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17/07/2009

Nous, on évite les adoptions. Les procédures sont beaucoup trop longues. Pendant ce temps, nous n'aidons pas les autres. En plus, adopter, c'est enlever l'enfant à sa communauté d'origine pour l'enraciner ailleurs. Ce n'est pas évident.

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Québec. Orphelins du sida, enfants soldats, enfants de la rue. La région des Grands Lacs, en Afrique, compte un nombre aussi imposant que triste de ces jeunes aux vies bien mal parties. Mais avec l'appui de donateurs, dont certains Canadiens, le Congolais Athanase Rwamo tente de rescaper certaines d'entre elles.

 

«C'est une goutte d'eau dans l'océan, admet-il. Mais voir un enfant quitter la rue, se prendre en charge, se marier, travailler... Bref, en faire un homme responsable, c'est ça qui nous comble.»

 

Coordonnateur sous-régional de plusieurs associations d'aide à l'enfance au Burundi, au Rwanda et en République démocratique du Congo (RDC), Athanase Rwamo était de passage à Québec récemment lors d'un déjeuner-conférence organisé par l'organisme canadien L'Aide internationale à l'enfance (L'AMIE). Voilà maintenant tout près de 20 ans qu'il tente d'aider les jeunes grâce à divers programmes : formation professionnelle, écoute, hébergement, réunification familiale, activités lucratives et même assistance juridique.

 

Il faut dire que l'envergure des moyens est à l'image des besoins : vaste. Car les enfants des Grands Lacs vivent ? ou survivent ? dans une classe à part, affectés qu'ils sont par les pires fléaux imaginables, et ce, dans des proportions inégalées ailleurs dans le monde.

 

Pour commencer, le Burundi, le Rwanda et la RDC ont tous été durement frappés par la guerre, sinon par le génocide. En RDC seulement, où près de la moitié de la population a moins de 18 ans, 6,6 millions de personnes ont été tuées, et 3,4 autres millions déplacées depuis la fin des années 90. «Une situation qui fait beaucoup d'orphelins traumatisés», indique Rwamo. Au Burundi voisin, c'est 10 % de la population qui est orpheline.

 

Les traumatismes sont aussi le lot du million d'orphelins du sida que comptent les trois pays. «Comme ils ont assisté à la maladie de leurs parents, ils nous arrivent dans des conditions lamentables. Ces enfants doivent être détraumatisés», explique le Congolais.

 

Enfants soldats

Les 30 000 enfants soldats que l'on trouve en RDC seulement posent quant à eux un défi bien particulier à Athanase Rwamo et à son réseau d'aide. «Nous devons nous en occuper à part, car avec les substances toxiques qu'ils ont dans le corps, ils s'excitent vite, ils ne discutent jamais. Il a déjà fallu 40 policiers pour séparer d'anciens enfants soldats d'autres orphelins. Les esprits s'étaient échauffés, et ils s'étaient souvenu de l'emplacement d'une cache d'armes. Quelques minutes plus tard, ils revenaient avec des mitraillettes entre les mains. Ces jeunes doivent complètement réapprendre à vivre en communauté», explique-t-il.

 

De façon plus silencieuse, mais tout aussi ravageuse, l'extrême pauvreté vient elle aussi détruire les ménages et jeter les enfants à la rue. «Les parents partent à la recherche de revenus et, parfois, ne reviennent pas. C'est sauve-qui-peut! L'aîné se retrouve alors seul pour s'occuper des plus jeunes. Chez nous, les enfants ont des devoirs. Pas des droits», résume Rwamo.

 

Contre l'adoption

Devant le désir de parents occidentaux de tirer ces enfants de la misère grâce à l'adoption, le coordonnateur refuse pourtant de s'engager dans cette voie. Il ne s'agit pas, selon lui, d'une aide efficace, quoi qu'en pensent les Madonna, Angelina Jolie et Brad Pitt de ce monde.

«Nous, on évite les adoptions. Les procédures sont beaucoup trop longues. Pendant ce temps, nous n'aidons pas les autres. En plus, adopter, c'est enlever l'enfant à sa communauté d'origine pour l'enraciner ailleurs. Ce n'est pas évident», conclut-il.


Source : Les enfances volées d'Afrique. Jean-Frédéric Légaré. 12 juillet 2009.

 

14:08 Écrit par collectif a & a dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : québec, athanase rwamo, orphelins, parrainage, sidaa | |  del.icio.us

07/11/2007

Darfour : parrainer plutôt qu’adopter

ca9caed2078c8d19cbba89055cc3469a.jpgPar Vanessa Voleau, membre de l’ONG Intervida.


Nous avons tous découvert avec stupéfaction la tentative d’évacuation de 103 orphelins du Darfour par l’association l’Arche de Zoé et l’arrestation des organisateurs de cette expédition. Malgré la forte médiatisation de cette affaire, toute la lumière reste à faire sur son déroulement.

 

Cependant, nous nous interrogeons sur les motivations qui ont incité ses bénévoles à faire fuir des enfants victimes de la guerre, alors que ces derniers sont dépourvus de toute faculté de jugement et de choix face à leur avenir.

 

En visitant le site web de cette association, nous pouvons deviner une équipe engagée, prête à braver le droit international pour sauver des vies. Mais il y a des maux qui ne guériront jamais sur des coups de tête, passionnels, irresponsables et peu soucieux de donner l’exemple.

 

Comme l’indique la déclaration des droits de l’enfant des Nations unies : «L’enfant ne doit pas être soumis à la traite, sous quelque forme que ce soit, et doit être élevé dans un esprit de compréhension, de tolérance, […] dans le sentiment qu’il lui appartient de consacrer son énergie et ses talents au service de ses semblables.»

 

Il est totalement légitime de vouloir aider les populations en difficulté, mais les actes passionnels ne résoudront jamais des crises qui nécessitent la pratique de la raison et du bon sens.

 

Tout d’abord, cette action déraisonnable n’a fait qu’aggraver la terreur ressentie par ces enfants : déracinés, traqués, montrés du doigt, ils sont encore plus désemparés aujourd’hui.

 

Des millions d’enfants dans le monde sont menacés par une mort certaine. Non seulement à cause de la guerre, mais aussi en raison de l’insécurité alimentaire et sanitaire dans laquelle ils grandissent. De nombreuses ONG ont compris que pour sauver des vies, il est plus utile d’agir sur le terrain, auprès des communautés concernées par la misère, en leur offrant les outils nécessaires à leur développement. Il faut combattre le mal à la racine.

 

Ce n’est pas en s’appropriant la vie de ces enfants que la situation du Darfour changera. Qu’en est-il de ceux qui resteront sur place, livrés à leur propre sort ?

 

Nous pouvons parler ici d’inégalités et de sélection arbitraire. Et c’est pourquoi la communauté internationale doit poursuivre ses efforts de sensibilisation, de négociation, voire engager des sanctions pour parvenir à une solution au Darfour.

 

Les enfants sont l’avenir de leur pays. Ce n’est pas en les déracinant que l’on pourra aider ces nations, en proie à la violence et à la misère, à se développer dans le respect de la dignité humaine. C’est avant tout grâce à l’éducation et à un environnement sain qu’un avenir plus serein et pacifique pourra se dessiner.

 

Intervida, ONG spécialisée dans le parrainage d’enfants, affirme que l’adoption n’est pas la solution. L’enfant parrainé dans son pays d’origine devient l’ambassadeur de sa communauté qui pourra ainsi acquérir son autonomie économique et sociale et participer au développement de sa nation. Pour aider des enfants menacés d’une mort certaine, nous devons réaliser un travail global, mené sur plusieurs fronts : la santé, l’éducation, la sécurité alimentaire, la participation civile et le développement communautaire.

 

Certes, ce travail de longue haleine demande une intervention dans chaque communauté sur une période de dix à trente ans, mais permet, à terme, d’obtenir des résultats pérennes.

 

Source : Libération 

09:40 Écrit par collectif a & a dans Trafic d'enfants | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Arche de Zoé, ONG, parrainage | |  del.icio.us