11.05.2011

Pour un couple, l’infertilité et l’absence d’enfants sont une épreuve, un deuil à vivre, avant de pouvoir le transformer en d’autres formes de fécondité

couple infertilite.jpg«Et vous avez des enfants?» Cette question banale, qui sert souvent d’entrée en matière à la conversation, dans les rencontres amicales, est «la» bête noire de ceux qui n’en ont pas. Pas seulement pour ceux qui vivent une vaine attente, mais aussi pour ceux qui doivent à chaque fois sec justifier de leur vie, de leurs choix, ou de leurs échecs. Et se taisent le plus souvent.

 


Ce serait donc le revers de notre société française, qui affiche avec fierté une fécondité de deux enfants par femme, parmi les records d’Europe. Stigmatisant du même coup les quelque 10% d’adultes qui ne seront jamais parents; leur donnant l’impression d’être marginalisés, considérés comme des adultes inaccomplis.

Selon Laurent Toulemon, chercheur à l’Institut national d’études démographiques (Ined), ce chiffre devrait même atteindre 15 à 16% de la génération née en 1980.

Quelle est la part, parmi ces couples inféconds, de ceux qui sont physiologiquement stériles, de ceux pour qui la vie ne s’est pas ordonnée de la bonne façon au bon moment, et de ceux qui affirment ne pas vouloir d’enfants, catégorie nouvelle apparue dans nos sociétés contemporaines?

Il n’existe pas de chiffres, et pour cause: «La frontière est très floue entre le désir d’enfant et celui de se conformer à la norme sociale ; entre le désir conscient et tout ce qu’il réveille dans l’inconscient, en particulier dans les relations précoces avec ses propres parents», souligne Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste et spécialiste des questions de filiation.

« On est dans une conception très mécaniste de la procréation»

Et elle ajoute: «On est aujourd’hui dans une conception très mécaniste de la procréation, les femmes prennent la décision de ne pas avoir d’enfants grâce à la contraception. Lorsqu’elles “ouvrent le robinet”, elles s’attendent à ce que cela marche. Or, mettre au monde un enfant, c’est un acte de folie ordinaire qui est tout sauf rationnel!»

Joëlle Desjardins-Simon, psychanalyste également, qui travaille depuis quinze ans dans un service d’AMP (assistance médicale à la procréation) et vient d’écrire un livre sur le sujet, constate elle aussi que la fécondité échappe encore et toujours à la maîtrise humaine.

«On ne sait pas pourquoi certaines grossesses surgissent, dit-elle, ou s’interrompent, ou bien, malgré un désir affiché, ne se produisent pas. De nombreuses infécondités, à la croisée de l’histoire conjuguée du couple, et parfois aussi de plusieurs générations, relèvent de verrous inconscients; lorsqu’il y a écart entre le désir conscient et inconscient, c’est toujours ce dernier qui gagne.»

Elle dénonce aussi cette « médiatisation radieuse de la procréation assistée, qui induit que c’est la réponse à tous les problèmes». Et de rappeler que les taux de réussite varient autour de 20% par tentative. «Si un enfant ne vient pas tout seul, c’est qu’il ne veut pas venir ; à quoi bon se violenter, le violenter…»

« Notre société idéalise beaucoup la maternité »

Reste la souffrance, que les hommes et les femmes décrivent de façon différente. « Une forte souffrance », précisent sobrement Béatrice et Antoine. «N’importe qui peut faire un enfant sans se poser de questions, sauf moi ! » se révolte Anne. « C’est une vraie blessure que de ne pouvoir donner la vie, souligne Geneviève Delaisi, pour compren­dre, il faut se référer à l’expérience du deuil.»

Isabelle Tilmant, psychothérapeute, accompagne des femmes sur ce chemin difficile : «La maternité est très idéalisée dans notre société; toute petite fille grandit avec l’idée qu’elle aura des enfants un jour. Mais toutes les femmes n’en ont pas le même désir: cela peut être le désir d’aimer et d’être aimée, celui d’être reconnue socialement, d’éduquer un enfant au quotidien… Il n’y a pas de jugement à porter là-dessus. Mais le savoir permet de faire des choix de vie.»

Pour celles qui éprouvent un grand désir d’enfant, et qui n’y arrivent pas, c’est extrêmement douloureux: «Elles passent souvent d’abord par une phase d’activisme forcené, de consultations de médecins divers aux tentatives de PMA. Se soumettant à tout, vivant dans l’obsession, au rythme des déceptions régulières.

Avec un vrai risque de dépression ; plus que les hommes, car cela passe par leur corps. Quand vient le moment où on leur dit: “Il n’y a plus rien à faire”, le désespoir est immense: la vie n’a plus de sens, comme si tout s’arrêtait. Elles se sentent à la fois exclues de la vie sociale, de la complicité féminine, de leur propre famille.

En plus, il y a la culpabilité de l’un envers l’autre, si les deux conjoints ont le même désir d’enfant. Une souffrance insuffisamment reconnue par l’entourage, car elle ne se voit pas.» Béatrice et Antoine ont vécu cela: «Nous n’avons jamais souhaité en discuter…»

«Transformer la souffrance en une autre forme de fécondité psychique »

«Nos enfants ne nous ont jamais parlé de leurs difficultés, nous ne savons pas où ils en sont, quelle attitude avoir…», explique Laurence, mère et belle-mère. Pourquoi ce silence ? « Il s’agit du plus intime de l’intime, comme tout ce qui touche à la sexualité ; et les couples, d’une sensibilité exacerbée, préfèrent en dire le moins possible plutôt que d’affronter des paroles qui blessent »  , reconnaît Isabelle Tilmant. 

Elle poursuit :  « Ce n’est pas seulement d’un désir d’enfant qu’il faut faire le deuil, mais aussi de tout l’investissement, de tous les rêves faits autour de cet enfant. Cela prend beaucoup, beaucoup de temps, des vagues de douleur reviennent régulièrement, donnant l’impression décourageante de régression. Mais accepter ce processus de deuil, avec toutes les émotions violentes qu’il soulève, permet de le dépasser.» 

Le risque serait, en enfermant tout cela en soi, que l’amertume prenne le dessus. Et l’enjeu est ainsi résumé par Joëlle Desjardins-Simon: «Sans passer par la paternité ou la maternité, réussir à rester vivants, à garder une identité sexuelle, à construire un couple humain, à faire sa place dans la société, et… à vivre heureux.» 

«Il faut transformer toute cette souffrance en une autre forme de fécondité, une fécondité psychique, poursuit Isabelle Tilmant. Tout manque crée un creux; où l’on peut percevoir, plutôt que du vide, un espace d’abondance. Les femmes peuvent alors prendre conscience que la maternité n’est qu’une composante de leur féminité, qu’elles disposent d’un espace, en temps et en énergie, pour faire ce que d’autres ne pourraient faire.

Chacune l’occupe à sa manière, création artistique, investissement dans une maison… Celles qui veulent développer la dimension maternelle de leur personnalité peuvent alors choisir de s’investir auprès d’enfants: par l’adoption, bien sûr, mais aussi dans leur métier, une association. Les besoins sont très grands dans notre société, et elles ont un rôle à y jouer.» Reconnues, respectées et heureuses, au côté de leur compagnon.

Source: La Croix | Guillemette de la Borie | 11.05.2011

  

12.11.2009

Azerbaïdjan. Le droit à l'adoption devrait être accordé seulement aux familles azerbaïdjanaises.

Roza Farzalibayova.jpgRight to adoption should be granted only to Azerbaijani families: Republican Children's Organization


Interview with Roza Farzalibayova, Deputy Director of Republican Children’s Organizations.


Day.Az: Azerbaijan implements state program on the transfer of children from child care facilities to families as part of which boarding schools and orphanages will be abolished in the coming years. To what extent is it possible?


Roza Farzalibayova: Some countries have already used the similar experience. For example,  Latvia implements a program of deinstitutionalization and alternative care which brings fruitful results. They try first to return the children to biological families. If it is impossible or parents are deprived of parental rights, a child is transferred to an alternative family. These families are carefully selected. A special agencies oversee implementation of the program.

Azerbaijan has almost identical model of the program. I am confident that we will be proud of its results soon.


Q: How the issue of graduates of boarding schools are addressed? Are they provided assistance in obtaining housing and employment?


A: The issue of housing of orphan children is regulated by the Law on Social Protection of Orphans adopted in 1999. The law provides a right of children to parents' property. However, the apartment can be owned by a child only after he/she reaches maturity. Until a child turns 18, the apartment is transferred to executive authority ot the district where the child is registered.

With regard to the employment of young people, there are special schools in certain areas of Baku and the regions that train graduates of children's homes and also provide a dormitory. A network of such institutions must be established throughout the country to help solve the employment problems of boarding school graduates.


Q: What are your views about adoption of Azerbaijani children by foreigners?


A: I am against adoption of Azerbaijani children by foreign families. Only Azerbaijani families should be granted a right to adoption.


Q: Why some Azerbaijani families are skeptical about adoption of orphan children?


A: Adoption is a delicate issue. The majority of Azerbaijanis have positive attitude to child adoption, but few are prepared adopt a child from orphanage.


Q: Your organization operates a service to which children who are victims of physical violence in the family may apply to. How much this issue is relevant today?


A: Unfortunately, there are parents who to make their children obedient  by a physical punishment. Parents who beat their children believe that they educate their children this way. In fact, by resorting to force in upbringing, they merely prove their inability to find a reasonable way of influence on a child. But today few children may complain of physical abuse of parents. A few years ago we received more complaints about this than now.

We have also implemented a project on the Rights of a Child together with UNICEF. We plan to begin another such project in the coming year.



Source: Today.Az | 12 November 2009.

19.03.2007

Marie Claire - La question de l'adoption en France - Position des candidats.

medium_adoption_reve_realite.jpgNe faut-il pas assouplir la procédure qui déclare un enfant adoptable ? Et pourquoi ne pas considérer comme des adoptions "nationales" celles réalisées dans l'Union européenne ?



François Bayrou


Il faut probablement améliorer et unifier les procédures applicables, en particulier pour l'adoption simple. Cela dit, il importe que, sans qu'elle ne se transforme en parcours du combattant, la procédure d'adoption permette de garantir une volonté réelle de la part des futurs parents. Par ailleurs, je suis tout à fait favorable, avec mes amis du Parlement européen qui y travaillent activement, Claire Gibault et Jean-Marie Cavada, à une politique européenne de l'adoption. Les règles seraient les mêmes dans tous les Etats, et les adoptions réalisées à l'intérieur de l'Union européenne seraient considérées comme des adoptions nationales. Aujourd'hui, les enfants orphelins ou abandonnés sont les premiers à souffrir de procédures beaucoup trop complexes et souvent trop longues. L'Europe doit se mobiliser pour eux.


Ségolène Royal


L'adoption est une question délicate. L'intérêt de l'enfant abandonné, pour être clairement établi, doit être examiné avec d'infinies précautions, avant que ce dernier soit considéré comme adoptable. La législation a déjà évolué sur ce point, mais la décision doit toujours appartenir au juge, sur initiative des services sociaux et après expertise. Un an, pour constater le "désintérêt des parents", me semble raisonnable. Sans doute, en revanche, le délai de procédure judiciaire pour le prononcé de déclaration d'abandon devrait-il être accéléré. Mais cela relève alors d'une amélioration de l'efficacité de notre système judiciaire, à laquelle je me suis fortement engagée par ailleurs.



Nicolas Sarkozy


Il faut faciliter l'adoption "intérieure", c'est-à-dire en France, des enfants qui n'ont pas de famille. Il y a plus de 120 000 jeunes de moins de 18 ans placés à la suite de mesures de protection. Et très peu seront adoptés, car trop peu seront déclarés adoptables suffisamment tôt. Pour l'être, les enfants délaissés par leurs parents biologiques doivent en effet faire l'objet d'un abandon judiciaire - procédure lourde, définitive et bien sûr difficile à vivre par tous. Raccourcir le délai est une nécessité, même s'il ne faut pas confondre rapidité et précipitation, et laisser leur chance aux parents dont les difficultés ne sont que passagères. Quant à considérer comme "nationales" les adoptions réalisées dans le cadre de l'Union européenne, encore faudrait-il que la "philosophie" de ces adoptions soit partagée par tous. Le préalable serait donc de confronter les diverses approches éthiques et sociales.



Dominique Voynet


Ce sont forcément des députés français qui proposent aux Roumains et aux Bulgares de laisser partir leurs enfants ! Que dirait-on si des parlementaires américains proposaient d'adopter des enfants européens ? C'est vrai que beaucoup seraient adoptables si on n'attendait pas si longtemps et en vain que le lien familial se renoue. Et comme beaucoup veulent adopter un bébé, pas une fratrie ni un enfant handicapé... C'est encore un problème de prévention : on préfère placer les enfants en institution plutôt que d'aider leur famille. Dans le Pas-de-Calais, une famille expulsée a été relogée à l'hôtel et ses gamins placés. Coût de l'opération : 80 000 euros en un an ! J'ai été médecin-réanimatrice et mis au monde un bébé de 800 g dont la mère alcoolique avait déjà sept gamins. Pourquoi n'a-t-on pas aidé cette femme à ne plus procréer ? L'intérêt de l'enfant est trop souvent nié.



Source : Magazine


09:25 Écrit par collectif a & a dans Entretien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us