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08/01/2006

Suicide, psychiatric illness, and social maladjustment in intercountry adoptees in Sweden: a cohort study. Dr Anders Hjern.

L' expérience scandinave.

En matière d’adoption internationale, les pays scandinaves ont des politiques progressistes avec un bon 15 ou 20 ans d’avance sur les autres pays occidentaux. Forts de ce recul que d’autres n’ont pas encore, la Suède ainsi que ses voisins norvégiens et danois ont réalisé de nombreuses études sur le développement des enfants adoptés. Leurs préoccupations ne sont pas que des projections théoriques que certains parents adoptants et organismes d’adoption aimeraient mieux voir reléguer à de pures lubies de médecins ou de travailleurs sociaux. La Scandinavie vit au quotidien les immenses victoires et joies de l’adoption internationale, mais aussi le revers de la médaille : la surreprésentation, par rapport au reste de la population du même âge ou de la même classe sociale, des adolescents et des adultes adoptés dans les services judiciaires, psychiatriques, de réhabilitation en toxicomanies ainsi que dans les morgues-oui, oui, les morgues.

À cet effet, voici la synthèse d’une toute récente étude, menée par le Dr Anders Hjern et son équipe du Centre d’épidémiologie du Conseil national Suédois de la santé et du Bien-être à Stockholm et publiée dans la revue médicale « The Lancet » du 10 août 2002 intitulée « Suicide, maladie mentale et difficultés d’ajustement social chez les adoptés à l’international en Suède : une étude exhaustive ». Le Dr Hjern et son équipe ont analysé de façon systématique tous les dossiers sociaux, médicaux et judiciaires de 8700 enfants adoptés en Asie et de 2620 enfants adoptés en Amérique latine dont les dates de naissance se situaient entre 1971 et 1979. De ce groupe de 11 320 personnes maintenant devenues adultes, 74 % avaient été adoptés à entre l’âge de 0 et 12 mois ; 16 % entre 1 et 3 ans ; 9 % entre 4 et 6 ans. Ils ont été comparés non seulement à 853, 419 adultes nés en Suède dans les mêmes années et vivant dans les mêmes milieux socio-économiques, mais aussi à un échantillon important d’immigrants du même âge.

Les conclusions sont les suivantes : la majorité se compare favorablement à leurs vis à vis suédois de naissance dans leur fonctionnement émotif et social. Mais un adulte ayant été adopté enfant à l’étranger présente un facteur de risque beaucoup plus élevé de problèmes psychologiques divers qu’une population comparable non adoptée. . Et ceux qui ne vont pas bien, ne vont vraiment pas bien.

- Un adulte ou un adolescent adopté à l’internationale sera 2 à 3 fois plus à risque d’avoir commis des crimes nécessitant un processus judiciaire que ses compatriotes non adoptés
- Un adulte ou un adolescent adopté à l’internationale sera 2 à 3 fois plus à risque d’avoir abusé de l’alcool que ses compatriotes non adoptés
- Un adulte ou un adolescent adopté à l’internationale sera de 5 fois plus à risque d’avoir eu des problèmes de consommations de drogues que ses compatriotes non adoptés
- Un adulte ou un adolescent adopté à l’internationale sera 3 à 4 fois plus à risque d’avoir été admis en psychiatrie pour tentative de suicide et autres problèmes de santé mentale graves que ses compatriotes non adoptés

Le Dr Hjern ne se contente pas d’énoncer platement ces chiffres, il se permet aussi de faire des recommandations précises suite à ces données. Parmi celles-ci, il invite les organismes ou œuvres d’adoption à informer honnêtement les postulants à l’adoption de la réalité des risques et des besoins particuliers des enfants qu’ils souhaitent adopter à l’étranger. Il fait également le souhait que les pouvoirs publics aient une politique claire pour que les enfants adoptés et leurs familles puissent avoir des accès faciles et rapides à tous les services diagnostiques, contrairement à ce qui se produit généralement, la capacité de prise en charge des parents adoptants étant souvent sur estimée par rapport à d’autres populations traditionnellement évaluées « plus à risque ». Dr Hjern recommande aussi que les enfants, les adolescents et les adultes adoptés à l’étranger reçoivent une côte de haute priorité lorsqu’ils font appel à des services sociaux ou des services psychiatriques. Pour finir, il en appelle à d’autres études pour élaborer la mise au point de méthodes d’interventions précoces durant la petite et la moyenne enfance afin de prévenir que de telles statistiques ne se perpétuent.

Malgré ce constat d’humilité, ces amis scandinaves ne remettent absolument pas en question la pertinence de l’adoption internationale. L’arrivée d’un enfant par adoption internationale est pour la Suède un apport social et démographique si positif et nécessaire que les parents y reçoivent l’équivalent d’environ $15 000.00 Canadiens, un peu plus de 10 000 euros, et ce, directement du gouvernement, pour payer la majeure partie de leur adoption ! Qui dit mieux ?

Auteur : Johanne Lemieux, travailleuse sociale
Bureau de consultation en adoption de Québec, Ste-Foy, Québec, Canada

Source : http://www.meanomadis.com

 

20:25 Écrit par collectif a & a dans Etude - Recherche | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Suède, Anders Hjern, Johanne Lemieux | |  del.icio.us

30/12/2005

Troubles de l'attachement. Johanne Lemieux.

 

Un enfant avec une difficulté d'attachement pense qu’il a besoin de tout contrôler pour être en sécurité. Il a tendance à faire de la triangulation, c'est-à-dire à diviser pour régner. Ainsi, par extension, beaucoup de ces tyrans ou usurpateurs qui font l’histoire sont en fait des individus brillants qui dans leur enfance ont souffert de troubles graves de l’attachement. Pour arriver à ses fins, l’enfant n’hésite pas à mentir de manière à chercher la sympathie d’un des deux parents, d’un professeur ou de tout autre adulte significatif pour s’en faire un allié contre l’autre parent. Son sens moral n'est plus celui qu'on attendrait d'une personne en devenir.

Les défis, les poblémes puis enfin, les plus graves, les troubles de l'attachements mal diagnostiqués ou mal soignés, sont probablement responsables de la plus grande partie des ré-abandons d’enfants par leurs nouveaux parents adoptants.

 

Johanne Lemieux, travailleuse sociale, Québec, Canada
Source : www.meanomadis.com

 

Sur le même sujet

-> Notre adoption est un échec.
Témoignage d' Ophélie, via le forum Enfances & Familles d'adoption.

-> Les blessures invisibles ou la santé mentale des enfants adoptés.

-> Ils ont peur de s'attacher, peur d'être à nouveau lâchés.

-> "Ne vaudrait-il pas ne mieux s'attacher à rien pour n'avoir pas ensuite la douleur de perdre ce qu'on aime." Eugénie de Guérin.

29/12/2005

Touchez pas à mon coeur. Johanne Lemieux.


"Bienvenue en zone de guerre...", dit Paula Pickle. Citation étrange, exagérée, voire même complètement farfelue … Cette Paula doit être complètement à côté de ses pompes pour oser parler en ces termes de son enfant et de sa vie de famille ! Vous avez raison: Paula était absolument à côté de ses pompes avant que sa fille adoptive ne soit finalement diagnostiquée comme souffrant d’un grave "désordre de l’attachement", avant que sa fille reçoive enfin une thérapie appropriée et que Paula et son conjoint s’initient à des méthodes éducatives très particulières pour aider leur petite à grandir normalement.


Les problémes et les troubles de l’attachement demeurent méconnus. Un enfant ne naît pas avec un trouble de l’attachement. L’étiologie de ce trouble n’est pas liée à la génétique, ni aux conditions de grossesse de la maman biologique. Les troubles ou désordres d’attachement s’expliquent par la multiplication des ruptures avec les adultes importants et significatifs pour l ‘enfant, à la négligence physique et affective, au stress dû à la violence et aux abus. On pourrait visualiser ces menaces vécues dans le prime enfance comme capable de sur-développer le cerveau "reptilien", celui de la survie et de sous –développer d’autres parties du cerveau, comme ceux du contrôle des émotions, des habiletés sociales, de la confiance envers autrui, notamment ici des segments des lobes frontaux. Ces réalités neurophysiologiques particulières rendent ainsi caduques plusieurs psychothérapies classiques qui font appel aux parties "sophistiquées" du cerveau.


Les troubles ou désordres de l’attachement doivent, comme toute autre problématique, être visualisés dans un continuum de gravité. Tous les enfants adoptés auront avec leurs parents adoptants des défis d’attachement : facilité exagérée avec les étrangers , attention éparpillée,etc Mais une petite minorité seulement auront des défis trop grands et assez graves pour être diagnostiqués comme souffrants d’un désordre de l’attachement. Il ne s’agit pas ici de défis normaux d’attachements parent-enfant, de ce nouvel arrivant qui va de sa mère à la gardienne autant qu’au facteur. Il ne s’agit pas des petits problèmes d’ajustements dans la période prévisible d’adaptation de 6 mois à un an après l’adoption. Il ne s’agit pas digressions comportementales comme les autres qui peuvent être réglés par les méthodes éducatives traditionnelles. Il s’agit d’un problème de santé mentale très complexe :un problème ou les parents adoptants ne sont pas "coupables" mais ou ils auront inévitablement la responsabilité de soigner. L’impact du trouble de l’attachement sur la santé mentale des parents est d’ailleurs indéniable, particulièrement sur celle des mamans adoptives.


La maladie, il faut bien se rendre compte que s’en est une, prend source dans le vécu pré-adoption de l’enfant, quelque part entre 0 et 18-24 mois, là où toutes les expériences physiques et affectives sont absolument déterminantes pour le fonctionnement émotif et social des enfants. D’une certaine façon, ces expériences font en sorte que le cerveau de l’enfant "décidera" de faire confiance ou non au monde extérieur. Le jeune bébé humain est si dépendant des soins de l’adulte, si vulnérable à la faim, au mal ou froid ! Se réveiller la nuit sur une place publique ou souffrir d’infections qui le rongent, le met en danger, même en danger de mort. Seul un adulte chaleureux répondant jour après jour à la détresse d’un bébé ou d’un jeune enfant peut faire fructifier, en quelque sorte, sa matière cérébrale. Au-delà des dérèglements des synapses et autres connections physiologiques, des études tomographiques du cerveau des enfants « irrécupérables » des mouroirs de Caucescu ont ainsi pu démontrer de réelles lésions anatomiques chez ces figures d’Épinal de la négligence.


Si un adulte répond de façon rapide, cohérente, chaleureuse et prévisible aux besoins et à la détresse de l’enfant, il n’aura pas à développer des moyens pour se calmer seul, ne vivra pas toujours la rage, la frustration, la peur et le désespoir. Il conclura que le monde extérieur est fiable, sans danger, que les adultes sont dignes de confiance. Si par contre, la réponse à la détresse est lente, incohérente, par exemple si on donne à boire à l’enfant lorsqu’il a mal, si la réponse est faite dans la froideur,si elle s’avère tout à fait imprévisible parce que ce n’est jamais la même personne qui prodiguent les soins et de la même façon, l’enfant expérimentera beaucoup plus souvent la colère, la peur et le désespoir. Beaucoup d’enfants adoptés ont subi tant de négligences dans leur famille d’origine, dans des orphelinats surpeuplés ou des familles d’accueil inadéquates qu’ils développent une perception faussée des relations humaines. Ces distorsions sont imprégnées dans leur cerveau. Elles les font réagir de façon totalement déconcertante par une fermeture à l’amour parental.


D’un point physiologique, la capacité de s’attacher se développe avant l’âge d’un an, plus particulièrement à partir de l’age de 9 mois. Les câlins et la présence rassurante d’un adulte ont ainsi un effet direct sur le développement du cerveau. Autrement dit, les câlins nourrissent le cerveau. Le manque d’attention, de stimulation, de communication avec l’enfant occasionnerait une atteinte dans le cortex pré-frontal droit du cerveau. Entre 12 et 18 mois, l’enfant vit ensuite sa période dite d’inhibition sociale, par conséquent, il apprend ce qui est bon et ce qui est mauvais à travers les rétroactions des gens avec qui il est en relation. Après s’être d’abord attaché à une figure représentative entre 9 et 14 mois, le cerveau en appelle maintenant à la régulation. On peut donc voir ici toute l’importance de la nourrice, de la soignante dans les soins de l’enfant. Par des sourires ou des gros yeux visant à approuver ou à désapprouver l’enfant, c’est toute l’imbrication hormonale et neurologique qui apprend ainsi à être modulée,sans que rien n’y paraisse. Un enfant insuffisamment attaché à une figure humaine, sans guide pour l’orienter vers le bon et non le mauvais, est, sauf exceptions un enfant perdu, encore un.


Le diagnostic est d’autant plus difficile à faire que les troubles de l’attachement partagent plusieurs manifestations communes avec d’autres troubles de développement tels que le déficit d’attention avec ou sans hyperactivité, les troubles d’opposition, les troubles anxieux et surtout le syndrome d’alcoolisation fœtale. Il y a d’ailleurs une comorbidité chez les enfants adoptés ou pour dire autrement la possibilité qu’un enfant souffre de plusieurs troubles à la fois.

Chez un enfant abandonné, puis adopté, les troubles de l’attachement devraient toujours être parmi les premiers diagnostics à envisager.

Johanne Lemieux, travailleuse sociale, Québec, Canada
Source : Extrait de: "L’enfant adopté dans le monde en quinze chapitres et demi"
Éditeur : Les Éditions de l’Hôpital Ste-Justine, Québec, Canada



28/12/2005

Les attachements particuliers. Jean-François Chicoine et Johanne Lemieux.

« Tant que l’on aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant qu’on aura pas dit que, jusqu’ici, cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quelque chose qui change. »

Professeur Henri Laborit
Mon oncle d'Amérique d'Alain Resnais


L’enfant adopté qui se méfie des adultes n’a pas raison, mais il a des raisons de le faire. Ses manières d’être, d’agir et de réagir sont déterminées par la somme des expériences fœtales et environnementales auxquelles il a eu plus ou moins droit (ou pas) : alcoolisation fœtale, malnutrition, ruptures, maltraitance, saleté repoussante, etc. Plus il aura souffert, plus longtemps il aura souffert, moins l’enfant sera en confiance avec qui que ce soit.


Ses manières d’être, d’agir et de réagir sont également déterminées par la somme des expériences environnementales auxquelles il a et aura plus ou moins droit (ou pas) : solidité parentale, disponibilité parentale, empathie parentale, etc. Plus les parents adoptifs seront suffisamment bons, selon l’expression chère à Winnicott, plus l’enfant aura confiance en lui et meilleur sera son appétit pour l’autre.


Le cerveau médian

Un jour, l’enfant adopté pourra mentaliser, verbaliser, raconter ses peurs, ses déboires, ses souffrances passées mais, sans égard à son cerveau noble, il ne s’agit pas encore de cela. Pour mieux comprendre pourquoi un enfant profite de son adoption et l’autre pas, ou pas vraiment; pour mieux décoder ses colères, son angoisse, sa dépression, ses difficultés à se fondre au tout parental, à s’y attacher en quelque sorte, il faut fouiller sous la matière corticale et d’abord reconnaître ce qu’il y a d’animal dans le bébé de l’homme- mammifère: son cerveau limbique ou paléomammélien et le rôle déterminant qu’il a sur sa capacité de survie et sur ses stratégies de survivant.


Le quart du cerveau se développe dans le ventre de la mère, les trois quarts dans la réciprocité parents-enfant, dans les bras comme dans l’accordage affectif des regards mutuels, et ce surtout durant les 3 premières années de la vie. Il suffit de mesurer la circonférence crânienne en croissance pour finir de s’en convaincre.


De la naissance à 9 mois environ, la matière cérébrale se nourrit notamment de graisses et d’affection, ce qui permet le développement anatomique des structures préverbales du cerveau, donnant ainsi à l’enfant sa capacité d’être au monde. L’impossibilité de réaliser sainement cette étape charnière conduit à des comportements autonomes d’autostimulation et d’automutilation, le lieu dit de l’autisme institutionnel des enfants de l’Europe de l’est. Entre 8 mois et 12 mois environ, par le jeu des neurohormones et l’arrivée d’un système régulateur sympathique, le cerveau droit va spécialiser une partie de son système limbique, notamment une portion nommée « girus cingulé », le grande responsable de l’attachement sélectif. La peur de l’étranger de l’enfant fait maison s’explique par cette évolution de la physiologie cérébrale. En orphelinat, où les figures de référence sont changeantes ou moins maternalisantes, les difficultés ou l’impossibilité de réaliser sainement cette étape conduisent à l’insécurité affective, au style relationnel insécurisé, à la socialisation erratique, voire aux défis, aux problèmes ou aux troubles de l’attachement quand survient pour l’enfant l’occasion de s’attacher, de confier son regard, son corps, ses aventures à un adulte enfin susceptible de le parenter.

 

La blessure cérébrale

Imaginez que l’enfant pleure, qu’il a faim, qu’il a besoin de voir ou d’être regardé et que, par le passé, les réponses à ces détresses répétitives n’ont jamais été rapides, chaleureuses, cohérentes et prévisibles; imaginez que les émotions, les besoins, les désirs que ce petit être s’apprête à partager avec l’univers ne rebondissent sur rien, ni personne; imaginez ses attentes, les neurones qu’il a câblé et qui le confortent dans l’image qu’il a de lui dans le monde; les neurones qu’il a élagués et qui le confortent dans l’image qu’il a du monde face à lui ; mesurez - et c’est possible en laboratoire avec un dosage du cortisol sanguin- son état d’hypervigilance et de stress permanent et vous réaliserez à quel point cela l’éloigne de la structure et du fonctionnement normatif du cerveau, à quel point sont grands les défis de sa permanence sensorielle et motrice, les défis permettant une force de frappe de sa personne et une qualité d’ouverture à l’autre.


Les attachements particuliers qui en résultent défient toute relation humaine, challenge le principe même de l’adoption, à moins que les parents adoptifs n’aient été informés, éduqués et guidés en termes de décodage, de prévention et d’intervention précoce sur la prise en charge relationnelle du cerveau souffrant et de sa résilience possible par l’arrivée du tuteur parental.


Incidemment, l’euphorie qui a permis la création de centaines de milliers de familles par adoption ne doit plus cacher cette nécessité pour les intervenants et pour les parents de posséder des connaissances spécifiques dans la prise en charge en post-adoption internationale, notamment en guidance anticipatoire autour de l’attachement, et ses troubles attendus et surmontés. Devant l’ampleur de la détresse orpheline de l’enfant, de ses besoins longtemps inassouvis, de ses droits bafoués, combien de parents adoptants n’ont-ils pas eu peur d’en rajouter à leurs propres deuils, à leurs propres errances de combattants? Combien de parents avaient-ils la contenance et le temps nécessaire pour panser une blessure organique? L’humilité que ça prend ou encore, plus prosaïquement, la bonne technique disciplinaire, solide, mais jamais humiliante pour faire grandir ce petit être qui a déjà tant donné dans l’humiliation et la honte ? Combien ont su repérer ces stratégies de survie propres à l’enfant négligé et carencé et qui portent tant préjudice à son éventuelle mise en famille? Enfin, combien ont-ils reçu l’écoute nécessaire garante d’un processus d’attachement mieux réussi ?

La valeur ajoutée


« Votre fils adoptif s’est adaptée à sa nouvelle vie mais il m’apparaît clair qu’il ne s’est pas attaché à vous. Il ne vous fait pas confiance. Il n’a jamais remis sa vie entre vos mains. »


Comme des milliers d’autres, les parents de ce rejeton dominicain de 3 ans se sont longtemps émerveillés de le voir contrer des défis apparemment insurmontables, une maigreur inquiétante, des retards en dessin, des difficultés en mathématiques; ils ont vu et encouragé avec fierté son extrême autonomie et sa sociabilité d’enfer ; ils ont longtemps sourit à l’émergence de ses compétences, de ses talents mais aujourd’hui leur fils adoptif de 12 ans est devenu si colérique, opposant, contrôlant et manipulateur qu’ils se retrouvent brisés, comme socialement infertiles, face au psychologue à qu’ils ils ont demandé de l’aide. Il n’est pourtant pas le premier consulté. Mais cette fois-ci, ils comprennent enfin la mécanique, l’ampleur, voire le sens de la blessure primitive de l’enfant à options à qui ils ont tout donné, tant et si bien qu’ils ont occulté la cassure, l’option adoptive justement.

Cette option n’est pas un handicap, une tare ou un défaut de fabrication, c’est plutôt une valeur ajoutée. Les enfants survivants ont acquis des capacités d’adaptation bien au-dessus de la moyenne mais des capacités d’attachement inversement proportionnelles. Trop de parents et de professionnels bien intentionnés, croient encore qu’un enfant adapté à sa nouvelle vie est automatiquement un enfant attaché à sa nouvelle famille. Dans les faits, le travail d’apprivoisement et d’adaptation précède de plusieurs mois, voire en termes d’années, la relation d’attachement. Du moment où il est en meilleure santé, dort bien, mange bien, sourit et fait plein de bisous, la société d’accueil conclu que l’arrivant est adapté, donc que le travail d’intégration est terminé et qu’il n’y a plus rien d’autre à faire que de l’aimer, et de se laisser aimer.

L’attachement n’est pourtant pas l’amour, ni l’amour que l’on ressent pour l’autre, ni l’amour des autres. Pour mieux comprendre le lien d’attachement qui s’inscrit entre un enfant et son parent, il vaut mieux évoquer la notion de confiance que la qualité du sentiment d’amour, cette confiance en soi et en l’autre qui deviendra, avec l’âge, conscience de soi et conscience des autres. En ce sens, l’attachement est un comportement évolutif, très important parce qu’il favorise entre autres la survie du bébé du bébé de l’homme qui mourrait autrement. Du coté de chez soi, l’attachement sain permet l’autonomie, la fierté, l’estime de soi. Du coté des autres, l’attachement facilite la communication, le sens de l’altérité, la mesure du bien et du mal. De la même manière qu’une femme peut aimer son mari sans jamais lui faire confiance, un enfant peut aimer et se sentir aimé de son parent sans totalement lui faire confiance.

Ainsi donc, les difficultés d’attachement en adoption internationale ne sont pas des maladies d’amour, plutôt des pannes de confiance éclairés par le passé organique et environnemental des expériences d’origine du cerveau de l’enfant adoptif, tant sur les plans physiques, sensoriels, moteurs, cognitifs que dans les dimensions affectives et sociales

Jean-François Chicoine, pédiatre et Johanne Lemieux, travailleuse sociale
Extrait de: "Les troubles de l'attchement en adoption internationale"
Société de pédiatrie internationale / Le journal des professionnels de l'enfance, Paris, France


Source : http://www.meanomadis.com/

27/12/2005

L'histoire de Marie. Johanne Lemieux.

Marie a 35 ans lorsqu’elle part en Thaïlande chercher son premier enfant qu’elle nommera Nicolas. Son conjoint est un peu plus âgé qu’elle, et déjà père de deux filles adultes nées d’une première union. Enseignante en technique infirmière, Marie se sent tout à fait préparée à accueillir et à aimer un enfant éventuellement malade, insécure, et avec de petits retards de développement. Le dossier Thaïlandais rapporte en effet que Nicolas a été trouvé dans une rue du quartier Patpong de Bangkok, maigre et très sale. Après deux ans en institution, sa santé serait par ailleurs très bonne. Il a actuellement 3 ans et demi. Les premiers contacts à l’orphelinat se passent plutôt mal pour Marie. Nicolas n’a d’yeux et de bras que pour son nouveau papa. Il refuse de regarder Marie, de se laisser toucher ou approcher par elle. Marie trouve cela un peu difficile, mais se raisonne : « cet enfant est en choc, a le droit de choisir une première figure de sécurité. Avec amour, patience et surtout avec le retour à la maison, tout rentrera dans l’ordre. »

 

Après six mois de congé parental, Marie n’est plus que l’ombre d’elle-même. De nature optimiste, joviale et énergique ,elle est devenue insomniaque, irritable et carrément dépressive. La déception, l’impuissance et la confusion ont envahi sa vie. Elle croit qu’elle est devenue folle, elle croit qu’elle est une mauvaise personne car son fils tant espéré et attendu refuse encore tout contact avec elle, alors qu’avec son mari et tous les autres adultes, il est affectueux, coquin et rieur, malgré ses crises de colères et son côté très accaparant. Pire encore, Nicolas « tolère » sa présence lorsque son conjoint ou un autre adulte est dans la même pièce mais devient agité, violent et totalement hors contrôle lorsqu’elle se retrouve seule avec lui dans la maison. Jacques, son mari, commence même à douter des paroles et de la santé mentale de sa conjointe. Qui est donc cette femme qui parle en des termes si effrayants de cet enfant si adorable ?

 

Pour Marie une seule explication : elle a forcé le destin, elle n’aurait jamais dû être mère, et c’est la vie qui l’a puni. Pour Marie une seule solution : quitter son conjoint et Nicolas, ils seront bien plus heureux sans elle. Jusqu’à la révélation.

 

Une amie invite Marie à une conférence donnée par un psychologue qui décrit ce que sont les désordres de l’attachement chez les enfants placés en famille d’accueil ou en adoption : le rejet parfois violent d’une nouvelle figure maternelle ,et ce peu importe les merveilleuses attitudes parentales , la tendance de l’enfant à la triangulation, c’est à dire diviser les adultes pour mieux contrôler son environnement. Dès l’entracte, Marie a déjà pris rendez-vous avec cet « ange tombé du ciel » comme elle se plaira à le dire.

 

Après 4 mois d’application de techniques favorisant l’attachement, avec moult conseils éducatifs spécifiques aussi renforcés par le papa, Nicolas accepte tranquillement des petits contacts physiques avec maman, de brefs contacts visuels. Surtout ne fait plus de crises violentes lorsque Marie est seule avec lui. La maison triste est redevenue une maison joyeuse. Le psychologue a averti le couple du caractère fragile à court terme de ces améliorations, des régressions et des rechutes possibles. Il a assuré à la famille son soutien au besoin et la possibilité d’entreprendre dans les mois qui vont suivre une thérapie directement avec l’enfant, et en leur présence.

 

Marie a ainsi appris qu’elle n’était ni folle, ni punie par le destin.

Johanne Lemieux, travailleuse sociale, Québec, Canada
Extrait de:"L’enfant adopté dans le monde en quinze chapitres et demi"
Les Éditions de l’Hôpital Ste-Justine, Québec, Canada.

Source : http://www.meanomadis.com

 

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