28.11.2011
Grande-Bretagne. Retour sur les enlèvements d'enfants par les services sociaux britanniques.
Via le blog de Jean-Pierre Rosenczveig, président du Tribunal pour enfant de Bobigny "Le scandale des « enfants volés » de Grande Bretagne"
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A en croire deux émissions « Transversales » diffusées sur la RTBF – l’une il y a un an, l’autre ce samedi 26 – il en irait tout autrement à quelques encablures de chez nous, en Grande Bretagne.
On sait que jusqu’à la fin des années 90, le dispositif anglais était très préoccupant. Un service social pouvait proprio motu retirer ses enfant à une famille. Un scandale à Manchester où une psychologie faisait en permanence le diagnostic d’enfant maltraités sexuellement, notamment sodomisés, au point d’avoir enlever plus d’une s d’enfants à leurs parents, avait conduit au Children’s Act qui introduisait un processus judicaire dans le retrait d’enfant. On pouvait penser que la Grande Bretagne était rentrée dans le rang.
A en croire le reportage de Florence Bellone, récompensée pour son premier reportage du Prix européen Lorenzo Natali attribué chaque année à des journalistes de presse écrite, de radio et de télévision engagés pour le développement, la démocratie et les droits de l’homme il n’en serait rien. Il y aurait même matière à forte interpellation d’un pays qui lui aussi se targue d’être la patrie des droits de l’homme.
Je n’ai pas vu le reportage, mais j’ai pu accéder à sa présentation part RTBF en visitant son site.
Je le reproduis volontiers pour inciter au débat et à une comparaison avec ce qui se passe en France. Je ne doute pas que des témoignages viendront confirmer, nuancer, infirmer, mettre en perspective.
En tous cas l’accusation est grave. Il faudra la tirer au clair dans les meilleurs délais. Qu’on en juge :
« En novembre 2010, la diffusion du reportage de Florence Bellone sur la problématique de l’adoption forcée en Grande-Bretagne avait suscité l’émoi. Les mots "adoption forcée" évoquent des scandales comme celui de "l'Arche de Zoé" dans lequel des Occidentaux embarquent des enfants étrangers sous prétexte de les extraire à leur misère, et sans vérifier s'ils sont vraiment abandonnés, pour les placer sur le marché de l'adoption internationale.
Mais le fait qu'un pays européen tel que le Royaume-Uni enlève sciemment les enfants de ses propres familles et les fasse adopter sans le consentement des parents de naissance demeure un phénomène peu connu, car les familles touchées n'ont pas le droit d'évoquer leur cas en dehors de la cour de justice familiale, encore moins d'en parler à un journaliste, sous peine d'emprisonnement.
Le Royaume-Uni a pourtant une histoire douteuse en matière de "protection de l'enfance" depuis le 19ème siècle. L'un des épisodes les plus dramatiques a duré 70 ans : les enfants volés aux familles pauvres étaient envoyés en Australie dans le cadre du programme d'état "Migrant Children" pour y créer "une bonne souche blanche" ! 40 ans après la fin du programme, au début de l'année 2010, Gordon Brown, David Cameron et Nick Clegg ont produit des excuses publiques à la Chambre des Communes pour ce désastre historique.
La reconnaissance en elle-même de cet exil forcé, malgré plusieurs décennies de campagne par les familles de victimes, n'a pratiquement fait l'objet d'aucune couverture médiatique et ses responsables n'ont jamais été punis. Aujourd'hui, le "gagging order" (ordre de bâillonnement) protège l'état, non seulement de la liberté de la presse, mais aussi de la liberté d'expression. Les parents en sont venus à utiliser les médias alternatifs pour décrire leur calvaire et surtout, retrouver leurs enfants.
Ces dernières années, ce n'est plus la misère matérielle mais les accusations de maltraitance qui préludent au retrait des enfants par les services sociaux. Dans un premier temps, Florence Bellone a écouté les explications de députés désireux d'abolir l'adoption forcée, celles des associations de défense des familles et les témoignages de parents. Il lui est vite apparu que des parents réellement maltraitant ne passeraient pas 10 ou 15 ans à rechercher leurs enfants et à faire tous les tribunaux y compris la Cour Européenne de Justice pour obtenir leur retour… Et surtout, il y a ces milliers de femmes accusées de "future négligence" ou "futur dommage émotionnel" de leur enfant, dès les premiers jours de la grossesse… On leur enlève le nourrisson à la naissance et on leur enlèvera ainsi chaque nouveau bébé, sur la seule foi d'un psychiatre payé par les services sociaux. Leur crime : avoir été victime de violence domestique, soit par leurs parents, soit par leur partenaire, et très souvent par la famille d'accueil ou l'orphelinat ou elles-mêmes avaient été placées. Plusieurs centaines de ces mères, seules ou en couple, ont fui à l'étranger afin de pouvoir garder leur bébé.
Les histoires et dossiers légaux de ces familles lui ont fait connaître l'étendue et la variété des tactiques utilisées par les services sociaux pour piéger les parents. Par la suite, en devenant "MacKenzie friend" (soutien légal auxquels les parents ont droit lorsqu'ils n'ont plus d'avocat), Florence Bellone a pu assister à des audiences dans les tribunaux ainsi qu'aux interrogatoires des parents par les services sociaux. Très souvent, ce qui apparaît d'abord comme des fausses preuves ne sont que des affirmations non vérifiées à la Cour et acceptées par le juge comme faits incontournables. Il en est de même pour les "gardiens" légaux des enfants enlevés, qui représentent l'enfant à la Cour !
L’enquête continue…
Dans un second reportage – celui diffusé le 26 novembre 2011 - sur les « Enfants Volés », Florence Bellone ne donne plus la parole aux parents qui ont perdu leurs enfants mais aux enfants qui ont été eux-mêmes adoptés de force ou du moins, arrachés de force à leur famille. Certains sont aujourd’hui adultes, d'autres n'ont que 11 ou 13 ans. Un raid de la police pour prendre un nourrisson et un entretien d'une femme enceinte avec une assistante sociale donneront aussi une idée des situations cauchemardesques générées par "l'aide sociale à l'enfance". Enfin nous aborderons la question des enfants étrangers dont les familles, se trouvant sur le territoire Britannique, sont tombées dans le piège : Matilde, une fillette française de 11 ans enlevée avec sa petite sœur Louison en juin, a réussi à téléphoner à son père, fin août - trompant la surveillance de sa famille d'accueil - puis à nous-même. Elle raconte "leur vie comme en prison", et surtout demande de l'aide pour retrouver leur père et quitter l'Angleterre…
Shoking à coup sur !
La cour européenne des droits de l’homme CEDH est compétente à plus d’un titre, une fois épuisé les recours nationaux en l'espèce semble-t-il inexistants, si l'on se réfère à la convention européenne des droits de l’homme:
- art. 3 : traitement inhumain ou dégradant... à l'égard des souffrances imposées aux enfants et à leurs parents;
- art. 5 : droit à la liberté : en l’espèce, des enfants sont enfermés, avec interdiction de communiquer;
- art. 6 : droit à un procès équitable. Ici, des procédures se déroulent en l'absence des intéressés. Les parents ne sont pas appelés dans la procédure d'adoption et ne sont pas tenus informés;
- art 8 : respect de la vie privée : on change le nom et le prénom des enfants adoptés); de la vie familiale (et pour cause....)
- art. 9 et 10 : libertés de conscience et d'expression : les "bagging order" interdisent de manifester son opposition et à quiconque, y compris la presse d'évoquer les cas de familles;
- art. 13 : droit à un recours effectif;
- art. 1er du Protocole n°4 : liberté d'aller et venir; les enfants sont empêchés de circuler;
La Cour européenne des droits de l’Homme a déjà eu l’occasion de se prononcer sur ces « adoptions », reconnaissant une violation des articles 6 et 8 (droit au procès équitable, droit au respect de la vie familiale : Affaire P., C. ET S. c. Royaume-Uni, 16/07/2002 (Requête no 56547/00).
Des avocats anglais ont décidé de soutenir les familles et de saisir la CEDH, mais un journaliste du Daily Telegraph a fait l'objet de poursuites parce qu'il avait diffusé une information, laquelle était susceptible de permettre de reconnaître une famille soumise au "bagging order"...
Le Comité des droits de l'enfant, instance plus politique que judiciaire, pourrait aussi être saisi.
Certains penseront à ce qui a pu se passer dans l’histoire française – comme des enfants « déportés » de métropole à la Réunion – ou tenteront des comparaisons avec le droit français sur la déchéance devenue retrait d’enfant qui peut porter sur les enfants nés, mais aussi à naître. Ayons encorei en mémoire le (récent) projet Morano consistant à rendre rapidement adoptables les enfants confiés à l'ASE par les juges des enfants .... pour résoudre le problèmpe posé par des demandes d'adoption supérieures en nombre aux enfants adoptables : 15 à 20 000 demandes pour 2 235 pupilles del'Etat (pour 150 000 en 1900) !
On peut réagir à ce qui se passe en Grande-Bretagne; on doit rester vigilents sur ce qui se joue ici..
Source : Droit des enfants - Analyser la société à travers le prisme des droits de l'enfant
08:11 Écrit par collectif a & a dans Ethique, Film & documentaire, Protection de l'enfance, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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19.09.2011
Film sur l'accouchement sous X. La Brindille.
L'histoire de Sarah, une jeune fille de 20 ans victime d'un déni de grossesse à qui l'on va proposer d'accoucher sous X.
Sarah, 20 ans, se lance avec détermination dans la vie active lorsqu’elle apprend avec stupeur qu’elle est enceinte de six mois. Elle ne veut pas d’enfant, pas maintenant. Bouleversée, elle se retrouve déchirée entre sa soudaine condition de future maman et la vie de femme indépendante qu’elle recherche tant.
Pour ne pas que cela fasse la promo de l'accouchement sous x, il faudrait que le film se termine sur le côté barbare de l'accouchement sous x et de ses nombreux ricochets négatifs sur les "tranches de vie "de tous ses acteurs .
Entretien avec Emmanuelle Millet
Votre parcours de scénariste et de réalisatrice est atypique. Comment, de votre formation en relations internationales, en êtes-vous arrivée au cinéma?
Depuis que j’ai vingt ans, je suis investie dans l’humanitaire et le social. J’ai commencé à travailler sur le développement de financements d’ONG comme Médecins du Monde ou Handicap International: je mettais en avant leurs missions mais aussi les parcours singuliers de personnes aidées. Dans ce travail, les histoires, les trajets des gens sont souvent incroyables, parfois même romanesques. Puis j’ai rejoint le Secours populaire, où mon rôle était de concevoir et d’organiser des événements culturels, de rendre la culture accessible à des gens qui d’habitude n’y ont pas accès. L’aspect d’organisation s’est avéré très utile quand je suis passée à la réalisation. En parallèle, je suivais des cours de théâtre. J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler sur des personnages de Shakespeare, Brecht, Tchekhov, leur donner vie, leur inventer un passé.
Qu’est-ce qui vous a amenée à sauter le pas de l’écriture?
J’ai d’abord commencé à écrire des nouvelles, puis j’ai été primée deux fois en participant à des concours de scénarios de courts métrages, ce qui m’a encouragée à poursuivre dans cette voie.
L’accouchement sous X est rarement abordé au cinéma.
Ni au cinéma, ni dans la vie, c’est un sujet tabou. Les femmes qui ont accouché sous X se confient peu, ont souvent honte de leur geste. Elles sont mal vues, non seulement par l’opinion publique mais aussi parfois par les professionnels de santé. Je n’aurais pas pu retranscrire ce qu’une partie du corps médical peut dire à certaines femmes: vous devenez vite une mauvaise mère si vous n’allaitez pas votre enfant, alors imaginez lorsque vous l’abandonnez ! Une sage-femme m’expliquait qu’un accouchement sous X était toujours déstabilisant pour l’équipe: c’est un acte peu courant qui peut susciter de l’in- compréhension, parfois de la colère, remuer des choses... Personne n’est vraiment préparé à cela. Et puis, c’est un sujet qui soulève beaucoup de questions. Faut-il ou non par exemple contraindre la mère à regarder l’enfant à la naissance pour l’aider à faire le deuil de cette séparation ?
Dans La Brindille, il ne s’agit ni de jeter la pierre à Sarah, ni de la défendre. Ce qui m’intéresse, c’est le choix de cette jeune femme. Dans notre société, on parle plus volontiers de l’adoption que de l’abandon, et pourtant, l’un ne va pas sans l’autre. Abandonner son enfant à la naissance est quelque chose qui interpelle, qui interroge. C’est pour ça que j’ai choisi ce sujet.
Votre approche de cette situation n’est pas sociologique, mais de quelle manière vous êtes-vous documentée?
J’avais besoin de m’imprégner de ce sujet avant même d’écrire une ligne sur l’histoire de Sarah. J’ai lu des documents et des ouvrages sur ce thème et je suis allée à la rencontre des gens. J’ai d’abord eu envie de me rapprocher des femmes qui avaient accouché sous X, de comprendre leur dé- marche via la lecture de nombreux témoignages. J’ai aussi rencontré des assistantes sociales, des obstétriciens, des sages-femmes, des personnes en charge des adoptions, une directrice de centre maternel. J’ai par ailleurs assisté à plu- sieurs accouchements, travaillé sur le thème de la maternité et du déni, un sujet tout aussi tabou et mystérieux. Si cette en- quête m’a permis d’alimenter le parcours de Sarah, mon héroïne de vingt ans, cela n’a pas joué dans la construction de ce personnage, ni sur ce qui lui arrive. Elle avance, en dehors de tout diktat moral ou sociétal. Elle a sa personnalité, une détermination à être libre, qui passe d’ailleurs par ce point de non retour, même si au fond de moi, j’ai espéré un temps qu’elle reprenne l’enfant. D’autres jeunes filles auraient réagi différemment de Sarah. Mais elle ne pouvait pas faire autrement. C’était ancré en elle dès le départ.
Le droit à accoucher anonymement a été contesté ces derniers temps... De plus en plus de pressions sont exercées sur les mères pour qu’elles laissent trace de leur identité. C’est le cas dans le film : une sage-femme propose à Sarah de laisser une lettre avec son nom à l’enfant. Ces femmes ne se sentent pas capables d’être mère de cet enfant à naître. Comment pourraient-elles l’être à la majorité de celui-ci? Il y a un traumatisme profondément ancré en elles qui nous dépasse et les dépasse aussi. Une honte et une culpabilité énormes. Revenir en arrière aurait des conséquences dramatiques tant pour la femme que pour l’enfant. Pour autant, il n’y a pas de militantisme dans mon film. J’ai livré les pratiques et des tendances telles qu’elles existent aujourd’hui.
Le scénario s’ancre-t-il dans des témoignages précis?
Parfois, la réalité transposée au cinéma aurait été difficile à croire. C’est le cas de la jeune fille dont je me suis inspirée pour écrire le personnage de Leïla et que j’ai rencontrée dans un centre maternel. Quittée par son petit ami pour une autre à six mois de grossesse, fâchée avec sa famille qui lui avait dit « c’est nous ou le bébé », cette jeune lycéenne de 17 ans a accouché sous X espérant sans y croire garder son petit. Elle a été accueillie pendant six mois chez sa belle-mère qui s’est complètement accaparé le bébé. Ce n’est qu’après avoir été placée dans un centre maternel que Leïla est peu à peu parvenue à s’approprier son statut de mère. J’ai rencontré une autre résidente qui venait d’avoir une petite fille et qui n’avait qu’une idée en tête: chercher un père, pour elle et pour l’enfant. Elle était blonde, longiligne, m’a fait penser à une brindille. Un matin, cette jeune fille si vulnérable est partie sans crier gare avec son bébé sous le bras. Comme elle était majeure, on n’a rien pu faire...
Avant d’accoucher, Sarah, dans La Brindille, souffre d’un déni de grossesse: non seulement elle reste filiforme mais elle n’intègre pas l’idée qu’un enfant croît dans son ventre. Du point de vue du récit, ce déni me permettait de placer Sarah face au choix de l’abandon puisque le délai possible pour avorter était passé. Le phénomène du déni relève du psychisme: Sarah est « protégée » par son mental des symptômes de la grossesse. Dans le film, le déni de Sarah se transforme en « dénégation »: il y a d’abord une prise de conscience de la réalité puis une annulation de cette conscience. Dans leur livre, Elles accouchent et ne sont pas enceintes, les deux grands spécialistes du déni de grossesse, les Drs Sophie Marinopoulos et Israël Nisand expliquent que dans ce cas précisément, « deux personnalités agissent ainsi l’une à l’abri de l’autre ». Bien plus tard, quand Sarah confie à son petit ami qu’elle est enceinte et décide de retourner au centre maternel, son ventre se met à croître peu à peu. Elle accepte enfin sa grossesse.
Mais ce n’est qu’à la naissance que Sarah prend vraiment conscience de l’existence du bébé. En effet, c’est en l’entendant pleurer et en sentant son corps soudain vide. Certaines jeunes filles du centre que j’ai visité prolongeaient ce déni après la naissance: elles laissaient le bébé quelque part, ou oubliaient de le nourrir ou de le changer, partaient en boîte de nuit, ne savaient pas qu’un bébé peut pleurer même dans des situations bénignes...
Il y a un paradoxe à voir Sarah entourée d’enfants alors qu’elle semble indifférente à celui qu’elle porte. Sarah a quelque chose d’une « baby doll », d’où son nom, Sarah Dole. Elle a gardé cette part d’enfance, spontanée, naturelle, à l’affût de ce qui l’entoure. Elle est sensible à cette petite fille en trottinette qui récite un poème, amusée par cette autre enfant qui joue à cache-cache non loin d’elle dans un square et qui lui fait signe de ne rien dire. Elle s’amuse aussi avec une boule remplie d’étoiles chez Thomas, regarde le bateau s’éloigner dans le port avec des yeux de gamine... Sa force réside dans ce côté rêveur, dans sa capacité à s’échapper de la réalité, justement. Elle a aussi une façon de manger très enfantine: elle grignote une tranche de jambon, ne mange que les fruits du clafoutis... Elle n’a pas le comportement d’une « adulescente » finalement et c’est cela aussi qui la
différencie des deux stagiaires du musée et des résidentes du centre maternel.
Comment s’est passée votre rencontre avec Christa Théret, qui porte véritablement le film ?
Mes productrices avaient produit Le Bruit Des Glaçons de Bertrand Blier, dans lequel jouait Christa. Elles m’ont proposé de lui envoyer le scénario. Elle l’a reçu par coursier, lu dans les deux heures et nous a immédiatement appelés pour dire qu’elle était partante. Le lendemain soir, nous devions nous rencontrer brièvement: on ne s’est quittées qu’à minuit et demi! Dans Lol (laughing Out Loud) ®, Christa jouait un personnage plus jeune, dans son temps, donc en un sens, ce rôle n’était pas une évidence. Quand nous nous sommes vues, j’ai su que Christa avait tout de Sarah : spontanée, joyeuse, authentique, si jolie. Elle dégage aussi une certaine fragilité, une douceur mélancolique, a un monde intérieur assez secret. Elle a su s’emparer du rôle avec une aisance déconcertante. Sur le plateau, il suffisait de quelques mots seulement, parfois un simple échange de regards et Sarah était là. Christa dispose d'une palette de jeu riche et subtile. Et puis elle est très cinégénique : elle attire le regard.
Johan Libéreau s’est-il lui aussi imposé d’emblée ?
Pour le rôle de Thomas, nous avons fait un casting. Les comédiens étaient tous plus charmants les uns que les autres, peut-être un peu trop dans la séduction. Il fallait que Thomas puisse attirer Sarah par son physique mais aussi par sa capacité à être disponible, agréable, sérieux, solide, rassurant.
Et puis Johan Libéreau est arrivé, très ouvert, un beau regard, le sourire franc: il a dit « Bon, on y va? », et quand il est sorti de la pièce après son bout d’essai, je savais qu’on avait Thomas. Le couple qu’il formait avec Christa était cohérent, naturel.
Les jeunes mères du Centre maternel jouent leur propre rôle?
Non, j’ai fait un casting à Marseille, je cherchais des jeunes filles très diverses. Une fois ces dix jeunes filles choisies, je les ai réunies, je leur ai raconté l’histoire, le fonctionnement d’un centre maternel et les raisons pour lesquelles des jeunes filles peuvent s’y trouver. Puis j’ai demandé à chacune d’imaginer les circonstances de sa grossesse et la raison de sa venue dans ce centre, avant une deuxième étape: les retrouver ensemble dans leur costume, avec un faux ventre. Là, deux par deux, je leur ai demandé de se poser l’une à l’autre des tas de questions sur les raisons de sa venue au centre, leurs sentiments vis à vis de leur famille, du père de l’enfant : elles sont entrées à fond dans le jeu, devenaient de plus en plus précises, développaient soudain des sentiments pour le père. L’une éprouvait un manque et voulait lui écrire, l’autre se venger. Quand elles sont venues sur le plateau, elles avaient toutes leur histoire en tête, ce petit bagage qui allait les aider à occuper légitimement leur place dans ce centre maternel.
En général, donnez-vous beaucoup d’indications aux acteurs ?
Je parle beaucoup en amont avec eux de leur personnage, de ses liens avec les autres. Une fois que l’acteur a intégré son rôle, je le laisse libre, lui rappelant seulement le contexte, son état et éventuellement son objectif à l’instant de l’histoire. Par contre, le texte était respecté. Le scénario et les dialogues sont très travaillés. Avant de le confier au CNC, je l’ai lu et relu, avec en tête le livre des frères Dardenne, Au dos de nos images, qui enjoint à une écriture tenue, rigoureuse, à l’opposé de tout bavardage naturaliste.
Les « adultes » (la génération des parents de Sarah) ont une place à part dans le scénario : sans être absents, ils sont tenus en marge de l’histoire: il y a le directeur de la galerie qui la renvoie sans état d’âme, la mère qui reste hors-champ.
Il était important pour moi de montrer que Sarah ne pouvait pas s’appuyer sur sa mère... (qui dans cette hypothèse l’aurait certainement aidée à élever le bébé), de même que je ne raconte pas la conception de ce bébé: quand le film com- mence, le père a déjà disparu de sa vie. Je ne voulais pas aborder mon personnage sous l’angle de la psychologie, prétexter une mère distante qui serait venue justifier son geste, ou encore l’inscrire dans un déterminisme social: il est clair pour moi qu’elle est issue de la classe moyenne, elle est bachelière, et sa liberté passe par le travail. Elle est cette chenille qui va devenir papillon, si proche de l’enfance mais bien décidée à s’envoler dans sa vie d’adulte ! Et puis, le déni et l’abandon restent de façon générale, dans leur appréhension, quelque chose de très mystérieux. Ils relèvent du psychisme, pas du psychologique. Ce qui ne fait pas pour autant de Sarah un monstre.
Sonia, la directrice du centre maternel, fait preuve d’une chaleur presque maternelle. Oui, tout à fait. Elle est déconcertée par cette jeune femme fuyante, et en même temps elle s’y attache, la sait différente des autres. Elle la guide, l’alerte, l’aide à préparer le trousseau du bébé, essaie de la rendre responsable sans la déposséder de son choix. Je souhaitais qu’Anne Le Ny interprète Sonia parce qu’elle allie l’autorité à une très belle sensibilité et à un brin de fantaisie. Comme la directrice du planning familial (Laure Duthilleul), Sonia fait partie des professionnels qui entourent Sarah et qui « font leur travail » dans le respect de sa décision. Pour dessiner ces personnages, je me suis inspirée de professionnels que j’ai rencontrés, notamment une directrice de centre maternel que j’ai présentée à Anne Le Ny et dont elle s’est peut-être aussi inspirée...
Thomas (Johan Libéreau), l’étudiant que séduit Sarah, n’est pas un professionnel et pourtant il lui donne un conseil qu’elle suit : celui de prévenir le bébé qu’elle va s’en aller. Thomas est un garçon droit, simple, aimant, pragmatique aussi: il l’héberge, il tombe amoureux d’elle, va jusqu’à lui proposer de la prendre sous son aile avec l’enfant. Il veut la garder près d’elle c’est sûr, mais je pense que l’idée de l’abandon lui est insupportable, il a perdu sa mère jeune, tout ça le travaille. Sarah n’est pas dans cette logique-là et lorsqu’elle revient le voir après l’accouchement pour lui dire qu’elle quitte Marseille, il pense à l’enfant. Et de manière tout aussi pragmatique, il lui demande si elle a dit aussi au bébé qu’elle partait. Thomas est un passeur : il donne à Sarah la clé qui lui fera assumer pleinement son geste. Tous les deux ont chacun à leur manière une grande maturité.
Pourquoi avoir situé le film à Marseille ?
D’abord, Marseille offre des décors incroyables et très diversifiés. Sarah est une jeune fille en marche. Dans son parcours, elle passe dans de nombreux endroits, s’y perd, s’y arrête parfois, y vit temporairement... Et puis la lumière est très solaire, elle vient contrebalancer avec le côté sombre de la situation. En fait, ce n’est pas l’aspect urbain que je souligne mais plutôt des endroits à la périphérie, un peu décentrés, comme l’est Sarah. Elle croise souvent des routes, passe à côté ou au-dessus de voies ferrées, entend des trains: elle cherche son chemin, ou plutôt, elle le trace. Rien n’est installé.
Tout en étant contemporain, La Brindille dégage une atmosphère intemporelle. Il était important pour moi qu’on ne voie aucune enseigne de magasin, aucune marque. Pour les costumes et les accessoires, je ne voulais pas une panoplie trop actuelle (baskets Converse, écouteurs, téléphone portable). Elle a un côté hors mode. Cette légère intemporalité maintient un côté romanesque, qui va dans le sens de l’épure que je recherche, et se traduit ailleurs par le choix de laisser des éléments hors- champ. Dans la scène de l’étreinte amoureuse entre Sarah et Thomas, par exemple, la caméra suit les lignes d’un tapis: on sait ce qui se passe à quelques mètres, le montrer n’apporterait rien de plus.
Au-delà des lieux, le film a une unité visuelle de couleurs, de lumière, qui lui confère une grande douceur malgré son sujet. Comme les décors peuvent être un peu rugueux, la douceur de la lumière fait contrepoids. Les couleurs s’imposent par petites touches. J’ai choisi Antoine Héberlé comme chef opérateur justement pour sa lumière à la fois douce et étudiée: je pense à Mademoiselle Chambon ou Les Méduses, sur lesquels il a travaillé. J’ai storyboardé l’ensemble des scènes (je dessine très mal !) puis on a affiné ce travail avec Antoine sur les décors. Les travellings participent de cette fluidité. L’idée est de suivre une jeune fille en mouvement, dans ce qu’on pourrait appeler un walk movie, une forme piétonnière du road movie...
Comment la musique accompagne-t-elle ces trajets ?
Le film comporte un grand nombre de décors, de déplacements, de séquences. Les compositions de Christophe Julien tissent un lien entre certaines scènes très courtes, sans que le récit ne paraisse haché. Par exemple, après que Sarah a jeté son échographie à la poubelle et longé un muret avec des tags (qui sont, comme l’échographie, des signes, des traces de vie), le plan suivant la montre tirant sa valise jusqu’au centre maternel. La continuité musicale permet de relier les deux moments, même si du temps s’est écoulé.
Source : Comme au cinéma.
07:08 Écrit par collectif a & a dans Film & documentaire, Nés sous X | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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10.07.2011
"Ma mère zéro". L'enfance en quête de ses liens biologiques et de son identité.
Fejzo et sa sœur ont été adoptés. Se laissant influencer par Maud qu’il a récemment rencontré dans le parc, Fé décide de retrouver sa mère biologique, sa mère Zéro comme il dit. Mais il ne sait pas comment s’y prendre et des milliers de questions le submergent. Ses parents décident de lui venir en aide tandis que sa sœur se révolte à l’idée de ne pas avoir cette chance car elle a été abandonnée secrètement. Fé prend alors conscience qu'il risque de modifier l’équilibre familial auquel il tient.
Tous les jours après l'école, Fé aime s'asseoir sur un banc du parc et dessine avec talent les oiseaux car "quand on fait le portrait d'une poule, tout est à sa place". C'est comme ça qu'il rencontre Maud. Et en tombe un peu amoureux. Tient-il son talent de sa mère ? Fé l'ignore car il a été adopté. Sa mère bosniaque, réfugiée aux Pays-Bas pendant la guerre, l'a confié à une famille qui accueillait déjà An Bing Wa, une petite Chinoise de trois ans son aînée. Sollicité par Maud, le garçon s'interroge. Qui est sa mère ? Où est-elle ? Pourquoi l'a-t-elle abandonné ? Dès lors, Fé est hanté par cette absence, imaginant mille visages et mille retrouvailles. Il se met en tête de retrouver sa "mère zéro" et provoque la pagaille au sein de sa famille. D'une belle écriture, ce roman aborde avec délicatesse et humour les questions de l'identité et du courage. Comment, à dix ans, faire face à un processus qu'on ne maîtrise pas et qui va bouleverser tant de choses ? En grandissant, peut-être.
L'avis de Ricochet
Feyzo est un enfant adopté, comme sa sœur Bing venue de Chine. Il se sent aimé et vit bien sa situation, jusqu’au jour où la jolie Maud l’incite à retrouver sa mère biologique, sa « mère zéro ». Feyzo commence à se poser plein de questions, perturbant l’équilibre entier de la famille.
Le narrateur est un petit garçon : s’il possède une intelligence du cœur instinctive et s’il exprime ses sentiments avec sincérité, ces derniers demeurent souvent confus. Les adultes – parents, médiateur – ont alors une grande importance dans l’orientation bienveillante du jeune héros. Marjolijn Hof complexifie son roman avec la problématique de Bing, la grande sœur abandonnée qui ne pourra, elle, jamais retrouver sa mère. Le ton est parfois un peu trop compréhensif et « psychologisant », mais la démarche progressive de recherche d’un parent reste exemplaire. Parallèlement aux questions graves sur les origines, le quotidien de Feyzo est aussi fait de relations amicales et amoureuses mouvantes, au cours desquelles il montre son caractère responsable. Signalons enfin les dernières pages nuancées, sans jugement ni solution toute faite.
Source : Ricochet-Jeunes
Inédit : Nés abandonnés, documentaire de Jean-Pierre Vedel
"Dès ma naissance, le 29 décembre 1955, c'est une autre femme que ma mère qui va m'élever, pendant trois ans. Je n'entendrai plus jamais parler de cette femme ensuite. Aujourd'hui, je pars à sa recherche pour retrouver le fil de ce premier attachement. Je veux aussi aller à la rencontre des femmes qui comme ma mère mettent au monde un enfant qu'elles ne pourront pas élever, pour les confier à d'autres femmes, d'autres familles."
Le réalisateur, Jean-Pierre Vedel, a voulu articuler sa propre histoire à celles des autres, aujourd'hui. En 2011, le regard de la société sur ces femmes qui décident d'abandonner leur enfant a t-il changé ? A travers deux témoignages, le documentaire inédit proposé ce dimanche à 22h55 sur France 3 nous montre d'abord combien ces femmes enceintes sans l'avoir désiré se sentent le plus souvent seules et démunies. On découvre qu'elles peuvent trouver à Paris une structure d'accueil unique en France, l'association M.O.I.S.E, où elles sont accompagnées sans être jugées.
Puis, Jean-Pierre Vedel s'attache au sort d'un enfant né sous X aujourd'hui, filme son premier contact avec celles qui vont le recueillir. Car selon la loi, sa mère a deux mois pour confirmer l'abandon ou le reprendre avec elle. Deux mois pendant lesquels il va être pris en charge dans une pouponnière, ou par des assistantes familiales qui l'accueillent chez elles, au sein de leur famille. On voit comment ces personnes vont l'aider à passer le cap de ces deux mois sans mère, faire en sorte qu'il ne tombe pas dans le vide, qu'il ne perde pas le fil de sa propre histoire.
Nous entendrons ensuite des adultes abandonnés à la naissance qui témoignent de la trace laissée par le vide originel et le secret de leur naissance. Jean-Pierre Vedel veut nous montrer que deux situations a priori contradictoires peuvent se concilier : qu'une mère, sans honte et en toute sécurité, puisse abandonner son enfant, et que les premiers pas de cet enfant puissent être accompagnés par des bras rassurants.
Source : Le blog de TV News
10:32 Écrit par collectif a & a dans Film & documentaire, Livre - Revue | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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