Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/02/2011

Réponse à Christian Flavigny en réaction à l’article « L’accouchement sous X est dans l’intérêt de l’enfant » [Le Monde]

logo CADCO asso.jpgDe la dignité dans l’adoption
Par Corinne Daubigny
Psychanalyste



Que m’évoque le plaidoyer de Mr Flavigny pour « l’accouchement sous X dans l’intérêt de l’enfant » ?

Primo, l’image d'une psychanalyse rétrograde qui commencerait par stigmatiser comme névrose et pathologie les revendications citoyennes d'un dialogue sur la pertinence des lois françaises au regard du droit international, des droits de l’Homme (donc aussi bien des femmes et des enfants), des acquis des sciences sociales ; et donc surtout finalement au regard des voix de toutes les personnes concernées par la loi (parents de naissance, personnes adoptées et parents adoptifs).

Envoyer sur le divan toute personne adoptée s’interrogeant sur le bien fondé des lois sur l’adoption et l’accouchement sous X, est-ce que ça concerne « l’intérêt de l’enfant » ou prioritairement les intérêts (mal compris) des psys ?

Ca me renvoie l’image d'une psychanalyse aliénante qui chercherait systématiquement la source de la souffrance du sujet dans un sentiment de culpabilité présumé chez le patient que le thérapeute se chargerait d'absoudre. On y apprend d’ailleurs que si l’accouchement sous X a constitué une « fracture », il suffit d’aider l’enfant à « tourner la page » (la page de son sentiment de culpabilité, pour l’auteur), et la fracture se révèle utile à l’ »épanouissement « de l’enfant. Ce qui défie toute clinique du traumatisme !
Enfin l’image inquiétante d'une psychanalyse qui, dans le débat politique, veut occuper la place de l'expertise en rejetant la voix de ceux qui s'expriment, tout en parlant en place de ceux qui se taisent.

Mais de quelle expertise s'agirait-il ?

L'expertise d'une psychanalyse occupée à nier ses fondements, interprétant désormais le silence comme un signe de bonne santé et la parole comme le signe d'égarement ? « Qui ne dit mot consent », dit l’adage populaire. Mais doit-on confondre résignation et santé ? Tout tient donc à la nature du consentement ! dans l’adoption encore plus qu’ailleurs.

L'expertise d'une psychanalyse aliénante qui voudrait donner à croire que l'identité du sujet se soutient du seul désir de ses parents ? Comme si jamais le désir des parents n’allait à l’encontre de la construction du sujet ...

L'expertise d'une psychanalyse qui tiendrait pour négligeable au regard de la parenté et de la filiation le fait de mettre au monde les enfants, et qui nierait globalement la dette de vie de tout un chacun ?

L'expertise antisociale d'une psychanalyse qui voudrait faire reposer l'adoption plénière sur l'accouchement sous X : on ne saurait donc (plus) adopter plénièrement des enfants qui auraient le malheur de connaître leurs parents de naissance et d'avoir été d'abord reconnus par ces derniers ? !

L'expertise d'une psychanalyse obscurantiste et rétrograde qui semble ignorer le vrai ressort des conventions internationales ? Pour mieux en contester la pertinence ?

Pourtant ces conventions ne visent nullement à réduire la parenté au génétique - sans quoi elles ne viseraient probablement pas à organiser l'adoption. Elles visent à prévenir les trafics d'enfants favorisés par la réduction au silence des parents de naissance, et à organiser le transfert de droits sur lequel l'adoption plénière repose fondamentalement : même si la loi française a, en effet, bien du mal à le reconnaître.

Que cette image de la psychanalyse puisse trouver la caution de la psychiatrie est d'autant plus alarmant. Heureusement, la psychiatrie sait montrer un autre visage, et la psychanalyse aussi : un visage plus respectueux de la parole et du droit des gens.
Oui, la psychanalyse, comme bien d'autres champs du savoir (et même tous), est traversée par des idéologies, et ces idéologies n'existeraient pas sans ceux qui pensent pouvoir y trouver leur bonheur. Le vrai et le juste peinent à se faire entendre et supposent en tout cas d'entendre toutes les parties en pesant sérieusement leurs arguments.

Mr Flavigny reprend les siens à des auteurs que nous connaissons depuis quarante ans. Ils n'ouvrent aucune perspective nouvelle et s'appuient sur une déformation grossière des arguments des tenants d'une plus grande transparence des processus d'adoption au regard des désirs et des droits de chacun. Car nulle part l'adoption ne peut se réduire à des "protocoles".
Rien dans l'attention portée à l'éthique de ce processus n'indique un culte quelconque du "génétique".

Par contre l'idéologie raciale la plus meurtrière de tous les temps a fondé sa conception de l'adoption (plénière parce que substitutive) sur le déni de la maternité des mères d'origine et leur silence organisé : ça s'appelait des Lebensborn. Et l'actualité récente, en Espagne, nous rappelle à ses conséquences. Ces Lebensborn ont probablement fondé aussi des familles heureuses, et sans aucun doute des familles globalement silencieuses : osons penser que ça n'ôte rien à l'indignité du "protocole" en question !
Cela nous rappelle en tout cas que l'idolâtrie du tout-génétique n'est pas forcément là où veut le croire.

Pour conclure en deux mots :

- Parler de l’unité psycho-somatique dans la construction de l’identité de l’enfant demande de dépasser l’opposition grossière entre filiation génétique et filiation symbolique.
- Assurer à chacun de pouvoir d’agir dans la dignité, c’est ce que devrait garantir tous les protocoles qui autorisent l’adoption, c’est à dire un processus, appuyé sur des actes juridiques, qui engage tout le reste de la vie psychique et sociale de toutes les personnes concernées.

Paris, le 10 février 2011
Psychanalyse au singulier
http://www.corinne-daubigny.com


Source : Forum CADCO | Pierre Verdier | 11.02.2011

 

Origines personnelles : entre mémoire, solidarité et avenir. Corinne Daubigny.

« Je voudrais bien être le confesseur de la vérité, non pas le martyr. » Montesquieu
Brève histoire, en forme de témoignage, des mouvements sociaux qui ont récemment accompagné l’évolution des représentations collectives et de la législation en matière de « droit » à la connaissance des origines personnelles1. Porte étroite ouvrant sur des questions de choix éthiques...
Lire la suite


14/12/2005

Origines personnelles : entre mémoire, solidarité et avenir. Corinne DAUBIGNY

" Je voudrais bien être le confesseur de la vérité, non pas le martyr"
Montesquieu

Résumé


Contrairement à la grande majorité des pays européens, la France admet l’effacement de l’identité des parents d’origine, tant dans les pratiques de dons de gamètes que dans l’accouchement anonyme légalement organisé.  Seule une minorité de psychanalystes reconnaissent les risques liés à ces pratiques pour le devenir des personnes concernées. L’impact d’une dimension républicaine hostile au « lien de sang » participe à cette résistance, sans qu’on puisse écarter les rêves eugénistes que permettent les dons de gamètes anonymes.
 Au moment où, pour lutter contre les trafics d’enfants dans l’adoption internationale,  la Convention internationale de La Haye préconisait le recueil de l’identité des parents de naissance afin de s’assurer de leur consentement, la France renforça au contraire son dispositif en faveur de l’accouchement anonyme.
Un mouvement social s’est néanmoins développé  pour le droit d’accès aux origines personnelles et contre la pratique de l’accouchement anonyme, composé de personnes concernées (adultes nés sous X, pupilles de l’Etat, adoptés, mères d’origine ayant accouché sous X, et quelques parents adoptifs), de chercheurs et de professionnels, mettant en œuvre des échanges nouveaux entre ces catégories de personnes.
Il aboutit en 2002 à l’instauration d’un droit « conditionnel » à l’accès aux origines, les parents de naissance pouvant déposer leur identité sous forme de secret réversible; mais l’accouchement anonyme n’est pas aboli, et l’on peut craindre de nouvelles complications. Dans le même temps l’opinion publique découvrit l’ampleur des trafics d’enfants dans l’adoption internationale, alors que la France occupe en ce domaine le deuxième rang mondial. Ces trafics existent aussi à une échelle moindre à l’intérieur du pays.
Le recueil de l’identité des parents de naissance et le droit d’accès à la connaissance des origines personnelles apparaissent  dès lors comme une des conditions permettant de maintenir le fondement éthique de l’adoption. L’adoption serait à reconsidérer dans le sens de l’acceptation d’une pluri-parentalité, du développement des « liens sociaux autour de la naissance » (Derrida) et même d’une forme de solidarité. La cohérence du droit mènerait à modifier la conception de l’adoption plénière et à remettre en cause l’anonymat des dons de gamètes.
En matière de coopération internationale dans le champ de l’adoption certaines recherches cliniques et pluridisciplinaires devraient aujourd’hui se poursuivre, concernant :
-          les conséquences des conditions traumatiques du recueil d’enfants sur le développement des familles et des personnes , compte tenu de  l’histoire économique et politique mondiale de ces dernières décennies ;
-          l’effet de la mise en application de la Convention de la Haye sur l’évolution du nombre d’enfants nés sans filiation ; les éventuels problèmes psychologiques et sociaux que posent ces mesures  ;
-          les conséquences de l’anonymat des origines  sur les dynamiques familiales et pour le développement des personnes;
-          les effets des retrouvailles tardives sur les familles adoptives comme sur les parents de naissance.
Cette coopération, responsable devant les enjeux éthiques et politiques de l’adoption internationale,  permettrait de mieux orienter tant les pratiques sociales que les pratiques cliniques.

Rapport complet