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27/12/2011

Haïti. Les dessous de l'adoption internationale

En moyenne, quelque cinq enfants proposés à l'adoption internationale quittent chaque jour le pays pour se rendre en terre étrangère, particulièrement en Europe. Le nombre d'enfants adoptés en Haïti chaque année par des étrangers s'élève à plus de 2 000, dont la majeure partie par des couples français. Une activité qui rapporte gros.

Haïti: Michaëlle à huit ans. Yeux noirs, lèvres retroussées, cette fillette originaire de Grande-Saline (Artibonite) n'a pas de veine. Ses parents sont morts depuis deux ans. Après des galères et des privations, elle est tombée dans un « circuit ». Un bon circuit, croit-on dans le milieu car après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, à la faveur de l'effondrement des capacités de surveillance de l'État haïtien via l'Institut du bien-être social et de recherches (IBESR) et des autorités policières, la fillette a pu quitter le pays. Adoptée par des Belges, l'histoire de Michaëlle n'est pas singulière.

« Pour Michaëlle comme bon nombre d'enfants orphelins, la procédure est allée très vite. Les étrangers qui voulaient l'avoir coûte que coûte ont versé 5 000 dollars américains à des responsables de la crèche pour adopter cette fillette qui avait perdu ses parents pendant le séisme », raconte Jeanne, une employée de l'IBESR, navrée.

Selon un rapport de l'Unicef, parmi les quelque 700 centres d'enfants actuellement répertoriés sur l'ensemble du territoire haïtien, seulement 300 sont dûment enregistrés auprès de l'État, avons-nous appris. Institutions hébergeant des enfants en bas âge et dont le but avéré est de les donner en adoption internationale, plusieurs de ces crèches sont liées à des organismes étrangers qui se chargent, contre espèces sonnantes et trébuchantes, de trouver des enfants et des parents adoptifs. Dans certains orphelinats, il s'agit là d'un commerce illicite et extrêmement lucratif, bien que les premiers concernés- les enfants - possèdent toujours leurs parents. 80 à 90% sont des adoptions individuelles, fruit d'une relation directe entre les propriétaires de crèche et les parents adoptifs étrangers. En plus des rémunérations (et mensualités) payées par les parents adoptifs, certaines crèches reçoivent des subventions via des ONG haïtiennes et étrangères.

Des crèches, quoique reconnues et accréditées par l'Institut du bien-être social et de recherches (IBESR), fonctionnent sans structure réelle avec, le plus souvent, la complicité d'un avocat qui, lui aussi, s'enrichit de manière indécente aux dépens des enfants. Leurs honoraires pour compléter un dossier d'adoption sont fixés selon le client et varient de 1 000 à 4 000 dollars américains, d'après un expert qui a bien voulu s'entretenir avec nous sous le couvert de l'anonymat. Ces enfants adoptés par des étrangers perdront bien souvent contact pour toujours avec leurs parents restés en Haïti, alors qu'il s'agit, dans presque tous les cas, d'une adoption simple et non d'une adoption plénière.

Les experts constatent en effet une augmentation du nombre de crèches en Haïti. Leur contrôle est un problème épineux pour l'IBESR, qui n'a pas les moyens de sa politique ou qui intervient trop tard dans la procédure d'adoption. De plus, certaines informations confirment qu'à la racine de ces réseaux se trouvent certains fonctionnaires ou propriétaires de crèche et d'orphelinat. Plusieurs vivent de ce commerce odieux et opèrent en toute impunité grâce à la complicité de certains employés de l'État.

Dans de nombreux centres d'accueil et orphelinats, des milliers d'enfants vivent dans des conditions déplorables, sinon infrahumaines. C'était le cas de l'orphelinat «Son of God » de Carrefour, fermé par les autorités haïtiennes en octobre dernier après que l'IBESR a été informé que les enfants accueillis dans cet établissement étaient victimes d'abus et de maltraitance Sur les 50 000 enfants placés dans des centres d'hébergement dans l'ensemble du pays, à peu près 20 000 sont orphelins de père ou de mère ; les autres n'y sont qu'en raison de l'extrême pauvreté de leurs géniteurs. Suite au séisme de 2010, les orphelinats sont devenus l'une des activités les plus lucratives, après les ONG nationales et internationales. Les illégalités dans les procédures d'adoption sont pourtant connues de tous. Il s'agit souvent de véritables réseaux criminels dédiés à la traite des enfants et à des adoptions irrégulières. Ces réseaux, opérant à travers les crèches et les orphelinats, s'approvisionnent en enfants en utilisant souvent la menace, la fraude ou le mensonge, convainquant ainsi les parents biologiques de donner leurs enfants en adoption. Ces réseaux, experts dans la fabrication de faux documents, de faux témoins se faisant passer pour les parents légitimes, de déclarations d'abandon ou de consentement frauduleux, collaborent également avec des avocats et des juges de paix pour parvenir à leurs fins.

Au cours de nos enquêtes, la grande discrétion des propriétaires de crèches et d'orphelinats ne nous a pas permis, jusqu'ici, de faire véritablement la lumière sur les pratiques de trafic d'enfants par voie d'adoption. Néanmoins, les rumeurs de toutes sortes, même les plus terribles - sur des prélèvements d'organes - courent de plus en plus dans les rues. Conformément à la loi du 4 avril 1974, l'État haïtien devra renforcer les contrôles avant et après les adoptions.

Des voix s'élèvent

Pas étonnant que de plus en plus de voix s'élèvent pour dénoncer ce scandale. Non des moindres: l'ambassadeur français de l'adoption internationale, Thierry Frayssé, a, au cours d'un séminaire tenu récemment à Port-au-Prince, mis l'accent sur la nécessité de ratifier la Convention de la Haye du 29 mai 1993 relative à la protection des enfants et à la coopération en matière d'adoption internationale adoptée par Haïti en 2010, mais toujours pas ratifiée. Il estime que l'heure est venue pour chaque secteur de la vie nationale, notamment les parlementaires haïtiens, de se saisir du débat en vue de régulariser cette question.

M. Frayssé croit que la ratification de la Convention de la Haye permettra à l'IBESR de devenir l'autorité centrale en matière d'adoption en Haïti et d'y jouer un rôle beaucoup plus important. La mise en oeuvre de cette convention, la perception des droits de l'enfant sur le plan international, les questions des enjeux juridiques de l'adoption internationale, de l'abandon et des difficultés de la parentalité ainsi que celle de l'accompagnement des familles adoptantes sont les principaux thèmes qui ont été traités au cours de cette rencontre d'échanges.

La directrice générale de l'IBESR, Arielle Villedrouin, précise que le nombre d'enfants adoptés en Haïti par des étrangers s'élève à plus de 2 000 chaque année, dont la majeure partie par des couples français. Contrairement aux statistiques de l'Unicef, Mme Villedrouin ajoute que l'IBESR compte environ 700 maisons d'accueil et orphelinats dont seulement 150, selon elle, ont l'autorisation de fonctionner. Pour régulariser la situation, Mme Villedrouin sollicite l'appui des partenaires locaux et internationaux.

Quant aux parents ayant adopté sans statut légal des enfants haïtiens après le séisme et qui ont manifesté récemment à Paris, l'ambassadeur français en Haïti, Didier Le Bret, précise que l'adoption simple permet à l'enfant adopté de maintenir une certaine filiation avec la famille biologique tandis que l'adoption plénière ne le permet pas. Néanmoins, les parents biologiques seront toujours informés sur la situation et l'évolution des enfants.

D'un autre côté, selon le diplomate, les familles adoptantes en Haïti avaient pour habitude de faire établir, parallèlement au jugement haïtien d'adoption simple, un consentement à adoption plénière devant un notaire. Munis de ce document, les parents adoptifs obtenaient alors devant les tribunaux français l'adoption plénière. Mais ce document n'a apparemment plus de valeur légale en Haïti qui est en train de revoir profondément sa législation concernant l'adoption. Selon lui, le problème de ces dossiers est technique, car il n'y a aucune mauvaise volonté de l'administration française, seulement un problème juridique de fond, qui existe depuis toujours et que les parents n'ignoraient pas en adoptant en Haïti.



Source : Le Nouvelliste | 22.12.2011

09:56 Écrit par collectif a & a dans Adoption internationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : haïti, france | |  del.icio.us

02/12/2011

Tinan, auteur du récit "Magnitude 7.3" sur l'adoption en Haïti

Magnitude 7-3 Tinan.jpgMon livre Magnitude 7.3, publié chez Alma Editeur (http://www.alma-editeur.fr), est sorti depuis le 6 octobre. Il est disponible dans toutes les libraires au prix de 18€. Je vous invite à le découvrir, pas seulement parce que c'est moi qui l'ai écrit mais parce que je pense qu'il apporte un regard profondément utile sur la réalité de l'adoption, le déracinement, le multiculturalisme.


Voici le texte de la quatrième de couverture :

Tinan a quatre ans et demi lorsqu’il découvre le sol français. Il vient d’être adopté. Dix-huit ans plus tard, il part pour Haïti rencontrer sa famille. À la joie immense de retrouver sa mère et toute sa parentèle s’ajoute la découverte d’un pays, d’une culture et d’une langue qu’il tente de se réapproprier. Mais comment vivre en étant de deux mondes ? Comment admettre que si l’amour des siens en France lui semble corrompu, en Haïti il apparaît souvent dénaturé par l’égoïsme ou l’intérêt ? Avec beaucoup de pudeur et une grande lucidité, Tinan raconte ce voyage, cet apprentissage, le mélange d’enthousiasme et de doutes au terme duquel il affirme son identité : plus qu’à un pays, il s’appartient à lui-même et son avenir il le construira loin des mensonges, quel qu’en soit le prix.

Magnitude 7.3 est le récit d’un séisme intérieur : comment appartenir à deux cultures, deux terres, deux mondes ?
Voici un extrait du livre.

Tinan Leroy, 32 ans, grandit en France. Après avoir enseigné la physique-chimie, il est aujourd’hui musicien, chorégraphe et professeur de salsa.


Quelques liens :

http://www.salsatango.fr/2011/10/02/magnitude-7-3-lhistoire-haitienne-de-tinan-leroy/
http://www.liberation.fr/monde/01012328119-haiti-adoptions-a-but-lucratif
http://www.unicef.fr/contenu/actualite-humanitaire-unicef/tinan-temoignage-d-un-enfant-deracine-2010-02-18
http://www.alma-editeur.fr/


Au nom de tous les siens


Tinan

 

Vous avez interviewé Tinan Leroy, auteur du livre «Magnitude 7.3»
20 Minutes.fr  


07/07/2011

Haïti. L'adoption internationale, une priorité qu'on veut nous imposer

Le Nouvelliste en Haiti.jpgCet article est dédié à tous les parents haïtiens qui jusqu'à ce jour gardent l'espoir de retrouver leurs enfants séparés d'eux à la suite du tremblement de terre du 12 janvier 2010.
Quelques jours après le tremblement de terre de 2010, un journaliste étranger écrivait : l'adoption internationale n'est pas une aide humanitaire. Suite au tremblement de terre, en effet, l'adoption internationale a dominé l'actualité internationale ; aujourd'hui encore elle semble être le thème central de ceux-là qui prétendent oeuvrer pour la protection et le bien-être des enfants.

 

"Adoption internationale", un thème prioritaire également pour de nombreux pays « amis ». Au cours de la visite éclair en Haïti d'Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, pour assister à l'investiture du président Michel Martelly, le ministre français a pris le temps de visiter un orphelinat et la Fondation Solidarité Internationale, engagée dans l'adoption internationale. De plus, selon des sources autorisées, le ministre Juppé aurait soulevé la question de l'adoption internationale lors de son entretien privé avec le président Martelly (qui a dû peut-être paraître fort surpris du choix d'un tel sujet, compte tenu des grands problèmes auxquels sont confrontées actuellement les familles haïtiennes).

Il faut donc se demander pourquoi ce focus sur l'adoption internationale, alors que selon l'UNICEF « 1,2 millions d'enfants étaient déjà considérés comme étant extrêmement vulnérables avant le tremblement de terre. Un an plus tard, les enfants d'Haïti sont encore au bord du précipice » ( voir « Un an après - Des secours à la reconstruction : un long parcours », Janvier 2011 UNICEF Haïti).

Pour répondre à cette question, il faut remonter à 2010. Le 20 Janvier 2010, l'ex-Premier ministre Bellerive, sur la demande de certaines organisations de droits humains, adopte une mesure d'urgence selon laquelle le Premier ministre est le seul habilité à autoriser le départ d'enfants haïtiens du territoire national et que dans ces cas, il doire s'agir d'enfants pour lesquels le processus d'adoption avait été déjà engagé et approuvé, ce, de concert avec les ambassades concernées. Cette mesure, conforme aux principes de droits humains, visait à assurer que la priorité dans cette situation de catastrophes soit donnée aux efforts visant la réunification des enfants avec leurs parents ou les membres de leur famille, à éviter toutes tentatives prématurées ou irrégulières de sortir un enfant de son pays. Malgré cette mesure, des enfants haïtiens ont continué à sortir du pays au vu et au su de tous. Pourtant, bien que foulée aux pieds dès les premiers jours, cette mesure gêne.

Nombreux sont ceux (étrangers pour la plupart) qui ne veulent que rouvrir l'adoption internationale avec tout ce qu'elle comporte d'illégalité, c'est-à-dire, la traite d'enfants, la vente d'enfants, le trafic d'organes, la prostitution infantile, la pédophilie, etc. Et pour cela, les pressions et les pièges « diplomatiques » s'intensifient, particulièrement à la veille de la tournée du président Martelly en Europe à la fin du mois de juin.

L'enfant a le droit de grandir dans un milieu familial et l'Etat a pour obligation de donner une famille permanente à l'enfant pour lequel une famille appropriée ne peut être trouvée dans son pays d'origine. Cependant, l'adoption internationale telle que pratiquée en Haïti n'est pas toujours un moyen visant à assurer à l'enfant dans une situation de vulnérabilité un environnement familial au contraire, l'adoption internationale, et plus souvent qu'on ne le suppose, est un mécanisme utilisé par beaucoup pour s'enrichir sans aucune considération pour la situation de l'enfant ou pour exercer toutes sortes de violence sur l'enfant. Les anecdotes relatives à la vente d'enfants, vente d'organes, aux primes d'assurances sont nombreuses. Vrai ou faux ! Comme dit le proverbe il n'y a pas de fumée sans feu.

D'un côté, il y a les crèches. Selon l'UNICEF des 700 centres d'enfants actuellement répertoriés, seulement 300 sont accrédités. Les crèches sont des institutions hébergeant des enfants en bas âge et dont le seul but est de les donner en adoption internationale. Généralement ces crèches sont liées à des organismes étrangers d'adoption, se chargent de chercher des enfants et des parents adoptifs étrangers, le plus souvent sans autre considération que monétaire. Il s'agit là d'un commerce extrêmement lucratif. 80 à 90% sont des adoptions individuelles, c'est-à-dire une relation directe entre les propriétaires de crèches et les parents adoptifs étrangers. En plus des rémunérations (et mensualités) payées par les parents adoptifs, les crèches recevaient des subventions via des ONGs et ONGIs (certaines d'entre elles allant jusqu'à prendre en charge des mères adolescentes).

D'un autre côté, les orphelinats, ou des milliers d'enfants-vivent des situations abusives. Selon des estimations, près de 50 000 enfants sont placés en institutions; de ce nombre, à peu près 20 000 sont orphelins de père ou de mère ; les autres n'y sont qu'en raison de pauvreté. Suite au séisme de 2010, les orphelinats sont devenus l'une des activités les plus lucratives après les ONGs nationales et internationales.
Les illégalités dans les procédures d'adoption sont pourtant connues de tous. Il s'agit de véritables réseaux criminels dédiés à la traite d'enfants et à des adoptions irrégulières. Ces réseaux, opérant à travers les crèches et les orphelinats, s'approvisionnent en enfants en utilisant souvent la menace, la fraude ou le mensonge, convainquant ainsi les parents biologiques à donner leurs enfants en adoption. Ces réseaux, experts dans la fabrication de faux documents, de fausses mères, de déclarations d'abandon ou de consentement frauduleux, collaborent également avec des avocats et des juges de paix.

A la racine de ces réseaux se trouvent les responsables (ou du moins) des propriétaires de crèches et d'orphelinats vivant de ce commerce et opérant le plus souvent avec la complicité de certains fonctionnaires de l'IBESR.

Plus de 2 400 enfants ont laissé Haïti depuis le tremblement de terre (plus du double du nombre d'adoption autorisée en 2009). Ce chiffre (bien que partiel) en lui-même constitue la preuve de l'illégalité de ces procédures d'adoption. Des billets gratuits ont été offerts à travers le net à ceux-là qui accepteraient de se rendre en Haïti pour ramener des enfants ; comme on ramène des « patates ».


Comment avec des institutions jusqu'à ce jour affaiblies par la catastrophe de janvier 2010 (des ministères, les tribunaux, les services d'Etat civil) a-t-on pu garantir la légalité de ces procédures, s'assurer de l'identité des enfants et de leur adoptabilité, vérifier le consentement des parents, etc. Ce n'est donc pas surprenant que plusieurs cas de traite d'enfants sous le couvert d'adoption internationale irrégulière aient été identifiés à divers points de la frontière entre Haïti et la République Dominicaine et dans certains aéroports, particulièrement l'aéroport Guy Mallary. Le souvenir des 33 Américains arrêtés à la frontière est toujours bien frais; à ce souvenir vient s'ajouter le cas récent des pédophiles allemands.

Il ne fait aucun doute que l'aide humanitaire, comme ce fut le cas dans d'autres pays, a emmené avec elle les prédateurs et les vautours de l'urgence dont le seul objectif est de profiter des situations de chaos pour exercer leurs méfaits ; leur proie de prédilection: les enfants. Alors que la situation de l'irrégularité des adoptions internationales était déjà inquiétante suite au contrôle plus serré des adoptions dans certains pays dont le Guatemala, depuis le tremblement de terre, Haïti attire tous les dossiers frauduleux. Le tremblement de terre est venu en effet mettre à nu des situations d'illégalité, des réseaux de traite et de vente d'enfants, le plus souvent sous le couvert d'adoptions internationales.


Certaines ambassades ont clairement exprimé leur doute quant aux procédures d'adoption postséisme. Cependant, d'autres s'intéressent de plus en plus à l'adoption internationale. Ces dernières, dont celle de France et du Canada s'apprêtent d'ailleurs à célébrer une réunion dite « Réunion du Groupe de Montréal » du 22 au -24 Juin prochain à l'Hôtel Le Plaza à Port-au-Prince. Cette réunion fait suite à une réunion du même type célébrée l'année dernière à Montréal. Le thème central de cette réunion: « l'adoption internationale »; le but: rouvrir la vanne de l'adoption internationale, faire « plaisir » à leurs ressortissants et s'assurer de leur vote.

Suite au tremblement de terre, la France a fait évacuer plus de 1 000 enfants haïtiens. Pour certains Français, la décision du gouvernement français était "logique et raisonnable". Aussi les 21 et 23 décembre 2010, à la veille de la Noël, des centaines d'enfants ont-ils quitté leur pays dans deux avions affrétés « pour évacuation urgente » à cause du choléra. Ces enfants ne faisaient l'objet que d'un consentement des soi-disant parents et d'une autorisation de l'IBESR. Parmi les enfants arrivés en France, près d'une centaine se trouvent dans une situation juridique floue, vu qu'ils n'ont pas de jugement d'adoption mais un simple apparentement (voir Imbroglio juridique pour les enfants haïtiens adoptés - 31 March 2011).

« Quelques jours après le tremblement de terre, décrète un « Humanitarian Parole Policy », à la faveur de cette politique, des centaines d'enfants haïtiens « orphelins » ou séparés de leurs parents à cause du tremblement de terre ont été « évacués ». Certains se retrouvent aujourd'hui dans les « foster care », abandonnés par les parents adoptifs ».

L'Hollande, quant à elle, suite au séisme, a décidé « qu'en raison de la situation inquiétante en Haïti, d'admettre les enfants sans qu'ils disposent de documents de voyage en règle. Le gouvernement hollandais décide alors que les enfants seront rapatriés d'abord, et l'approbation des autorités haïtiennes viendra après. (Voir déclaration du ministre de la justice hollandais Hirsch Ballin).

Comme l'a dit un observateur. « C'est la pauvreté qui transforme les enfants en cheptel adoptable pas les familles occidentales riches en mal d'enfants. »

Ce qui étonne, c'est que tous ces pays ont ratifié la « Convention de la Haye sur la protection des Enfants et la Coopération en matière d'adoption Internationale » ; laquelle convention considère l'adoption internationale comme une mesure de dernier recours, et oblige les Etats parties à adopter toutes les mesures visant à maintenir l'enfant dans sa famille d'origine, à envisager l'adoption nationale, et a s'assurer que les parents adoptifs soient réellement aptes à adopter un enfant.

« Il faut en finir avec le marché aux enfants haïtiens, et avec leur pieuse importation » ; ces mots d'un observateur illustrent bien la problématique de l'adoption internationale.

Il est temps que ceux-là qui prétendent s'intéresser à la situation de l'enfant haïtien se penchent sur les vrais problèmes de l'enfance : l'assistance aux familles nécessiteuses, l'accès à l'éducation et à la santé pour tous les enfants. Rouvrir l'adoption internationale sans mettre des balises solides, c'est livrer des milliers d'enfants à la merci de groupes prédateurs.

La construction de l'Etat de droit passe par la chasse à ces organisations criminelles, et la lutte contre l'impunité devant les crimes perpétrés contre les enfants haïtiens. L'Etat de droit exige des investigations sérieuses visant à démasquer les réseaux de traite et de vente d'enfants, les procédures d'adoption bidon, les individus et les institutions dont le seul but est de s'enrichir aux dépens des petits haïtiens. L'Etat de droit exige également que l'adoption, tant nationale qu'internationale, puisse enfin répondre à sa vraie vocation : celle d'offrir aux enfants abandonnés ou orphelins un environnement familial permanent, chaleureux et sain.

Pour arriver à cet état de fait, il faut (Que peut faire le président Martelly ?):
1) Décréter un moratoire (i.e. suspension provisoire) ferme sur les adoptions internationales, particulièrement les adoptions d'enfants haïtiens par les étrangers, jusqu'à la ratification par Haïti de la Convention de la Haye sur la protection de l'enfant et la coopération en matière d'adoption internationale ;
2) Reformer et épurer l'Institut du Bien-être Social ;
3) Mettre l'action publique en mouvement contre les avocats, juges, propriétaires de crèches et d'orphelinats, fonctionnaires de l'Etat et tous ceux engagés dans la fabrication de faux documents, la vente d'enfants, la traite d'enfants ;
4) Mettre sur pied une commission spéciale ayant pour mission
a. Entreprendre des investigations afin de retracer/retrouver les nombreux enfants perdus pendant le tremblement de terre ;
b. Revoir les adoptions internationales autorisées depuis le 12 janvier 2010
c. Adopter un plan de placement familial pour les enfants et adolescents qui croupissent dans les crèches et orphelinats pour le simple fait que leurs parents n'ont pas les moyens de s'occuper d'eux.
d. Entreprendre des investigations sérieuses sur les irrégularités et les illégalités dans les procédures d'adoption, l'existence et le fonctionnement de ces crèches, orphelinats et maisons d'enfants;
5) Adopter une loi sur l'adoption répondant aux critères et standards internationaux
6) S'assurer qu'Haïti ratifie la Convention de la Haye sur la protection des enfants et l'adoption internationale


Source : Le Nouvelliste en Haïti |27 juin 2011

24/06/2011

Le Président Martelly annonce la fin prochaine des adoptions privées ou individuelles à Haïti

haïtiDes représentants de dix pays adoptants, dont la France, premier pays d'accueil d'enfants haïtiens en 2010, étaient réunis ce jeudi matin, en colloque, à l’hôtel le Plaza de Port-au-Prince, en présence du Président Michel Martelly, pour faire le point sur l'adoption en Haïti.

Lors de ce colloque, organisé par un groupe de Montréal sur l’adoption internationale, dont le but est d'envisager la reprise des adoptions «gelées», le Président Michel Martelly s'est engagé devant les participants à ratifier, au cours de son mandat, la Convention de la Haye sur les adoptions, qui empêche les adoptions dites « privées ou individuelles ».

« Dans l’attente du vote de cette loi, dans des délais que je souhaite aussi rapprochés que possible, j’entends prendre un arrêté présidentiel, rendant obligatoire le passage des demandes d’adoption devant des organismes agréés, comme le prévoit la Convention de La Haye » a déclaré le Chef de l’État.

Cette mesure empêchera de facto, toutes les procédures d'adoption individuelle d’enfants haïtiens.


Source: Haiti Libre | 23.06.2011

 

haïtiHaïti veut interdire les adoptions individuelles - un premier pas selon Tdh

Communiqué de presse Terre des Hommes – 27.06.2011

 


Terre des hommes – aide à l’enfance (Tdh) félicite le président d’Haïti Michel Martelly de son intention d’organiser les demandes d’adoption à travers des organismes agréés. Tdh appelle à la fin des trafics d’enfants, en demandant l’approbation d’une loi nouvelle sans tarder et en renonçant aux adoptions individuelles dans les faits.

Responsable du service adoption de Tdh, Marlène Hofstetter a accompli plusieurs missions ces dernières années en Haïti, notamment sur mandat de l’Unicef, pour que les autorités mettent un terme aux trafics d’enfants. “ll faut que soit approuvée une nouvelle loi d’adoption, qui reste en souffrance au sénat haïtien”, souligne-t-elle. “Les organismes agréés doivent respecter la Convention de la Haye, notamment la priorité à l’adoption dans le pays d’origine. Quand les enfants ne sont pas orphelins, les parents biologiques doivent avoir donné leur consentement, sur la base d’une information complète. La pauvreté ne saurait être une raison suffisante pour une adoption.”

Lire aussi la réaction de Tdh lors du transfert de 318 enfants haïtiens à des parents français avant Noël dernier.

10:42 Écrit par collectif a & a dans Adoption internationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : haïti | |  del.icio.us

26/05/2011

Reportage de l'UNICEF sur les dangers du trafic d'enfants en Haïti

haïti,unicefUne grande partie de la frontière entre Haïti et la République Dominicaine n’est pas surveillée. Le trafic d’enfants y est une réalité, exacerbée depuis le séisme de janvier 2010. Pour enrayer ce phénomène, des éducateurs soutenus par l’Unicef vont à la rencontre des familles, pour les alerter sur les dangers qu'il y a à confier leurs enfants à des étrangers : l’espoir d’une vie meilleure pour eux de l’autre côté n’est qu’un mirage… Reportage.

Source: unicef.fr | 25 mai 2001

 

07:54 Écrit par collectif a & a dans Avis d'expert, Trafic d'enfants | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : haïti, unicef | |  del.icio.us

27/01/2011

Des enfants haïtiens morts revendiqués pour de l'argent de l'assurance ?

Adopted Haitian Baby Killed for Insurance Money


Counterpunch 25 January 2011

Haiti Quake Journal.
Where Urban Legends Come to Life
By BOADIBA

[...] Urban legends also are flying on the breeze. From mouth to mouth:

The US soldiers sent en masse right after the quake went into the rubble only twice to remove safes at Citibank and Caribbean Market. (This must come from the memory of the American occupation which started in 1916 and ended in 1935 with marines withdrawing the safes containing the nation’s entire gold reserve. It now sleeps in vaults in New York or D.C.) [...]

Some camps are well organized, but not the one across from the police station in Petionville.

At the restaurant across from the police station and the refugee camp, on the terrace overlooking the pool, foreign correspondents sit with their video cams. Two women are eating and talking at a table next to us. “Two women adopted a baby here in Haiti and took him back to New York. There, in the middle of winter, they left him locked up in a car and he died of pneumonia. Afterwards they got the insurance money. They would have gotten away with it if they hadn’t come back some time later to adopt another baby and try the same thing. The second baby was strong and didn’t die. The insurance company got suspicious and investigated. They got arrested.” [...]

Posted by Brian Chapman at 6:14 PM

Via UAI-news

09:42 Écrit par collectif a & a dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : haïti, adopté | |  del.icio.us

21/01/2011

Haïti. Procédures d'adoptions internationales accélérées suite à une catastrophe naturelle... Quelles leçons à tirer ?

Haiti ISS Final French.jpgVoici la version française partielle du rapport SSI sur les adoptions qui ont suivi le tremblement de terre à Haïti.

Auteurs : Mia Dambach et Christina Baglietto | août 2010.

12:01 Écrit par collectif a & a dans Adoption internationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : haïti, rapport, isscir | |  del.icio.us