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11/03/2010

Les souffrances nées de l'exil

Exil Diaspora.jpgHier,  Libération dressait le portrait de la pédopsychiatre Marie-Rose Moro qui consacre son travail aux souffrances nées de l'exil. Elle accompagne les enfants nés ailleurs dans leur parcours d'adaptation, enfants de migrants et enfants de l'adoption internationale.


La valorisation de la langue maternelle (pendant les consultations les enfants et les parents parlent dans leur langue maternelle) fait partie de ses méthodes de travail. Pour aider les enfants à se construire et à vivre heureux en France, elle se rattache donc à leurs racines et à leur culture d'origine, ce qui me semble être une approche très intéressante en ces temps de peur du communautarisme.
Et comme la vie fait parfois bien les choses, le portrait de Libération sort exactement au moment où je voulais parler d'Edward W. Said.

 

Edward W. Said, intellectuel palestinien de citoyenneté américaine, a lui aussi beaucoup travaillé sur l'exil et ses douleurs. Il parle de l'exil comme d'une "fissure à jamais creusée entre l'être humain et sa terre natale", une expérience d'une douleur insurmontable, source de rancoeur et de regrets, mais aussi d'un certain regard sur le monde.

 

Parce qu'ils sont déracinés, qu'ils ont l'expérience de plusieurs langues et de plusieurs cultures, les exilés sont dans une situation de décalage et de solitude qui les rendrait plus à même de créer, de penser le monde, etc. Edward W. Said considère qu'une partie importante de la culture occidentale moderne est l'oeuvre d'exilés, d'émigrés, de réfugiés. Mais il ajoute également, qu'à trop vouloir valoriser cette richesse de l'exil pour l'humanité, il y a un risque de banalisation des douleurs du déracinement.

 

Ce que je retiens de Marie-Rose Moro et d'Edward W. Said, c'est qu'il ne faut pas oublier l'émigré dans l'immigré, celui qui est parti avant d'arriver.
Edward W. Said illustre ses propos en citant un autre exilé palestinien, le poète Mahmoud Darwich, auteur des lignes qui suivent.

Mais je suis l’exilé
Prends-moi sous tes yeux
Où que tu sois, prends-moi
Rends-moi la couleur du visage et du corps
La lumière du cœur et des yeux
Le sel du pain et de la mélodie
Rends-moi le goût de la terre et de la patrie !
Prends-moi sous tes yeux
Prends-moi comme une peinture sous la chaumière des soupirs
Prends-moi comme un verset dans le livre de ma tragédie
Prends-moi comme un jouet, une pierre de la maison
Afin que la génération future
Sache reconnaître
Le chemin de la maison !

- Rien qu’une autre année -


Edward W. Said, Réflexions sur l'exil et autres essais, Actes Sud, 2008 (pour la traduction française).
Mahmoud Darwich, Rien qu'une autre année, Anthologie poétique (1966-1982), Les Editions de minuit, 1983.


Source: Diaspora | 11 mars 2010

19/02/2010

Tinan, témoignage d’un enfant déraciné

Il n’a même pas 5 ans lorsqu’il débarque à Roissy. Parmi d’autres enfants haïtiens adoptés par des familles françaises. Nous sommes en 1984. Tinan ne comprend pas qui est cette femme blanche qui le serre dans ses bras, il ne sait pas dans quel pays il est, ce qu’il fait ici. Le petit garçon est complètement déboussolé, dépaysé. Mais il comprend vite qu’il ne reverra plus sa maman, restée en Haïti. L’histoire d’un enfant « déraciné », aujourd’hui devenu un adulte engagé.

tinan-temoignage-d-un-enfant-deracine-2010-02-18.jpg




Où viviez-vous avant votre départ pour la France ?


Ma mère m’avait placé dans une crèche. Ce n’était pas un établissement de départ pour l’adoption. C’était en fait un endroit dans lequel les parents plaçaient leurs enfants pour un temps avant de venir les récupérer. Ma mère n’avait pas les moyens de nous élever, mon frère et moi. Elle m’a donc placé dans cet établissement, le temps d’améliorer sa situation. Nous étions une quarantaine d’enfants à vivre dans ce centre.





Comment vous êtes-vous retrouvé dans cet avion pour la France ?


Je ne me souviens pas clairement de ce qu’il s’est passé. Je n’avais que 4 ans et demi lorsque j’ai débarqué sur le sol français ! Je ne me souviens pas qu’on m’ait dit qu’on allait en France mais de toute façon, ça n’aurait rien voulu dire pour moi.
Nous étions plusieurs enfants dans l’avion, mais je ne sais pas combien. Je me souviens de l’atmosphère pesante de ce voyage, je me suis rendu compte qu’il se passait quelque chose d’anormal.
Je voyais des choses que je n’avais jamais vues avant : d’abord ce gros appareil qui vole et une fois arrivé, toutes ces personnes blanches et ce froid… Je n’ai pas compris tout de suite ce qu’il se passait mais j’ai compris que je ne reverrai pas ma mère. J’étais dérouté par cette femme blanche, en larmes, qui s’est jetée à mes pieds à Roissy.


Vous savez aujourd’hui qui avait organisé ce départ?


Il est difficile d’avoir des pistes, de savoir qui a décidé ce départ, comment cela s’est exactement déroulé… Mais pour moi, l’essentiel n’est pas de retrouver aujourd’hui les responsables. L’essentiel, c’est surtout de mettre en garde : ce qui m’est arrivé à moi est également arrivé à au moins 40 autres enfants à l’époque…Et j’ai bien peur qu’aujourd’hui, ces pratiques ne soient plus courantes qu’on ne le pense.

On a tendance à minimiser le déracinement mais pour les enfants, c’est terrible. Le confort gagné dans un pays comme la France ne compense pas le déracinement subi par l’enfant ! Pour un enfant qui n’a plus de parent, c’est différent. Mais dans mon cas, certains adultes ont cru faire une bonne action alors que je n’avais pas été vraiment abandonné.


C’est un appel que vous lancez aujourd’hui ?


Oui, lors des procédures d’adoption, il faut faire attention aux risques de trafic d’enfants !  Des gens en Haïti profitent de l’argent donné par les familles d’accueil, il ne faut pas alimenter cela. Les Etats et les grandes organisations comme l’Unicef doivent contrôler ces procédures d’adoption. Des enfants touchés par ces trafics, il y en a forcément plein, il y a de l’argent qui circule et donc des détournements… Lorsqu’on adopte un enfant, il faut pouvoir vérifier toutes les étapes, sinon on alimente ce trafic.

Il y a des abus. Par exemple, dans mon cas, quelqu’un avait fait signer un papier d’abandon à ma mère biologique. Mais elle ne savait pas lire, elle ne savait pas ce qu’elle signait !


Comment avez-vous retrouvé votre mère et votre famille biologiques ?


En 2001, je cherchais depuis longtemps à retrouver la trace de ma famille biologique, j’avais mon nom d’origine et mon lieu de naissance pour cela. Le vrai problème était de pouvoir aller en Haïti sans connaître personne, ni la langue, et sachant que le niveau d’insécurité est très élevé…
Une amie, ici en France, communiquait par Internet avec un Haïtien. Elle nous a mis en contact… et ce garçon avait entendu parler de moi ! Un hasard total : il était ami avec mon cousin qui avait raconté mon histoire, celle du petit Manassé – c’est mon prénom Haïtien – disparu de la crèche.

Ma mère m’a appelé plusieurs jours plus tard. Quelle émotion de l’entendre… Ma cousine sur place a joué l’interprète au téléphone, ma mère parlant créole et moi uniquement le français…

En 2002, je suis retourné pour la première fois en Haïti : je pensais être accueilli comme une bête curieuse mais pour ma famille, je n’étais pas « l’Européen ». C’était comme si j’avais toujours été avec eux… Et j’ai retrouvé mon surnom, maintenant je me fais à nouveau appeler « Tinan ». C’est mon « non jwèt », comme on dit là-bas.


Votre mère biologique vous a reparlé de votre disparition ?


Oui, elle m’a raconté que lorsqu’elle était venue me chercher à la crèche, il n’y avait plus personne. Ni enfants, ni personnel. Un choc. Toutes les rumeurs couraient sur nous : nous avions été tués, victimes d’un trafic d’organes, adoptés… Mais ma mère ne s’est apparemment jamais dit que j’étais perdu. Sa foi l’a aidée à tenir. Et elle a partagé sa douleur avec les autres mamans dont les enfants ont disparu.


Quel adulte êtes-vous aujourd’hui, toujours déraciné ?


Aujourd’hui, j’ai toujours l’impression de n’appartenir à rien, d’être perdu entre deux mondes. Il me manque des repères. C’est déstabilisant. Mais j’essaie de me raccrocher à des choses concrètes. Je veux par exemple aider d’autres Haïtiens qui ont été déracinés comme moi à retrouver leurs familles biologiques s’ils en éprouvent le besoin.




* Plus d’informations sur Tinan sur son site : www.tinan.fr

* La position de l'Unicef sur l'adoption et la protection des mineurs


Source: UNICEF | 18.02.2010

28/10/2009

Une histoire de rupture sur "Ne m'appelez pas mère."

dont call me mother.jpgÀ ce moment-là, nous n'avions jamais entendu parler du Syndrome de Dépression Postadoption [SDPA]. Bien que nous avions lu plusieurs ouvrages sur l'adoption, consulté notre assistante sociale et suvi des formations préparatoires pour les parents adoptant, personne ne connaissait le SDPA.

 

A Story on Disruption. A Story of Post Adoption Depression Syndrome (PADS).

Anonymous

I’m writing this essay to provide information that I wish I had had when we began the adoption process. At that time, we had never heard of Post Adoption Depression Syndrome (PADS). Although we read several adoption books, consulted with our case worker, and went to pre-adoptive parent training, no one knew about PADS. If you suffer from PADS, you will be able to relate to what I am about to write. If you have never suffered from PADS, please do not judge those of us who have. I’m writing this essay anonymously because I have already been maliciously attacked over the internet by people who disagree with the choices we have made. I also want to protect the child we adopted and who we parented for six years.


Lire la suite sur "Don't Call Me Mother".


 

02/08/2009

Regretter d’avoir adopté. aspasia411

Aspasia open salon.jpgThe regrets of adoption.


Other parent/writers confess to the joy their disabled children have brought them.  Can I confess to regrets?  I adopted my son when he was eight from the foster care system.  He was sweet, charming, and bright -- with a social background that I know now should have scared the heck out of me.  I went through training.  I knew there were no guarantees.  I knew kids who had been abused/neglected/abandoned were bound to have emotional problems.  I was committed to love him.  I had committed my professional life to social justice/making a difference.  I could make a difference for one small child and know the joy of parenting, expanding our family from the small single parent household-with-bio-son that I currently had.  Besides, everybody who knew me said I was a great mom.  My son would have a brother.



Twelve years later, I can tell you with clarity that I would not do it all over again.  By the time this son was 13, I had long experience with emergency rooms, police calls, psychiatric units.  I kept looking for the right psychiatrist or therapist who would make the right diagnosis and have the right therapy or the right medicine.  He was fetal alcohol, reactive attachment disordered, depressed, oppositional defiant, ADHD... I am sure we could have kept accumulating diagnoses, none of which helped manage behavior.  He lied,  he stole, he was sexually inappropriate, he destroyed our house, he let the dog out to run the neighborhood, he broke into neighbors' houses, he went joy riding, he was expelled.  He was funny, he told good stories, he could cuddle, he was an athlete, he made friends instantly.  One psychiatrist told me he was a sociopath in progress.  At one residential treatment center, he flung his own shit around the room, and refused to bathe for months.   I lost at least one job because I couldn't manage the stress of the constant phone calls, emergencies, etc.  Co-workers are only sympathetic so long.  People said "I don't know how you do it," and I didn't know if that was admiringly or despairingly.



He is twenty now.  He has been a gang member.  He has worked a total of about 2 months in the past 2 years, when I have tried to encourage that he get a job.  He just can't keep a job.   He deals.  He lies.  He has been back home, to get back on his feet.  He doesn't get back on his feet.  He plays video games all day.  I kick him out again, because he isn't keeping up the bargain...  get a job, or volunteer, or help with chores.  He has had years of therapy.  He has had years of support.  He has had years of tough love.



He feels entitled.  He will be one of those guys who lives off girls.  He will not hold a job.  He will circle between social service agencies and jail.  He will become the kind of person I have spent a lifetime as a social activist railing against:  a leech on the system, on someone else, a petty criminal, a non-contributor to the larger good. He will have children he cannot support.  I thought we could create policies, programs, and just plain love enough to make a difference.  I cannot know, maybe he cannot know, if his brain is just too damaged, if he is truly incompetent, or he cannot muster the will to live a succesful life when the culture provides so many alternative pathways.  I know I lost years of my life, and my bio son --with my encouragement -- has sought his own opportunities far away, as he, too, figures out what is healthy and what is the detritus of a life with a brother that was always generating chaos.



Source: Aspasia's Blog | aspasia411 | JULY 25, 2009.


La mère blogue. Silvia Galipeau.


On ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Certaines femmes optent pour la banque de sperme, avec les risques que l’on sait. D’autres vont du côté de l’adoption. Et le regrettent….



Dur témoignage, sur ce blogue du webzine Salon [Aspasia's Blog], d’une femme qui confesse ses «regrets»: elle a adopté un petit ange de huit ans, de l’équivalent de la DPJ locale. Sage, souriant, brillant, même. Mais son historique familial aurait dû lui mettre la puce à l’oreille, disons. «Je savais que les enfants qui ont été abusés, négligés, abandonnés risquent d’avoir des problèmes émotifs», dit-elle. Et comment …



Fiston devenu grand, il est devenu violent, voleur, menteur. Abonné des ailes psychiatriques, il était tantôt agressif, limite déviant, tantôt doux, gentil, athlétique. Un psy l’a diagnostiqué sociopathe. À vingt ans, il s’est retrouvé dans une gang de rue.



«Douze ans plus tard, je peux vous dire en toute connaissance de cause, que si c’était à refaire, je ne le referais pas.»



Ouch.



J’ai déjà rencontré une famille adoptive du genre, aux prises avec deux enfants souffrant de troubles de l’attachement. Comme le fiston en question. Le pédiatre Jean-François Chicoine m’avait fait un commentaire très cru, d’une grande dureté, mais finalement très vrai:

«Les gens (qui adoptent) ont toujours l’impression que l’amour va tout changer. Mais il y a des enfants qui vont mieux évoluer hors d’une famille. Ces enfants ont trop souffert, ils ont été trop longtemps en institution pour profiter des liens d’une famille.»



Source : Cyberpresse.ca | 28 Juillet 2009.

14:35 Écrit par collectif a & a dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : échecs dans l'adoption | |  del.icio.us

04/04/2009

Catherine et Eric accueillent une petite fille depuis trois ans.

OdileHenry.jpgAjda, 7 ans, et la famille d’accueil, qui comptait déjà deux garçons, vivent « une belle aventure »

 

Catherine et Eric ont accueilli la petite Ajda (un prénom d'emprunt), il  y a trois ans: "Nous avions déjà deux garçons faits maison et nous souhaitions agrandir la famille", explique Catherine.  Eric poursuit: "Les parents d'un copain de notre fils aîné avaient accueilli un enfant. Ils nous ont donnés envie de faire la même chose."


Apres en avoir fait la demande à l'association Odile Henry, les parents ont été suivis pendant plusieurs mois par une équipe pluridisciplinaire qui a analysé leurs habitudes de vie dans le but de trouver un enfant qui se plairait dans le foyer.

 

C'est Ajda, quatre ans à l'epoque, qui a été choisie pour séjourner dans la famille.

 

"Ma maman est fofolle", explique Ajda. Comme sa maman n'était pas capable de la prendre en charge, la fillette a été placée en pouponnière, au "Pierrot" entre l'âge d'un an et demi et trois ans et demi.
"Quand on veut un enfant, on va au Pierrot", dit Ajda tout sourire.  Son papa intervient: "Dis Ajda, ce n'est pas du shopping!".
L'intégration d'Ajda dans la famille s'est faite par petites touches: "On passait une après-midi avec elle au début. C' était difficile, quand on la ramenait au home, elle était stressée. Elle toussait beaucoup."


Quand elle s'est enfin installée dans la belle maison de Bruxelles, "Ajda a tout fait pour nous plaire, elle était une enfant parfaite. Maintenant... elle s'est révélée", éclate de rire Catherine. C'est-à-dire qu'elle fait des bêtises comme tous les enfants".


A la pouponnière, la petite fille était très souvent malade, dans la famille, elle est au top de sa forme. Et elle travaille bien à l'école: "Je suis en première primaire et je sais lire depuis Noël", s'enorgueillit-elle.  Sa deuxième maman admire "sa capacité de s'ensortir".


"Nous faisons grandir un enfant"


Ajda est d'origine kurde et ses parents pratiquent la religion musulmane. Catherine et Eric se sont mis d'accord avec les parents de la petite fille sur la question du respect des interdits alimentaires, entre autres. Ce a quoi, le papa, décédé depuis lors, avait repondu: « Si vous mangez des spaghettis bolognaise, elle peut en manger aussi! ».


Les parents d'accueil expliquent qu'il n'y a pas de rivalités entre eux et les parents d'Ajda: "Nous faisons grandir un enfant.  Nous l'avons tous compris, eux comme nous", expliquent-ils.

 

Ils regrettent que la plupart des personnes se tournent vers l'adoption, alors qu'il y a tant d'enfants dans les pouponnières qui n'attendent qu'une famille d'accueil et de l'amour! "Nous avons converti une famille en attente d'adoption. Elle a accueilli un garçon qui était dans une pouponnière et qui n'attendait que ça", raconte le couple.

 

"Beaucoup veulent que leur enfant porte leur nom.  Mais la filiation, c'est naturel.  Ajda nous appelle papa et maman, sans que nous lui avons jamais demandé", explique encore Eric.  II poursuit: "Plus tard, nous pourrions avoir la possibilité d'adopter Ajda.  Mais il n'y a pas d'intérêt à ce qu'elle porte notre nom. C'est facultatif par rapport a l'aventure que nous vivons."

Source : La Libre Belgique. 01.04.2009

 

On cherche 200 familles d'accueil en Belgique francophone.

 

Les pouponnières sont pleines : 200 gamins de 0 à 6 ans y attendent un placement familial. Ce qui bloque le système pour les enfants en danger.

Les accidents de la vie qui touchent les parents cabossent forcément leurs enfants. En Communauté française, environ 7 500 gamins sont hébergés ailleurs qu’au domicile familial en raison de difficultés sociales, psychologiques et matérielles de leurs parents. Un peu moins de la moitié (environ 3 400 jeunes) vivent en famille d’accueil. Les associations agréées, dont celles rassemblées au sein de la Fédération des services de placement familial, suivent au total 1 800 situations d’enfants placés en famille d’accueil.


Mais le secteur souffre d’un manque chronique de moyens. "Les listes d’attente sont immenses", témoigne Xavier Verstappen, directeur de l’Accueil familial (2), qui encadre 600 placements d’enfants francophones à Bruxelles, Liège, Namur, Marche, Mons, Tournai "Rien que chez nous, plus de 100 gamins de 0 à 6 ans sont en attente d’une famille d’accueil." Un chiffre qui grimpe à 200 pour l’ensemble de la Communauté française.


"Quand on fait le choix de placer un enfant en famille d’accueil, il y a toujours eu en amont un travail intensif de remobilisation des parents de naissance", explique M. Verstappen. Le décret sur l’Aide à la jeunesse privilégie, en effet, le maintien et/ou la restauration des liens familiaux. L’hébergement de l’enfant hors du milieu familial est considéré comme exceptionnel et temporaire dans la mesure du possible. "Avant d’en arriver là, on a vraiment tout essayé quand l’enfant est en pouponnière. Parfois, c’est impossible et on sait que c’est pour plusieurs années. Le placement en famille d’accueil est alors un choix raisonnable et raisonné."


Qu’il n’est pas facile de concrétiser, vu l’état déliquescent du secteur de l’Aide à la jeunesse, côté petite enfance. Les pouponnières et autres petites maisons d’hébergement, qui accueillent les enfants en danger, sont pleines. Là aussi, les listes d’attente atteignent des délais vertigineux, de trois mois à six mois. Par manque de familles d’accueil, il n’est plus possible de répondre aux besoins des pouponnières quand un placement familial s’avère être le meilleur choix. "Cela bloque le système", constate amèrement Xavier Verstappen.


Avec des conséquences qui peuvent être dramatiques, en particulier à Bruxelles. "Des enfants en danger sont gardés à l’hôpital parce qu’il n’y a pas de place en pouponnière. Il y a des situations de maltraitance qu’on maintient parce qu’on n’a pas de solution d’hébergement. Cela peut déraper à tout moment", alerte le directeur de l’Accueil familial. "C’est un appel au secours que je lance."


Promouvoir l’accueil familial permettrait de libérer des places dans les pouponnières. Mais il ne s’agit pas seulement de trouver 150 ou 200 familles d’accueil; il faut aussi les encadrer, prévient Xavier Verstappen. "La Communauté française est-elle prête à investir 15 emplois en plus pour assurer cet encadrement ?", interroge-t-il.


"Le secteur de l’Aide à la Jeunesse est en pleine souffrance. Mais les assistants sociaux ne descendent pas dans la rue. Electoralement, on n’intéresse personne. On reçoit les moyens au compte-gouttes et on n’obtient que les restes", déplore encore le directeur de l’Accueil familial, assistant social de formation.


"Il faudrait un plan Marshall pour le secteur, en investissant de manière intensive dans la petite enfance, qu’il faut voir comme une approche préventive." Dans le contexte actuel, les adolescents délinquants prennent politiquement beaucoup de place et les solutions sécuritaires (placement en centre fermé) qu’on privilégie mangent une grosse part du budget. "Un jeune qui casse deux voitures reçoit une réponse immédiate. Un petit qui refuse de s’alimenter à l’hôpital par absence de liens, on le laisse sur son lit. Si on s’occupait d’abord de ces enfants-là, cela permettrait d’avoir moins de voitures cassées plus tard."


La Fédération des services de placement familial a lancé une campagne d’information (voir photos) pour tenter de recruter des familles d’accueil. Elle espère trouver, d’ici la fin de l’année, 50 familles candidates à Bruxelles, où le problème est le plus aigu.


Source : La Libre Belgique. 3 août 2009.

26/10/2008

Les méthodes des psychologues ou des gens des CMPP concernant le traitement des problèmes des enfants adoptés, ou plutôt des abandonnés-déracinés-adoptés ne se sont pas améliorées.

[Via le forum d'Enfance & Familles d'adoption, commentaire de Larrylg en réponse à Ophélie "Notre adoption est un échec".]



Je vois qu’en 25/30 ans les méthodes des psychologues ou des gens des Centres Médico-Psycho-Pédagogiques (CMPP) concernant le traitement des problèmes des enfants adoptés, ou plutôt des abandonnés/déracinés/adoptés ne se sont pas améliorées.



Malgré la littérature abondante aujourd’hui sur le sujet, ils semblent incapables de reconnaître ce qui est spécifique à nos enfants : le traumatisme de l’abandon et du déracinement et le stress post traumatique qui s’ensuit. Je regardais hier soir l’émission d’Envoyé spéciale sur l'autisme et la mère de l’enfant (l’épouse de l’acteur Francis Perrin) parlait des interprétations psychanalytiques de gens incapables de comprendre l’autisme et s’élevant contre des thérapies comportementales qui avaient fait leur preuve aux Etats-Unis. Une bonne partie de l’émission montrait l’incapacité de la France des psychologues ou psychiatres à s’ouvrir à d’autres méthodes qui marchent.



Il en est de même pour les troubles dont souffrent les enfants adoptés, non parce qu’ils sont adoptés (sauf rares cas de maltraitances : ça arrive, hélas !) mais parce qu’ils trimballent des traumatismes liés à l’abandon et au déracinement.
Je crois, honnêtement et par expérience, qu’il faut fuir ces psychanalisants (lacaniens, adlériens, rogériens, etc.) et essayer de découvrir des psychiatres et psychologues qui ont une formation en thérapie comportementale et cognitive, après s’être assuré qu’ils sont aussi au courant des traumatismes de l’abandon et du déracinement. Voir le site http://www.aftcc.org.



Ensuite, au-delà des lectures d’ordre général, style « Au risque de l’adoption », n’hésitez pas à prendre des livres plus techniques qui vont vous apprendre des comportements à exiger de votre enfant ou de vous-même. Le premier : « Enfant qui a mal, enfant qui fait mal », pour grands enfants et adolescents (c’est le 2eme tome) de Caroline Archer, celle qui a mis au point en Angleterre les méthodes de Family Futures. Le deuxième « Renouer avec soi » de Nancy Verrier, qui débarrasse de beaucoup d’idées préconçues et montrent quels comportements nous devons avoir vis-à-vis de nos enfants qui grandissent ou sont adultes. Vu l’âge de mes enfants c’est celui qui m’a le plus éclairé et aidé.



D’autre part, gardez à l’esprit que même à 13 ans un enfant ne fait pas ce qui lui plaît. Il doit se plier à ce qu’exige ses parents et nous sommes là pour cela. Il faut savoir lui fixer des limites, autrement la justice s’en chargera plus tard.
Autre point très important et qu’on ne rappellera jamais assez : pour que l’enfant aille bien, il faut que la mère aille bien. L’enfant repèrera de suite le mal-être de la mère, ses problèmes antécédents non résolus ainsi que les failles du couple et il s’en servira. L’un de mes amis anglais décrivait cela en disant que l’enfant abandonné avait comme un nuage de guerre au-dessus de la tête. Prenez donc du temps pour vous, pour votre couple et de temps en temps oubliez ce qui doit être votre cauchemar quotidien : savoir prendre une soirée régulièrement, ou un week-end ou 8 jours de vacances sans la présence de l’enfant. Cela permet de respirer



Il est à redouter, que du fait de la Convention de La Haye, de plus en plus enfants âgés d’au moins 6 ans seront confiés par l’adoption internationale. De ce que j’en vois, ce n’est pas une partie de plaisir pour un grand nombre de parents. Il serait temps, grand temps, que les associations s’occupant d’adoption mettent en place par l’intermédiaire des ASE ou éventuellement sans elles (si elles ne bougent pas) des équipes véritablement pluridisciplinaires pour traiter des problèmes de nos enfants avec nous et non pas sans nous. Par cela, j’entends que parents et enfants doivent être vus ensemble parce que ce sont des problèmes qui concernent les liens familiaux : souvent, trop souvent, les enfants sont vus à part, et comme ils sont manipulateurs ils ont l’art de tourner le psy autour de leur petit doigt.


Je crois avoir entendu dire qu'il y avait une Maison de l'adoption à Marseille. Êtes vous au courant?



L’émission de Ruffo dont parle Devika montrera si le plus médiatisé des psys marseillais peut passer de la parole à des actions efficaces pour aider les familles en échec.  J’ai peur que ce ne soit que du verbiage !!! et tant mieux si je me trompe.

Amicalement.

21/10/2008

Notre adoption est un échec.

[Via le forum Enfances & Familles d'adoption, témoignage d' Ophélie]


Notre vie a basculé dans l'enfer, il y a 7 ans quand nous avons adopté Pauline.
1997, aprés une grossesse qui n'est pas arrivée à terme et une ITG qui laissera quelques séquelles temporaires, nous décidons d'adopter un enfant.
Déjà parents d'un fils biologique de 7 ans, nous prenons cette décision à trois.

Je vous passe les différentes étapes de notre parcours et en 2001, Pauline arrive de Madagascar. Elle a six ans et demi et notre fils a 11ans et demi.
J'ai vécu le deuxième plus beau jours de ma vie ce jeudi là. Mais ce fut le seul depuis que Pauline vit avec nous.

Nous l'avions attendu avec amour et impatience. Comme tous les parents qui attendent un enfant.
Mais elle, nous avait beaucoup moins attendue, j'ai compris plus tard qu'elle n'avait pas forcément envie d'avoir des parents.
Dès le lendemain de son arrivée, Pauline a commencé a faire des "caprices".Comment, un enfant qui sort d'un orphelinat Malgache peut-il faire des caprices ?

Elle a voulu aller à l'école le lundi suivant et à la cantine 2 semaines après son arrivée. Moi qui avait tellement d'amour a lui donner...

Les semaines qui ont suivies ont été de plus en plus difficiles. Refus de l'autorité en permanence et mensonges.
Mais, elle venait d'arriver et il lui fallait du temps pour comprendre. C'est ce qu'on se disait ...

Les mois ont passés et notre vie de famille est devenu de plus en plus difficile.
Notre relation avec Pauline, au lieu de se construire, s'est dégradée au fur et à mesure.

2003, elle nous a accusé de maltraitance. J'ai vécu certainement les moments les plus douleureux de ma vie de mère et de femme.
Pauline est manipulatrice et depuis maintenant 7 ans elle manipule les gens .
Nous nous sommes repliés sur nous même. Nous n'avons pratiquement plus d'amis, plus de famille ( même nos parents ont doutés de nous).

Pauline ne nous parle plus depuis 4 ans, sauf quand il lui faut un bouquin pour le collège, payer sa carte de cantine ou tout autres demandes nécessaires. C'est le strict minimun qui régie notre vie.

Nous avons consulté, bien-sûr. Pédo- psychiatre, psychologue, psychomotricien, test de QI, test de personnalité etc...

Je suis fatiguée, heureusement que j'ai un fils et que je sais qu'il a encore besoin de moi.

L'adoption c'est pas toujours les belles histoires qu'on nous montre à la téle. Il y a aussi des drames, des souffrances immenses et des vies gachées.

Je n'ai plus qu'un seul espoir aujourd'hui, c'est qu'elle parte vite de chez nous mais elle n'a que 13 ans....


La suite des échanges sur le forum EFA.

 

"De l'adoption encore, peut-on les aider?", un regard lucide et très juste d'Isabelle de Penfentenyo, sur Blogosapiens.

 

* * *

- Restitués à l'orphelinat
Une adoption sur cinq débouche sur des situations dramatiques. La bonne volonté ne peut pas toujours éviter la rupture. 
Traduction de Kim Myung-Sook sur Fabriquée en Corée d'un article intitulé "Devueltos al orfanato" suivie par celui intitulé "Las mil y una razones detrás del fracaso" par Lola Galàn publiés sur le site El País, le 6 janvier 2008.

 

 

- Doublement ratée.
Je fais partie de ceux qui ont été adoptés : ces enfants qui n'ont rien demandé à personne et qui se voient arrachés à leur pays, à leurs racines, à leurs traditions pour faire le bonheur d'autres personnes (ne pas y voir un caractère haineux). bien sûr, j'ai eu la chance de ne pas être séparée de mon frère (peu ont eu cette chance).
Le monde des adoptés.


- Choquée.
Je dois préciser tout d'abord que je suis née en corée du sud. J'ai été adoptée il y a de cela 20 ans à l'âge de 6 ans par un couple français avec un fils biologique,par l'intermédiaire de l'assocaition "Rayon de soleil". J'ai donc 26 ans aujourd'hui et je suis maman d'un petit garçon de 23 mois. Mon adoption est ce que l'on peut appeler une adoption "ratée".
Je n'ai désormais plus aucun contacts avec ma famille adoptive et j'estime n'avoir plus de famille du tout.
Forum France5 les maternelles.

 

- Et si, malgré tous les efforts fournis, l’adoption échoue?
Une des plus grandes craintes, pour ne pas dire la plus grande, de toutes les personnes concernées par une
adoption et impliquées dans la procédure, est que l’adoption ne parvienne pas à créer de liens et que,
malgré les efforts fournis par tous, l’évaluation de la situation de l’enfant montre qu’il est dans son meilleur
intérêt d’être séparé de sa famille adoptive. Comment éviter une telle situation, et comment y remédier?
Centre international de référence pour les droits de l’enfant privé de famille (SSI/CIR). Bulletin Mensuel n° 9/2007.


- La post adoption : vers un équilibre des droits et intérêts des adoptés, des adoptants et des familles d’origine.
Contribution au Séminaire européen sur la post adoption organisé à Florence par ChildONEurope le 26 janvier 2006.
Isabelle Lammerant, Coordinatrice.
Centre international de référence pour les droits de l’enfant privé de famille (SSI/CIR).

 

- Enfants adoptés, l'envers du décor.
Première enquête française sur les ratés de l'adoption. Etude non-publiée. 2006.