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20/02/2011

L'Académie de médecine veut faciliter l'adoption nationale en France

Dans un rapport, qui doit être adopté mardi 22 févier en séance plénière, l’institution dénonce les failles du dispositif français qui laisse des enfants en souffrance, délaissés par leurs parents sans pour autant être adoptables



Le constat est sévère. Dans un rapport voté mardi 22 février en séance plénière, l’Académie de médecine lance un appel à réformer l’adoption nationale en France, qui concerne aujourd’hui quelque 800 enfants par an, soit une adoption pour cinq adoptions internationales.

Complexité du dispositif, dilution des responsabilités, lenteur des procédures : pour son rapporteur, le professeur Jean-Marie Mantz, qui a présenté les conclusions de ses travaux la semaine dernière, les conséquences sont graves.

Même lorsque le délaissement parental est avéré ou que des maltraitances sont constatées, les enfants ne sont pas pour autant adoptables. Un grand nombre, estime-t-il, passe donc de famille d’accueil en famille d’accueil sans pouvoir établir un lien affectif stable et construire leur avenir (30 % des sans-abri ont été placés dans leur enfance, rappelle le rapporteur).

Dans sa présentation, ce professeur émérite de réanimation médicale a notamment mis en exergue deux chiffres éloquents : alors que 20 000 enfants maltraités sont signalés chaque année, seuls 132 enfants « en danger » ont été adoptés en 2008.

Certaines associations invitent cependant à la prudence


La question du délaissement parental n’est pas nouvelle et pas simple à évaluer. Il y a trois ans, Jean-Marie Colombani, l’ancien directeur du quotidien Le Monde, déplorait déjà dans un rapport le faible usage de l’article 350 du code civil qui permet d’engager une « demande en déclaration judiciaire d’abandon », lorsque les parents d’un enfant placé s’en « sont manifestement désintéressés » l’année précédente.

En 2009, Nadine Morano, alors secrétaire d’État à la famille, présentait en conseil des ministres un projet de loi comportant deux dispositions importantes : il prévoit d’une part que les travailleurs sociaux évaluent, dès la première année de placement, puis une fois par an, s’il y a ou non désintérêt « manifeste » des parents ; d’autre part, que le parquet puisse saisir le tribunal d’une demande de déclaration d’abandon, préalable à l’adoption de l’enfant.

Cependant, remaniement oblige, Nadine Morano n’a jamais défendu son texte au Parlement, qui reste à ce jour dans les cartons.

Certaines associations invitent cependant à la prudence. C’est le cas d’ATD Quart Monde, qui rappelle combien il peut être difficile d’évaluer le délaissement parental.

«Nous suivons des familles dans des situations de détresse telles qu’il leur est parfois difficile de maintenir le lien avec leur enfant placé, explique Maryvonne Caillaux, l’une des permanentes de l’association. Je connais des mères qui aiment leurs enfants mais ne savent pas faire, se sentent dévalorisées ; certaines ont des troubles psychiatriques avec lesquelles elles se débattent. Hier encore, l’une d’elles, qui disait qu’elle ne voulait plus voir ses adolescents car les relations étaient très difficiles, m’a confié : “Ce n’est pas que je ne veux plus les voir, mais je souffre trop” », raconte la responsable associative, sans nier la nécessité, dans des cas extrêmes, de couper le lien.

"L’enfant se construit s’il comprend son histoire"

Maryvonne Caillaux est toutefois convaincue que les cas de délaissement avéré sont « extrêmement rares » et ont donc peu d’incidences sur l’adoption nationale, contrairement à l’analyse de l’Académie de médecine. En revanche, le rapporteur et la militante se retrouvent sur un point : l’intérêt, dans un grand nombre de cas, de passer par l’adoption simple, permettant de maintenir un lien avec le parent biologique.

« L’enfant se construit s’il comprend son histoire, note ainsi Maryvonne Caillaux. S’il n’a que des bribes, si on efface délibérément ses parents biologiques, il risque d’en souffrir. » Afin de ménager la place de chacun, tout en sécurisant l’adoption simple, Jean-Marie Mantz suggère donc de rendre cette dernière irrévocable, tout comme l’adoption plénière, une proposition que la permanente d’ATD Quart Monde  juge intéressante.

Le rapporteur émet d’autres recommandations, dont il a fait part la semaine dernière, en présentant des dessins d’enfants poignants. Il propose de rendre obligatoire le signalement de maltraitance par le médecin, qui se retranche parfois derrière le secret médical pour ne pas le faire.

Il suggère aussi la création d’une filière de familles d’accueil bénévoles, choisies parmi les candidates à l’adoption, en parallèle avec les familles d’accueil rémunérées, et de simplifier les processus administratifs et judiciaires de prise en charge des enfants en danger. Quant au désintérêt parental, il estime qu’il pourrait être évalué en six mois et non un an comme le prévoit actuellement le code civil.

Selon Geneviève Miral, présidente de l'association Enfance et Famille d'adoption, favorable à cette évolution, «il faut faire très attention à la manière dont on avance sur ce sujet douloureux et complexe». Pour cela, elle préconise de modifier les pratiques. «Notamment, les services sociaux disposent de très peu d'outils pour évaluer le délaissement parental.»


Source: La Croix, Le Figaro | 22.02.2011.

 

"Responsabilisation des médecins à signaler les sévices avérés sur les enfants"

Traduction: les médecins deviennent des flics obligés de signaler les "mauvais parents". A qui? à la Justice ?  Ce faisant, ils sortent donc clairement de leur rôle de soignant. De surcroît, cette recommandation est préconisée par la Haute Académie française de Médecine! Appel à la délation?
Manque pas de culot cette académie.

Petit débat sur le blog de Jean-Vital de Montléon, pédiatre, à propos de l'enfance maltraitée, hors sujet sur l'adoption.

08/08/2009

Enfants placés, des « produits » bons pour l’adoption ?

Prenons la parole Francoise Boisseau.jpg

 

Voici l’essentiel d’un article d’Anne-Marie Illera, paru en mai 2009 dans le numéro 285 de Journal du Droit des Jeunes - la revue d'action juridique & sociale, intitulé « Adoption : vers où allons-nous ? ». Ce texte était joint au dossier de presse remis aux journalistes présents le 3 juin 2009 à l’écoute de Catherine Gadot, de Jean-Pierre Rosenczveig et de Pierre Verdier. Madame Illera  est une psychologue clinicienne branchée sur l’intérêt vrai des enfants, celui des enfants « placés » notamment.


Avant cette note, 2 billets sur ce blog à propos de la conférence de presse du 3 juin 2009. L’un du 11 juin intitulé  « Enfants placés à adopter ? Un scandale ! » introduisant à ce qui a été dit ce 3 juin sur le thème : 29 000 familles en attente, 29 000 enfants en magasin, suite au Projet de Loi relatif à l’adoption déposé au Sénat le 2 avril 2009. L’autre du  24 juillet 2009  « Enfants « placés » à saisir ! » avec le résumé et l’intervention en vidéo de Catherine Gadot à ce sujet.

 

Anne-Marie Illera est claire : « Et voilà que revient, encore une fois, le projet de « faire adopter » les enfants de l’ASE  (…) Sait-on encore que l’adoption c’est trouver une famille pour un enfant qui n’en a pas ? Et non l’inverse ! ».

 

Tout est là.

 

Pour des raisons diverses, il faut trouver des enfants à adopter pour satisfaire - non pas les enfants de l’ASE (Aide sociale à l'enfance) - mais des familles en mal d’enfants.

 

Il y a d’emblée un hic, et de taille ! Car si des adultes demandent à adopter, il est très rare que les enfants, eux, souhaitent être adoptés. C’est même carrément exceptionnel !

 

Ce n’est pas moi qui invente cela mais Cécile Delannoy qui l’écrit, une personne dont l’avis compte pour l’avocat Pierre Verdier qui n’est pas un imbécile.

Madame Illera poursuit : « La ministre nous dit qu’ils « ont besoin d’amour et de stabilité pour bien grandir. »

« Un enfant quoi qu’on en pense » poursuit plus loin Anne-Marie « est inscrit dans sa filiation de naissance et attaché à ses parents, sauf dans de rares exceptions…même lorsqu’il y a maltraitance. »

La maltraitance, ça va ça vient. Il fut une époque où, en cas d’alcoolisme d’un parent, on arrachait systématiquement les enfants à leur famille même sans maltraitance. Et Dieu sait si les personnes touchées par l’acool sont des parents affectueux, attachés à leurs enfants !


La ministre déclare encore joliment quant à ces adoptions curieusement organisées : « Ce sera au cas par cas, il n’y a pas d’objectifs chiffrés ».

A quoi Anne-Marie Illera rétorque : « Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai du mal à le croire ça dans le contexte actuel où tout n’est plus que chiffres et performances. Bien sûr que si ! Demain il faudra satisfaire les candidats à l’adoption (qui sont aussi des électeurs) et il faudra « faire du chiffre », avec l’adoption des enfants délaissés comme avec le reste … »

Madame Illera pose ensuite la question : « Pourquoi faire une loi par-dessus celle qui existe déjà ? »

Facile.

Alors qu’aujourd’hui on peut déjà, après un an de délaissement, prononcer officiellemnt un abandon pour rendre un enfant adoptable, il sera possible avec cette loi miracle – si on ne réagit pas – de faciliter le circuit abandon-adoption, sans penser un instant à l’intérêt vrai de ces enfants.

Et Anne-Marie poursuit : «Puis, nous pourrons passer à six mois car le temps presse : le séjour en famille d’accueil sera enfin déclaré néfaste pour les enfants. Cela permettra, de surcroît, de réelles économies pour le budget de l’ASE.
Comme cela, discrètement, rapidement, en toute légalité, et presque sans faire exprès, « la machine » ASE pourrait enfin rendre « ses » enfants adoptables.
Le rapport Colombani, à l’origine de cette réforme, ne serait-il pas le reflet du positionnement de certains « gens de terrain » ? (…)
Le risque de dérive est grand car nous voyons bien qu’il sera plus facile de « laisser couler » une situation que de se battre jour après jour, semaine après semaine, souvent sans reconnaissance, pour que des parents en difficulté relèvent la tête et reprennent une vie plus ou moins « ordinaire » avec leurs enfants. Ceci, pour que leurs enfants reviennent à leur côté, sous le toit familial ou qu’ils soient, juste à côté d’eux, le temps qu’il faudra à chacun, chez une assistante familiale bienveillante et bien accompagnée.
Pouvons-nous encore leur laisser le temps de la différence, le droit à la différence ? »


En principe, un enfant devrait être placé de manière très provisoire et non durable. Certainement pas jusqu’à 18 ans, comme c’est très souvent le cas. Force est de constater qu’en général la bienveillance qui devrait être la règle vis-à-vis des enfants placés et de leurs familles « cabossés » par la vie se situe aux abonnés absents.

Tout est axé sur la mise à l’écart quasi systématique des familles, une surveillance malveillante des rencontres entre parents et enfants quand elles sont autorisées façon peau de chagrin, rencontres « maquillées » sous le nom de visites médiatisées. En fait de médiation il y a erreur sur le terme.


Je cherche dans le ciel, sur terre et sur la mer comment l’adoption forcée du côté des enfants, telle qu’envisagée par le projet Colombani-Morano, comblerait  le « besoin d’amour et de stabilité pour bien grandir » de ces jeunes.

 

De qui se moque-t-on ?

 

On a déjà bien secoué ces enfants avec des placements impensables et brutaux. On a continué en les isolant au maximum de leurs parents et de leur environnement habituel. Et on s’imagine qu’ils ne seront pas conscients qu’on les utilise comme des machines à faire plaisir au profit de familles autres que la leur ?

 

Ces enfants-là sont des êtres humains. Ils observent, réfléchissent, pensent, jugent.

 

D’ailleurs Anne-Marie Illera continue ainsi : « Et la personne dans tout cela ? Qu’en est-il de l’écoute et du respect du positionnement psychique de l’individu ? Qui va aller regarder où en est le parent qui « délaisse » ? Délaisse-t-il « vraiment » où est-il rongé par ses propres problèmes au point de ne pouvoir exercer, d’une manière que nous estimerions appropriée, son rôle de parent ? Qu’en est-il de ces enfants « délaissés » que l’on conduira vers une décision d’abandon et qui ne seront pas psychiquement dans une position d’enfants abandonnés ? (…)

Il faut absolument comprendre qu’une déclaration d’abandon n’a rien à voir avec une adoption. Ce systématisme : délaissement => déclaration d’abandon => adoption, est dangereux. »


Je le répète : ces enfants marchandises ne sont pas des enfants orphelins.

Et il est fort dommage pour les enfants de l’Aide sociale à l'enfance ASE que l’on va destiner  à l’adoption si rien n’est fait que monsieur Colombani n’ait pas vécu de près un placement d’enfant au sein de sa propre famille. Confronté au réel, sur le tas du concret, il eut raisonné – fort probablement – très différemment !


Ce qui me fait frémir, les jeunes, c’est qu’on ne sait pas qui peut se trouver demain dans ces « cabossés » de la vie ? Au sein de ceux-là pour qui une demande d’aide faite à l’ASE peut se métamorphoser en « placement » non justifié d’un ou plusieurs enfants.

 

Source : Blog de Françoise Boisseau. Prenons la parole.


Repères

- A propos du projet de loi relatif à l'adoption.
La lettre et l’esprit. Par Pierre VERDIER.
Dès qu’il arrive au pouvoir, chaque nouveau gouvernement annonce qu’il veut améliorer l’adoption. On ne compte plus les réformes depuis la loi fondatrice de 1066. Chaque fois pour « assouplir », « faire sauter les verrous ». Après Jean-Pierre Raffarin qui avait promis il y a peu de doubler le nombre d’adoptions, après la récente réforme de 2005, le présent gouvernement ne déroge pas à la règle. Nadine MORANO vient de présenter, au nom de Brice HORTEFEUX son Ministre de tutelle, un nouveau projet de loi relatif à l’adoption.
Mais rarement un projet de loi aura manqué à ce point d’ambition.
Cinq maigres articles, de portée plus que limitée, face aux enjeux. Qu’on en juge ...

- Vers où allons-nous ?
Anne Marie ILLERA, psychologue clinicienne.
Aujourd’hui, adopter un enfant en France est de plus en plus difficile. Nous devrions nous en réjouir ; il y a de moins en moins d’enfants à adopter à l’étranger, de moins en moins d’enfants abandonnés sur le territoire français mais, et c’est une réalité bien difficile pour ceux qui la vivent, le nombre de couples en attente d’adoption ne cesse de croire.
Les facteurs qui engendrent ces phénomènes sont multiples mais ne seront pas développés ici.
Mon propos est de tenter de poser un regard critique sur le projet de loi dans ce qu’il pourrait représenter de précipitations, de surplus de souffrance pour les parents et les enfants.
Et voilà que revient, encore une fois, le projet de « faire adopter » les enfants de l’ASE.
Je parle volontairement de manière abrupte et directe car c’est de cela que çà parle et c’est cela que çà risque de faire : des prises de décisions abruptes et directes pour le bien supposé de certains (les parents adoptifs et les enfants « délaissés ») au détriment confirmé de certains autres (les parents de naissance « défaillants »).
Source: Défense des Enfants International - France.


- Réforme de l'adoption en France. Des faux espoirs ...
Ces services sociaux négligeraient fréquemment d’engager la procédure d’adoption et son préalable la déclaration judiciaire d’abandon. [...] les procédures de délaissement et favoriser l'adoption aille à l'encontre des besoins des familles et [...]
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- En France, la polémique enfle sur l'adoption ...
qui modifient l'article 350 du Code civil, relatif à la déclaration d'abandon à la suite d'un délaissement manifeste des parents naturels. [...] Le délaissement parental sera apprécié sur de nouveaux critères.La secrétaire d’État à la famille [...]
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- L’adoption encore et encore.
Je cite Mme Morano (La Croix du 27 juillet 2008) : “Nous ne devons plus laisser filer les situations de délaissement parental. [...] on a dénombre seulement 219 demandes de déclarations judiciaires d’abandon, soit moins d’1% d’enfants adoptables.
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- Souffrances dans l'adoption
C’est que la rumeur enfle : il y aurait de plus en plus d’échecs d’adoption. [...] que l’adoption puisse tout résoudre par [...] et préféreront parfois même détruire le lien qui leur est proposé, de crainte de connaître à nouveau le délaissement.
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09/06/2009

En France, la polémique enfle sur l'adoption des enfants dits "délaissés"

Nadine Morano.jpgPrésenté au Conseil des ministres du 1er avril et déposé dès le lendemain sur le bureau du Sénat, le projet de loi relatif à l'adoption (voir Localtis.info du 1er avril 2009) commence à susciter des réactions, bien qu'il ne soit pas encore inscrit à l'ordre du jour. Ces réactions se concentrent plus précisément sur ses deux premiers articles, qui modifient l'article 350 du Code civil, relatif à la déclaration d'abandon à la suite d'un délaissement manifeste des parents naturels. Le projet de loi prévoit notamment que les services de l'aide sociale à l'enfance (ASE) des départements doivent examiner chaque année la situation de l'enfant accueilli ou bénéficiant d'une mesure éducative au regard des dispositions de l'article 350 du Code civil. En d'autres termes, l'ASE sera amenée à se prononcer, au moins une fois par an, sur l'éventualité d'une situation de désintérêt manifeste des parents. Dans l'hypothèse où le juge, saisi par le rapport de l'ASE, constaterait le délaissement effectif, l'enfant pourrait devenir adoptable.

 

Cette disposition suscite une très vive réaction de la part de la présidente de l'association Fil d'Ariane France, qui représente les "parents d'enfants placés à la protection de l'enfance". Dans un texte très virulent et très accusateur à l'égard des services sociaux des départements et des assistantes familiales salariées par ces derniers, Catherine Gadot, la présidente de l'association, affirme que ce texte "va inciter les quelques professionnels peu scrupuleux et adeptes du placement, à établir de faux rapports (basés sur des mensonges ou des conclusions trop rapides) afin de faire adopter les enfants placés". Elle accuse également les familles d'accueil, salariées du département, de détourner la procédure pour adopter elles-mêmes. Au final, elle considère que "cette loi est l'aboutissement d'un processus de commerce de nos enfants dans toute son horreur". Dans un registre plus policé, elle est rejointe par deux soutiens de poids : Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny, et Pierre Verdier, avocat au barreau de Paris, spécialiste de l'ASE et ancien Ddass.

 

Au même titre que celle qui oppose depuis des années les associations d'enfants nés "sous X" à la recherche de leurs parents naturels et les associations représentant les parents adoptifs, cette controverse était inévitable (voir Localtis.ino du 1er avril 2009).

 

Nadine Morano - la secrétaire d'Etat chargée de la famille - avait bien tenté de prendre les devants lors de la présentation du projet de loi, en indiquant qu'il n'était pas question de fixer des objectifs chiffrés sur le nombre de déclarations d'abandon. Elle avait également chargé l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) "de consulter les travailleurs sociaux" pour définir "les critères du délaissement parental", dans un rapport qui devrait paraître prochainement. Il est toutefois peu probable que ces précautions suffisent à éteindre la polémique, qui devrait repartir de plus belle lorsque le Sénat entreprendra l'examen du texte.

 

Source: Localitis.info, le 09 juin 2009.

 

Repères

- Réforme de l'adoption en France. Des faux espoirs qui vont faire mal.
Par Jean-Pierre ROSENCZVEIG, via son blog "Les droits des enfants vus par un juge des enfants".


- Pour une éthique de l’adoption.
Suite au rapport Colombani, le gouvernement envisage une nouvelle réforme de l’adoption, concernant essentiellement l’adoption internationale. Il ne s’agit pas, a rappelé Rama Yade, Secrétaire d’État chargée des affaires étrangères et des droits de l’Homme, de « faire du chiffre, ou d’entretenir les familles dans l’illusion d’une augmentation miracle du nombre d’adoptions internationales mais bien de créer un nouveau socle à l’adoption internationale par les familles françaises » (communiqué du 23 octobre 2008).
ATD Quart Monde. Pierre VERDIER.

- Le délaissement parental sera apprécié sur de nouveaux critères.
La secrétaire d’État à la famille présente mercredi 1er avril, en conseil des ministres, un projet de loi visant à faciliter l’adoption des enfants délaissés par leurs parents
La Croix | 01/04/2009

- Projet de loi pour faciliter l'adoption des enfants délaissés par les parents.
La Libre Belgique | 01/04/2009

- Nadine Morano veut augmenter le nombre d’enfants adoptables.
À la suite du rapport Colombani sur l’adoption, Nadine Morano souhaite augmenter le nombre d’enfants adoptables en France. Une communication avec le Quai d’Orsay aura lieu le 21 août en conseil des ministres.
La Croix | 27/07/2008

 

Ailleurs

- Exclusif : des travailleurs sociaux ont "volés" mes enfants.
Un père de famille dont les trois jeunes enfants ont été "retiré" de ses bras par des travailleurs sociaux et ensuite adopté entame un combat auprès de la Cour européenne des droits de l'homme afin d'être réuni avec eux.
Exclusive: Social workers  'stole' my children.
A father whose three young children were “dragged” from his arms by social workers and adopted is taking his battle to be reunited with them to the European Court of Human Rights.
Daily Express. 7 juin 2009.

- Les meilleures mères n'ont pas à être intelligentes.
Un juge a eu tort de supprimer la garde de sa fille à une femme jugée "stupide".
Mother ‘too stupid’ to keep child.
Times & Telegraph. 1 juin 2009.


02/04/2009

Réforme de l'adoption en France. Des faux espoirs qui vont faire mal.

BlogDroitsDesEnfants.jpg

 

 


Nadine Morano, secrétaire d'Etat chargée de la Famille n’aura donc pas tenu compte ni des avertissements qui lui ont été donnés, ni de l’histoire. Dans sa communication en conseil des ministres, elle laisse entrevoir aux milliers de personnes – le chiffre varie d’un discours à un autre de 15 000 à 30 000 - qui attendent longtemps, parfois en vain d’accueillir un enfant qu’on pourra répondre à leur attente et leur « servir » en enfant. Elle va être crue comme d’autres dans le passé qui ont fait des promesses identiques. Elle va faire mal à des gens qui souffrent déjà fortement – trop - de ne pas pouvoir satisfaire leur (légitime) désir d’enfant.

 

Un billet de Jean-Pierre ROSENCZVEIG sur son blog "Les droits des enfants vus par un juge des enfants".

 

Une nouvelle fois, il faut affirmer que tous les présupposés du raisonnement ministériel sont faux. L’ASE n’est pas une réserve d’enfants adoptables pour avoir été abandonnés à leur sort par les services sociaux après avoir été délaissés par leurs parents. Ces services sociaux négligeraient fréquemment d’engager la procédure d’adoption et son préalable la déclaration judiciaire d’abandon.

 

140 000 enfants chaque année se trouvent confiés à l’ASE par leurs parents ou par un juge. L’immensité d’entre eux entretiennent des relations avec leurs parents qui, sur un temps plus ou moins long, se trouvent dans l’incapacité de les élever directement. Ces enfants vont généralement retrouver leur place à leur domicile et si ce n’est pas le cas entretiendront des relations très étroites avec leurs parents qui exerceront l’autorité parentale dans et par-delà leurs difficultés. Chaque année quelques centaines de parents remettent explicitement et volontairement leur enfant à l’aide sociale à l‘enfance aux fins d’adoption. Il est aussi des parents qui soit confient leur enfants pour une période dite temporaire, soit se le voient retirer sur décision judicaire et prennent petit à petit leur distance d’avec leur enfants. Ils l’abandonnent de fait sans pouvoir assumer cette décision. Les travailleurs sociaux reçoivent de la loi la mission de travailler sur la relation parent-enfant et de veiller à la restaurer à mieux. Et ils parviennent le plus souvent. La loi française ne fait qu’affirmer le droit de tout enfant d’être élevé par ses parents (article 6 de la Convention Iinternationale des Droits de l'Enfant).

 

Quand il le faut et selon les cas une procédure de délégation d’autorité parentale (parents vivants mais hors d’état d’exercer leur autorité), de délégation de tutelle (parents décédés ou disparus) ou donc de déclaration judiciaire d’abandon (parents abandonnant de fait leur enfant) est engagée et généralement couronnée de succès : le tribunal accepte. S’agissant des déclarations  judiciaire d’abandon il ne faut pas se contenter d’obtenir la décision de justice il faut ensuite trouver une famille qui accepte d’adopter cet enfant. Et force est de constater que tous les enfants adoptables de France ne sont pas adoptés faute de candidats.


Ils sont aujourd’hui environ 2300 pupilles de l’Etat, ils étaient 40 000 en 1981, 150 000 en 1900 : alors que la population de la France a plus que doublé en un siècle le chiffre des enfants délaissés s’est effondré. Les raisons sont simples : maitrise de la contraception : les enfants arrivent désirés et sont bien accueillis ; meilleur statut de la mère célibataire, soutien au parent isolé.


De tout cela, tout en comprenant la souffrance de ceux qui ne peuvent pas se réaliser comme parents, on doit se réjouir. Reste, faut-il le rappeler haut et fort, que l’Aide sociale à l’enfance n’a pas reçu vocation de la société de produire de l’enfant adoptable pour satisfaire ceux qui ne sont pas parents, mais de veiller à ce qu’un enfant sans famille en trouve une et que le moins possible d’enfants se trouvent privés de famille.


Notre loi, comme, je l’ai déjà dit ici de nombreuses fois, ne reconnait pas un droit à l’enfance sont adopter. D’ailleurs comment le gagerait-elle ? Laisser à penser que les enfants actuellement accueillis par l’aide sociale à l’enfance  sont délaissés par leurs parents est une contre vérité.


J’affirme, preuve à l’appui, qu’est erronée l’assertion de Mme Morano faite il y a quelques mois selon laquelle les 23 000 enfants confiés par les juges des enfants à l’aide sociale à l’enfance seraient sans parents présents. Je peux en témoigner à partir d’une longue pratique des juridictions. Je suis près à admettre que dans certaines situations on a pu louper le coche à un certain moment quand le juge et l’ASE  - non pas l’un ou l’autre séparémen t- ont pensé que la mère ou les parents allaient se réinvestir et qu’en vérité ils ont trompé leur monde. Mais il est tellement facile de réécrire l’histoire une fois la fin du film connue.


Et là est bien l’enjeu : si on a une stratégie pro-adoption, on ne travaillera plus sur le maintien des liens ou leur établissement pour privilégier les conditions formelle de la rupture. Le Dr Maurice Berger est ici très clair et ne cache pas son souhait : retirer des enfants à leurs parents pour les faire adopter. La communication, gouvernementale laisse à penser que les travailleurs sociaux vont prendre la mouche devant la reforme avancée. Ils vont certainement réagir tellement il est vrai une nouvelle fois que leur travail est déformé, méconnu, nié, mais ils commencent à en avoir l’habitude. Et disons le tout net : il serait temps que des voix s’élèvent venant du travail social qui viennent expliquer à l’opinion la fonction tenue auprès des enfants qu’ils ont en charge et la qualité du travail développé dans des conditions souvent difficiles. Je le repère : il ne leur revient de fabriquer de l’enfant adoptable mais de faire en sorte que les familles les plus fragiles de notre société aient une chance de vivre ensemble.


En vérité, ce sont les présidents de conseils généraux qui risquent de réagir car pour une poignée d’enfants adoptables de plus ils risquent de voir sciée la branche de l’aide sociale l‘enfance dont l’objectif est justement d’éviter que des enfants ne soient abandonnés. Quelques enfants de plus seront adoptables mais beaucoup leurs resteront sur les bras. Une nouvelle fois (voir de la justice pénale des enfants) la représentation que le politique se fait de la réalité sociale est fausse. Sur une représentation erronée, avec des convictions idéologiques fortes, on passe une commande politique à l’administration et au législateur : ici il est demandé à l’IGAS de « consulter largement et de rédiger un révérenciel pour le délaissement ».


Sur ce sujet de l’adoption, on est encore une fois dans la démagogie, dans la compassion judéo-chrétienne à l’égard des personnes qui souffrent de n’être pas parents quand il faudrait revendiquer que le rôle de la puissance publique est d’aider les plus faibles à avoir une vie de famille, affirmer qu’on y parvient et que ce n’est que résiduellement qu’il faudra rompre le lien biologique à condition de pouvoir lui substituer un autre lien, ce qui est souvent loin d’être le cas : on sanctionne le parent défaillant et l’enfant reste pupille de l’Etat.


Il faut dire qu’il n’y a pas et qu’il n’y aura pas d’enfants adoptable à la hauteur de ce qui est attendu par certains et non pas entretenir l’illusion comme on le fait aujourd’hui avec l’ouverture d’une ligne intranet sur l’adoption. Le courage politique n’est pas de crier fort, mais de dire la vérité même quand elle déçoit.


En tout cas, je peux affirmer à la lumière d’autres démarches de la même veine que beaucoup vont attendre un enfant qui ne viendra pas et souffriront encore plus.


Et je suis choqué que tels médias – je pense au journal télévisé de TF1 de ce mercredi soir – prennent au pied de la lettre le discours gouvernemental sans essayer d’en vérifier les fondements et les effets. On illustre le discours du politique que l’on tient a priori pour fondé et on présente comme acquis des résultats qui ne sont pas du tout évidents à tenir. Aucun recul historique, aucun sens critique, on entretient et on alimente l’illusion.Tous ces gens, les politiques ou les médias qui propagent de fausses informations auront une lourde responsabilité au moment du bilan à l’égard de ces gens qui auront été entretenu dans l’illusion.


Repères


- Délaissement parental : « pas de décisions trop rapides »
Marie-Cécile Renoux a été pendant cinq ans déléguée aux questions familiales à ATD Quart-Monde. Auteur d'un livre sur la protection de l'enfance, elle craint que le projet de loi de Nadine Morano pour accélérer les procédures de délaissement et favoriser l'adoption aille à l'encontre des besoins des familles et des enfants.
Nord éclair.

- «On peut conclure trop vite au délaissement», Véronique Davienne
La déléguée d’ATD Quart Monde, pointe le risque encouru par les parents biologiques.
Les enfants placés bénéficient de soutien… mais pas les parents, ou pas assez. Les parents en grande pauvreté n’ont pas forcément les moyens financiers pour se rendre sur le lieu du placement. Ils ont un manque de confiance et se sentent disqualifiés comme parents. Quand il y a des fratries, les frères et sœurs ne vivent pas au même endroit, donc il n’y a plus de vie familiale. Les placements durent, les parents se découragent, sentent qu’ils n’ont plus leur place. On peut alors conclure trop vite au délaissement alors que cela ne correspond pas à la décision des parents. Cela ne veut pas dire que les enfants doivent absolument rester avec leurs parents vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ils peuvent être élevés par d’autres. Mais là les moyens sont insuffisants pour accompagner les parents.
Libération.


- Réforme de l'adoption : parlons-en. Bruno Tardieu, délégué nationale Atd Quart Monde France.
Si l’adoption est justifiée pour des enfants orphelins ou dont les parents ont fait le choix de l’abandon, elle est beaucoup plus difficile à vivre pour les enfants et les parents auxquels ceci est imposé. Le placement d’enfants touche tous les milieux, mais la capacité de choisir, de dialoguer avec les institutions est très fragilisée pour les parents en situation de grande pauvreté.
ATD-Quart Monde France.



- Une famille « à tout prix » ?. Extrait d'une lettre d'Annick Aubry à Mr Colombani.
J’ai été retirée à mes parents à quatorze ans ainsi que mes neuf frères et sœurs pour des raisons de misère et de violence ; je sais donc de quoi je parle. A cinquante-huit ans, je ne suis toujours pas guérie de ce qui m’est arrivé. Ce placement m’a fait énormément souffrir et a produit beaucoup d’ombre tout au long de ma vie. Bien sûr, vous allez me rétorquer que c’était hier ; qu’aujourd’hui c’est dépassé… L’une de mes plus jeunes soeurs a eu ses enfants retirés. Les aînées de mes nièces commencent à sortir du placement et leur souffrance est la même que la mienne. Au premier stade du placement il y a déjà un problème de rupture du lien affectif.
Quel véritable accompagnement digne de ce nom est mis en oeuvre pour conserver les enfants dans leur propre milieu ? Sur le papier tout paraît aller de soi mais dans la réalité, on est bien loin du compte. Je suis témoin qu’aucun accompagnement n’a été mis en place auprès de ma soeur qui vient de se voir retirer à nouveau ses deux derniers enfants âgés de sept et dix ans. Pourtant je sais qu’elle aime ses enfants même s’il y a des difficultés.
L’enfant n’est pas un objet qu’on peut prendre et déplacer à son gré sans aucun risque pour la suite du cours de sa vie. L’enfant a toujours une histoire - son histoire - si courte soit-elle. Des liens unissent les parents à leur enfant, et surtout les liens de l’enfant avec eux sont des liens puissants qu’il n’est pas possible de nier et qui vont faire partie de la vie de l’enfant quoi qu’il arrive. Que faites-vous de tout cela ?
ATD-Quart Monde France.


- Pour une éthique de l'adoption.
Une saine éthique de l’adoption veut qu’en France ou à l’étranger, la politique et la pratique de l’adoption soient centrées sur le droit de l’enfant.
Lorsque l’adoption paraît être la solution la plus adaptée – nous dirions avec Goldstein, Anna Freud et Solnit « la moins nocive », elle suppose quelques précautions éthiques : que toute autre solution d’aide à la famille ait été engagée et que des traces soient toujours gardées, pour que l’adopté puisse accéder à l’intégralité de son histoire. Alors elle sera une chance pour l’enfant.
Prises de position ATD Quart Monde France.


- “Servir” des enfants à l’adoption

Billet de Jean-Pierre ROSENCZVEIG.