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19/01/2013

Accouchement dans la discrétion mais en préservant le droit de l’enfant à connaître ses origines.

Faut-il, comme en France, autoriser les femmes à accoucher sans dévoiler leur identité ? La question, délicate, resurgit à chaque fait divers tragique : infanticide d’un nourrisson, dépôt d’un nouveau-né dans la "boîte à bébés" anversoise, découverte d’un petit de deux jours dans les toilettes d’une gare En Belgique, le débat parlementaire a démarré il y a quinze ans déjà, après un avis rendu par le comité consultatif de bioéthique en 1998 qui plaidait pour une modification de la législation. Mais il n’a jamais abouti.

Cela pourrait changer. Une volonté se dessine au Sénat pour lever le tabou et aboutir au vote d’un texte d’ici la fin de la législature. La commission mixte de la justice et des affaires sociales a fixé le sujet à son agenda du 20 février, pour tenter de dégager un consensus.

Plusieurs propositions de loi (MR, Open VLD, SP.A, CD&V, NV.A) ont déjà été (re)déposées pour permettre, selon les textes, l’accouchement dans l’anonymat (sous X) ou dans une certaine confidentialité (dans la discrétion) - les deux voies proposées par le comité de bioéthique, entre lesquelles les politiques doivent trancher.

De leur côté, trois sénateurs CDH ont déposé, mardi soir, une proposition de loi qui privilégie résolument l’accouchement dans la discrétion. "Le système de l’anonymat, qui existe en France, est remis en question, notamment par des associations réunissant des enfants nés sous X", expose Vanessa Matz, coauteur du texte. L’enfant né dans l’anonymat est coupé à tout jamais de ses racines biologiques."Nous avons vraiment cherché un équilibre entre les droits des mères et des enfants concernés."

Concrètement, le texte du CDH crée la possibilité pour toute femme d’accoucher dans la discrétion. La mère biologique dispose d’un délai de réflexion de deux mois au cours duquel elle peut se rétracter. Si elle ne se manifeste pas, le bébé âgé de deux mois devient adoptable; la procédure d’adoption sera assurée de manière discrète par le parquet et l’organisme agréé concerné, qui agiront en étroite collaboration.

Et le père biologique ? "C’est une question très délicate", reconnaît la sénatrice CDH."Ses droits ne peuvent pas être anéantis par la décision de la mère d’accoucher dans la discrétion : il pourra introduire une demande de reconnaissance de paternité, dans le même délai de deux mois, mais pas s’opposer à l’accouchement dans la discrétion."

Un système d’accouchement entouré de confidentialité n’est acceptable qu’à la condition de créer, dans la loi mais aussi dans les faits, des possibilités réelles pour l’enfant d’avoir accès, à un certain moment, à l’histoire de sa naissance, poursuit Vanessa Matz. "On ne peut pas conditionner cet accès au consentement de la mère biologique."

La proposition stipule donc que les données relatives à la mère biologique (et au père, s’il est connu) sont conservées dans un registre sécurisé auprès du tribunal de première instance (le tribunal de la famille... quand il sera créé).

L’enfant né dans la discrétion pourrait accéder aux informations sur ses origines biologiques, y compris l’identité de sa mère, quand il a atteint l’âge de douze ans."C’est à l’adolescence que surgissent les questions d’identité", justifie la sénatrice. Mais l’enfant n’a pas de capacité juridique avant dix-huit ans. Le système prévoit que le jeune qui le souhaite fasse part de sa demande à l’autorité centrale en matière d’adoption, qui la notifie au(x) parent(s) biologique(s). Si la mère s’oppose à la divulgation de son identité, elle doit s’adresser, endéans le mois, au tribunal de première instance (ou de la famille). Le cas échéant, un juge statuera sur base des intérêts en présence.

Sans réaction négative de la mère dans le mois, l’autorité centrale compétente en matière d’adoption informera l’enfant.

Source : La Libre Belgique | 17.01.2013

 

Recommandation de la CODE - septembre 2006

 

 

 

 

08:05 Écrit par collectif a & a dans Nés sous X, Origine - Identité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : accouchement disret | |  del.icio.us

14/02/2012

France. "Manifeste contre l'accouchement sous X"

les x en colere.jpg

 Ce manifeste a été rédigé par Audrey HERPE, secrétaire de l'Association "Les X en Colère"  et récemment cosigné par 8 associations de défense du droit aux origines.

Ce manifeste a été rédigé dans un contexte actuel où les deux propositions de lois de la députée Brigitte Barèges remettent en cause l'accouchement sous X, pour se diriger vers un accouchement dans le secret. La mère aurait ainsi la possibilité d'accoucher dans la discrétion, d'être protégée et entourée médicalement et psychologiquement, tout en laissant son identité sous pli fermé. L'enfant, pourra, S'IL LE SOUHAITE, accéder à ces informations dès sa majorité. Celle loi, contrairement à la loi de 2002 établie pour un instant "T", envisage l'avenir des mères et des enfants, pour qui l'anonymat est source de souffrances. Elle vise aussi à un équilibre des droits encore jamais atteint.

Les opposants à l'abolition de l'accouchement sous X reprennent depuis des années des arguments qui nous semblent dépassés et éloignés de la réalité, ce manifeste a aussi pour objectif de répondre à ces clichés véhiculés qui n'offrent pas une vision objective de la situation.

Ce manifeste est en ligne sur le forum des "X en Colère" depuis le 5 novembre, et largement diffusé sur le net (forums, facebook ...). Il a également été envoyé à plusieurs députés et sénateurs, ainsi qu'à quelques personnalités.


Il est depuis mi-janvier en ligne sur le site des "X en Colère", et depuis une semaine à peine, sur le site pétitions24 afin de pouvoir être signé par le plus grand nombre. Il a recueilli pour l'instant 150 signatures en l'espace de quelques jours, mais ce n'est que le début.

Le lien vers la pétition : http://www.petitions24.net/manifeste_contre_laccouchement...

19/09/2011

Film sur l'accouchement sous X. La Brindille.

La brindille.jpgL'histoire de Sarah, une jeune fille de 20 ans victime d'un déni de grossesse à qui l'on va proposer d'accoucher sous X.

 

Sarah, 20 ans, se lance avec détermination dans la vie active lorsqu’elle apprend avec stupeur qu’elle est enceinte de six mois. Elle ne veut pas d’enfant, pas maintenant. Bouleversée, elle se retrouve déchirée entre sa soudaine condition de future maman et la vie de femme indépendante qu’elle recherche tant.

Pour ne pas que cela fasse la promo de l'accouchement sous x, il faudrait que le film se termine sur le côté barbare de l'accouchement sous x et de ses nombreux ricochets négatifs sur les "tranches de vie "de tous ses acteurs .




Entretien avec Emmanuelle Millet
 
Votre parcours de scénariste et de réalisatrice est atypique. Comment, de votre formation en relations internationales, en êtes-vous arrivée au cinéma?


Depuis que j’ai vingt ans, je suis investie dans l’humanitaire et le social. J’ai commencé à travailler sur le développement de financements d’ONG comme Médecins du Monde ou Handicap International: je mettais en avant leurs missions mais aussi les parcours singuliers de personnes aidées. Dans ce travail, les histoires, les trajets des gens sont souvent incroyables, parfois même romanesques. Puis j’ai rejoint le Secours populaire, où mon rôle était de concevoir et d’organiser des événements culturels, de rendre la culture accessible à des gens qui d’habitude n’y ont pas accès. L’aspect d’organisation s’est avéré très utile quand je suis passée à la réalisation. En parallèle, je suivais des cours de théâtre. J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler sur des personnages de Shakespeare, Brecht, Tchekhov, leur donner vie, leur inventer un passé.

Qu’est-ce qui vous a amenée à sauter le pas de l’écriture?


J’ai d’abord commencé à écrire des nouvelles, puis j’ai été primée deux fois en participant à des concours de scénarios de courts métrages, ce qui m’a encouragée à poursuivre dans cette voie.
L’accouchement sous X est rarement abordé au cinéma.
Ni au cinéma, ni dans la vie, c’est un sujet tabou. Les femmes qui ont accouché sous X se confient peu, ont souvent honte de leur geste. Elles sont mal vues, non seulement par l’opinion publique mais aussi parfois par les professionnels de santé. Je n’aurais pas pu retranscrire ce qu’une partie du corps médical peut dire à certaines femmes: vous devenez vite une mauvaise mère si vous n’allaitez pas votre enfant, alors imaginez lorsque vous l’abandonnez ! Une sage-femme m’expliquait qu’un accouchement sous X était toujours déstabilisant pour l’équipe: c’est un acte peu courant qui peut susciter de l’in- compréhension, parfois de la colère, remuer des choses... Personne n’est vraiment préparé à cela. Et puis, c’est un sujet qui soulève beaucoup de questions. Faut-il ou non par exemple contraindre la mère à regarder l’enfant à la naissance pour l’aider à faire le deuil de cette séparation ?
Dans La Brindille, il ne s’agit ni de jeter la pierre à Sarah, ni de la défendre. Ce qui m’intéresse, c’est le choix de cette jeune femme. Dans notre société, on parle plus volontiers de l’adoption que de l’abandon, et pourtant, l’un ne va pas sans l’autre. Abandonner son enfant à la naissance est quelque chose qui interpelle, qui interroge. C’est pour ça que j’ai choisi ce sujet.

Votre approche de cette situation n’est pas sociologique, mais de quelle manière vous êtes-vous documentée?


J’avais besoin de m’imprégner de ce sujet avant même d’écrire une ligne sur l’histoire de Sarah. J’ai lu des documents et des ouvrages sur ce thème et je suis allée à la rencontre des gens. J’ai d’abord eu envie de me rapprocher des femmes qui avaient accouché sous X, de comprendre leur dé- marche via la lecture de nombreux témoignages. J’ai aussi rencontré des assistantes sociales, des obstétriciens, des sages-femmes, des personnes en charge des adoptions, une directrice de centre maternel. J’ai par ailleurs assisté à plu- sieurs accouchements, travaillé sur le thème de la maternité et du déni, un sujet tout aussi tabou et mystérieux. Si cette en- quête m’a permis d’alimenter le parcours de Sarah, mon héroïne de vingt ans, cela n’a pas joué dans la construction de ce personnage, ni sur ce qui lui arrive. Elle avance, en dehors de tout diktat moral ou sociétal. Elle a sa personnalité, une détermination à être libre, qui passe d’ailleurs par ce point de non retour, même si au fond de moi, j’ai espéré un temps qu’elle reprenne l’enfant. D’autres jeunes filles auraient réagi différemment de Sarah. Mais elle ne pouvait pas faire autrement. C’était ancré en elle dès le départ.
Le droit à accoucher anonymement a été contesté ces derniers temps... De plus en plus de pressions sont exercées sur les mères pour qu’elles laissent trace de leur identité. C’est le cas dans le film : une sage-femme propose à Sarah de laisser une lettre avec son nom à l’enfant. Ces femmes ne se sentent pas capables d’être mère de cet enfant à naître. Comment pourraient-elles l’être à la majorité de celui-ci? Il y a un traumatisme profondément ancré en elles qui nous dépasse et les dépasse aussi. Une honte et une culpabilité énormes. Revenir en arrière aurait des conséquences dramatiques tant pour la femme que pour l’enfant. Pour autant, il n’y a pas de militantisme dans mon film. J’ai livré les pratiques et des tendances telles qu’elles existent aujourd’hui.

Le scénario s’ancre-t-il dans des témoignages précis?


Parfois, la réalité transposée au cinéma aurait été difficile à croire. C’est le cas de la jeune fille dont je me suis inspirée pour écrire le personnage de Leïla et que j’ai rencontrée dans un centre maternel. Quittée par son petit ami pour une autre à six mois de grossesse, fâchée avec sa famille qui lui avait dit « c’est nous ou le bébé », cette jeune lycéenne de 17 ans a accouché sous X espérant sans y croire garder son petit. Elle a été accueillie pendant six mois chez sa belle-mère qui s’est complètement accaparé le bébé. Ce n’est qu’après avoir été placée dans un centre maternel que Leïla est peu à peu parvenue à s’approprier son statut de mère. J’ai rencontré une autre résidente qui venait d’avoir une petite fille et qui n’avait qu’une idée en tête: chercher un père, pour elle et pour l’enfant. Elle était blonde, longiligne, m’a fait penser à une brindille. Un matin, cette jeune fille si vulnérable est partie sans crier gare avec son bébé sous le bras. Comme elle était majeure, on n’a rien pu faire...
Avant d’accoucher, Sarah, dans La Brindille, souffre d’un déni de grossesse: non seulement elle reste filiforme mais elle n’intègre pas l’idée qu’un enfant croît dans son ventre. Du point de vue du récit, ce déni me permettait de placer Sarah face au choix de l’abandon puisque le délai possible pour avorter était passé. Le phénomène du déni relève du psychisme: Sarah est « protégée » par son mental des symptômes de la grossesse. Dans le film, le déni de Sarah se transforme en « dénégation »: il y a d’abord une prise de conscience de la réalité puis une annulation de cette conscience. Dans leur livre, Elles accouchent et ne sont pas enceintes, les deux grands spécialistes du déni de grossesse, les Drs Sophie Marinopoulos et Israël Nisand expliquent que dans ce cas précisément, « deux personnalités agissent ainsi l’une à l’abri de l’autre ». Bien plus tard, quand Sarah confie à son petit ami qu’elle est enceinte et décide de retourner au centre maternel, son ventre se met à croître peu à peu. Elle accepte enfin sa grossesse.
Mais ce n’est qu’à la naissance que Sarah prend vraiment conscience de l’existence du bébé. En effet, c’est en l’entendant pleurer et en sentant son corps soudain vide. Certaines jeunes filles du centre que j’ai visité prolongeaient ce déni après la naissance: elles laissaient le bébé quelque part, ou oubliaient de le nourrir ou de le changer, partaient en boîte de nuit, ne savaient pas qu’un bébé peut pleurer même dans des situations bénignes...
Il y a un paradoxe à voir Sarah entourée d’enfants alors qu’elle semble indifférente à celui qu’elle porte. Sarah a quelque chose d’une « baby doll », d’où son nom, Sarah Dole. Elle a gardé cette part d’enfance, spontanée, naturelle, à l’affût de ce qui l’entoure. Elle est sensible à cette petite fille en trottinette qui récite un poème, amusée par cette autre enfant qui joue à cache-cache non loin d’elle dans un square et qui lui fait signe de ne rien dire. Elle s’amuse aussi avec une boule remplie d’étoiles chez Thomas, regarde le bateau s’éloigner dans le port avec des yeux de gamine... Sa force réside dans ce côté rêveur, dans sa capacité à s’échapper de la réalité, justement. Elle a aussi une façon de manger très enfantine: elle grignote une tranche de jambon, ne mange que les fruits du clafoutis... Elle n’a pas le comportement d’une « adulescente » finalement et c’est cela aussi qui la
différencie des deux stagiaires du musée et des résidentes du centre maternel.

Comment s’est passée votre rencontre avec Christa Théret, qui porte véritablement le film ?


Mes productrices avaient produit Le Bruit Des Glaçons de Bertrand Blier, dans lequel jouait Christa. Elles m’ont proposé de lui envoyer le scénario. Elle l’a reçu par coursier, lu dans les deux heures et nous a immédiatement appelés pour dire qu’elle était partante. Le lendemain soir, nous devions nous rencontrer brièvement: on ne s’est quittées qu’à minuit et demi! Dans Lol (laughing Out Loud) ®, Christa jouait un personnage plus jeune, dans son temps, donc en un sens, ce rôle n’était pas une évidence. Quand nous nous sommes vues, j’ai su que Christa avait tout de Sarah : spontanée, joyeuse, authentique, si jolie. Elle dégage aussi une certaine fragilité, une douceur mélancolique, a un monde intérieur assez secret. Elle a su s’emparer du rôle avec une aisance déconcertante. Sur le plateau, il suffisait de quelques mots seulement, parfois un simple échange de regards et Sarah était là. Christa dispose d'une palette de jeu riche et subtile. Et puis elle est très cinégénique : elle attire le regard.

Johan Libéreau s’est-il lui aussi imposé d’emblée ?

Pour le rôle de Thomas, nous avons fait un casting. Les comédiens étaient tous plus charmants les uns que les autres, peut-être un peu trop dans la séduction. Il fallait que Thomas puisse attirer Sarah par son physique mais aussi par sa capacité à être disponible, agréable, sérieux, solide, rassurant.
Et puis Johan Libéreau est arrivé, très ouvert, un beau regard, le sourire franc: il a dit « Bon, on y va? », et quand il est sorti de la pièce après son bout d’essai, je savais qu’on avait Thomas. Le couple qu’il formait avec Christa était cohérent, naturel.

Les jeunes mères du Centre maternel jouent leur propre rôle?

Non, j’ai fait un casting à Marseille, je cherchais des jeunes filles très diverses. Une fois ces dix jeunes filles choisies, je les ai réunies, je leur ai raconté l’histoire, le fonctionnement d’un centre maternel et les raisons pour lesquelles des jeunes filles peuvent s’y trouver. Puis j’ai demandé à chacune d’imaginer les circonstances de sa grossesse et la raison de sa venue dans ce centre, avant une deuxième étape: les retrouver ensemble dans leur costume, avec un faux ventre. Là, deux par deux, je leur ai demandé de se poser l’une à l’autre des tas de questions sur les raisons de sa venue au centre, leurs sentiments vis à vis de leur famille, du père de l’enfant : elles sont entrées à fond dans le jeu, devenaient de plus en plus précises, développaient soudain des sentiments pour le père. L’une éprouvait un manque et voulait lui écrire, l’autre se venger. Quand elles sont venues sur le plateau, elles avaient toutes leur histoire en tête, ce petit bagage qui allait les aider à occuper légitimement leur place dans ce centre maternel.

En général, donnez-vous beaucoup d’indications aux acteurs ?

Je parle beaucoup en amont avec eux de leur personnage, de ses liens avec les autres. Une fois que l’acteur a intégré son rôle, je le laisse libre, lui rappelant seulement le contexte, son état et éventuellement son objectif à l’instant de l’histoire. Par contre, le texte était respecté. Le scénario et les dialogues sont très travaillés. Avant de le confier au CNC, je l’ai lu et relu, avec en tête le livre des frères Dardenne, Au dos de nos images, qui enjoint à une écriture tenue, rigoureuse, à l’opposé de tout bavardage naturaliste.
Les « adultes » (la génération des parents de Sarah) ont une place à part dans le scénario : sans être absents, ils sont tenus en marge de l’histoire: il y a le directeur de la galerie qui la renvoie sans état d’âme, la mère qui reste hors-champ.
Il était important pour moi de montrer que Sarah ne pouvait pas s’appuyer sur sa mère... (qui dans cette hypothèse l’aurait certainement aidée à élever le bébé), de même que je ne raconte pas la conception de ce bébé: quand le film com- mence, le père a déjà disparu de sa vie. Je ne voulais pas aborder mon personnage sous l’angle de la psychologie, prétexter une mère distante qui serait venue justifier son geste, ou encore l’inscrire dans un déterminisme social: il est clair pour moi qu’elle est issue de la classe moyenne, elle est bachelière, et sa liberté passe par le travail. Elle est cette chenille qui va devenir papillon, si proche de l’enfance mais bien décidée à s’envoler dans sa vie d’adulte ! Et puis, le déni et l’abandon restent de façon générale, dans leur appréhension, quelque chose de très mystérieux. Ils relèvent du psychisme, pas du psychologique. Ce qui ne fait pas pour autant de Sarah un monstre.
Sonia, la directrice du centre maternel, fait preuve d’une chaleur presque maternelle. Oui, tout à fait. Elle est déconcertée par cette jeune femme fuyante, et en même temps elle s’y attache, la sait différente des autres. Elle la guide, l’alerte, l’aide à préparer le trousseau du bébé, essaie de la rendre responsable sans la déposséder de son choix. Je souhaitais qu’Anne Le Ny interprète Sonia parce qu’elle allie l’autorité à une très belle sensibilité et à un brin de fantaisie. Comme la directrice du planning familial (Laure Duthilleul), Sonia fait partie des professionnels qui entourent Sarah et qui « font leur travail » dans le respect de sa décision. Pour dessiner ces personnages, je me suis inspirée de professionnels que j’ai rencontrés, notamment une directrice de centre maternel que j’ai présentée à Anne Le Ny et dont elle s’est peut-être aussi inspirée...
Thomas (Johan Libéreau), l’étudiant que séduit Sarah, n’est pas un professionnel et pourtant il lui donne un conseil qu’elle suit : celui de prévenir le bébé qu’elle va s’en aller. Thomas est un garçon droit, simple, aimant, pragmatique aussi: il l’héberge, il tombe amoureux d’elle, va jusqu’à lui proposer de la prendre sous son aile avec l’enfant. Il veut la garder près d’elle c’est sûr, mais je pense que l’idée de l’abandon lui est insupportable, il a perdu sa mère jeune, tout ça le travaille. Sarah n’est pas dans cette logique-là et lorsqu’elle revient le voir après l’accouchement pour lui dire qu’elle quitte Marseille, il pense à l’enfant. Et de manière tout aussi pragmatique, il lui demande si elle a dit aussi au bébé qu’elle partait. Thomas est un passeur : il donne à Sarah la clé qui lui fera assumer pleinement son geste. Tous les deux ont chacun à leur manière une grande maturité.

Pourquoi avoir situé le film à Marseille ?

D’abord, Marseille offre des décors incroyables et très diversifiés. Sarah est une jeune fille en marche. Dans son parcours, elle passe dans de nombreux endroits, s’y perd, s’y arrête parfois, y vit temporairement... Et puis la lumière est très solaire, elle vient contrebalancer avec le côté sombre de la situation. En fait, ce n’est pas l’aspect urbain que je souligne mais plutôt des endroits à la périphérie, un peu décentrés, comme l’est Sarah. Elle croise souvent des routes, passe à côté ou au-dessus de voies ferrées, entend des trains: elle cherche son chemin, ou plutôt, elle le trace. Rien n’est installé.
Tout en étant contemporain, La Brindille dégage une atmosphère intemporelle. Il était important pour moi qu’on ne voie aucune enseigne de magasin, aucune marque. Pour les costumes et les accessoires, je ne voulais pas une panoplie trop actuelle (baskets Converse, écouteurs, téléphone portable). Elle a un côté hors mode. Cette légère intemporalité maintient un côté romanesque, qui va dans le sens de l’épure que je recherche, et se traduit ailleurs par le choix de laisser des éléments hors- champ. Dans la scène de l’étreinte amoureuse entre Sarah et Thomas, par exemple, la caméra suit les lignes d’un tapis: on sait ce qui se passe à quelques mètres, le montrer n’apporterait rien de plus.
Au-delà des lieux, le film a une unité visuelle de couleurs, de lumière, qui lui confère une grande douceur malgré son sujet. Comme les décors peuvent être un peu rugueux, la douceur de la lumière fait contrepoids. Les couleurs s’imposent par petites touches. J’ai choisi Antoine Héberlé comme chef opérateur justement pour sa lumière à la fois douce et étudiée: je pense à Mademoiselle Chambon ou Les Méduses, sur lesquels il a travaillé. J’ai storyboardé l’ensemble des scènes (je dessine très mal !) puis on a affiné ce travail avec Antoine sur les décors. Les travellings participent de cette fluidité. L’idée est de suivre une jeune fille en mouvement, dans ce qu’on pourrait appeler un walk movie, une forme piétonnière du road movie...

Comment la musique accompagne-t-elle ces trajets ?

Le film comporte un grand nombre de décors, de déplacements, de séquences. Les compositions de Christophe Julien tissent un lien entre certaines scènes très courtes, sans que le récit ne paraisse haché. Par exemple, après que Sarah a jeté son échographie à la poubelle et longé un muret avec des tags (qui sont, comme l’échographie, des signes, des traces de vie), le plan suivant la montre tirant sa valise jusqu’au centre maternel. La continuité musicale permet de relier les deux moments, même si du temps s’est écoulé. 
   

Source : Comme au cinéma.

07:08 Écrit par collectif a & a dans Film & documentaire, Nés sous X | Lien permanent | Commentaires (3) | |  del.icio.us

23/06/2011

Un slam sur les Nés sous X

Nes sous X.jpgJe suis né sous X
C'est juste un chromosome de trop
délaissé sur un bout de papier
qui donne son droit de véto
à mon désir d'exister

Juste une lettre, qui vous censure la vie
Juste un nombre
qui vous encombre
et, vous détruit

une équation non résolue
une ultime quête de l'inconnue
un emplacement de trésor
ou la boîte de Pandore.

J'ai soulevé les grains de sable
à la recherche d'une piste
mais rien de bien palpable
ni même de réaliste

je suis né en rade, HS ou en X
sans aucun jus ni sève,
sans trace d'initialité fixe
dans les regards qui nous élèvent.

On est peut-être du même monde
mais pas de la même terre
et si toi t'as connu ton frère
moi j'ai vécu dans l'ombre

Un rebut de la société
qu'on nomme Personne
ce Zéro tourmenté
qui n'intéresse personne

Jésus porta sa croix
en bon chrétien
moi je porte ce poids
en bon crétin

Certains ont cherché leur terre
voguant sur la mer
moi j'ai cherché ma mère
en errant sur la terre

Chaque matin dans la glace
un nez, un regard vide
un né sans aucune place.
et à qui ces yeux livides?

Pétain , putain ou encore pétrin
juste un enfant de salaud
extirpé d'un ventre chaud
Une vie de merde en plein déclin

Un coup d'éclat d'un soir
d'un gamin sans histoire
qui voulait tout connaitre
avant de disparaitre.

Lucas Beaumain

Source: Forum de la CADCO

07:54 Écrit par collectif a & a dans Nés sous X | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nés sous x, identité, recherche | |  del.icio.us

12/02/2011

Réponse à Christian Flavigny en réaction à l’article « L’accouchement sous X est dans l’intérêt de l’enfant » [Le Monde]

logo CADCO asso.jpgDe la dignité dans l’adoption
Par Corinne Daubigny
Psychanalyste



Que m’évoque le plaidoyer de Mr Flavigny pour « l’accouchement sous X dans l’intérêt de l’enfant » ?

Primo, l’image d'une psychanalyse rétrograde qui commencerait par stigmatiser comme névrose et pathologie les revendications citoyennes d'un dialogue sur la pertinence des lois françaises au regard du droit international, des droits de l’Homme (donc aussi bien des femmes et des enfants), des acquis des sciences sociales ; et donc surtout finalement au regard des voix de toutes les personnes concernées par la loi (parents de naissance, personnes adoptées et parents adoptifs).

Envoyer sur le divan toute personne adoptée s’interrogeant sur le bien fondé des lois sur l’adoption et l’accouchement sous X, est-ce que ça concerne « l’intérêt de l’enfant » ou prioritairement les intérêts (mal compris) des psys ?

Ca me renvoie l’image d'une psychanalyse aliénante qui chercherait systématiquement la source de la souffrance du sujet dans un sentiment de culpabilité présumé chez le patient que le thérapeute se chargerait d'absoudre. On y apprend d’ailleurs que si l’accouchement sous X a constitué une « fracture », il suffit d’aider l’enfant à « tourner la page » (la page de son sentiment de culpabilité, pour l’auteur), et la fracture se révèle utile à l’ »épanouissement « de l’enfant. Ce qui défie toute clinique du traumatisme !
Enfin l’image inquiétante d'une psychanalyse qui, dans le débat politique, veut occuper la place de l'expertise en rejetant la voix de ceux qui s'expriment, tout en parlant en place de ceux qui se taisent.

Mais de quelle expertise s'agirait-il ?

L'expertise d'une psychanalyse occupée à nier ses fondements, interprétant désormais le silence comme un signe de bonne santé et la parole comme le signe d'égarement ? « Qui ne dit mot consent », dit l’adage populaire. Mais doit-on confondre résignation et santé ? Tout tient donc à la nature du consentement ! dans l’adoption encore plus qu’ailleurs.

L'expertise d'une psychanalyse aliénante qui voudrait donner à croire que l'identité du sujet se soutient du seul désir de ses parents ? Comme si jamais le désir des parents n’allait à l’encontre de la construction du sujet ...

L'expertise d'une psychanalyse qui tiendrait pour négligeable au regard de la parenté et de la filiation le fait de mettre au monde les enfants, et qui nierait globalement la dette de vie de tout un chacun ?

L'expertise antisociale d'une psychanalyse qui voudrait faire reposer l'adoption plénière sur l'accouchement sous X : on ne saurait donc (plus) adopter plénièrement des enfants qui auraient le malheur de connaître leurs parents de naissance et d'avoir été d'abord reconnus par ces derniers ? !

L'expertise d'une psychanalyse obscurantiste et rétrograde qui semble ignorer le vrai ressort des conventions internationales ? Pour mieux en contester la pertinence ?

Pourtant ces conventions ne visent nullement à réduire la parenté au génétique - sans quoi elles ne viseraient probablement pas à organiser l'adoption. Elles visent à prévenir les trafics d'enfants favorisés par la réduction au silence des parents de naissance, et à organiser le transfert de droits sur lequel l'adoption plénière repose fondamentalement : même si la loi française a, en effet, bien du mal à le reconnaître.

Que cette image de la psychanalyse puisse trouver la caution de la psychiatrie est d'autant plus alarmant. Heureusement, la psychiatrie sait montrer un autre visage, et la psychanalyse aussi : un visage plus respectueux de la parole et du droit des gens.
Oui, la psychanalyse, comme bien d'autres champs du savoir (et même tous), est traversée par des idéologies, et ces idéologies n'existeraient pas sans ceux qui pensent pouvoir y trouver leur bonheur. Le vrai et le juste peinent à se faire entendre et supposent en tout cas d'entendre toutes les parties en pesant sérieusement leurs arguments.

Mr Flavigny reprend les siens à des auteurs que nous connaissons depuis quarante ans. Ils n'ouvrent aucune perspective nouvelle et s'appuient sur une déformation grossière des arguments des tenants d'une plus grande transparence des processus d'adoption au regard des désirs et des droits de chacun. Car nulle part l'adoption ne peut se réduire à des "protocoles".
Rien dans l'attention portée à l'éthique de ce processus n'indique un culte quelconque du "génétique".

Par contre l'idéologie raciale la plus meurtrière de tous les temps a fondé sa conception de l'adoption (plénière parce que substitutive) sur le déni de la maternité des mères d'origine et leur silence organisé : ça s'appelait des Lebensborn. Et l'actualité récente, en Espagne, nous rappelle à ses conséquences. Ces Lebensborn ont probablement fondé aussi des familles heureuses, et sans aucun doute des familles globalement silencieuses : osons penser que ça n'ôte rien à l'indignité du "protocole" en question !
Cela nous rappelle en tout cas que l'idolâtrie du tout-génétique n'est pas forcément là où veut le croire.

Pour conclure en deux mots :

- Parler de l’unité psycho-somatique dans la construction de l’identité de l’enfant demande de dépasser l’opposition grossière entre filiation génétique et filiation symbolique.
- Assurer à chacun de pouvoir d’agir dans la dignité, c’est ce que devrait garantir tous les protocoles qui autorisent l’adoption, c’est à dire un processus, appuyé sur des actes juridiques, qui engage tout le reste de la vie psychique et sociale de toutes les personnes concernées.

Paris, le 10 février 2011
Psychanalyse au singulier
http://www.corinne-daubigny.com


Source : Forum CADCO | Pierre Verdier | 11.02.2011

 

Origines personnelles : entre mémoire, solidarité et avenir. Corinne Daubigny.

« Je voudrais bien être le confesseur de la vérité, non pas le martyr. » Montesquieu
Brève histoire, en forme de témoignage, des mouvements sociaux qui ont récemment accompagné l’évolution des représentations collectives et de la législation en matière de « droit » à la connaissance des origines personnelles1. Porte étroite ouvrant sur des questions de choix éthiques...
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25/08/2010

La seule de ma race, par Nathalie Daysse, née sous X.

Nathalie Daysse, nee sous X. Droit à connaitre ses originesLe droit à connaître ses origines

 

Nathalie Daysse était le 20 août 2010 à l'Office du tourisme de La Gacilly pour dédicacer son autobiographie, La seule de ma race. Enfant abandonnée et adoptée à 10 jours, elle raconte ses interrogations et son mal de vivre. Son manque, c'est de ne pas connaître ses origines. « Tout l'amour des parents adoptifs n'empêche de se sentir comme un électron libre », d'être un maillon hors de toute chaîne. À l'âge de 38 ans, mère de famille, elle perd sa mère adoptive. Elle reprend sa quête et finit par retrouver sa mère biologique. Le fil de son histoire se renoue.

 

Ce livre émouvant est aussi un plaidoyer. « Les enfants nés sous X sont 400 000 en France. Chacun devrait avoir le droit, s'il le souhaite, à sa majorité, de connaître sa filiation. Même sans le consentement des parents biologiques ». Elle remet en cause « la procédure de l'accouchement sous X et le verrouillage de l'administration ».

 

Elle défend ainsi les intérêts des enfants, et de leurs descendants avec leur histoire, et leur hérédité génétique, alors que sont aujourd'hui davantage pris en compte les intérêts des géniteurs et des parents adoptifs. Sa mère biologique, qui a rédigé la postface, comprend la souffrance de sa fille, mais défend le secret.

 

La seule de ma race, Éditions Le Toucan en librairie, à la Fnac et sur le site Amazone


Source: Ouest France.

09/06/2010

France. Le droit de l’enfant à accéder à ses origines menacé

 

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Tout un chacun a-t-il le droit de connaitre ses parents, ceux qui l’on engendré ? A priori on aurait tendance à répondre par l’affirmative tellement il apparait essentiel de garantir à tout individu de pouvoir s’inscrire dans une lignée. A défaut de savoir où l’on va chacun, doit savoir d’où il vient. La vie, la mort, sont les grandes questions qui structurent chacun d’entre nous.

 

Pour l’immense majorité la question ne souffre guère de difficulté. Dès les premiers instants nombre de bonnes ou de mauvaises fées se penchent sur le berceau pour s’exercer au grand jeu des ressemblances : « Bon Dieu ce qu’il ressemble à son père ! » ou « Tout sa mère ! » Quand ce n’est pas : « C’est son grand-père craché  » ou « l’oncle Anatole ! » que beaucoup ont oublié voire n’ont n’a jamais connu s’agissant d’une des deux branches du nouveau-né !

 

Cette recherche de similitudes est un classique avec une marge d’erreur que peu connaissent quand les travaux des chercheurs en sciences sociales montrent que dans une proportion non négligeables – entre 6 à 8 affirment certains, un peu plus de 10% affirment d’autres - les enfants nés d’une femme marié n’ont pas systématiquement pour père le mari de la mère.

 

Plus tard quand l’enfant s’interroge « Papa est-il mon père ?  » ou « Maman est-elle bien ma mère ! », un rapide tour d’horizon des photos de famille est de nature à rassurer celui qui douterait.

 

Reste que pour certains la difficulté est réelle pour répondre à cette question fondamentale « Qui suis-je ? » car ses géniteurs auront fait en sorte de brouiller sinon d’effacer les pistes. Il ne s’agit pas de condamner moralement cette attitude et de porter de jugement de valeur sur cette attitude mais simplement de la constater.

 

En France, chaque année plusieurs centaines d’enfants naissent ainsi sous « X », c’est-à-dire sans que leur filiation soit établie .

 

Je peux témoigner que de tous les gens que j’ai pu croiser qui étaient en grande difficulté psychologique ce sont ceux qui souffrent le plus. Non seulement ils ont le sentiment d’avoir été spoliés d’une partie d’eux-mêmes et ils s’interrogent sur ce qui peut être à l’origine de leur rejet ou l’incapacité de leurs parents de les assumer, mais encore et surtout ils reprochent à la puissance publique de savoir et de leur cacher une vérité qui leur appartient. Ils ne supportent pas cette injustice et des années durant, devenus même largement matures, ils en souffrent et sont près à soulever des montagnes pour savoir.

 

Leur revendication est forte et la résistance à leur donner satisfaction est tout aussi forte. Une batterie d’arguments sont traditionnellement développés. Ainsi on avance qu’il faut savoir tourner la page : leur permettre d’accéder à cette vérité pourrait déboucher sur des drames pour leur mère qui souvent a reconstruit sa vie et demande à oublier. On argumente encore que la révélation pourrait remettre en cause l’adoption, qui a pu survenir. Tout simplement l’accouchement sous « X » évite nombre d’infanticides.

 

Ces arguments ne tiennent pas la route. Ainsi nombre de femmes qui ont eu un enfant très jeune sont elles-mêmes en recherche et à tout le moins aimeraient savoir ce que leur enfant est devenu. Nombre d’ailleurs ont veillé discrètement à s’informer sur leur sort auprès des œuvres d’adoption. Par ailleurs tous les enfants nés sans identité ne sont pas adoptés. Et pourquoi un enfant adopté devrait-il être vierge de tout passé : il est adopté pour ce qu’il est et non pas comme s’il n’avait existé avant d’être accueilli par sa famille. Ne parlons pas de l’argument tiré de la prévention de l’infanticide : rien ne démontre scientifiquement qu’il soit pertinent. La France et le Luxembourg sont les deux pays qui pratiquent l’accouchement sous « X » sans qu’il soit établi que dans les autres pays il y ait plus d’infanticides.

 

Cette question de l’accès aux origines a longtemps été un des sujets d’affrontement entre les partisans des droits de femmes et ceux qui portaient les droits des enfants.

 

Jusqu’ici très nettement le droit des femmes l’avait emporté.

 

La convention internationale sur les droits de l’enfant du 20 novembre 1989 dans son article 6 avance que l’ enfant a « le droit, dans la mesure du possible, de connaitre ses parents et d’être élevé par eux ».

 

Dans la mesure du possible ne signifie pas dans la mesure où on le souhaite. Un droit est reconnu dont l’exercice ne peut se heurter qu’à des difficultés factuelles comme l’absence d’informations identifiantes (ex. : le billet dans le berceau).

 

Au soutien de l’application simple de ce texte ratifié par la France sans réserve nous avancions que l’histoire d’un enfant n’appartient pas qu’à ses géniteurs, mais lui appartient aussi. Ce point de vue que nous soutenions très fort a fini par l’emporter en France en 2001.

 

Certes un verrou a été posé : si la mère s’oppose à la révélation de son identité les autorités publiques ne pourront pas passer outre. Si le droit de l’enfant a été reconnu, le droit de la mère reste supérieur.
A l’époque, avec le Médiateur de la République, nous avons combattu en vain ce veto.

 

En tout cas, comme nous le souhaitions un accompagnement social a été décidé par le législateur et doit se mettre en place pour permettre à la mère d’assumer son passé sans casser ce que depuis elle a construit, souvent difficilement. On ne doit pas débarquer avec un gyrophare policier dans sa vie ! Nous faisons le pari que dans nombre de cas certains accepteraient ce qu’elles refusaient initialement.

 

De fait ce dispositif fonctionne. Insuffisamment certes, mais nombre des personnes ont pu ainsi accéder à leurs origines malgré les réserves de ceux qui initialement ont monté et animé le CNAOP (Conseil national d’accès aux origines personnelles)

 

On pensait qu’une dynamique était en marche, discrètement, mais efficacement.

 

On sera d’autant plus choqué de lire dans le rapport à paraître prochainement du CNAOP (ASH du 4 juin 2010) : « La démarche de recherche de ses origines, que ce soit ou non dans le cadre d’un accouchement anonyme, requiert une certaine maturité et peut s’avérer profondément déstabilisante ». « Les informations, la réalité sont souvent bien différentes ce de ce qui avait été imaginé ». Et d’ajouter « Plus l’enfant est jeune, plus il semble difficile pour la mère de naissance d’imaginer pouvoir le rencontrer ». Conclusion du CNAOP : il faut réserver aux majeurs l’accès aux origines personnelles.

 

Pas question de nier que la matière soit délicate, mais revenir sur la loi de 2001 en interdisant à des enfants mineurs d’âge de rechercher leurs parents serait une régression et une disposition contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant.

 

Redoublons plutôt d’efforts et d’imagination pour permettre l’exercice de ce droit. L’exercice d’un droit ne se discute pas, il s’accompagne éventuellement. Celui-ci comme d’autre. Sans doute faut-il en amont créer un climat favorable en acclimatant l’opinion à cette démarche.

 

Source : blog de Jean-Pierre Rosenczveig.

 

Une lueur d'espoir pour les nés sous X en France?

 


09:03 Écrit par collectif a & a dans Nés sous X | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, accouchement sous x, identité, origine | |  del.icio.us