10.04.2012

« En situation d’urgence, l’adoption internationale n’est pas une solution pour les enfants »

 

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Dans l’Engagement 9 de son Manifeste pour l’enfance, l’Unicef France demande la mise en œuvre systématique d’un moratoire par l’Etat français, en vue de geler les adoptions hâtives dans l’urgence, lors de catastrophes qui mettent à mal l’organisation d’un pays. L’objectif : protéger les enfants des dangers du trafic et des adoptions illégales. Interview de Julie Lebègue, chef de programmes protection de l’enfance auprès de l’Unicef International.

L’Unicef est-il pour ou contre l’adoption internationale ?

Ni pour ni contre… En tant qu’agence onusienne de défense des droits des enfants, l’Unicef est contre l’adoption illégale, qu’elle soit internationale ou nationale, et qui est considérée comme de la « traite d’enfants », un crime puni pénalement par la loi et pour lequel la peine encourue est de 10 ans de prison. Pour ce qui est de l’adoption internationale légale, l’Unicef y est favorable uniquement en dernier recours, si toutes les autres solutions qui permettraient à l’enfant de vivre avec sa famille, des membres de sa famille élargie, ou une famille adoptante dans son pays, ont été épuisées. Les raisons sont évidentes : sur les plans affectif, culturel et social, un enfant grandira mieux avec des membres de sa propre famille, même élargie – et si ce n’est pas possible, priorité est donnée à l’adoption nationale afin que l’enfant puisse continuer à vivre dans le pays où il est né et au sein de sa culture d’origine.

Quand on voit à la télévision française des enfants « mourir de faim » en Afrique, la tentation de l’adoption pour leur offrir une vie meilleure est parfois grande… 

Je comprends cette émotion, mais un enfant n’est pas quelque chose que l’on possède, c’est un être humain, avec des droits, dont celui de vivre avec sa famille dans un environnement le plus protecteur possible. Il faut avant tout venir en aide à sa famille si elle est en difficulté, afin qu’il puisse continuer à vivre là où il a grandi, avant d’envisager quoi que ce soit d’autre. Il y a une forme de supériorité des pays « du Nord » vis-à-vis des pays « du Sud » : les gens se disent « ils ne vont pas être capables de prendre en charge leurs enfants… ». On a pu le voir encore lors des dernières catastrophes naturelles : la question de l’adoption ne s’est pas du tout posée de la même manière après le séisme de 2010 en Haïti ou du tsunami en Indonésie en 2004 que lors du tsunami qui a frappé le Japon en 2011. La meilleure façon d’aider les enfants victimes de catastrophes naturelles ou de conflits, c’est d’apporter un soutien aux organisations dont c’est le métier de leur venir en aide, et qui pourront le faire de la manière la mieux adaptée. Evidemment l’Unicef ne peut que comprendre le désir très fort des familles qui attendent un enfant depuis parfois longtemps, mais il n’y a pas de « droit à l’enfant » pour autant, c’est l’intérêt de l’enfant qui doit primer. Dans tous les cas, une adoption, et en particulier une adoption internationale, doit se faire selon des règles établies, et en passant par toutes les étapes du processus. Alors certes, cela prend du temps, mais c’est dans l’intérêt de l’enfant - et des parents adoptants.

Quels sont les risques de l’adoption en situation d’urgence (catastrophe naturelle, conflit…) ?

En situation d’urgence, la confusion règne. Pour un enfant qui se retrouve isolé, c’est un terrain de tous les dangers. Après une catastrophe de l’ampleur de celle du tsunami de 2004 en Indonésie par exemple, on a vu débarquer sur le terrain toutes sortes d’organisations ou d’individus plus ou moins bien intentionnées. La grande majorité sont des professionnels, mais il y a aussi des réseaux de trafiquants organisés, qui viennent enlever des enfants pour les vendre à l’étranger ou les exploiter dans la prostitution ou la vente d’organes. Il y a également d’autres associations ou individus qui, avec de prétendues « bonnes intentions », viennent « prendre en charge » des enfants isolés et les font monter dans des bus ou des avions pour aller on ne sait où, sans autorisation légale. C’est extrêmement grave et toujours préoccupant pour l’Unicef et les autorités locales.

« Adopter » un enfant dans un contexte d’illégalité revient en fait à l’enlever. En commettant cet acte criminel, on empêche un enfant de retrouver sa famille (on a vu des enfants réunis avec leurs familles jusqu’à deux ans après une catastrophe), et au traumatisme vécu par l’enfant lors de la catastrophe ou du conflit, vient s’ajouter celui de se trouver déraciné, à l’autre bout du monde, dans un pays qu’il ne connaît pas, dont il ne parle probablement pas la langue, dans lequel il n’a aucune famille et aucun repère… Les conséquences psychologiques pour un enfant arraché à son pays d’origine sans préparation sont très lourdes, il peut arrêter de s’alimenter, exprimer de la violence, être en rupture affective… Un tel déracinement est donc bien un traumatisme de plus, et en aucun cas une « meilleure situation » pour l’enfant.

Comment protéger les enfants de ces risques ?

Il existe un cadre légal international très complet en la matière, avec, entre autres, la Convention internationale des droits de l’enfant et la Convention de La Haye de 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale, qui a été ratifiée par plus de 80 pays, et qui vise à garantir des processus éthiques et transparents, dans l’intérêt supérieur de l’enfant. Il faudrait donc tout d’abord davantage de pays signataires de cette Convention et bien entendu que la Convention soit appliquée et respectée. Par ailleurs, il faudrait des lois nationales de protection de l’enfance qui soient efficaces : quand un gouvernement a l’habitude de parler de protection de l’enfance et a des experts qualifiés sur le sujet, c’est beaucoup plus facile d’avoir des interlocuteurs, des institutions opérationnelles rapidement, y compris en situation d’urgence… C’est fondamental. En France, c’est un problème aujourd’hui : il n’y a plus de Défenseur des Enfants, et donc plus vraiment d’interlocuteur désigné, expert de la question. Il y a également un vrai travail à faire de sensibilisation et de formation de la population et des médias sur ces questions… Au-delà de ses actions de protection des enfants sur le terrain, l’Unicef travaille donc également sur ces questions au niveau international et local.

 

Source : UNICEF | 6 avril 2012

 

 

16.11.2011

On n'adopte pas un enfant pour le sauver

on adopte pas un enfant pour le sauver.jpgUn colloque organisé samedi 19 novembre à Vincennes (94) par la Fédération Enfance et Familles d'adoption explore les liaisons dangereuses entre l'action humanitaire et l'adoption internationale. La Vie est partenaire et publie une enquête sur le sujet dans son numéro du 17 novembre.

 


 
Tsunami en Thaïlande, famine en Somalie, guerre au Darfour, séisme en Haïti... A chaque catastrophe, le même phénomène se produit : une hausse des demandes de renseignements sur l'adoption internationale. Dans l'esprit du grand public, adopter relèverait d'un élan du coeur face à un enfant souffrant et surtout orphelin. Or, entre la démarche humanitaire et le désir d'enfant en vue d'établir un lien de filiation, il existe une différence fondamentale que la Fédération  Enfance et Familles d'adoption a décidé d'éclaircir lors de son colloque annuel.

La Vie publie dans son numéro du 17 novembre une enquête de Corinne Soulay intitulée "Adoption et humanitaire, les liaisons dangereuses" avec une interview de Barbara Monestier, adoptée à 4 ans et demi par un couple français. Elle explique en quoi le mythe de l'acte humanitaire qui sous-tendait son adoption par ses parents a longtemps pesé sur sa construction.

Lors de ce colloque, Dominique Fonlupt, rédactrice en chef adjointe à La Vie, animera une table ronde sur "Les enfants vulnérables dans le monde" samedi 19 novembre de 11h à 12h30, au Centre culturel Pompidou, 142 rue de Fontenay à Vincennes. Cette table ronde sera en ligne à partir du 21 novembre sur www.lavie.fr

09.11.2011

Ce que l’Europe peut faire pour les enfants de régions ravagées par un désastre naturel et en situation de crise: les exemples d’Haïti et de l’Afghanistan

Conseil de l'Europe.jpgLes catastrophes naturelles et les crises politiques se produisent fréquemment dans le monde entier. Même s'ils ne sont pas toujours directement concernés, les Etats membres du Conseil de l'Europe devraient assumer leur responsabilité de fournir une aide humanitaire et de promouvoir la protection des droits humains, en particulier dans les cas où existent des interdépendances sociales, économiques et culturelles. Cette responsabilité entre plus particulièrement en jeu lorsqu'il s'agit d'enfants, dont les droits fondamentaux, l’intégrité physique et le développement sont particulièrement en danger dans des situations d'instabilité et qui devraient donc faire l'objet d'une attention spéciale dans toute politique nationale et internationale en la matière.

Les exemples d'Haïti et de l'Afghanistan montrent comment l'action européenne visant à aider les enfants au lendemain de situations de crise ou de catastrophes naturelles pourrait être améliorée. Au niveau législatif, les Etats membres devraient veiller à ce que leurs législations ne facilitent pas par inadvertance de nouvelles violations des droits humains, par exemple dans le cadre de procédures d'adoption internationale. Les Etats membres devraient également soutenir les réformes pertinentes dans les pays concernés et améliorer l'efficacité de l'aide humanitaire grâce à une action coordonnée respectant pleinement la culture locale. Les pays concernés devraient être soutenus dans la reconstruction de leurs structures de gouvernance, y compris des mécanismes de protection de l'enfance, ce qui nécessite souvent une aide internationale octroyée de manière fiable dans la durée.

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Conclusions et recommandations

26. L’action future requise des Etats membres du Conseil de l’Europe concerne seulement dans une moindre mesure des activités législatives. Elle est surtout d’ordre politique et doit viser une plus forte
coordination internationale face à des catastrophes naturelles et des situations de crise politique. C’est seulement par des actions cohérentes et ciblées de la communauté internationale, qu’un soutien efficace peut être apporté aux enfants dans les situations de crise. Les exemples d’Haïti et de l’Afghanistan, et notamment les informations recueillies lors de l’audition d’experts et des missions entreprises par moi-même en tant que rapporteure, soutiennent cet argument.

27. Face aux situations de crise, les enfants sont confrontés à de nombreux dangers. Dans des pays comme Haïti, les lois et les mécanismes destinés à assurer leur protection pleine et entière manquent
souvent. Dans une telle situation, les Etats membres du Conseil de l’Europe doivent d’abord intervenir d’urgence tout en appliquant leurs propres standards élevés en matière de démocratie et de droits de la
personne humaine dans le cadre de l’aide immédiate fournie. Ceci concerne, par exemple, les règles à respecter en matière d’adoption internationale, de transparence des flux financiers ou de surveillance des
actions du personnel humanitaire. A moyen terme, l’Europe a également la responsabilité d’apporter son soutien au renforcement de l’Etat de droit et de la législation dans les pays concernés.

28. Concernant des domaines particuliers, les Etats membres du Conseil de l’Europe peuvent également être appelés à renforcer leurs propres législation ou mécanismes légaux, par exemple dans le domaine des
adoptions internationales: à défaut de procédures sécurisées sur place, certains pays européens, comme l’Allemagne, l’Autriche ou la France, ont suspendu l’accueil d’enfants d’Haïti par la voie de l’adoption
internationale pendant un certain temps.

29. Les deux exemples, Haïti et Afghanistan, montrent encore une fois que les standards les plus élevés en matière de protection de l’enfance sont loin d’être respectés dans tous les pays. Il appartient aussi aux Etats membres du Conseil de l’Europe de les promouvoir partout où ils en ont la possibilité, tout en respectant le contexte social et culturel d’un pays donné.

30. De manière générale, la protection des enfants contre les menaces à leur intégrité (enlèvement, trafic, violences physiques et sexuelles, exploitation pour travail domestique, etc.) doit être une priorité de l’action nationale et internationale. Les besoins spécifiques des enfants et leur droit à une protection particulière ne doivent pas être «oubliés» dans la multitude d’autres problèmes à aborder en même temps mais être au contraire une constante permanente de chaque action humanitaire entreprise.

Rapporteure: Mme Françoise HOSTALIER, France, Groupe du Parti populaire européen


Doc. 12783 | 3 novembre 2011 | Rapport 1 | Commission des questions sociales, de la santé et de la famille | Conseil de L'Europe