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13/08/2008

L'abandon ne tue pas.

CADCO.jpg[Via Le forum de la CADCO - Nicolas]

"35 ans, adopté à 10 mois, originaire du Liban.
Recherches de la mère, lettres, voyages au Liban... pour rien.


Aussi : 15 ans de prise de tête, d'introspection, pour comprendre le pourquoi de mon mal être.

Pourquoi bordel cet ABANDON me bouffe t' il la tête ?
Pourquoi me sentir "mutilé" de moi meme ?
Pourquoi cette sensation permanente de ne pas exister, de ne pas être là, de ne pas avoir commencé à vivre?
Pourquoi cette sensation de perte irrémédiable qui engloutit tout ?
Pourquoi cette sensation d'être "ré-abandonné", englouti dans un néant insupportable dès que quelqu'un me critique ou me rejette ?


Il y a 1-2 ans, j'ai commencé à avoir des intuitions là dessus. Des intuitions assez étranges, pour tout dire. Et peu à peu ça se précise, alors je décide de vous en parler.


Ce que je crois :

Le jugement des adultes sur l'abandon fait que l'enfant en vient à croire que oui, effectivement, il a perdu quelque chose de très grave dans l'abandon. Problème : à la base, il ne ressent pas cette "perte très grave". Il la vit parce qu'on lui a dit qu'il est censé la vivre (qui se souvient de sa mère bio ?). Mais en fait, il n'éprouve aucun manque profond, juste un manque artificiel, fabriqué par des adultes via leur jugement rétrospectif sur l'abandon ("ah oui, c'est triste d'être abandonné, etc"). Il en vient à se dire que oui, il souffre beaucoup, alors qu'en fait... il ne souffre pas. On lui dit qu'il doit en être triste... il ne l'est pas, mais il le devient. Au point de considérer, adulte, que l'abandon est une perte terrible, douloureuse, insupportable....


Mais pourquoi donc s'est il mis à croire mordicus à cette "perte irréparable" que serait l'abandon, s'il ne la ressentais pas à l'origine ? A mon sens, car il s'est convaincu, via la pensée des adultes, que d'une certaine manière, il est mort dans l'abandon.
Ce qui est faux bien sûr, et je m'explique:

Je pense que dans l'adoption, on se retrouve face à des gens aimants (enfin, souvent) mais stériles. Et qui pensent plus ou moins inconsciemment "il est injuste que nous, parents aimants, soyions stériles, alors que des couples incompétents peuvent avoir plein d'enfants, comme les géniteurs de mon enfant adoptif par exemple". Ils ont alors pour cette raison, envie de survaloriser leur apport (en faisant passer l'idée de type "c'est grâce à nous que tu vis"), et de diminuer au max l'apport des géniteurs. En fait, ils ont instinctivement envie (et c'est normal) d'avoir "fait" l'enfant, d'être ceux qui lui ont donné la vie. Ils se mettent à véhiculer cette idée absurde que l'on donne la vie à un enfant par l'amour qu'on lui donne. Que c'est l'amour, la présence, qui fait que l'enfant va vivre (forcément, ils ne peuvent pas donner plus que cela! Et s'ils l'avaient pu, bien souvent ils n'auraient pas adopté et nous ne serions pas là chez eux !). En bref, ils se convainquent qu'ils sont à l'origine de la vie de leur enfant parce qu'ils lui ont donné amour et présence.


Et cette idée se diffuse dans la tête de l'enfant. Lequel va alors penser "Puisque, c'est avec de l'amour et de la présence qu'on donne vraiment la vie, alors ça veut donc dire que l'abandon m'a tué. Mes géniteurs m'ont tué en m'abandonnant, et heureusement mes parents adoptifs m'ont rescussité en m'adoptant".


Mais il y a un problème : si l'enfant croit que c'est la présence et l'amour qui donne la vie, alors ca veut dire que pour vivre, pour exister, l'enfant aura tout le temps besoin de l'autre, de l'amour de l'autre, de sa présence... Et s'il ne l'a pas (ce qui est le cas souvent dans cette vie!) ... alors il meurt à nouveau ! Il est donc condamné à ne vivre que par intermittence, au bon vouloir de l'autre. Soit à ne jamais vraiment exister. A être mutilé de lui même.


Or : toutes ces idées sont fausses. Car c'est une bite qui bande dans une chatte qui mouille qui fait les enfants. Et pas l'amour, ou la présence aux côtés de l'enfant. C'est injuste, triste, tout ce qu'on veut, mais c'est ainsi.
Les parents adoptifs ne donnent pas la vie. Pour la simple et bonne raison que la vie, l'enfant l'avait déjà avant l'adoption. Ce ne sont pas des enfants morts que les parents adoptent, mais des enfants vivants. Bien vivants. Qui vivront, adoption ou non. Seule la qualité de leur vie en sera changé. C'est tout.


Qui plus est, nous, enfant, on rentre dans le jeu : on a envie de leur dire à nos parents adoptifs "oui c'est à vous que je dois la vie" (combien de gens adoptés le disent!) , un peu comme si c'était eux, par l'adoption, qui nous avaient fait vivre. Pourquoi ? Car en se figurant ainsi que on a une dette de vie envers eux, on a ainsi rétabli une injustice. On les a remercié de l'adoption. Car oui c'est lourd de recevoir pour un enfant autant de dons de parents qui nous considèrent comme leurs "vrais" enfants , alors que en retour on sait que on ne pourra jamais être pour eux leur "vrai" enfant. Il y a là un poids terrible!


Au final : l'abandon ne tue pas. Il ne m'a pas tué. J'ai conservé la vie. Cette vie me vient de mes géniteurs. Que je sache, ma mère ne m'a pas noyé quand je suis né, elle m'a juste mis dans un orphelinat. Et ce n'est pas pareil. Ce qui veut dire que mes parents adoptifs ne m'ont pas donné la vie. Il m'ont donné beaucoup, tout le reste en fait, mais pas le principal : la vie. Ce qui, certes, minore leur apport, et cesse de flatter leur désir d'enfant biologique. Mais c'est la vie.


Résultat ? Je ne vis plus l'abandon comme une "mort", et l'adoption comme une résurrection. Puisque je ne suis pas mort dans l'abandon, alors je n'en souffre plus. L'abandon cesse d'être cette perte irreparable et terrible que je croyais. Je n'y ai pas perdu autant que ce que je croyais. De plus, je cesse d'être dépendant de l'autre : je n'ai plus besoin de son amour et de sa présence pour croire que je vis. Je vis de toute façon, j'existe de façon autonome, quoique fasse l'autre envers moi.

Conclusion :

Abandon/adoption = double dette : une dette de vie envers les géniteurs, et le reste aux parents adoptifs. Je me contente de ce que mes géniteurs m'ont donné (malgré eux!), la vie.  Quant aux parents adoptifs, c'est un bonus, c'est la vie qui m'a (vous a) souri. Chaque chose à sa place. Il ne faut pas tout mélanger. Je ne vais plus chercher les choses où elles ne sont pas !

Bon, c'était un peu embrouillé peut être, mais j'espère que ça vous aura parlé.

Bonne soirée,
Nicolas."

 * * *

->  Lost in Translation.
This post is in regards about the Mother of My Heart. The one that I treasure the most. The one who knew me way back when. And the one who understood me with an unselfish heart.  
The Rice Bowl Diaries. August 13,2008.

 

->  The search for one's roots.
New Ontario law gives adoptees the right to information about their past
The Hamilton Spectator. Paul Zadvorny. August 11, 2008.
 

->  L'origine en héritage. Sylvia Nabinger, psychothérapeute.
Abandon & adoption. 16.05.2008.

20:19 Écrit par collectif a & a dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : abandon, adoption, liban, cadco | |  del.icio.us

05/01/2008

Les mensonges derrière mon adoption. Kim Myung-Sook.

Mon adoption n'est ni le résultat d'un trafic d'enfants, ni celui d'un kidnapping mais le résultat de mensonges fabriqués par une agence d'adoption, comme la plupart des adoptions internationales.

  • J'ai (j'avais) une famille bien connue
  • 1er, 2ème, 3ème, 4ème et 5ème mensonge
  • Découverte des mensonges
  • Après les mensonges, bullshit
  • Mensonges des acheteurs
  • Service post-adoption
  • Perdue mais non abandonnée
Lorsque j'ai retrouvé ma famille biologique, j'ai appris que mon père ne m'avait pas abandonnée. Il est mort 3 ans après m'avoir perdue.

L'adoption internationale est un grand business qui sert l'intérêt d'un couple sans enfant. C'est mal d'arracher un enfant de son pays et de sa culture pour combler les désirs des adultes qui veulent à tout prix un enfant. Le meilleur intérêt d'un enfant est d'être élevé par ses parents biologiques et en second lieu, être adopté dans son pays. De plus, les enfants qu'on envoient en adoption internationale ont tous un parent ou une famille élargie qui pourraient les élever mieux que des étrangers de races différentes. Il est injuste que des parents pauvres n'aient pas le droit d'élever leurs propres enfants biologiques et que des riches parents infertiles prennent les enfants des autres sous prétexte qu'ils "sauvent" des enfants d'un pays pauvre.


Lire le témoignage complet.

16:15 Écrit par collectif a & a dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : témoignage, adoptée coréenne, mensonges | |  del.icio.us

01/12/2005

L'humiliation ordinaire | Alain Badiou

Mon fils adoptif est noir.
Pour la police, cela fait de lui un suspect.

"Constamment contrôlés par la police." De tous les griefs mentionnés par les jeunes révoltés du peuple de ce pays, cette omniprésence du contrôle et de l'arrestation dans leur vie ordinaire, ce harcèlement sans trêve, est le plus constant, le plus partagé. Se rend-on vraiment compte de ce que signifie ce grief ? De la dose d'humiliation et de violence qu'il représente ?

J'ai un fils adoptif de 16 ans qui est noir. Appelons-le Gérard. Il ne relève pas des "explications" sociologiques et misérabilistes ordinaires. Son histoire se passe à Paris, tout bonnement.

Entre le 31 mars 2004 (Gérard n'avait pas 15 ans) et aujourd'hui, je n'ai pu dénombrer les contrôles dans la rue. Innombrables, il n'y a pas d'autre mot. Les arrestations : Six ! En dix-huit mois... J'appelle "arrestation" qu'on l'emmène menotté au commissariat, qu'on l'insulte, qu'on l'attache à un banc, qu'il reste là des heures, parfois une ou deux journées de garde à vue. Pour rien.

Le pire d'une persécution tient souvent aux détails. Je raconte donc, un peu minutieusement, la toute dernière arrestation. Gérard, accompagné de son ami Kemal (né en France, Français donc, de famille turque), est vers 16 h 30 devant un lycée privé (fréquenté par des jeunes filles). Pendant que Gérard fait assaut de galanterie, Kemal négocie avec un élève d'un autre lycée voisin l'achat d'un vélo. Vingt euros, le vélo, une affaire ! Suspecte, c'est certain. Notons cependant que Kemal a quelques euros, pas beaucoup, parce qu'il travaille : il est aide et marmiton dans une crêperie. Trois "petits jeunes" viennent à leur rencontre. Un d'entre eux, l'air désemparé : "Ce vélo est à moi, un grand l'a emprunté, il y a une heure et demie, et il ne me l'a pas rendu." Aïe ! Le vendeur était, semble-t-il, un "emprunteur". Discussion. Gérard ne voit qu'une solution : rendre le vélo. Bien mal acquis ne profite guère. Kemal s'y résout. Les "petits jeunes" partent avec l'engin.

C'est alors que se range le long du trottoir, tous freins crissants, une voiture de police. Deux de ses occupants bondissent sur Gérard et Kemal, les plaquent à terre, les menottent mains dans le dos, puis les alignent contre le mur. Insultes et menaces : "Enculés ! Connards !" Nos deux héros demandent ce qu'ils ont fait. "Vous savez très bien ! Du reste, tournez-vous – on les met, toujours menottés, face aux passants dans la rue –, que tout le monde voie bien qui vous êtes et ce que vous faites !" Réinvention du pilori médiéval (une demi-heure d'exposition), mais, nouveauté, avant tout jugement, et même toute accusation. Survient le fourgon. "Vous allez voir ce que vous prendrez dans la gueule, quand vous serez tout seuls." "Vous aimez les chiens ?" "Au commissariat, y aura personne pour vous aider."

Les petits jeunes disent : "Ils n'ont rien fait, ils nous ont rendu le vélo." Peu importe, on embarque tout le monde, Gérard, Kemal, les trois "petits jeunes", et le vélo. Serait-ce ce maudit vélo, le coupable ? Disons tout de suite que non, il n'en sera plus jamais question. Du reste, au commissariat, on sépare Gérard et Kemal des trois petits jeunes et du vélo, trois braves petits "blancs" qui sortiront libres dans la foulée. Le Noir et le Turc, c'est une autre affaire. C'est, nous raconteront-ils, le moment le plus "mauvais". Menottés au banc, petits coups dans les tibias chaque fois qu'un policier passe devant eux, insultes, spécialement pour Gérard : "gros porc", "crado"... On les monte et on les descend, ça dure une heure et demie sans qu'ils sachent de quoi ils sont accusés et pourquoi ils sont ainsi devenus du gibier. Finalement, on leur signifie qu'ils sont mis en garde à vue pour une agression en réunion commise il y a quinze jours. Ils sont vraiment dégoûtés, ne sachant de quoi il retourne. Signature de garde à vue, fouille, cellule. Il est 22 heures. A la maison, j'attends mon fils. Téléphone deux heures et demie plus tard : "Votre fils est en garde à vue pour probabilité de violences en réunion." J'adore cette "probabilité". Au passage, un policier moins complice a dit à Gérard : "Mais toi, il me semble que tu n'es dans aucune des affaires, qu'est-ce que tu fais encore là ?" Mystère, en effet.

S'agissant du Noir, mon fils, disons tout de suite qu'il n'a été reconnu par personne. C'est fini pour lui, dit une policière, un peu ennuyée. Tu as nos excuses. D'où venait toute cette histoire ? D'une dénonciation, encore et toujours. Un surveillant du lycée aux demoiselles l'aurait identifié comme celui qui aurait participé aux fameuses violences d'il y a deux semaines. Ce n'était aucunement lui ? Un Noir et un autre Noir, vous savez...

A propos des lycées, des surveillants et des délations : j'indique au passage que lors de la troisième des arrestations de Gérard, tout aussi vaine et brutale que les cinq autres, on a demandé à son lycée la photo et le dossier scolaire de tous les élèves noirs. Vous avez bien lu : les élèves noirs. Et comme le dossier en question était sur le bureau de l'inspecteur, je dois croire que le lycée, devenu succursale de la police, a opéré cette "sélection" intéressante.

On nous téléphone bien après 22 heures de venir récupérer notre fils, il n'a rien fait du tout, on s'excuse. Des excuses ? Qui peut s'en contenter ? Et j'imagine que ceux des "banlieues" n'y ont pas même droit, à de telles excuses. La marque d'infamie qu'on veut ainsi inscrire dans la vie quotidienne de ces gamins, qui peut croire qu'elle reste sans effets, sans effets dévastateurs ? Et s'ils entendent démontrer qu'après tout, puisqu'on les contrôle pour rien, il se pourrait qu'ils fassent savoir, un jour, et "en réunion", qu'on peut les contrôler pour quelque chose, qui leur en voudra ?

On a les émeutes qu'on mérite. Un Etat pour lequel ce qu'il appelle l'ordre public n'est que l'appariement de la protection de la richesse privée et des chiens lâchés sur les enfances ouvrières ou les provenances étrangères est purement et simplement méprisable."

Alain Badiou, philosophe, professeur émérite à l'Ecole normale supérieure, dramaturge et romancier.

Source : LE MONDE.

15:40 Écrit par collectif a & a dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Alain Badiou, témoignage, racisme, France | |  del.icio.us