13.04.2012
J’ai le sentiment que mes origines n’ont pas été respectées. Du coup, j’ai eu beaucoup de mal à me projeter dans le futur.
Marie-Thérèse Gasp, aussi connue sous le nom de Dominique Foucher, fait partie des enfants réunionnais déplacés entre 1966 et 1970 dans la Creuse, dans le cadre d’un programme destiné à repeupler les campagnes. Elle raconte les démarches entreprises pour en savoir plus sur ses origines.
A 35 ans, j’ai découvert l’histoire des Réunionnais de la Creuse grâce à un article de Marc Pivois dans le journal Libération : "Adoptés contre leur gré Enfants créoles perdus dans la Creuse". Il m’apportait la réponse à la question que je me posais depuis toujours : qu’est-ce qu’une enfant réunionnaise comme moi faisait à la Ddass de la Creuse en 1966 ? Je savais que j’avais été adoptée, par la famille Foucher, en 1967. Mais je n’en savais pas plus sur mon histoire.
Après avoir lu cette enquête, j’ai consulté mon dossier d’adoption. Au début, le personnel de la Ddass ne me photocopiait que certaines pièces. Au bout de la la troisième consultation, j’ai enfin pu accéder à l’ensemble de mon dossier et procéder moi-même aux reproductions. Mais il y a des pièces manquantes, et je ne peux pas être certaine qu’elles n’ont pas été retirées du dossier. Les employés ne s’expliquent cette disparition.
Je m’appelais en réalité Marie-Thérèse Gasp
C’est dans ce dossier que j’ai découvert que je m’appelais en réalité Marie-Thérèse Gasp. Comme je connaissais mon nom d’origine, je pouvais enfin me mettre à la recherche de ma famille réunionnaise. J’ai retrouvé ma mère en 1999. Elle m’a contactée par téléphone. Au départ, j’étais méfiante. Son fils, Julius, m’a expliquée qu’elle lui avait un jour confié avoir eu un premier enfant, une fille, en 1963. Par la suite, j’ai reçu des photos d’elle. La ressemblance entre nous deux était trop frappante pour être une simple coïncidence.
J’ai appris que ma mère naturelle m’avait confié à un foyer tenu par des religieuses, La Providence, à l’âge de six semaines. A 3 ans, le foyer ne pouvait plus me garder. J’ai donc été expédiée dans la Creuse. Entre 1966 et 1967, j’ai fait des allers-retours entre un foyer, dans lequel je vivais avec d’autres enfants réunionnais, et une ferme, où je tenais compagnie à une vieille dame à la retraite.
En 1967, la famille Foucher cherchait à adopter un troisième enfant, de préférence réunionnais. Ils ont donc contacté la Ddass de la Réunion, qui les a renvoyés vers celle de la Creuse, où étaient inscrits plusieurs enfants originaires de l’île. Mes parents adoptifs, qui habitaient la Sarthe, ne se sont pas trop demandé pourquoi ils étaient là, ou bien ils me l’ont caché.
Pendant ce temps-là, à La Réunion, ma mère me réclamait auprès de l’institut religieux qui gérait La Providence. Elle n’avait jamais compté m’abandonner, et m’y avait placé temporairement parce qu’elle était malade. On lui a répondu que j’étais désormais en France. Pourquoi ces instituts n’ont-ils rien dit, alors qu’ils assistaient à une hemorragie de jeunes enfants vers la métropole ? Quand je leur pose la question, ils me répondent : « On n’était pas au courant. » Je pense qu’ils ont fermé les yeux.
J’essaye actuellement de reconstituer le puzzle de ma vie. J’aimerais savoir, par exemple, si l’enquête réalisée avant que l’on me juge abandonnée a réellement été menée et, si oui, comment. Pour moi, cette histoire ne repose pas seulement sur un dysfonctionnement administratif, c’est aussi une affaire de morale.
L’Etat n’a pas cherché à comprendre les familles réunionnaises. A cette époque, les habitants de l’île, qui ne savaient souvent ni lire ni écrire, faisaient ce que les autorités leur disaient de faire. Il signaient d’une croix des papiers administratifs stipulant qu’ils abandonnaient leurs enfants.
Je suis fatiguée de cette histoire. Souvent, au moment où on pense atteindre la vérité, tout s’écroule et on doit recommencer à recouper les dates. Les documents sont mal dactylographiés, les dates approximatives. Du coup, je privilégie le terrain : les gens acceptent de me parler, surtout à La Réunion.
Ma mère adoptive, elle, ne veut plus me voir. Elle n’accepte pas que je me fasse appeler Marie-Thérèse Gasp. Elle n’a jamais compris pourquoi j’étais retournée à La Réunion. Elle a merdé.
J’attends que l’Etat reconnaisse ses torts
J’ai le sentiment que mes origines n’ont pas été respectées. Du coup, j’ai eu beaucoup de mal à me projeter dans le futur. Je ne parvenais pas à aller au bout de mes projets, qui m’éloignaient de ma quête, celle de la vérité sur mes origines.
Je voudrais comprendre qui je suis. C’est pourquoi j’ai écrit un roman qui raconte l’histoire d’une petite fille dans un orphelinat. Je cherche actuellement un co-éditeur pour pouvoir le publier non seulement à la Réunion, mais aussi en France.
En attendant, j’intente un procès à des représentants de l’Etat. Les autres Réunionnais de la Creuse ont essayé le tribunal administratif. Depuis dix ans, leur affaire n’est toujours pas réglée. C’est pourquoi je me suis tournée vers un tribunal pénal. J’attends avant tout que l’Etat reconnaisse ses torts.
Source: Rue89 | 2 avril 2012
- Les «enfances perdues» de l’Australie et de la Réunion.
Entretien avec Ivan Jablonka, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université du Maine, chercheur associé au Collège de France.
Source: L'Observatoire des questions sexuelles et raciales | 17.11.2009
06:24 Écrit par collectif a & a dans Adoption internationale, Origine - Identité, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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14.02.2012
France. "Manifeste contre l'accouchement sous X"
Ce manifeste a été rédigé par Audrey HERPE, secrétaire de l'Association "Les X en Colère" et récemment cosigné par 8 associations de défense du droit aux origines.
Ce manifeste a été rédigé dans un contexte actuel où les deux propositions de lois de la députée Brigitte Barèges remettent en cause l'accouchement sous X, pour se diriger vers un accouchement dans le secret. La mère aurait ainsi la possibilité d'accoucher dans la discrétion, d'être protégée et entourée médicalement et psychologiquement, tout en laissant son identité sous pli fermé. L'enfant, pourra, S'IL LE SOUHAITE, accéder à ces informations dès sa majorité. Celle loi, contrairement à la loi de 2002 établie pour un instant "T", envisage l'avenir des mères et des enfants, pour qui l'anonymat est source de souffrances. Elle vise aussi à un équilibre des droits encore jamais atteint.
Les opposants à l'abolition de l'accouchement sous X reprennent depuis des années des arguments qui nous semblent dépassés et éloignés de la réalité, ce manifeste a aussi pour objectif de répondre à ces clichés véhiculés qui n'offrent pas une vision objective de la situation.
Ce manifeste est en ligne sur le forum des "X en Colère" depuis le 5 novembre, et largement diffusé sur le net (forums, facebook ...). Il a également été envoyé à plusieurs députés et sénateurs, ainsi qu'à quelques personnalités.
Il est depuis mi-janvier en ligne sur le site des "X en Colère", et depuis une semaine à peine, sur le site pétitions24 afin de pouvoir être signé par le plus grand nombre. Il a recueilli pour l'instant 150 signatures en l'espace de quelques jours, mais ce n'est que le début.
Le lien vers la pétition : http://www.petitions24.net/manifeste_contre_laccouchement...
14:36 Écrit par collectif a & a dans Nés sous X, Origine - Identité | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : france, accouchement sous x |
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02.12.2011
Tinan, auteur du récit "Magnitude 7.3" sur l'adoption en Haïti
Mon livre Magnitude 7.3, publié chez Alma Editeur (http://www.alma-editeur.fr), est sorti depuis le 6 octobre. Il est disponible dans toutes les libraires au prix de 18€. Je vous invite à le découvrir, pas seulement parce que c'est moi qui l'ai écrit mais parce que je pense qu'il apporte un regard profondément utile sur la réalité de l'adoption, le déracinement, le multiculturalisme.
Voici le texte de la quatrième de couverture :
Tinan a quatre ans et demi lorsqu’il découvre le sol français. Il vient d’être adopté. Dix-huit ans plus tard, il part pour Haïti rencontrer sa famille. À la joie immense de retrouver sa mère et toute sa parentèle s’ajoute la découverte d’un pays, d’une culture et d’une langue qu’il tente de se réapproprier. Mais comment vivre en étant de deux mondes ? Comment admettre que si l’amour des siens en France lui semble corrompu, en Haïti il apparaît souvent dénaturé par l’égoïsme ou l’intérêt ? Avec beaucoup de pudeur et une grande lucidité, Tinan raconte ce voyage, cet apprentissage, le mélange d’enthousiasme et de doutes au terme duquel il affirme son identité : plus qu’à un pays, il s’appartient à lui-même et son avenir il le construira loin des mensonges, quel qu’en soit le prix.
Magnitude 7.3 est le récit d’un séisme intérieur : comment appartenir à deux cultures, deux terres, deux mondes ?
Voici un extrait du livre.
Tinan Leroy, 32 ans, grandit en France. Après avoir enseigné la physique-chimie, il est aujourd’hui musicien, chorégraphe et professeur de salsa.
Quelques liens :
http://www.salsatango.fr/2011/10/02/magnitude-7-3-lhistoire-haitienne-de-tinan-leroy/
http://www.liberation.fr/monde/01012328119-haiti-adoptions-a-but-lucratif
http://www.unicef.fr/contenu/actualite-humanitaire-unicef/tinan-temoignage-d-un-enfant-deracine-2010-02-18
http://www.alma-editeur.fr/
Au nom de tous les siens
Tinan
Vous avez interviewé Tinan Leroy, auteur du livre «Magnitude 7.3»
20 Minutes.fr
17:27 Écrit par collectif a & a dans Adoption internationale, Livre - Revue, Origine - Identité, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : haïti, adopté |
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