Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/01/2010

Devons-nous envoyer en internat notre fille adoptive, qui vole et qui ment ?

psychologiecom.jpgNous avons adopté, il y a quatre ans, une enfant roumaine de 8 ans. Très vite, elle a présenté des « troubles de l’attachement » (vols, mensonges, violence). Notre famille est malmenée. Le pédopsychiatre qui la suit depuis trois ans préconise l’internat. Aidez-nous. Paule - Grenoble.

 


La réponse de Claude Halmos. Psychanalyste.


Votre lettre, Paule, m’a fait me poser beaucoup de questions. Non pas par rapport à vous, mais par rapport aux professionnels qui s’occupent de votre fille.

 

Cette enfant en effet a déjà subi, à 12 ans, plus de traumatismes graves que bien des adultes. Elle a vécu la perte de ses parents biologiques ; connu les orphelinats roumains, dont on sait qu’ils ne sont pas des modèles d’humanité, l’arrachement à la langue qui a été celle de ses premières années et enfin l’arrivée dans une famille qu’elle ne connaissait pas. Vous étiez prêts à l’aimer ? Certainement. Mais pensez-vous qu’avec une histoire pareille, un enfant puisse encore croire un adulte et lui faire confiance ? Elle s’est mise à mentir, voler et se montrer violente ? Cela n’a rien d’étonnant. Elle ne fait que reproduire ce qu’on lui a fait.

 

La vie lui a volé ses « parents de naissance ». On lui a sans doute menti plus souvent qu’à son tour. Quant à la violence, outre celle inhérente à sa situation, les orphelinats roumains n’en sont pas exempts… Or, au lieu d’écouter sa souffrance (et la vôtre), on pose un diagnostic déshumanisé : « troubles de l’attachement ». On vous conseille d’ignorer ses provocations et, pour vous protéger, de la mettre en pension, c’est-à-dire de lui faire vivre un nouvel abandon.

 

Mais comment n’aurait-elle pas des difficultés à s’attacher ? Qui s’est attaché à elle ? Qui s’est préoccupé de ses attachements de bébé ? Un enfant adopté, Paule, arrive dans sa famille adoptive avec son histoire et il la répète toujours. Il faut donc d’abord aider ses parents adoptifs à comprendre qu’ils ne sont pas en cause. Leur donner les moyens d’analyser ce que suscite chez eux l’attitude de l’enfant. Et faire avec eux et ce dernier un travail pour décrypter ses comportements de façon à pouvoir reconstituer son passé, le lui restituer et lui permettre de le dépasser. C’est-à-dire de retrouver la force de prendre à nouveau le risque d’aimer.

 


Source: Psychologie.com

06/07/2008

Psychologies.com - Réponse d'expert : Claude Halmos, psychanalyste

ClaudeHalmos.jpg... ... ...  Devons-nous envoyer en internat notre fille adoptive, qui vole et qui ment ?
Nous avons adopté, il y a quatre ans, une enfant roumaine de 8 ans. Très vite, elle a présenté des « troubles de l'attachement » (vols, mensonges, violence). Notre famille est malmenée.
Le pédopsychiatre qui la suit depuis trois ans préconise l'internat. Aidez-nous.

Paule - Grenoble




La réponse de Claude Halmos



Votre lettre, Paule, m'a fait me poser beaucoup de questions. Non pas par rapport à vous, mais par rapport aux professionnels qui s'occupent de votre fille.

Cette enfant en effet a déjà subi, à 12 ans, plus de traumatismes graves que bien des adultes. Elle a vécu la perte de ses parents biologiques ; connu les orphelinats roumains, dont on sait qu'ils ne sont pas des modèles d'humanité, l'arrachement à la langue qui a été celle de ses premières années et enfin l'arrivée dans une famille qu'elle ne connaissait pas. Vous étiez prêts à l'aimer ? Certainement. Mais pensez-vous qu'avec une histoire pareille, un enfant puisse encore croire un adulte et lui faire confiance ? Elle s'est mise à mentir, voler et se montrer violente ? Cela n'a rien d'étonnant. Elle ne fait que reproduire ce qu'on lui a fait.


La vie lui a volé ses « parents de naissance ». On lui a sans doute menti plus souvent qu'à son tour. Quant à la violence, outre celle inhérente à sa situation, les orphelinats roumains n'en sont pas exempts… Or, au lieu d'écouter sa souffrance (et la vôtre), on pose un diagnostic déshumanisé : « troubles de l'attachement ». On vous conseille d'ignorer ses provocations et, pour vous protéger, de la mettre en pension, c'est-à-dire de lui faire vivre un nouvel abandon.


Mais comment n'aurait-elle pas des difficultés à s'attacher ? Qui s'est attaché à elle ? Qui s'est préoccupé de ses attachements de bébé ? Un enfant adopté, Paule, arrive dans sa famille adoptive avec son histoire et il la répète toujours. Il faut donc d'abord aider ses parents adoptifs à comprendre qu'ils ne sont pas en cause. Leur donner les moyens d'analyser ce que suscite chez eux l'attitude de l'enfant. Et faire avec eux et ce dernier un travail pour décrypter ses comportements de façon à pouvoir reconstituer son passé, le lui restituer et lui permettre de le dépasser. C'est-à-dire de retrouver la force de prendre à nouveau le risque d'aimer.


Source : Psychologies.com

 

 

En savoir plus sur les troubles de l'attachement

 

->  Troubles de l'attachement.
Johanne Lemieux, travailleuse sociale, Québec, Canada.

->  Touchez pas à mon coeur.
Johanne Lemieux, travailleuse sociale, Québec, Canada.

->  L'histoire de Marie. Johanne Lemieux.
Johanne Lemieux, travailleuse sociale, Québec, Canada.

->  Guide de traitement des troubles sévères de l'attachement
Niels Peter Rygaard, psychologue. Danemark.

->  Les enfants adoptés sont-ils plus fragiles que les autres ?
Si la plupart vont bien, l'étude "The Mental Health of US Adolescents Adopted in Infancy" met en évidence un peu plus de troubles du comportement, d'anxiété et de dépression que chez les non-adoptés.
Le Figaro

->  Enfants adoptés, l'envers du décor. La première enquête française sur les ratés de l'adoption.
Revue La Vie