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08/08/2009

Enfants placés, des « produits » bons pour l’adoption ?

Prenons la parole Francoise Boisseau.jpg

 

Voici l’essentiel d’un article d’Anne-Marie Illera, paru en mai 2009 dans le numéro 285 de Journal du Droit des Jeunes - la revue d'action juridique & sociale, intitulé « Adoption : vers où allons-nous ? ». Ce texte était joint au dossier de presse remis aux journalistes présents le 3 juin 2009 à l’écoute de Catherine Gadot, de Jean-Pierre Rosenczveig et de Pierre Verdier. Madame Illera  est une psychologue clinicienne branchée sur l’intérêt vrai des enfants, celui des enfants « placés » notamment.


Avant cette note, 2 billets sur ce blog à propos de la conférence de presse du 3 juin 2009. L’un du 11 juin intitulé  « Enfants placés à adopter ? Un scandale ! » introduisant à ce qui a été dit ce 3 juin sur le thème : 29 000 familles en attente, 29 000 enfants en magasin, suite au Projet de Loi relatif à l’adoption déposé au Sénat le 2 avril 2009. L’autre du  24 juillet 2009  « Enfants « placés » à saisir ! » avec le résumé et l’intervention en vidéo de Catherine Gadot à ce sujet.

 

Anne-Marie Illera est claire : « Et voilà que revient, encore une fois, le projet de « faire adopter » les enfants de l’ASE  (…) Sait-on encore que l’adoption c’est trouver une famille pour un enfant qui n’en a pas ? Et non l’inverse ! ».

 

Tout est là.

 

Pour des raisons diverses, il faut trouver des enfants à adopter pour satisfaire - non pas les enfants de l’ASE (Aide sociale à l'enfance) - mais des familles en mal d’enfants.

 

Il y a d’emblée un hic, et de taille ! Car si des adultes demandent à adopter, il est très rare que les enfants, eux, souhaitent être adoptés. C’est même carrément exceptionnel !

 

Ce n’est pas moi qui invente cela mais Cécile Delannoy qui l’écrit, une personne dont l’avis compte pour l’avocat Pierre Verdier qui n’est pas un imbécile.

Madame Illera poursuit : « La ministre nous dit qu’ils « ont besoin d’amour et de stabilité pour bien grandir. »

« Un enfant quoi qu’on en pense » poursuit plus loin Anne-Marie « est inscrit dans sa filiation de naissance et attaché à ses parents, sauf dans de rares exceptions…même lorsqu’il y a maltraitance. »

La maltraitance, ça va ça vient. Il fut une époque où, en cas d’alcoolisme d’un parent, on arrachait systématiquement les enfants à leur famille même sans maltraitance. Et Dieu sait si les personnes touchées par l’acool sont des parents affectueux, attachés à leurs enfants !


La ministre déclare encore joliment quant à ces adoptions curieusement organisées : « Ce sera au cas par cas, il n’y a pas d’objectifs chiffrés ».

A quoi Anne-Marie Illera rétorque : « Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai du mal à le croire ça dans le contexte actuel où tout n’est plus que chiffres et performances. Bien sûr que si ! Demain il faudra satisfaire les candidats à l’adoption (qui sont aussi des électeurs) et il faudra « faire du chiffre », avec l’adoption des enfants délaissés comme avec le reste … »

Madame Illera pose ensuite la question : « Pourquoi faire une loi par-dessus celle qui existe déjà ? »

Facile.

Alors qu’aujourd’hui on peut déjà, après un an de délaissement, prononcer officiellemnt un abandon pour rendre un enfant adoptable, il sera possible avec cette loi miracle – si on ne réagit pas – de faciliter le circuit abandon-adoption, sans penser un instant à l’intérêt vrai de ces enfants.

Et Anne-Marie poursuit : «Puis, nous pourrons passer à six mois car le temps presse : le séjour en famille d’accueil sera enfin déclaré néfaste pour les enfants. Cela permettra, de surcroît, de réelles économies pour le budget de l’ASE.
Comme cela, discrètement, rapidement, en toute légalité, et presque sans faire exprès, « la machine » ASE pourrait enfin rendre « ses » enfants adoptables.
Le rapport Colombani, à l’origine de cette réforme, ne serait-il pas le reflet du positionnement de certains « gens de terrain » ? (…)
Le risque de dérive est grand car nous voyons bien qu’il sera plus facile de « laisser couler » une situation que de se battre jour après jour, semaine après semaine, souvent sans reconnaissance, pour que des parents en difficulté relèvent la tête et reprennent une vie plus ou moins « ordinaire » avec leurs enfants. Ceci, pour que leurs enfants reviennent à leur côté, sous le toit familial ou qu’ils soient, juste à côté d’eux, le temps qu’il faudra à chacun, chez une assistante familiale bienveillante et bien accompagnée.
Pouvons-nous encore leur laisser le temps de la différence, le droit à la différence ? »


En principe, un enfant devrait être placé de manière très provisoire et non durable. Certainement pas jusqu’à 18 ans, comme c’est très souvent le cas. Force est de constater qu’en général la bienveillance qui devrait être la règle vis-à-vis des enfants placés et de leurs familles « cabossés » par la vie se situe aux abonnés absents.

Tout est axé sur la mise à l’écart quasi systématique des familles, une surveillance malveillante des rencontres entre parents et enfants quand elles sont autorisées façon peau de chagrin, rencontres « maquillées » sous le nom de visites médiatisées. En fait de médiation il y a erreur sur le terme.


Je cherche dans le ciel, sur terre et sur la mer comment l’adoption forcée du côté des enfants, telle qu’envisagée par le projet Colombani-Morano, comblerait  le « besoin d’amour et de stabilité pour bien grandir » de ces jeunes.

 

De qui se moque-t-on ?

 

On a déjà bien secoué ces enfants avec des placements impensables et brutaux. On a continué en les isolant au maximum de leurs parents et de leur environnement habituel. Et on s’imagine qu’ils ne seront pas conscients qu’on les utilise comme des machines à faire plaisir au profit de familles autres que la leur ?

 

Ces enfants-là sont des êtres humains. Ils observent, réfléchissent, pensent, jugent.

 

D’ailleurs Anne-Marie Illera continue ainsi : « Et la personne dans tout cela ? Qu’en est-il de l’écoute et du respect du positionnement psychique de l’individu ? Qui va aller regarder où en est le parent qui « délaisse » ? Délaisse-t-il « vraiment » où est-il rongé par ses propres problèmes au point de ne pouvoir exercer, d’une manière que nous estimerions appropriée, son rôle de parent ? Qu’en est-il de ces enfants « délaissés » que l’on conduira vers une décision d’abandon et qui ne seront pas psychiquement dans une position d’enfants abandonnés ? (…)

Il faut absolument comprendre qu’une déclaration d’abandon n’a rien à voir avec une adoption. Ce systématisme : délaissement => déclaration d’abandon => adoption, est dangereux. »


Je le répète : ces enfants marchandises ne sont pas des enfants orphelins.

Et il est fort dommage pour les enfants de l’Aide sociale à l'enfance ASE que l’on va destiner  à l’adoption si rien n’est fait que monsieur Colombani n’ait pas vécu de près un placement d’enfant au sein de sa propre famille. Confronté au réel, sur le tas du concret, il eut raisonné – fort probablement – très différemment !


Ce qui me fait frémir, les jeunes, c’est qu’on ne sait pas qui peut se trouver demain dans ces « cabossés » de la vie ? Au sein de ceux-là pour qui une demande d’aide faite à l’ASE peut se métamorphoser en « placement » non justifié d’un ou plusieurs enfants.

 

Source : Blog de Françoise Boisseau. Prenons la parole.


Repères

- A propos du projet de loi relatif à l'adoption.
La lettre et l’esprit. Par Pierre VERDIER.
Dès qu’il arrive au pouvoir, chaque nouveau gouvernement annonce qu’il veut améliorer l’adoption. On ne compte plus les réformes depuis la loi fondatrice de 1066. Chaque fois pour « assouplir », « faire sauter les verrous ». Après Jean-Pierre Raffarin qui avait promis il y a peu de doubler le nombre d’adoptions, après la récente réforme de 2005, le présent gouvernement ne déroge pas à la règle. Nadine MORANO vient de présenter, au nom de Brice HORTEFEUX son Ministre de tutelle, un nouveau projet de loi relatif à l’adoption.
Mais rarement un projet de loi aura manqué à ce point d’ambition.
Cinq maigres articles, de portée plus que limitée, face aux enjeux. Qu’on en juge ...

- Vers où allons-nous ?
Anne Marie ILLERA, psychologue clinicienne.
Aujourd’hui, adopter un enfant en France est de plus en plus difficile. Nous devrions nous en réjouir ; il y a de moins en moins d’enfants à adopter à l’étranger, de moins en moins d’enfants abandonnés sur le territoire français mais, et c’est une réalité bien difficile pour ceux qui la vivent, le nombre de couples en attente d’adoption ne cesse de croire.
Les facteurs qui engendrent ces phénomènes sont multiples mais ne seront pas développés ici.
Mon propos est de tenter de poser un regard critique sur le projet de loi dans ce qu’il pourrait représenter de précipitations, de surplus de souffrance pour les parents et les enfants.
Et voilà que revient, encore une fois, le projet de « faire adopter » les enfants de l’ASE.
Je parle volontairement de manière abrupte et directe car c’est de cela que çà parle et c’est cela que çà risque de faire : des prises de décisions abruptes et directes pour le bien supposé de certains (les parents adoptifs et les enfants « délaissés ») au détriment confirmé de certains autres (les parents de naissance « défaillants »).
Source: Défense des Enfants International - France.


- Réforme de l'adoption en France. Des faux espoirs ...
Ces services sociaux négligeraient fréquemment d’engager la procédure d’adoption et son préalable la déclaration judiciaire d’abandon. [...] les procédures de délaissement et favoriser l'adoption aille à l'encontre des besoins des familles et [...]
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- En France, la polémique enfle sur l'adoption ...
qui modifient l'article 350 du Code civil, relatif à la déclaration d'abandon à la suite d'un délaissement manifeste des parents naturels. [...] Le délaissement parental sera apprécié sur de nouveaux critères.La secrétaire d’État à la famille [...]
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- L’adoption encore et encore.
Je cite Mme Morano (La Croix du 27 juillet 2008) : “Nous ne devons plus laisser filer les situations de délaissement parental. [...] on a dénombre seulement 219 demandes de déclarations judiciaires d’abandon, soit moins d’1% d’enfants adoptables.
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- Souffrances dans l'adoption
C’est que la rumeur enfle : il y aurait de plus en plus d’échecs d’adoption. [...] que l’adoption puisse tout résoudre par [...] et préféreront parfois même détruire le lien qui leur est proposé, de crainte de connaître à nouveau le délaissement.
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09/06/2009

En France, la polémique enfle sur l'adoption des enfants dits "délaissés"

Nadine Morano.jpgPrésenté au Conseil des ministres du 1er avril et déposé dès le lendemain sur le bureau du Sénat, le projet de loi relatif à l'adoption (voir Localtis.info du 1er avril 2009) commence à susciter des réactions, bien qu'il ne soit pas encore inscrit à l'ordre du jour. Ces réactions se concentrent plus précisément sur ses deux premiers articles, qui modifient l'article 350 du Code civil, relatif à la déclaration d'abandon à la suite d'un délaissement manifeste des parents naturels. Le projet de loi prévoit notamment que les services de l'aide sociale à l'enfance (ASE) des départements doivent examiner chaque année la situation de l'enfant accueilli ou bénéficiant d'une mesure éducative au regard des dispositions de l'article 350 du Code civil. En d'autres termes, l'ASE sera amenée à se prononcer, au moins une fois par an, sur l'éventualité d'une situation de désintérêt manifeste des parents. Dans l'hypothèse où le juge, saisi par le rapport de l'ASE, constaterait le délaissement effectif, l'enfant pourrait devenir adoptable.

 

Cette disposition suscite une très vive réaction de la part de la présidente de l'association Fil d'Ariane France, qui représente les "parents d'enfants placés à la protection de l'enfance". Dans un texte très virulent et très accusateur à l'égard des services sociaux des départements et des assistantes familiales salariées par ces derniers, Catherine Gadot, la présidente de l'association, affirme que ce texte "va inciter les quelques professionnels peu scrupuleux et adeptes du placement, à établir de faux rapports (basés sur des mensonges ou des conclusions trop rapides) afin de faire adopter les enfants placés". Elle accuse également les familles d'accueil, salariées du département, de détourner la procédure pour adopter elles-mêmes. Au final, elle considère que "cette loi est l'aboutissement d'un processus de commerce de nos enfants dans toute son horreur". Dans un registre plus policé, elle est rejointe par deux soutiens de poids : Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny, et Pierre Verdier, avocat au barreau de Paris, spécialiste de l'ASE et ancien Ddass.

 

Au même titre que celle qui oppose depuis des années les associations d'enfants nés "sous X" à la recherche de leurs parents naturels et les associations représentant les parents adoptifs, cette controverse était inévitable (voir Localtis.ino du 1er avril 2009).

 

Nadine Morano - la secrétaire d'Etat chargée de la famille - avait bien tenté de prendre les devants lors de la présentation du projet de loi, en indiquant qu'il n'était pas question de fixer des objectifs chiffrés sur le nombre de déclarations d'abandon. Elle avait également chargé l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) "de consulter les travailleurs sociaux" pour définir "les critères du délaissement parental", dans un rapport qui devrait paraître prochainement. Il est toutefois peu probable que ces précautions suffisent à éteindre la polémique, qui devrait repartir de plus belle lorsque le Sénat entreprendra l'examen du texte.

 

Source: Localitis.info, le 09 juin 2009.

 

Repères

- Réforme de l'adoption en France. Des faux espoirs qui vont faire mal.
Par Jean-Pierre ROSENCZVEIG, via son blog "Les droits des enfants vus par un juge des enfants".


- Pour une éthique de l’adoption.
Suite au rapport Colombani, le gouvernement envisage une nouvelle réforme de l’adoption, concernant essentiellement l’adoption internationale. Il ne s’agit pas, a rappelé Rama Yade, Secrétaire d’État chargée des affaires étrangères et des droits de l’Homme, de « faire du chiffre, ou d’entretenir les familles dans l’illusion d’une augmentation miracle du nombre d’adoptions internationales mais bien de créer un nouveau socle à l’adoption internationale par les familles françaises » (communiqué du 23 octobre 2008).
ATD Quart Monde. Pierre VERDIER.

- Le délaissement parental sera apprécié sur de nouveaux critères.
La secrétaire d’État à la famille présente mercredi 1er avril, en conseil des ministres, un projet de loi visant à faciliter l’adoption des enfants délaissés par leurs parents
La Croix | 01/04/2009

- Projet de loi pour faciliter l'adoption des enfants délaissés par les parents.
La Libre Belgique | 01/04/2009

- Nadine Morano veut augmenter le nombre d’enfants adoptables.
À la suite du rapport Colombani sur l’adoption, Nadine Morano souhaite augmenter le nombre d’enfants adoptables en France. Une communication avec le Quai d’Orsay aura lieu le 21 août en conseil des ministres.
La Croix | 27/07/2008

 

Ailleurs

- Exclusif : des travailleurs sociaux ont "volés" mes enfants.
Un père de famille dont les trois jeunes enfants ont été "retiré" de ses bras par des travailleurs sociaux et ensuite adopté entame un combat auprès de la Cour européenne des droits de l'homme afin d'être réuni avec eux.
Exclusive: Social workers  'stole' my children.
A father whose three young children were “dragged” from his arms by social workers and adopted is taking his battle to be reunited with them to the European Court of Human Rights.
Daily Express. 7 juin 2009.

- Les meilleures mères n'ont pas à être intelligentes.
Un juge a eu tort de supprimer la garde de sa fille à une femme jugée "stupide".
Mother ‘too stupid’ to keep child.
Times & Telegraph. 1 juin 2009.