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23/01/2011

La mère stimule le langage. Le bébé naissant reconnait la voix de sa mère

La mere stimule langage 04.jpgUne étude canadienne sur la communication des bébés.
- Le nouveau-né entretient une relation privilégiée avec sa mère.
- Il réagit aussi davantage à sa voix.
- L'étude menée à Montréal montre pour la première fois comment un cerveau de quelques heures réagit à divers stimuli.

Les résultats des travaux menés à Montréal sur des bébés sont passionnants. «D'un point de vue comportemental, nous savions déjà qu'un bébé était plus réceptif à la voix de sa mère qu'une autre voix, explique Maude Beauchemin, une doctorante en neuropsychologie de l'équipe du Dr Maryse Lassonde, à l'hôpital Sainte-Justine. Ce que nous voulions savoir, c'est comment cette préférence se marque dans le cerveau. »

«Nous avons pu montrer qu'un nouveau-né qui entend la voix de sa maman interprète d'emblée ces sons comme une ébauche de communication, précise-t-elle. Par contre, quand une personne tierce prononce exactement le même son. il ne décode pas ce bruit avec la même partie de son cerveau. Pour lui, cet autre son n'est pas interprété comme un début de langage. »

Elle poursuit : sur nos images, obtenues au moyen d'un casque doté de 126 électrodes, nous observons clairement cette différence. Au cours de la demi-seconde qui suit l'émission du son par la mère, seule la partie gauche du cerveau de l'enfant réagit. La partie qui héberge le siège de l'apprentissage du langage. Quand c'est une infirmière qui parle ou une autre femme, le cerveau traite cette information dans son hémisphère droit, là où il traite habituellement la reconnaissance vocale plutôt que le langage, puis gauche, puis à nouveau droit. Il ne décode pas d'emblée ce qu'il entend, alors qu'avec sa mère, il semble savoir exactement qu'il est question d'une communication. »

Mieux encore, l'équipe a aussi pu confirmer que chez les nouveaux nés qui entendent la voix de leur mère, non seulement l'information est traitée comme une ébauche de langage ou d'apprentissage du langage mais elle suscite aussi un début de réponse. Sur les images, la partie centrale du cortex finit ainsi elle aussi par « s'allumer ». Or, il s'agit d'une zone motrice de la parole.

« Quand le bébé entend un "a" il a tendance à vouloir ouvrir la bouche pour en imiter la prononciation et quand il entend un "m" il serrera plutôt les lèvres, précise Maude Beauchemin. Cette étude apporte un nouvel éclairage sur l'origine du langage, conclut-elle. Elle pourrait nous en apprendre un jour davantage sur certains troubles. Et bien entendu, on pourrait aussi répéter l'expérience avec... la voix du père.


Seize bébés bardés de capteurs

126 életrodes ont capté les signaux de cerveaux tout juste nés. Elles montrent comment le bébé réagit préférentiellement à certaines voix.

Seize bébés âgés 8 à 27 heures ont participé à cette étude canadienne. L'équipe du Pr Lassonde a fixé des électrodes sur leur tête pendant leur sommeil. Elle les a ensuite soumis à la voix de leur mère. Celle-ci prononçait un son bref : la voyelle « A ». L'exercice a alors été répété avec d'autres voix, celle de l'infirmière qui a amené le bébé au laboratoire par exemple. Les sons n'ont pas été prononcés en direct aux bébés. Le tout a été fait sur la base d'enregistrements sonores préalables diffusés avec une même intensité (75 db).
« Sur les scintigrammes, nous remarquons clairement des réactions dans le lobe temporal gauche de l'enfant lorsqu'il entend sa mère, indique Maryse Lassonde. Quand c'est une autre personne qui parle, l'activation du cerveau se marque surtout dans le lobe temporal droit lequel est davantage associé à la reconnaissance vocale », précise-t-elle.

Source : Le Soir.



Le bébé naissant reconnait la voix de sa mère
Université de Montréal Nouvelles |  17.01.2011

06/06/2010

Le trouble de l’attachement chez la clientèle adolescente du Centre jeunesse de Montréal : comparaison entre jeunes ayant différents types d’attachement

Universite Montreal Papyrus.jpgCe rapport a comme objectif général d’observer et d’identifier l’évolution comportementale, affective, physique, sociale et sexuelle de jeunes ayant un trouble de l’attachement à l’adolescence, afin de se pencher sur les pistes d’intervention à favoriser auprès de cette clientèle. Le suivi et l’histoire de cas de deux jeunes ayant des styles d’attachement insécures différents et des problèmes de comportement sont analysés. Différents instruments méthodologiques ont été retenus afin de recueillir des données : entrevues, observations et questionnaires. Les résultats, obtenus à l’occasion d’un stage en intervention à titre d’agent de relations humaines au bureau Saint-Denis (CJM–IU), démontrent que ces deux jeunes ont des besoins différents, selon l’évolution de leurs problématiques, et que des interventions personnalisées sont essentielles pour aider ces jeunes. De plus, le trouble de l’attachement à l’adolescence semble se cristalliser et accentue le développement de différentes problématiques (problèmes de comportement, lacunes au niveau des habiletés sociales, déficits sur les sphères comportementales, affectives, physiques, sociales et sexuelles). Finalement, la principale piste d’intervention à favoriser auprès d’adolescents ayant un trouble de l’attachement est d’offrir un soutien visant une stabilisation des sphères de sa vie (personnel, familial, école, amis, etc.).




Conclusions



Le trouble de l’attachement à l’adolescence est un sujet peu exploré dans la littérature. Plusieurs chercheurs ont travaillé sur les causes du problème (à partir de la naissance) et des conséquences (à court et à long termes) durant l’enfance. Toutefois, peu de recherches se sont intéressées à comprendre les conséquences du trouble de l’attachement chez les adolescents. Et donc, peu d’études se sont concentrées sur l’élaboration d’interventions efficaces pour ces jeunes.



En fait, spécifiquement sur cette problématique, l’intervention privilégiée dans la littérature est la thérapie individuelle. Toutefois, dans un contexte de suivi en Centre jeunesse, les intervenants doivent développer des stratégies efficaces pour adapter leurs interventions aux besoins de ces jeunes. En effet, il est important de bien cerner les caractéristiques présentes chez ces jeunes afin de personnaliser les interventions.



De plus, le trouble de l’attachement peut être utilisé à outrance si les concepts sont mal saisis. En fait, le trouble de l’attachement s’apparente à plusieurs problématiques (tel que vue dans la littérature). La concomitance de problématique est fréquente chez les jeunes recevant des services par les Centres jeunesse. Ainsi, d’autres problématiques peuvent être confondues avec un trouble de l’attachement (difficultés relationnelles, TDAH, problèmes de comportement, etc.).



Par ailleurs, ce rapport de stage a démontré que le trouble de l’attachement semble se développer à l’enfance et que les problématiques se cristallisent à l’adolescence. Tel que le mentionne le DSM-IV révisé et la majorité de la littérature sur ce sujet, l’attachement se développe à la petite enfance et si ce lien ne se crée pas de manière adéquate, ces enfants risquent de développer un trouble de l’attachement.

 

De plus, travailler avec cette clientèle peut s’avérer ardu. En effet, le développement d’un lien de confiance entre l’intervenant et l’adolescent peut être long à créer. Comme le mentionnait Steinhauer (1999), ces jeunes ne peuvent être forcés à créer un lien d’attachement, il faut aller à leur rythme. En fait, il faut être en mesure de bien planifier ses interventions, prendre plus de temps pour expliquer au jeune la possibilité de changement dans sa vie et créer un lien positif avec ce jeune pour éviter qu’il ne se désorganise. Aussi, un environnement stable est favorable puisque ces jeunes vivent de grandes angoisses à la séparation d’avec des figures d’attachement et des lieux significatifs (Lemay, 1993). Ainsi, dans le contexte d’un suivi social avec un agent de relations humaines, il s’avère fréquent que ces jeunes connaissent de nombreux changements d’intervenants au cour de leur suivi. Bien que ce facteur soit difficile à contrôler, il est essentiel que ces jeunes aient des repères stables.


Pour ce faire, plusieurs moyens peuvent être utilisés : favoriser la stabilité à la maison (pas de changement fréquent de logement, de conjoint (si les parents sont séparés), ne pas impliquer plusieurs adultes dans la vie de l’enfant), la stabilité à l’école (avoir une personne contact, rester le plus longtemps possible dans la même école), établir une routine stable (chaque jour se ressemble, discipline et règles claires, etc.) et développer une relation positive avec une personne significative (le plus possible les parents) en favorisant des contacts positifs (activités, moments privilégiés, renforcement positif, etc.).



Ce rapport de stage a également démontré qu’il existe des caractéristiques semblables et distinctes entre les problématiques du trouble de l’attachement et des problèmes de comportement sérieux. Ainsi, il est important de prendre le temps de bien comprendre ces différences et ces ressemblances pour permettre l’élaboration d’un plan d’intervention pertinent aux besoins de ces jeunes (Lemay, 1993). En fait, un adolescent ayant un trouble de l’attachement a avant tout besoin de stabilité. Les techniques cognitivo-comportementales et celles proposées par Lemelin et Laviolette (2008) et Doucet (2008) semblent avoir permis de stabiliser ce jeune durant sa désorganisation.



Le plan d’intervention doit ainsi répondre à ce besoin. En fait, l’intervention n’est pas la même pour un jeune ayant un attachement évitant (comme Paul). Dans ce cas, l’intervention doit se centrer sur sa faible estime de soi et sur le respect des règles à la maison. Ainsi, bien que ces jeunes avaient des caractéristiques semblables, leurs besoins n’étaient pas les mêmes. Par ailleurs, il reste à démontrer si ces techniques apportent des améliorations sur le comportement et les attitudes à plus long terme.



Par ailleurs, ce rapport de stage présente plusieurs limites. Tout d’abord, le nombre restreint de jeunes ayant un trouble de l’attachement ne permet pas de généraliser les résultats trouvés. Toutefois, il s’avère difficile de trouver des jeunes ayant cette problématique pour deux raisons : les intervenants ne veulent pas confier leur dossier à de nouveaux intervenants car la création d’un lien thérapeutique a pris plusieurs mois et les jeunes ayant un trouble de l’attachement semblent plus se retrouver avec un suivi en centre de réadaptation. De plus, les interventions avec ces jeunes sont sommaires. En fait, dans les deux cas, l’intervenant fut continuellement appelé à gérer des crises et donc, n’a pas eu la chance d’intervenir directement sur la problématique centrale de ces jeunes.



En ce qui concerne les outils utilisés pour cibler les différentes caractéristiques du trouble de l’attachement, la grille pour identifier les comportements, raisonnements et attentes des adolescents ayant un trouble réactionnel de l’attachement s’avère très inclusive. En fait, elle est si inclusive que même des adolescents n’ayant pas un trouble de l’attachement peuvent s’y retrouver. Néanmoins, elle permet d’observer des comportements à identifier chez les jeunes en difficulté et de mieux cibler les pistes d’interventions à privilégier.



Cette recherche a permis de mieux cerner la problématique du trouble de l’attachement à l’adolescence et de comprendre les caractéristiques de ces jeunes afin de proposer des interventions plus adaptées à cette clientèle. D’autres recherches, avec un plus grand échantillon, devraient s’intéresser au développement d’un plan d’intervention basé sur les besoins de cette clientèle afin de permettre le développement d’habiletés sociales favorisant l’instauration de relations interpersonnelles saines.



Source : Rapport de stage d'Amélie Filiatrault-Charron présenté à la Faculté des études supérieures en vue de l’obtention du grade de Maître en criminologie option stage en intervention.
Université de Montréal. Date publication juin 2010.

 

 

En savoir plus sur les troubles de l'attachement.

 

 

 

24/04/2009

Souffrances dans l'adoption

Souffrances dans adoption Cath Sellenet.jpgLe dernier ouvrage de Catherine Sellenet résonnerait-il comme un coup de tonnerre dans un ciel serein ?
Mais le firmament n’est immaculé que pour ceux qui refusent de voir les nuages qui s’accumulent depuis des années. C’est que la rumeur enfle : il y aurait de plus en plus d’échecs d’adoption. On évoque des chiffres allant de 2 à 40 %.



L’auteure prend ici le sujet à bras-le-corps et nous livre l’une des rares études sur une problématique longtemps taboue. Un travail riche, détaillé et approfondi qui, sans prétendre à l’exhaustivité, fournit néanmoins un abondant matériau favorisant la compréhension de la question.

 

Bien sûr, il apparaît nécessaire de se méfier des causalités linéaires et des lectures univoques. Pour autant, plusieurs facteurs qui s’enchaînent dans une spirale interactive peuvent être évoqués.

 

Le premier élément relève de l’illusion voulant que l’adoption puisse tout résoudre par elle-même. Elle se doit de réussir : l’enfant adopté illustre la revanche du plus faible. Il doit surprendre par son intégration fulgurante et ses capacités à trouver sa place au plus vite dans sa nouvelle famille. « Tout est rose, la violence n’est pas de mise, la rencontre est le plus souvent magnifiée » (p.22). Tout revers provoque une recherche de responsables qui passe par la diabolisation des mauvais parents, des mauvais enfants ou des mauvais professionnels.

 

Second facteur, l’ignorance voulant faire croire à un enfant ne pouvant qu’accepter la main qui lui est tendue. Son refus de l’adoption interroge la capacité de l’adulte à entendre ses ancrages antérieurs, sa non-mobilisation et ses capacités à être acteur y compris dans son opposition au projet qui est fait pour lui.

 

Troisième facteur, l’accélération du temps qui suit l’arrivée de l’enfant et la précipitation dans les demandes de familiarités qui tournent le dos au nécessaire apprivoisement progressif et à la prise en compte des éventuelles différences culturelles.

 

Quatrième facteur, l’occultation de ce qu’a pu vivre l’enfant. L’accumulation de ruptures et de déracinements bloque parfois la capacité à se projeter dans de nouveaux liens. Même si tous ceux qui sont adoptés ne sont pas abandonniques, certains présentent une telle avidité, une crainte si intense de perdre leur nouvel objet d’amour qu’ils peuvent se montrer difficilement capables de s’abandonner à la douceur de l’étreinte et préféreront parfois même détruire le lien qui leur est proposé, de crainte de connaître à nouveau le délaissement.

 

Pour l’auteure, il n’y a pas pourtant de fatalité dans l’échec. Elle propose d’établir un diagnostic aussi complet que possible de l’état mental, physique, émotionnel et relationnel de l’enfant, afin de définir son adoptabilité et le profil de la famille qui pourra le mieux l’accueillir.

 

Source:  Lien Social - Publication n° 926 du 23 avril 2009 - Jacques Trémintin

 

Repères

 

- Le coin du bibliothécaire. Souffrances dans l'adoption de Catherine Sellenet.
Petales bulletin de liaison n°85. Décembre 2009.

 

- L'adoption à risque
Pr. D. Marcelli. AFA. 6 octobre 2009.

 

- Enfants adoptés : Une vulnérabilité et des besoins de mieux en mieux cernés.
L’adoption internationale s’est considérablement développée depuis une trentaine d’années sans susciter de nombreuses recherches sur le devenir des enfants adoptés. Aujourd’hui que ceux-ci ont grandi, on en sait plus sur les problèmes qu’ils peuvent rencontrer au cours de leur développement, comme sur leurs facultés de récupération.
Actualités Sociales Hebdomadaires - Numéro 2594 du 30/01/2009 - par Caroline Helfter


- Recherche sur les enfants adoptés en difficultés. Volume 2 - 2006.
Catherine SELLENET. Professeur des universités en sciences de l'éducation. Directrice du centre de recherches éducation - culture.
Source: Agence Française de l'Adoption.

 

Enfants adoptés, l'envers du décor.
Un compte-rendu d'une étude est paru dans le numéro 3107 (17 mars 2005) du magazine "La vie".
Il rapporte le résultat d'une étude du ministère de la Santé français selon laquelle 15 % des enfants adoptés finissent par être replacés en institution.

 

- Est-il possible que je souffre du trouble de l'attachement ?
Forum EFA. sisi02. 27.04.2009

 

-  Halte à l'adoption internationale !
Certains le savent, d'autres pas mais ce n'est pas un secret : je suis un coréen du sud de naissance adopté en France en 1985 quand j'avais 8ans par une famille française. 
Quand j'ai commencé à faire des recherches sur mon passé , mes parents adoptifs ne comprenaient pas vraiment pourquoi je me sentais mal dans ma peau. 
Pour resumer mon état d'esprit : j'avais comme l'impression de devoir quelque chose à mes parents adoptifs... Jun Hyun Jin | 3 avril 2009

 

- Difficulté avec mon fils.
Forum EFA. gaella. 09.12.2008

11:04 Écrit par collectif a & a dans Livre - Revue | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : étude, recherche, catherine sellenet, adoption | |  del.icio.us

04/12/2005

Enfants adoptés, l'envers du décor

La première enquête française sur les ratés de l'adoption.

Environ 15 % des enfants adoptés sont placés dans les foyers de l'ASE ou en hôpital psychiatrique. Lorsqu'en septembre 2004 la Direction générale à l'action sociale (DGAS) et le Ministère de la Santé se sont décidés à "quantifier" les échecs de l'adoption, ils n'imaginaient pas un tel résultat. "Nous misions sur un
taux d'échec inférieur à 5 %"
, admet-on à la DGAS. La psychosociologue Catherine Sellenet chargée de cette enquête inédite, ne rendra ses conclusions définitives qu'à la fin de l'année 2005, mais elle est déjà "étonnée par l'ampleur des troubles constatés. Pour la plupart, ces enfants rendus ont été maltraités avant leur
adoption. Le pays d'origine et l'âge entrent peu en ligne de compte."

Elle souligne par ailleurs la nécessité de créer des structures pour les familles adoptives en difficulté, et de sensibiliser les professionnels de l'enfance à "la spécificité des enfants adoptés" et au "sujet encore tabou des risques de l'adoption".
Un état des lieux qui refroidira sans doute les ardeurs d'un gouvernement soucieux de "libérer le désir d'enfant", de ne pas laisser des familles "sur le carreau" - 23 000 en attente - et de doubler le nombre d'adoptions d'ici à 2006 - 5 000 actuellement chaque année, dont 4000 à l'étranger...

Le chiffre qui dérange : selon une étude inédite du Ministère de la Santé (France) , que le magazine La Vie s'est procurée en exclusivité, 15 % des enfants adoptés finissent par être replacés en institution. Les échecs de l'adoption sont plus nombreux qu'on ne le croit.

Ils adoptèrent, furent heureux et aimèrent beaucoup l'enfant. Dans l'imaginaire collectif, l'adoption a tout du conte de fées où l'amour triomphe de la misère, aussitôt achevé le parcours d'agrément. Les résultats partiels d'une étude inédite, commandée par la Direction générale de l'action sociale (DGAS) et le Ministère de la Santé, viennent assombrir l'idyllique tableau : 10 à 20 % des enfants adoptés - selon les départements - sont placés dans les foyers des Aides sociales à l'enfance (ASE), voire, momentanément, en hôpital psychiatrique . Des "cas explosifs" où la "greffe" ne prend pas entre adoptants et adoptés. "Tous les enfants ne sont pas adoptables, et toutes les familles ne sont pas capables d'adopter", résume la psychosociologue et auteur de l'enquête. Un constat politiquement incorrect au regard du si respecté "désir d'enfant". Un constat prévisible au vu des indices qui ne manquaient pas. Malheureusement on n'a pas voulu regarder les travaux à l'étranger, d'après lesquels 30% des enfants adoptés présentent des troubles du comportement. On a feint de ne pas voir la "surreprésentation" de ces traumatisés (environ 15 % des patients) dans les services de psychiatrie et médico-psychopédagogiques de l'Hexagone. On n'a pas souhaité entendre la parole de ceux qui, la culpabilité chevillée au corps, expriment parfois leur désamour : "Mes vrais parents ceux-là sont juste adoptifs." "Je n'étais pas préparée à venir en France et ne souhaitais pas d'autres parents." "On m'a volé mon histoire, mais retourner dans mon pays n'y changerait rien. J'y serais étranger."

L'enfant adopté n'est pas un enfant ordinaire. Il doit composer avec "un traumatisme de l'abandon qui le fragilise, et avec un passé souvent méconnu qui parasite sa vie, analyse la pédopsychiatre et psychanalyste Fanny Cohen-Herlem. Il y a des enfants tellement carencés affectivement qu'ils ont développé des mécanismes de survie les empêchant de s'attacher. Leur histoire et celle de la famille adoptive sont alors incompatibles."

Ancienne responsable des adoptions à Médecins du monde, Fanny Cohen-Herlem propose des consultations spécialisées à l'Arbre vert (1), la seule véritable structure de prise en charge des adoptants en détresse.
Mis sur pied en 2001, ce centre reçoit 60 nouvelles familles chaque année : "Les parents sortent de l'omerta. Nous leur expliquons qu'ils ne sont pas coupables mais qu'il est impératif de relever la tête pour sécuriser l'enfant et l'aider à assumer son traumatisme." Pour papa-maman, c'est la fin du mirage, de l'illusion selon laquelle l'amour cicatrise toutes les blessures. Le gamin reste hanté par ses vieux démons.
Difficile de croire au paradis familial lorsqu'on a été nourri pendant des semaines à travers les barreaux d'un lit-cage, sans jamais avoir croisé une expression de tendresse. Persuadé qu'il n'est pas aimable et ne saura aimer, incapable ou craignant de s'attacher, l'enfant cherche à rompre le lien ténu de l'adoption.
Soit par une simple mais profonde indifférence ; soit par des vols, addictions et violences.

À l'association d'adoptants Pétales France, créée en 2002 et forte de 300 adhérents, Laurence (2) participe chaque mois aux Grep, les groupes de rencontre entre parents. Le public est averti : près de la moitié des membres de l'association ont confié leur enfant tourmenté à une institution, médicalisée ou non. Aucun risque ici d'entendre le traditionnel et guère thérapeutique "vous aimez mal"... Tous s'entraident sans a priori. Chacun se raconte sans honte. Sous les regards solidaires, Laurence évoque le placement, il y a trois ans, de sa fille adoptive de 10 ans en institut médico-éducatif. Elle se remémore le déchirement de la séparation, puis convient qu'il lui fallait préserver son couple et son fils, adopté lui aussi, de la violence quotidienne d'une préadolescente déchaînée. "On sort de ces rencontres soulagés, remplis de cette énergie positive et rassurante que réclament nos petits, commente Laurence. C'est libérateur de comprendre que nous ne sommes pas directement à l'origine de leur mal-être." Des enfants dont le non-initié mesure mal la fureur: "Je finissais par avoir peur de ma propre fille, poursuit Laurence. Le matin, je ne faisais pas de bruit : une heure de sommeil en plus, une heure d'insultes en moins..." Bébé, Elsa détourne le regard, refuse d'être embrassée et ne se laisse pas laver. À sept ans, elle détruit sa chambre, explose son lit et menace d'éventrer la maison. Elle tape Laurence en hurlant: "Les papiers sont faux. Tu m'as volée. Ma maman est venue cette nuit pour me dire de ne pas t'aimer." Adoptée à quatre ans dans un orphelinat d'Éthiopie où elle avait été mal nourrie et maltraitée, Elsa submerge sa nouvelle mère d'un flot de haine : "Quand je te vois, il faut que je te fasse du mal", lui répète - telle. "Son passé l'obsède et elle pense qu'on lui ment lorsqu'on lui dit "je t'aime", se désole Laurence. Alors, évidemment, en la plaçant, on lui donne un peu raison... On lui fait du mal... Mais nous la voyons chez le juge, nous assistons aux rencontres avec les professeurs... Nous restons ses parents."
Et tous les matins depuis trois ans, comme si elle était là, Laurence ouvre les volets de la chambre d'Elsa.

D'autres enfants, une soixantaine par an, n'ont même pas le temps d'être adoptés. Ils sont "rendus" avant. Estelle a habité une année seulement chez Cathy et Serge. Elle avait 10 ans lorsque, déjà parents adoptifs d'une angélique petite Péruvienne, ils l'ont découverte au Chili. Bouleversé par cette enfant des rues errant en guenilles aux côtés de mendiants, le couple la ramène en France.
"Nous pensions qu'il suffisait de l'aimer pour l'aider. Nous imaginions qu'avec de la générosité on sauve le monde. Quelle naïveté!", reconnaît Cathy. Estelle avait appris à se débrouiller seule et à ne faire confiance qu'à elle-même. "Je vais passer quinze jours de vacances avec vous, et je repars chez moi", lançait-elle aussitôt installée dans l'avion. "Elle n'était pas prête à partir. Son passé pesait trop lourd, regrette Cathy. Quant à moi, j'étais incapable de faire face. Cette grande fille qui devait récupérer dix ans d'amour, mais me repoussait à chaque tentative... " Cathy n'a pas caché son désarroi. La Ddass a repris l'enfant pour la placer dans une famille d'accueil où la galère s'est poursuivie. Dix ans plus tard, Estelle est partie au Chili à la recherche de sa mère biologique. Déçue mais apaisée par ces retrouvailles, elle est rentrée en France, puis a contacté Cathy, dont elle a dissipé les remords : "Je n'étais pas adoptable. J'avais trop de comptes à régler", lui a-t-elle dit. L'année suivante, Cathy était témoin d'Estelle à son mariage ; Serge accompagnait "sa fille" à l'autel...

Jamais "rendu", jamais placé, jamais violent, Franck n'apparaîtra pas dans l'étude de la DGAS. Né il y a vingt-quatre ans, adopté à quinze mois, cet ouvrier du bâtiment est pourtant à la dérive : "Mon adoption, c'est une adoption à sens unique. Je n'ai rien demandé. On m'a déraciné. J'ai l'impression d'être E.T. ici. On me dit: « C'est comme si c'était tes parents, c'est comme si tu étais français. » Mais on ne se construit pas sur des comme si ! Dans la bouche du jeune homme, chaque mot pèse son poids de souffrances, chaque phrase est lourde de sens : "Avant mon adoption, il a dû m'arriver quelque chose. Je n'ai jamais supporté que mes parents adoptifs me touchent. J'ai de l'affection pour eux, mais pas d'amour." Il y a peu de chance que Franck puisse un jour éclaircir son passé : l'orphelinat du nord de Bombay (Inde) où il a été adopté est aujourd'hui fermé. Il est néanmoins convaincu de ne pas avoir été désiré, certain d'être condamné au pire. "Ma mère a accouché, mais elle n'a pas donné la vie. J'ai l'impression de ne pas exister et de ne pas être aimable... Je refuse l'amour des autres, parents ou petites amies. Je redoute la trahison ... l'abandon." Franck se raccroche à l'association d'aide aux enfants adoptés qu'il veut fonder pour faire comprendre aux services d'adoption "qu'un bébé de quinze mois a un vécu dont ils doivent tenir compte".
Des convictions qui n'empêchent pas Franck, par intermittence, de croire à des lendemains moins sombres : "Peut-être que les parents adoptifs aussi donnent la vie ?" Toutes ces questions, Hervé, 36 ans, père de deux enfants, se les est longtemps posées. "Je les ai d'abord refoulées. Je pensais : 'Vous pouvez me disputer, vous n'êtes pas mes vrais parents.' Mais je me taisais, je craignais qu'ils me rejettent. J'ai ainsi construit deux histoires en parallèle. Et au collège, tout a explosé." Fugues, acide et colle, échec scolaire. L'adolescent, né au Zaïre d'un Haïtien et d'une Belge, adopté à dix-huit mois, "teste" ses nouveaux parents, obligés d'aller le récupérer dans les rues où il mendie et les squats où il couche. "S'ils m'avaient lâché, cela aurait confirmé mes doutes. Heureusement, ils n'ont pas démissionné. Ils m'ont rassuré en me prouvant que, quelle que soit mon attitude, ils restaient mes parents." Hervé va par la suite se libérer du "fantasme biologique".
Il rêvait d'une mère africaine miséreuse violée par un soldat européen ; il découvre une femme issue de la grande bourgeoisie belge, sacrifiant son nourrisson à l'honneur familial. En bref, il aura fallu vingt-huit ans à Hervé pour se dégager de ses chimères... "L'adoption ne va pas de soi. L'amour n'est pas un dû. C'est avec le temps et les épreuves qu'on a une chance de s'apprivoiser. Lentement, la reconnaissance a cédé la place à l'amour, et j'ai compris que le lien de sang n'était pas forcément le lien suprême. Maintenant, je peux l'affirmer : j'ai adopté mes parents". Il n'y aurait donc pas d'adoption réussie sans choix. Un choix réciproque, où chacun s'efforce d'accepter l'histoire de l'autre, son deuil ou sa joie.
Adopter ne vient-il pas du latin optare qui signifie choisir ?


(1) L’ Arbre vert, centre social Caf, 4, rue d'Annam,
75020 Paris. Tél. : 01 47 97 8919.

(2) Les prénoms ont été modifiés.

Source : Québec Adoption


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