civile espagnole (1936-1939). Aujourd'hui, El Mundo, l'un des quotidiens espagnol le plus important du pays, vient en aide à l'association ANADIR (Association Nationale des Victimes d'Adoptions Illégales) 

Greg

Avec son aimable autorisation, voici la traduction non officielle en français de "Familias ficticias; vidas robadas"

 
Des vies de fiction. (1er onglet)
Des familles fictives; Des vies volées.

par Raquel Quílez
 
"Mes parents m'ont confessé qu'ils m'avaient acheté"; "Ils ont payé pour moi davantage que pour un appartement"; "Un religieux leur a permis de choisir entre un petit garçon ou une petite fille", "Ils ont eu à employer une mère porteuse"... Ces témoignages n'appartiennent pas des scénarios de film. Ce sont des histoires réelles de personnes qui, devenues adultes, ont découvert que leur vie est un mensonge. Dans l'hôpital des nouveaux-nés ont changé de mains avec au préalable un paiement de leurs parents adoptifs. Qui est leur vraie mère ? Qui s'est enrichi avec leur vente ? Énormément de questions se bousculent sans réponse dans leurs têtes.
 

Selon l'avocat Enrique Vila, entre 200.000 et 300.000 personnes  pourraient être concernés. Des cas qui trouvent leurs racines à l'époque du franquisme  apparaissent maintenant à la lumière avec des protagonistes qui découvrent que leur famille n'est pas celle qu'ils croyaient. Leurs histoires rappellent des scénarios de film : des enfants en échange d'argent en plein jour, des bébés qui sortaient de salles d'accouchements en étant déclarés morts, des sages femmes qui falsifiaient des documents...
[ Lien au deuxième onglet : "Ainsi se déroulaient leurs histoires."]
 
Juan Luis Moreno a su qu'ils l'avaient acheté pour 150.000 pesetas quand son père le lui a confessé dans son lit de mort [ LIEN A SON HISTOIRE (en espagnol) ]; Maria Labarga a découvert que son acte de naissance était falsifié et que celle qu'elle croyait être sa mère  ne l'est pas [ LIEN A SON HISTOIRE (en espagnol) ]; Paloma Mosset cherche sa fille, déclarée morte après être née [ LIEN A SON HISTOIRE (en espagnol) ]... Elles sont nombreuses les personnes, après des années de soupçons, qui ont décidé d'enquêter sur leur cas. Une centaine d'entre elles se sont associés dans ANADIR (lien) [ l'Association Nationale de Victimes d' Adoptions Illégales] avec la volonté qu'on les écoutent dans les tribunaux, quelque chose de compliqué jusqu'à présent, puisque les demandes devant divers tribunaux provinciaux ont été mésestimées. Une seule donne lieu à une enquête par le Ministère public d'Algésiras-. " On nous dit que ce sont des délits prescrits parce qu'ils ont déjà plus de 40 ans. Mais il n'y a pas prescription sur la disparition de personnes jusqu'à ce que celles-ci apparaissent et de plus, ce type de cas est fréquent ", affirme Vila, avocat au service d'ANADIR qui prépare une plainte collective devant le Ministère Public Général de l'État pour les mois suivants.
 
Cet avocat enquête depuis 10 ans sur ce genre de cas. Il a commencé par représenter des adoptés à la recherche de leurs origines et il a ainsi découvert que plusieurs figurent comme des enfants naturels dans leur acte de naissance, malgré le fait que leurs propres familles leurs ont racontés qu'ils ne le sont pas. Qui a falsifié leurs papiers ? Qui se cache derrière ces inexactitudes ? Il assure qu'entre 10 et 15 % de ceux qu'il représente se trouve dans cette situation. Selon ses calculs, en Espagne il y aurait environ 2.000.000 d' adoptés nationaux, ce qui, en extrapolant cette donnée, ferait qu' entre 200.000 et 300.000 cas seraient illégaux. Après avoir vérifié que leurs albums de familles reflétaient une fausse réalité, les victimes de ces histoires rompent leur silence et réclament justice.
 
 
Ainsi se déroulaient leurs histoires. (2ème onglet)
Des réseaux de religieux, de médecins et de fonctionnaires 

 
L'histoire des enfants "appropriés" - ainsi préfèrent-ils que l'on les appelle - plonge ses racines dans le franquisme. Bien que dans les premières années elle a été chargée d'idéologie - On volaient les enfants de prisonniers politiques et de femmes républicaines pour les donner aux familles conservatrices - rapidement celà s'est converti en des histoires purement économiques qui ont étendu leurs tentacules au-delà de la dictature. De cela témoigne Francisco Tena, sociologue et expert dans le domaine  qui suit depuis des années les traces de l'origine de certaines de ces personnes. "Les cas plus nombreux se trouvent entre 1963 et 1970, bien que je m'occupe de cas allant de 1943 à 1995. En 50 ans: imagine-toi toutes les victimes qui ont pu exister !",  s'exclame-t-il. L'avocat Enrique Vila représente des "appropriés" de jusqu'à 1979.
 
En étudiant les cas, on découvre un "modus operandi " qui revient souvent. "Des couples mariés qui ne pouvaient avoir des enfants, souvent bien agés, se mettaient en rapport au moyen de connaissances avec des personnes qui pouvaient leur en fournir. Dans une première rencontre on leur disait dans quelle ville ils auraient à aller et l'argent qu'ils devaient payer pour [ lien : CE FUT LE CAS JUAN LUIS ET D'ANTONIO (en espagnol)] et le jour indiqué, ils se déplaçaient là où l'échange était fait, généralement dans des maisons ou des parcs. Après ils ordonnaient à une matrone ou à une infirmière de leur propre ville de falsifier, avec aussi un paiement préalable, le certificat de naissance, puis avec celui-là ils se présentaient à l'état civil où ils inscrivaient le bébé comme propre à eux. Tous emportaient de l'argent",  décrit Vila.
 
Le centre de l'affaire se situait entre les murs des hôpitaux où était vécu des situations bien différentes. Il y avait des mères qui voulaient donner l'enfant pour l' adoption, de jeunes femmes ou des mères célibataires qui, pressées par leurs familles et la morale de l'époque, décidaient de ne pas poursuivre leur maternité, des prostituées qui ne pouvaient pas avoir le bébé... Mais il y avait aussi des cas plus tragiques. "Il y avait des femmes sans histoires avec des accouchements sans problèmes à qui on retirait le nouveau né en leur disant qu'il était mort. Plusieurs ne virent jamais voir le corps du bébé, ni le certificat de décès, ni rien de rien", affirme Francisco Tena. Cet enfant sortait de la clinique avec pour destination un autre foyer et dans la majorité des cas, comme dans celui d'Antonio Barroso  ou de Maria Labarga (liens- en espagnol), on modifiait les historiques médicaux et les actes de naissance pour effacer toute trace de ce qu'on avait fait.
 
"Il y avait pratiquement toujours des personnes religieuses impliquées dans ces histoires. Elles se croyaient dotées d'un pouvoir moral leur permettant de retirer des bébés à des mères sans ressources pour les donner à des familles conventionnelles. Mais elles figurent là parce qu'en ces années elles travaillaient comme infirmières dans les hôpitaux, et non parce que c'était une affaire institutionnelle de l'Église", explique Vila. La dimension du scandale est arrivée à atteindre de grandes proportions. "Il y a eu de nombreuses familles à qui on a enlevé des enfants. Les mères étaient pauvres culturellement et écomiquement. Il s'agissait de célibataires, de jeunes sans défense qui se résignaient quand on leur disait que l'enfant était mort. Certaines sont encore aujourd'hui en cours de traitement psychologique", dénonce Francisco Tena, qui relève que "la majorité des adoptants l'ont fait de bonne foi" et qu'on ne peut pas les accuser d'un délit parce que, bien qu'ils ont payé pour les enfants, "on leur disaient que c'était pour des frais médicaux, des frais administratifs, etc.". " Les intermédiaires en ont la responsabilité et il y a eu beaucoup de gens qui se sont enrichis avec cela. Le Ministère Public devrait intervenir et étudier à quel niveau celà se trouve dans les atteintes à l'humanité . Celà est d'une dimension terrible ", juge-t-il.

 
La carte de la tragédie. (3ème onglet)
Des hôpitaux dans le colimateur


 
Selon les études du sociologue Francisco Tena, la majorité des adoptions irrégulières se sont produites à Madrid et à Bilbao. Mais à ANADIR on a associé des personnes de Saragosse, de Malaga, de Barcelone, de Cadix, d'Alicante, de Valence, d'Almería ... [ voir la carte à droite de cette page] "Il y a des noms de cliniques qui se répètent fréquemment dans les histoires. Où l'on trouve le plus de personnes touchées c'est à Madrid, et souvent par la maternité O'Donnell; à Cadix par l'hôpital Zacamola, le Miguel Servet à Saragosse", on raconte à l'association. Il y a aussi Santa Isabel à Valence, et Santa Cristina ou le déjà fermé Saint Raymond dans la capitale.
 
Tena, lui-même, a réalisé une étude sur la maternité O'Donnell qui est rapportée dans son livre "Enfants invisibles dans la chambre obscure", dans lequel il enquête sur une étrange épidémie d'otite qui a provoqué, selon les archives de l'hôpital, de nombreuses morts de bébés en 1964, quand il n'était pas habituel de décéder à cause de çà. On avait soumis cette clinique à une rénovation profonde après.
 
Cependant, l'avocat Enrique Vila relève qu'il s'agissait davantage d'histoires personnelles que de celles de centres hospitaliers. "Dans presque toutes villes il y avait un centre dans lequel plus de cas se produisaient, mais je crois qu'on avait affaire à des réseaux extérieurs aux hôpitaux. Le problème pour les victimes se présente quand elles rendent à ces centres hospitaliers à la recherche de leurs historiques ou de ceux de leurs mères pour retrouver leurs origines." Il y a beaucoup de personnes à qui l'hôpital refuse l'accès à ses rapports, on leur dit qu'ils ont disparu ", dénonce Francisco Tena. On a répondu à Juan Luis et Antonio (lien- en espagnol) qu'ils ne figurent pas comme nés en ces centres, comme non plus leurs mères en tant que personnes admises pour y accoucher . David Rodríguez et Marie Labarga  (lien- en espagnol) ne savent même pas où chercher leurs dossiers. Comme ceux-là, des centaines de victimes essaient ces jours-ci d'éclairer leurs vies. Un objectif pour lequel Internet s'est mis à leur service au moyen de forums et d'adresses "virtuels" comme http://www.buscapersonas.org/  ou http://www.quiensabedonde.es/  où presque chaque jour s'ajoutent de nouveaux noms à la recherche de leurs parents perdus.
 

Que faire ? ( 4ème onglet)
Que doit-on faire si on soupçonne que l'on est un "enfant volé" ?

 
La publication de ces histoires a fait réveiller de nombreux soupçons. Des dizaines de personnes ont contacté le quotidien ELMUNDO à elmundo.es [ENVOYEZ VOTRE HISTOIRE (lien)] pour raconter leurs cas et pour demander une aide devant ce qu'ils considèrent comme pouvant être une irrégularité. Des femmes pour qui on a déclaré un bébé comme mort dans l'hôpital, des personnes qui se sont vu forcées par leurs familles à donner un enfant pour être adopter, des enfants qui croient ne pas avoir grandi dans la famille correcte...
 
Après avoir lu les histoires de Juan Luis Moreno, d'Antonio Barroso, de Maria Labarga, de David Rodríguez ou Paloma Mosset (liens)  ces personnes ont eu l'inquiétude que leurs cas soient similaires, mais elles n'ont pas de preuves qui soutiennent leurs intuitions. Que peuvent- elles faire dans ces cas ? Quels pas doivent-elles faire pour éclaircir leurs histoires ? Les fondateurs d'ANADIR (lien) [l'Association Nationale de Victimes des Adoptions Illégales] et un avocat, Enrique Vila, ont élaboré cette liste d'indications:
 
- Dans le cas des enfants qui soupçonnent qu'ils n'ont pas vécu avec leurs vrais parents...
 
1 º. Contacter des amis, des voisins, des proches, des collègues... de vos supposés parents qui peuvent vous raconter si votre mère a été ou non une femme enceinte ou s'il y a eu quelque chose de bizarre dans votre famille autour de la date de votre naissance.
 
2 º. Faire des tests ADN avec la mère. Le moins cher - pour environ 200 euros - est de se présenter à une pharmacie où on emporte de suite les échantillons de salive à un laboratoire pour les analyser. Ces tests n'ont pas de validité juridique, mais ils serviraient à sortir de doutes. Pour obtenir une preuve valide il faudrait directement faire ces tests dans des centres homologués, où un technicien ou un avocat certifient l'origine des échantillons. Enrique Vila travaille avec l'Université du Pays Basque. Le prix est de 400 euros et en 15 jours les résultats sont obtenus.
3 º. Vérifier l'acte de naissance (état civil ) et l'acte d'accouchement (archives de l'hopital). Si vous figurez comme des enfants naturels, il est clair qu'ils ont été manipulés et qu'il y aurait quelques personnes impliquées dans çà.
 
4 º. Se présenter à la clinique dans laquelle vous êtes supposément nés et demander votre historique clinique, celui de l'accouchement et celui de l' admission de votre mère. On ne peut pas vous le refuser, bien que dans la majorité des cas on vous dira qu'ils ont disparu ou qu'on ne garde pas de si vieux documents . "Souvent la mère adoptive ne rentrait même pas dans le centre hospitalier. On sortait l'enfant et on lui donnait dans un autre lieu, bien que parfois on faisait de faux actes. Le plus probable c'est qu'il n'y est pas de documents et que l'enfant ait été inscrit dans un autre hôpital ou même dans une autre ville", explique Vila.
 
5 º. Contacter ANADIR où il y a déjà 110 membres qui peuvent vous assister légalement et juridiquement, ou un avocat particulier pour étudier les actions légales pertinentes.
 
- Si c'est est la mère qui a un soupçon :
 
1 º. Se présenter à l'hôpital auquel vous êtes rentré pour accoucher et demander votre historique clinique dans lequel les conditions de l'accouchement devraient être établies. La mort d'un bébé doit être inscrite.
 
2 º. Se présenter au cimetière auquel on a supposément emporté le corps de l'enfant et demander à connaitre les entrées en provenances de votre hôpital autour des jours de l'accouchement.
 
3 º. S'il n' y a dans aucun de ces endroits de données fiables, c'est alors le plus probablement que quelque chose se cache derrière. Dans ce cas, contacter ANADIR ou un avocat pour étudier le cas.

23/08/2010

Des familles allemandes déchirées par les adoptions forcées pendant la guerre froide recherchent encore des réponses - et leurs parents perdus.

Katrin Behr was separated from her mother as a child. Photograph: Christian Jungeblodt for the Guardian The legacy of forced adoptions
German families torn apart by forced adoptions during the cold war are still looking for answers – and their lost relatives

 

It took exactly four minutes to steal Andreas Laake's baby son – that was the length of the court hearing that swept away his paternity rights. Some 26 years later Laake can still recall every detail of the trial: his aching wrists cuffed behind his back; the musty smell of the courtroom; the steely voice of the young female judge. Then there were the vague words of the social worker who said that after his attempted escape from the German Democratic Republic: "we do not believe Mr Laake has the ability to bring up his son for the purpose of socialism".

 

Laake was not even allowed to defend himself. All he said in court were four words: "I do not agree." Several weeks later his son Marco was adopted by people who were considered, in ideological terms, much more reliable parents. "Since then, I've spent half a lifetime searching for him," says Laake.

 

It took a matter of minutes for Katrin Behr to be separated from her family too. It was a cold winter morning in 1972 when three men in long, dark coats knocked on the door to arrest her mother. Behr was four-and-a-half years old at the time, and can still remember the panic in her mother's voice as she urged her daughter to get dressed quickly. But Katrin Behr was left behind. The last words she heard were, "Be brave. I'll be back tonight," before her mother was spirited off to a socialist boot camp. It would be 19 years until they saw each other again. After short stopovers in various foster homes, Behr was adopted by a strict woman, a secretary of the Socialist party. She tried to adapt as best she could. "I did what I was told," Behr says. "As a little girl I really thought that that was the best way to avoid trouble."

 

Stealing children was one way the German Democratic Republic muzzled its people – Behr and Laake belong to an estimated 1,000 families torn apart by the socialist authorities. Forced adoptions were a tool that the regime "could impose on virtually anyone who was considered suspicious", Behr says; all it took to be judged a bad parent was to infringe on vague "socialist guidelines". In Behr's case, her mother, a single parent, was arrested after she had lost her job and decided to stay at home to care for her children – a major transgression in the eyes of a state that believed in compulsory labour.

 

In her new family, Behr always felt "like a second-class daughter", she says, "a Cinderella who had to clean the house and care for my younger adoptive brother while my adoptive mother was at work". She was told repeatedly that she had been put up for adoption because her natural mother did not love her. "I desperately tried to cling to a positive image of her," Behr says, "but any abandoned child would start to doubt that love after 19 years." She was granted limited access to her adoption file following reunification, and learned that her mother had never had a chance to get her daughter back. She also found out that her mother had spent several years in prison. Still, it took Behr a whole year to get in touch with her. "I hesitated," she says, "because I was afraid that the negative comments about her would be proved right."

 

When Behr finally met her natural mother, she says she was obsessed with the idea that everyone in her extended family would get along: she therefore arranged for her natural and adoptive mother to meet. This was a disaster. Behr had to separate the women when they literally went for each other's throat: "You stole my child, you communist bitch!" Behr's natural mother shouted. Today Behr is only in touch very occasionally with both women.

 

Three years ago, Behr set up a support group for the victims of forced adoptions, and since then the 43-year-old has been contacted by hundreds of people still searching for their children, parents or siblings. The 20th anniversary of reunification this October has prompted a flood of interest: a number of films on the topic have come out in Germany, and have been greeted with huge surprise by the public – they have also prompted victims to talk about their cases publicly for the first time. Like Laake, most of them feel betrayed twice over. The GDR destroyed their families, and the reunified German state did nothing to redress the injustice.

 

Walking through the dismal Leipzig suburbs feels like being transported back 20 years: there are potholes, weeds growing through the tarmac, dozens of uniform grey apartment blocks. Laake, a slim, frail man of 50, lives in a ground-floor flat in one of these blocks. Over the years, he has tried everything to find his son. He has posted notices on the internet. He has sent letters to politicians. He has recruited lawyers and private investigators. And he has continually been reminded that, while times and political systems change, his situation has not.

 

He is eager to tell his story, he says, despite the intimidation he has experienced. Laake and his family have been attacked by a man in the street; his car has been damaged twice; someone broke into his cellar; the only photo of his son as a baby has disappeared. But Laake says he is not afraid. "I am certainly not going to be paranoid. Not after all these years."

 

Laake's career as an "enemy of the socialist state" was never political. It started as a harmless teenage rebellion. He refused to join the youth organisation of the Socialist party, and at school in the 1970s he often wore a faux stetson and a black denim suit he'd made himself. This provocatively "western" outfit made him a target for his teachers' criticism. "But my mother always supported me," says Laake. "Our family agreed on the importance of personal freedom. As long as I can remember I wanted to get out of East Germany."

 

Early marriages were common in the GDR and so, at 19, Laake proposed to his childhood friend, Ilona, who came to share his dream of life on the other side of the iron curtain. Three years into their marriage, when she was expecting a baby, they decided to flee. Their idea was to cross the Baltic sea overnight in an inflatable rubber boat. It was hazardous: the beach became a prohibited zone after dusk, closely monitored by military police. "But when you are on the run, you stop thinking," says Laake. "You are in a sort of survival mode. It's all about: get on the water. Cower down in the dinghy so you're not shot. Then paddle for your life." They did not even make it to the water. "You can't describe the pressure you feel when there are five Kalashnikovs pointing at you."
Andreas Laake Andreas Laake is still searching for his son, who was adopted as a baby. Photograph: Eva-Helen Thoele

 

As an ex-prisoner and attempted refugee, Laake is officially acknowledged as a victim of political injustice, and he has even been granted a small monthly pension by the German government. But as a betrayed father, there are no documents proving his case. The GDR authorities effectively covered their tracks. Laake never received any official papers about his trial and because of data privacy laws his son's adoption file is closed to him for 50 years. The only person who has limited access to the file – other than the case officers – is Marco himself. And there's no way of knowing if he's ever even been told that he's adopted.

 

With no access to the details of his case, Laake has had to commit everything he can to memory. The words of the security agent who beat him during questioning. The document he signed to spare his pregnant wife imprisonment, confessing that he alone was responsible for the escape. The Hannibal-Lecter-style cage they built inside a cell, where, for several weeks – as a special punishment – he was kept in solitary confinement. He was in prison for six-and-a-half years altogether.

 

Marco was born and put up for adoption while Laake was under arrest; his wife had buckled under the massive pressure to give their child up. "She was only 21 years old, she was afraid, they threatened to make her life hell, they mentally broke her." Laake knows that she had no real chance to prevent the forced adoption, but the couple nevertheless fell out over the loss, and are now divorced. "In the end I simply couldn't forgive her," he says.

 

While telling his story Laake shows me a number of photographs of Marco: in a rowing boat, aged eight, and as a teenager at a party. They were given to him just a few months ago, as a result of his persistent campaign, by a social worker who is apparently in contact with Marco's adoptive family. She also read out a short letter, supposedly from Marco, now 26, who said that he has a good life and does not wish to get to know his natural father. Laake was not allowed to see the letter himself, for reasons of data protection. "His language sounded clumsy and strangely impersonal," he says. "As if someone had desperately tried to put himself into Marco's position and then made the whole thing up."

 

Laake knows that "there is no law that could turn around my situation". When the reunification treaty was signed in 1990 the new German state had not distinguished between legal and illegal adoptions, so every case today is dealt with according to the old West German law, which prohibits natural parents from finding out about children they voluntarily gave up. The builders of the new German state 20 years ago either forgot to classify "adoptions against the will of the parents" as a violation of human rights or, as the historian and GDR expert Uwe Hillmer suggests, they simply were not interested. "Even members of the Kohl government admitted internally: forget about the past," says Hillmer. Many of the Socialist administration's files were destroyed during the last days of the GDR, and a former officer of the Stasi, the East German security service, once told Hillmer: "You haven't got the slightest idea about the real extent of injustice, and you will never find out what really happened."

 

That Stasi officer might well be right, but reading through Behr's victim support website gives some sense of the scale of what went on. Behr has collected more than 300 cases of alleged forced adoption so far, and she is trying to help more than 200 people to find family members. There are 93 unsettled cases regarding the deaths of newborn babies: Behr has documented the stories of mothers who were still lying in the delivery room when they were told that their babies had died – but swear they heard their child crying. They were not allowed to see their baby's corpse. One mother visited the grave of her twin daughters for more than 25 years before seeing two young women tell the story of their adoption on TV. They were her daughters. It's unclear why this cruel practice took place; most of the people involved in the forced adoptions have refused to talk. Hillmer says there are suspicions that Socialist party officials who could not have children "ordered" newborns from cooperative gynaecologists, although this has only been proved in one case so far.

 

Behr's objective is to make the victims' voices heard. She gives lectures across Germany about forced adoption. "Many victims find themselves in the humiliating position that no one even believes them, and the strangeness of their cases doesn't make it any easier," she says. Most of them suffer from depression, and some question their own memories, as Behr has herself. The separation from her natural mother destroyed her self-esteem and she suspects she will never fully recover.

 

Laake refuses to accept that the data protection law is the only reason he is prevented from contacting Marco; he suspects that Marco's adoptive parents don't want their son to know the circumstances of his adoption. "If they told him," he says, "it could destroy their family." He keeps turning questions over in his mind: what if Marco's clumsy letter was written by someone else? What if old Stasi networks are still operating in Leipzig? What if Marco's adoptive parents are former party officials trying to hide their past?

Behr is helping Laake with his investigation, and worries about his safety. Until recently, she didn't believe the rumours about Stasi networks being operational, but "looking at Laake's case with all its dodgy incidents made me change my mind", she says. After Laake was attacked in the street, police advised him to search for a new flat for his own safety.

 

There is another reason that Behr is concerned about Laake. She says that many victims of forced adoption build up high hopes that things will change for the better once they find their natural family. "They focus on a happy ending that is never going to happen." Behr has helped more than 100 people to find their lost family members so far, but most cases end like her own: there is an initial sense of relief, followed by disappointment that the parent or child in question has become a complete stranger.

 

Laake knows that there may be no happy ending for him, that the problem of East Germany's lost children "is probably not solvable". Nevertheless he will carry on searching for Marco. He has started to call the adoption office twice a week, and he is also planning a sit-down strike outside the office, "with a sign around my neck: give me back my son!" He says he doesn't expect anything from contact with Marco. "I could even understand if he didn't wish to meet me." But he wants to hear that for himself. Laake is tired of all the threats and delays. "All I want is certainty. That's the minimum a father can expect."


Source : guardian.co.uk, Sunday 22 August 2010.

11:55 Écrit par collectif a & a dans Origine - Identité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : allemagne, adoptions forcées | |  del.icio.us