Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14/04/2010

Troubles de l'attachement et états limites

[Via Blogosapiens]

blogosapiens_isabelle_de_penfentenyo.jpg

 

Dans le cadre de la spécialisation de ma pratique de thérapeute vers l'accompagnement de l'adoption, je suis plongée dans un livre très intéressant sur les troubles de l'attachement des enfants abandonnés. Par ailleurs, je traduisais récemment un document sur les personnalités borderline.

 

La lecture de ces textes montrent clairement le lien entre troubles de l'attachement et structure borderline (états limites). Cela paraît évident a priori, pourtant c'est une piste extrêmement intéressante en termes d'accompagnement car ce qui est préconisé pour l'enfant peut relativement facilement s'adapter à l'adulte.

 

La personne ayant une structure borderline a souffert d'un attachement insécurisant: manque d'attention, de contact, violence y compris sexuelle. L'enfant, au moment où il commence son processus d'individuation au travers de ses premiers pas vers l'autonomie se retrouve face à un ou des parents qui ne répondent que par leur propre problème de symbiose/autonomie non résolu (à moins que l'origine du trouble ne soit dans une difficulté physiologique de l'enfant à entrer en contact, ce qui pourrait aussi poser question en termes transgénérationnels). Comme quoi, si accompagner un enfant est très important, l'accompagnement des parents l'est au moins autant.

 

La difficulté avec une personne ayant une structure borderline est de pouvoir entrer dans une relation authentique avec elle. L'enfant souffrant de troubles de l'attachement ne connaît pas cette relation authentique et a besoin, plus que tout, que le contact avec l'adulte, le parent, la mère au sens archétypal, reprenne sa place. Le fil du contact doit être repris en douceur, avec beaucoup de patience, en laissant la plupart du temps l'initiative à l'enfant. Il en est de même avec l'adulte qui fera lui aussi des allers et retours dans la relation thérapeutique.

 

Le point où je veux en venir est que plutôt que de regarder une personne uniquement au travers du filtre d'une dite structure borderline, qui revient à poser une étiquette, il semble plus thérapeutique de s'intéresser à ses troubles de l'attachement.


Source : Blogosapiens | 12.04.2010

06/02/2008

Le complexe occidental du sauvetage d’enfants. De l’affaire de l’Arche de Zoé à la mise en cause du système de l’adoption internationale. Sandrine Dekens.

c1ef7eb58043ac39b39af2c0b68d8b00.jpgUn "point de vue" clinique et politique.


A croire que c’est un syndrome culturel, une compulsion occidentale ! Celle qui consiste à aller aux quatre coins du monde pour « sauver des enfants en danger de mort ». Je cite l’entête du site internet de l’Arche de Zoé : « Il faut sauver les enfants du Darfour pendant qu’il est encore temps. Dans quelques mois, ils seront morts ! ». Cette association n’est pas la seule à s’appuyer simultanément sur l’urgence et sur la nécessité du sauvetage d’enfants, ce sont des arguments publicitaires auxquels nous sommes habitués au fil des campagnes des grands organismes humanitaires internationaux. « Un enfant meurt (de la faim, de la lèpre, de la tuberculose, etc.) toutes les X secondes »... Sur le site de l’Arche de Zoé, vous verrez les mêmes photos d’enfants mourants et pitoyables que sur les brochures officielles d’organismes très honorables comme l’Unicef, Handicap International ou Action contre la faim.

 

Ce complexe est l’héritier à la fois de notre culture judéo-chrétienne (le sauvetage des âmes), et de notre culpabilité à l’égard des populations qui subissent les conséquences dramatiques de l’impérialisme et du cynisme des gouvernants de nos pays... L’espace dans lequel s’exprime le plus aisément ce complexe est légal : il s’agit de l’adoption internationale. Les parents adoptants que j’ai rencontrés dans le cadre d’une recherche en psychologie clinique en 2006 en témoignent : ils veulent « partager leur bonheur » avec un enfant pauvre, un enfant déshérité auquel ils souhaitent « donner une chance ». Certains rêvent ainsi, à la suite de Joséphine Baker, de s’entourer de toute une collection d’enfants venus des quatre coins du monde, pour faire des familles « smarties » ou « bénéthon ». Ils disent que cette vocation leur est venue de très loin, souvent de leur enfance... Ils affirment qu’ils ont toujours su qu’ils adopteraient un jour. Le recueil d’enfants répondrait chez eux à une vocation.

 

Face à de telles motivations, difficile d’évacuer la question de la culpabilité des nantis face à cette misère qui remonte du Sud au Nord. Auparavant, cette misère s’étalait en quatre mètres sur trois, sur les murs de nos villes. Depuis quelques années, ce sont les corps morts des candidats à l’exil qui se fracassent sur nos frontières méditerranéennes... La pression monte.

 

A travers le système légal et organisé de l’adoption internationale, nous nous sommes habitués à l’idée que la transplantation d’enfants des pays du Sud dans des familles du Nord pouvait constituer une réponse acceptable à toutes les situations de détresse : guerres, famines, maladies, etc. Quelque soit le problème, un enfant risque de mourir, une seule réponse : « tu gardes ton problème, je prends ton enfant ». Marché de dupes contre lequel un jour, les populations du Sud ne manqueront pas de se dresser. Arrivera un jour où les gouvernants des pays pourvoyeurs n’accepteront plus le pillage humain... Et l’affaire de l’Arche de Zoé a pour effet réjouissant d’accélérer ce processus.

 

L’adoption d’un enfant à l’étranger n’est pourtant pas sans risque, il ne s’agit pas d’un « coup de baguette magique » qui illuminerait brusquement la vie d’un enfant, grâce à l’amour inconditionnel et au bonheur en kit. La recherche en psychologie qui a été menée en 2006 à l’université Paris 8, a permis de rencontrer des enfants adoptés qui présentaient une psychopathologie très caractéristique. Le plus grand risque est bien sûr la souffrance identitaire, qui dans ses formes extrêmes, s’exprime sous des formes psychotiques ou dépressives (problèmes cognitifs, tentatives de suicide, grande violence, etc.). Arrachés à leur pays et à leurs attachements d’origine, il arrive que les enfants ramenés en France aient des difficultés à se sentir chez eux, à endosser leur nouvelle identité, à se glisser dans la « fiction juridique » qu’est l’adoption. Le risque pour ces enfants déracinés est de rester « suspendus » entre deux identités, comme le décrit Christian Dumortier dans son livre-témoignage « Adopté dans le vide ».. Ces difficultés sont exacerbées lorsque les enfants ont un vécu traumatique dans leur pays d’origine, ce qui est souvent le cas pour cause de guerre, troubles politiques, déplacements de populations, mais aussi maltraitances, absence de soins médicaux, famine... [1]

 

Si je parle de pillage, c’est que l’argument justificatif du système légal (Adoption Internationale) et des diverses formes illégales de « sauvetage » (Arche de Zoé et consoeurs), est le même : ce sont des enfants sans famille, des orphelins. Je me suis amusée cette semaine, d’entendre un ministre tchadien rappeler que cet état, ce statut d’orphelin, n’existe pas au Tchad, en ce qu’il relève d’une conception occidentale de la famille. Je me réjouis d’entendre enfin de tels propos clairement énoncés, car en effet, les anthropologues ne cessent de nous rappeler que les systèmes culturels de parenté africains ont prévu des modalités locales de prise en charge des enfants dont les parents sont morts : le rôle de la famille élargie (oncles, tantes, etc.) est fondamental dans l’accueil des orphelins. D’ailleurs, dans de nombreuses cultures, un enfant qui est accueilli chez sa tante ou son oncle n’est pas considéré comme un orphelin ! Doit-on rappeler qu’actuellement, le principal obstacle au fonctionnement de cette solidarité familiale est la misère économique dans laquelle se trouvent les familles africaines.

 

Au nom de l’urgence, il n’est pas étonnant que nous passions d’un système légal à des mesures illégales. D’ailleurs, les deux systèmes ne sont pas étanches, et la zone qui les sépare est on ne peut plus floue. Où s’arrête la légalité lorsqu’il s’agit de recueillir un « consentement éclairé » de la part de personnes dans des situations de survie [4] ? Je soutiens par conséquent qu’ il existe un continuum entre les deux systèmes, et qu’il est hypocrite de traiter les dérives de l’Arche de Zoé sans interroger les fondements du système de l’Adoption Internationale. D’ailleurs, les pays du Sud ne s’y sont pas trompés : après le tsunami de décembre 2004, l’Indonésie a fermé son pays à l’adoption afin de se prémunir du pillage d’enfants, et cette semaine, c’est le Congo Brazzaville qui annonce qu’il se ferme à l’adoption internationale suite à l’affaire de l’Arche de Zoé... Arrivés à ce point, nous ne nous étonnerons pas en constatant que la mobilisation fondatrice des « sauveteurs de l’Arche de Zoé » est un projet destiné à venir en aide aux enfants et aux familles victimes du Tsunami.

 

Arrivée à ce point, il me semble également important de souligner la vaste hypocrisie de nos dirigeants français dans cette histoire. Car nous pouvons nous interroger sur ce qui déclenche le passage à l’illégalité totale et revendiquée [3] de la part des membres de l’Arche de Zoé ? Au nom de quoi des personnes s’autorisent à « passer aux actes » ? Cette expression citée par l’association française sur son site internet est intéressante du point de vue psychologique... Le passage à l’acte étant le fruit d’une impulsion produite par l’incapacité à élaborer une émotion.

 

C’est bien le sentiment d’urgence qui autorise ces passages à l’acte. Et ce sentiment d’urgence a été alimenté très récemment concernant le Darfour par les politiciens français, qui souhaitent donner à leurs électeurs l’impression qu’ils sont mobilisés pour faire face à la situation dramatique du Darfour, pour donner l’illusion qu’ils sont en train d’agir. Il faut se rappeler qu’au lendemain de l’élection présidentielle, Bernard Kouchner, lui-même ancien french-doctor spécialiste de l’intervention d’urgence, a organisé un sommet appelé « Urgence Darfour »... ce que Rony Brauman dénonçait cette semaine comme « l’installation par les politiques de l’idée que le sauvetage immédiat était un impératif au nom duquel la transgression juridique était possible ». Il ne faut donc pas s’étonner que certaines personnes qui avaient une vocation au sauvetage (comme un ancien pompier Président d’une association) soient passées aux actes. La réaction médiatique et politique de grande ampleur aux dérives mises en actes par l’Arche de Zoé vise certainement à détourner l’attention de la responsabilité morale de ceux qui ont utilisé l’urgence (du Darfour et d’ailleurs) comme « caisse de résonance » à leurs propres intérêts. Une vaste hypocrisie...

 

Pour être très claire et pour conclure, j’affirme donc que les occidentaux abusent de leur position dominante, au mieux pour recueillir des consentements à l’adoption de la part des familles et des Etats, au pire pour organiser du pillage humain, en présentant comme seule solution l’exportation d’enfants devenus marchandises. Et nous soutenons pourtant qu’il en existerait une autre : donner les moyens à ces familles élargies de prendre en charge et d’accueillir leurs orphelins. Il me semble que la réponse d’Orphelins Sida International est clairement engagée à cet égard : les personnes qui parrainent des enfants par notre intermédiaire soutiennent que la meilleure solution est de donner des moyens aux familles pour continuer d’élever leurs enfants au sein de leurs communautés.

 

Il se trouve que notre association existe depuis 7 ans et que nous peinons à nous développer. Malgré les 250 enfants parrainés à l’heure actuelle, nous ne parvenons toujours pas à financer un salarié, et le refus de subventionner notre action fait l’unanimité auprès des pouvoirs publics et des financeurs privés, tant du côté de la lutte contre le sida que de l’aide à l’enfance... Le parrainage d’enfants dont les parents sont morts du sida n’est, en effet, pas une action spectaculaire, difficile à valoriser auprès de l’opinion publique, il s’agit d’un travail peu visible puis qu’il permet simplement à un enfant de vire et d’être scolarisé dans sa communauté. Nous avons toujours refusé l’imagerie du catastrophisme en Afrique [4], et malgré nos diffcultés d’existence, notre action existe ! Ce faisant, c’est sur une note positive que je souhaite terminer cet éditorial, en rappelant que, bien que confrontées à des obstacles, les initiatives de prise en charge des orphelins et des enfants vulnérables sont possibles, et que toutes les actions en leur faveur ne sont pas forcément condamnées au fatalisme.

 


Sandrine Dekens, psychologue clinicienne, experte de la prise en charge des orphelins et enfants vulnérables

 

-----------------------------------------------------------------------


[1] Pour aller plus loin sur la psychopathologie des enfants adoptés à l’étranger : Dekens S., (2006), Exposés et sauvés. Le singulier destin des enfanst adoptés à l’étranger, Saint-Denis : Université Paris 8,
Romana V., Dekens S., (2006), « Enfants adoptés en difficulté : pour une prise en charge psychologique spécifique », Le Journal des Professionnels de l’Enfance, Dossier Adoption coordonné par Sellenet C., N°39, Mars-Avril 2006, pp 60-64

[2] voir à ce sujet les malentendus culturels dans les recueils de consentements : Exposés et sauvés, pp 11-12 et p76

[3] Site Internet : « L’Arche de Zoé s’exposera certainement aux foudres de Khartoum, de certains politiciens, de quelques philosophes ou autres « grands penseurs » qui vont crier au scandale en parlant d’éthique, d’illégalité ou de traumatisme psychologique des enfants déracinés (...) pendant que (...) d’autres essuieront les critiques mais agiront »

[4] Agréable visite sur le site de l’association "Orphelins du sida international"

 

Source : OSI BOUAKE, le blog des parrains de Bouaké

 

24/10/2006

Exposés et sauvés. Le destin singulier des enfants adoptés à l'étranger.


Mémoire de recherche en psychologie clinique et psychopathologique

Sandrine DEKENS 


Ce mémoire de recherche en psychologie clinique et psychopathologie est consacré aux troubles psychologiques présentés par les enfants ayant été adoptés à l’étranger par des familles françaises. Il a été mené sous la direction de Françoise Sironi, et présenté en juin 2006 à l’université de Paris 8 à Saint-Denis (France).

 

Bien qu’il ne soit pas directement lié aux sujets habituellement traités sur ce blog, j’ai souhaité le rendre disponible aux personnes concernées, en espérant susciter des échanges.

 

Dans une première partie, je me suis tout d’abord attachée à mener une revue de littérature sur la question des troubles présentés par ces enfants : à savoir est-ce qu’ils présentent davantage de manifestions psychopathologiques et psychiatriques que les enfants non-adoptés, quelles sont les caractéristiques du tableau clinique, quelles sont les théories étiopathogéniques mobilisées et comment ces enfants sont-ils pris en charge du point de vue thérapeutique.

 

A l’issue de cette revue de questions, il paraît difficile d’affirmer que les enfants adoptés présenteraient plus de difficultés psychologiques que les autres ; les études étant peu nombreuses et présentant des diversités méthodologiques et des biais rendant les résultats peu généralisables.

 

Lorsqu’ils sont en difficulté, ces enfants présentent un tableau clinique considéré comme non spécifique, bien qu’il soit impressionnant au regard de l’accumulation des symptômes qui peuvent être externalisés (décrochage scolaire, agressions, fugues, vols, addictions etc.) et/ou internalisés (repli, dépression, tentatives de suicide). La confusion mentale et les troubles schizoïdes sont fréquemment repérés à l’adolescence.

 

Il est également apparu que le champ de l’adoption internationale est traversé par des controverses (entre professionnels, parents et enfants), en particulier en ce qui concerne la causalité des troubles. Du point de vue des étiologies, il ressort que les causes des perturbations sont à aller chercher :
- soit dans le vécu de l’enfant antérieur à son adoption ;
- soit dans les traits psychopathologiques présentées par les parents adoptants ;
- soit encore dans l’apparentement (assemblage parents-enfants, la « greffe » disait Dolto).

 

Les effets de l’adoption en tant qu’événement de vie étant apparus comme peu documentés et peu mobilisés du point de vue étiologique, j’ai donc choisi de les explorer dans cette recherche. Mon hypothèse principale était que l’événement adoption présenterait des caractéristiques susceptibles d’expliquer la survenue de troubles psychologiques chez ces enfants. L’adoption étant rendue possible par un système administratif et juridique mobilisant les Etats, il nous paraissait pertinent d’interroger ce système, puisqu’il organise la rencontre des groupes familiaux et culturels pourvoyeurs d’enfants (issus des pays pauvres) et des groupes bénéficiaires (issus des pays riches et en difficulté pour faire famille). Ainsi, une première hypothèse spécifique posait la question des effets potentiellement psychopathogènes de la rencontre entre les intentionnalités des différents acteurs du système. La seconde hypothèse spécifique supposait que de nouvelles ressources thérapeutiques pourraient émerger si l’on pensait la situation adoptive à partir de ses spécificités, plutôt que selon le modèle de la famille biologique, sur lequel est fondé le système de l’adoption internationale, en particulier l’adoption plénière.

 

Du point de vue méthodologique, nous avons mené des entretiens cliniques avec 11 familles adoptantes suivies dans le cadre d’un dispositif de recherche-action au Centre Georges Devereux. Nous avons longuement interrogé chacun des membres du couple sur leurs motivations à l’adoption, leur projet parental initial, leur parcours pré-adoption, le choix du pays, les modalités pratiques de leur adoption, etc. Nous avons également questionné les enfants sur les souvenirs antérieurs à leur adoption, sur leur passage en institution, sur leur motivation à être adopté et le projet affiliatif ; et chacun des membres de la famille sur les souvenirs de la première rencontre entre parents et enfants.

 

A l’issue de ce travail exploratoire, un récit-type de cette expérience collective inédite qu’est l’adoption a commencé d’émerger, présentant des caractéristiques communes pour ses acteurs :
- des enfants aux carences et aux traumatismes multiples ayant séjourné dans des institutions ;
- une adoption qui les soustrait à une mort probable ;
- une exceptionnelle intensité affective de la première rencontre entre parents et enfants ;
- le passage sans transition dans une famille française et le monde ‘moderne’ ;
- des parents qui accueillent d’emblée ‘leur enfant’, et qui pensent ‘réparer’ cet enfant blessé grâce à l’amour ;
- des enfants qui s’inscrivent dans un projet de famille basé sur le modèle de la famille biologique, mais qui se heurtent à des différences qu’ils peinent à réduire (couleur de peau, niveau scolaire, racisme...) ;
- une pression à la réussite de l’adoption exercée sur l’ensemble des acteurs et sur l’enfant, qui se trouve porteur d’un ‘devoir de réussite’.
Quelques années après leur adoption, pris dans des tensions et contradictions dans lesquelles le système les placent et qu’ils ne parviennent pas à résoudre, les enfants adoptés à l’étranger entrent dans une crise aigüe de désenchantement qui démarre à bas bruit et va s’amplifier rapidement. Ils sont profondément déçus (par l’adoption, par leur famille, par la société d’accueil) et manifestent cette déception sur un versant positif (colère, révolte) et/ou sur un versant négatif (dépression).

 

Le travail de recherche amorcé ici nous encourage à penser un dispositif de prise en charge psychothérapeutique qui prenne en compte les spécificités de ces familles ayant adopté et leur vécu de l’événement. Par ailleurs, sans prétendre à la réforme, nous interrogeons le système actuel de l’AI, et spécialement le recours généralisé à l’adoption plénière d’enfants déjà grands, car il rend possible des mises en actes d’intentionalités parfois très contradictoires, entre filiation selon le modèle biologique, et ‘sauvetage’ d’enfants des pays pauvres. Plongé dans cet univers de contradictions, l’enfant les donne à voir par ses troubles psychologiques et ses comportements. Nous concluons provisoirement cette recherche sur la proposition d’un travail préventif visant à accompagner les futurs parents adoptants dans l’élaboration d’un projet parental spécifique.

 


Le mémoire de maîtrise de psychologie clinique et psychopathologique.

 

 

18/12/2005

Adoption homoparentale. Les psys belges engagent à la prudence. J.P. LECLERCQ.

La passion est mauvaise conseillère. Prenons le temps d'une réflexion qui intègre l'idée que différenciation n'est pas discrimination négative. Evitons amalgames et confusions.



Le débat en Belgique concernant la délicate question de l'adoption homoparentale reste très passionnel. Le «Gezinsbond» (Ligue des familles néerlandophones) a pris une position très nuancée, prudente et respectueuse introduite par ces lignes:

«... Il existe d'importantes variétés d'opinion et un grand clivage. Ce sujet éveille encore les émotions et entraîne l'impossibilité d'un débat serein.» (1)

La passion est souvent mauvaise conseillère. Elle engage au recul. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles la majorité de nos concitoyens s'est retranchée dans une prudente réserve face à une question aussi sensible. Je n'ose croire que cette réserve soit seulement la marque d'un désintérêt pour la chose publique et l'organisation de notre cité.

A ma connaissance, le monde psy a commencé à se préoccuper du débat voici quelques mois. Le Dr J.-P. Matot écrivait sa carte blanche en juin 2005(2). Le professeur J.-Y. Hayez synthétisait ses arguments dans un texte daté du 27 juin 2005(3). Le Dr A. Denis écrivait à l'un de nos députés en date du 19 septembre 2005(4). Madame D. Drory adressait récemment un texte à divers journaux(5). Pour ma part, je pris le train en marche en réaction à la position, à mes yeux imprudente et précipitée, dégagée par l'A.G. de la Ligue des Familles (6).

Interpellé par certains arguments développés par les instances de la Ligue des Familles et blessé dans mes intuitions les plus profondes, j'ai confronté ces dernières à l'avis de nombreux confrères et recherché de nombreux avis citoyens. La place manque ici pour construire une argumentation. Je me limiterai à exposer certaines conclusions de mes recherches.

1. La question de l'homoparentalité doit être dissociée de celle de l'homosexualité. Le débat actuel reste pollué d'une confusion.

2. La grande majorité des citoyens interrogés sur la question exprime un grand malaise face à l'homoparentalité. Ce malaise ne peut être discrédité et invite au respect de cette intuition. A défaut, le risque de réactions défensives discriminant la minorité homosexuelle est réel.

3. La minorité «ouverte» à l'éventualité de l'adoption homoparentale s'appuie trop souvent sur des arguments ad hominem taxant les opposants de réactionnaires néo-conservateurs. L'utilisation de tels arguments pose la question de la réalité de cette ouverture. A moins qu'elle ne signe le manque d'assurance de la position défendue?

4. Rares sont ceux qui nient la nécessité d'un statut réglant le problème posé par certains enfants vivant des situations particulières. Cette nécessité pragmatique n'oblige pas à prévoir un statut identique. De nombreuses voix s'élèvent pour rechercher un statut différencié qui ne puisse être assimilé à un sous-statut.

5. La nécessité créative d'un statut différencié introduit un résumé forcément incomplet et réducteur de la position Psy:- L'intérêt de l'enfant commande d'offrir à son développement psychique deux images sexuellement différenciées dans l'intimité de leur interaction quotidienne.

- «L'adoption doit être un moyen pour aider l'enfant dans le besoin à avoir une famille, pas l'inverse.»

Cette formulation du Gezinsbond rejoint l'avis Psy quand il pourfend la société de consommation et son refus du manque structurant... refus du manque exprimé dans la volonté d'offrir à tous les couples le droit à l'enfant.- Une législation ne peut se construire sur une simple position pragmatique. Toute loi touche aussi au registre symbolique et oblige à une conceptualisation intégrant le réel et le symbolique. A la fois les lois structurent l'organisation sociale et en règlent les échanges. A la fois les lois offrent des repères symboliques à la structuration et à la maturation psychique des individus.

Les impacts symboliques des lois au double niveau de l'individuel et du collectif engagent à une précision de la langue, véhicule culturel et symbolique par excellence.

En ce sens, plaider pour le respect de la différence jusque dans un cadre juridique qui signe et parle cette différence, c'est aussi plaider pour la sauvegarde des repères sociaux, des limites identitaires contenant notamment la violence et l'instabilité.- L'égalitarisme est un courant toxique dans de nombreuses matières. Aucune velléité égalitaire ne prémunira jamais aucun être humain de la confrontation à la souffrance.

Chaque condition humaine singulière, pour être assumée, se doit d'abord d'être reconnue et nommée dans ses différences.- Les statistiques et études existant jusqu'ici éludent l'essentiel des effets de l'homoparentalité sur la construction psychique des enfants ayant grandi dès le départ dans un couple homosexuel. Le livre «J'ai deux mamans, c'est un secret» (7) lève quelque peu le voile sur la souffrance psychique d'enfants ayant grandi avec deux parents du même sexe.

 

6. Légaliser l'adoption par les couples homosexuels va amener un certain nombre de pays à fermer l'adoption de leurs ressortissants à des couples belges.

En conclusion de cette présentation schématique, il me semble urgent de prendre le temps d'une réflexion qui intègre l'idée qu
e différenciation n'est pas discrimination négative. Evitons amalgames et confusions.


(*) J.-P. Leclercq - Psychologue.
Directeur de Centres de soins psychiques à enfants et adolescents. Administrateur d'un Centre de santé mentale.
Président de la Commission scientifique des Centres de réadaption fonctionnelle psy. Administrateur de la Plate-forme picarde de concertation pour la santé mentale. Membre du Conseil d'avis Education - Accueil - Hébergement de l'AWIPH. Administrateur délégué d'une maison de repos et masion de repos et soins. Ex-psychologue en Institut médico-psychologique.

(1) Gezinsbond - Tél.: 02.507.88.38 - Fax: 02.511.90.65. «Over holebigezinnen en kinderen» (à propos des familles homosexuelles et des enfants).

(2) «Le Soir» - 24/06/05 Carte blanche du Dr J-P. Matot, «L'adoption «homosexuelle», l'enfant L'Oréal et la grenadine».

(3) Web www.observatoirecitoyen.be - Professeur J-Y. Hayez, «Arguments relatifs à la psychologie de l'enfant en défaveur d'une adoption par les couples homosexuels».

(4) «Adoption et Homoparentalités», Dr A. Denis, Pédopsychiatre. Service de santé mentale du Tournaisis - 7500 Tournai.

(5) Web www.lalibre.be - Agora - Opinions - Mme D. Drory, psychologue et collaboratrice du «Ligueur». «Dans l'intérêt de l'enfant, vraiment?»

(6) Le Ligueur n° 39 du 19/10/05, Editorial de M. Desmed - Président de la Ligue des Familles.

(7) «J'ai deux mamans. C'est un secret.» «Foyers homos: des enfants racontent» Claire BRETON - Edition Leduc S. 2005.

Source : La Libre Belgique 

07/12/2005

Arguments relatifs à la psychologie de l'enfant en défaveur d'une adoption par les couples homosexuels. Pr. Jean-Yves HAYEZ

" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va et d'employer l'esprit à le justifier."

 [Jean Guéhenno]

 

Le projet d'adoption d'enfants par un couple homosexuel concerne :

 - De façon minoritaire, des enfants défavorisés dont les parents biologiques ne peuvent plus s'occuper et qu'ils ont proposé pour l'adoption : elle est donc de type classique et déjà possible dans le chef d'une personne homosexuelle seule.

 - De façon majoritaire, des enfants conçus volontairement à l'intention spécifique du couple qui désire les adopter par après : enfants portés par une mère lesbienne, le plus souvent après insémination (3) ; enfants portés par une mère porteuse (4) à l'intention d'un couple gay; enfants issus d'un contrat de co- parentalité passé entre un couple gay un couple de lesbiennes, etc.

CHAPITRE 1 : ARGUMENTS ANTHROPOLOGIQUES ET SOCIOLOGIQUES. 

Introduction.

A. Le projet ici concerné ne procède pas de la perspective de soulager l'enfant (5) d'une détresse morale que l'on aurait repérée chez lui ; il ne s'agit pas d'une sollicitude de la génération actuelle vis-à-vis des générations futures, en veillant à leur fournir le cadre de vie sociale le plus simple et le plus serein qui soit. Il s'agit bel et bien de donner une suite rapide au désir d'une petite minorité d'adultes.

B. Le projet fait éclater une réalité et une conception universelles et très stables de la filiation, et redéfinit aussi ce qu'est la famille.

On objectera sans doute que cette réalité n'est pas si monolithique et est occupée à se fissurer, au XXIe siècle plus que jamais ! Certes, mais ces fissures sont provoquées par des accidents de la vie, des accidents du lien.

Ici, par contre, une des caractéristiques du projet réside dans son intentionnalité : on voudrait créer officiellement une institution alternative, qu'on prétend d'égale valeur à la dynamique de la filiation existante. Au cœur de cette institution, et dans la majorité des cas d'adoption ici concernés, on dissocierait donc volontairement les trois niveaux biologique, légal et affectif de la filiation; on réduirait également volontairement à sa seule composante biologique un des principes, soit le masculin, soit le féminin, fondateurs de la vie sociale humaine.

C. Revenons à la question de la non-intentionnalité : dans beaucoup de familles contemporaines, la dissociation évoquée précédemment existe, mais elle est accidentelle (6). Personne ne revendique d'ériger ces familles hors norme en systèmes officiels.

Et d'ailleurs, après les séparations des couples parentaux d'origine, pour que les enfants aillent bien, il est essentiel qu'ils puissent continuer à se référer à leur père et à leur mère ; et puis, nombre de familles d'abord éclatées se recomposent : homme et femme s'y retrouvent, les nouveaux arrivants participent quelque peu à la fonction parentale, bref c'est dans ces conditions où les effets de la dissociation sont réduits progressivement et où la double sexuation continue à opérer que les enfants ont les meilleures chances de se reconstruire. Par contre quand, après séparation, il existe une interdiction de se référer soit au père soit à la mère, les conditions sont réunies pour que les enfants aillent plutôt mal (7). Il en va de même quand la monoparentalité de la mère était un choix dès le début ou quand, après séparation, cette monoparentalité s'instaure à l'instar d'un choix : la probabilité que l'enfant aille mal est plus forte ... On ne peut donc pas s'appuyer sur les formes très diversifiées, de facto, des familles contemporaines pour revendiquer d'instituer officiellement une néo-famille, la famille homosexuelle, encore radicalement différente de par ce qui serait son homoparentalité (8)


§1. Créer volontairement un bouleversement anthropologique superflu.

A. Bouleversement anthropologique?

Le terme n'est pas trop fort : on touche ici à des choses fondamentales. On voudrait à la fois une définition et un contenu supplémentaires à la filiation, en référence à des parents du même sexe ; et de la famille : après le mariage homosexuel, voici la famille officielle avec parents homosexuels ; on veut aussi redonner à l'adoption plénière de toutes autres caractéristiques que celles avec lesquelles elle se conçoit dans nos pays industrialisés depuis fort longtemps.

Sans nécessité pour l'enfant, rappelons-le !

1. Examinons d'abord ce qu'il en est à propos de la filiation. Dans le monde entier et tout au long de l'histoire, on peut considérer la filiation à la fois comme une réalité naturelle et comme une construction sociale très solide et très stable. L'activation de chaque filiation marque deux différences anthropologiques fondamentales de la communauté humaine : la généalogie (différence des générations) et la sexuation. Par la filiation, l'enfant reçoit sa place de sujet humain spécifique (« Pierre, fils de ... et de ... »), inscrit symboliquement et officiellement ( état-civil ) dans une société.

Voici rapidement énumérés les constituants ordinaires de toute filiation (9) :

 - L'enfant est procréé par un homme et une femme, et désiré par eux ; en cas d'incapacité physique, on a éventuellement recours à la procréation médicalement assistée.

 - Tout au long de la vie, il y a une reconnaissance mutuelle de l'enfant par ses parents et de ses parents par l'enfant ; il se crée ainsi une réalité d'appartenance, qui ne doit pas être possession mutuelle.

- La société consacre cette situation de fait, en donnant à l'enfant le nom d'un ou de ses deux géniteurs et en l'inscrivant à l'état-civil : il devient donc aussi l'enfant d'une communauté.

 - Il y a une prise de responsabilité particulière des parents à l'égard de l'enfant : ils l'éduquent, le protègent, lui donnent le meilleur d'eux- mêmes en héritage spirituel, et un jour en passation de patrimoine.

 - Et la sexuation différente et complémentaire des parents n'est pas une petite affaire dans ce processus. L'exercice de la parentalité est marqué par la façon singulière dont chaque parent vit son identité d'homme ou de femme ; il est marqué par les richesses et manques humains sexués et spécifiques qui en découlent. Une identité sexuée ne se construit que par référence à l'autre, à la différence, à ce qu'elle n'est pas.

Et l'enfant a bien besoin de ce père et de cette mère en qui il se ressource.

 Il gagne à constater qu'un homme et une femme lui attachent beaucoup d'importance, qu'il fait l'objet de toute leur sollicitude.

Il reçoit le témoignage spontané de cette sexuation, qui l'ouvre au fait que le monde humain est composé à parts égales des deux genres. En négociant la vie entre eux, régulièrement en fonction de leur sensibilité d'homme et de femme, les parents apprennent à l'enfant à mener ses propres négociations et communications, avec ses pairs et avec l'ensemble des gens des deux sexes.

Dans toute sa vie, ça va l'aider à accorder la même valeur et la même dignité aux deux genres constitutifs de l'humanité.

 S'imprégner de la vie commune d'un père et d'une mère confronte l'enfant à la présence et à la diversification importante des nuances et des ressources du masculin et féminin. Certes, il ne faut pas lier strictement masculin à l'homme biologique, et autant pour le féminin.

Néanmoins le raisonnement inverse n'est pas vrai non plus. On peut donc continuer à penser que, sur un mode simple, qui ne complique pas trop la constitution des repères, il y a davantage de présence et de nuances masculin et féminin dans un couple hétéro que dans un couple homosexuel. Porteur de ses nuances spécifiques chacun doit donc communiquer, négocier, apprendre à vivre avec l'autre différent tout en sauvegardant son identité sexuée propre, et l'enfant a tout à gagner à s'imprégner de cette manière d'être.

 Pour éduquer l'enfant, il est très important qu'existent une fonction paternelle et une fonction maternelle, et qu'elles s'exercent de façon complémentaire et harmonieuse. Certes, nous savons que la fonction paternelle ne se distribue pas exclusivement et massivement sur la personne du père de chair, et autant pour la fonction maternelle. Cependant, ici non plus, le raisonnement exactement inverse n'est pas exact. De facto, dans beaucoup de familles hétéro, ce sont bien les pères de chair qui exercent la majeure partie de la fonction paternelle, et les mères, la majorité de la fonction maternelle. Cette répartition simple, sans dissociation biologie/affectivité peut être importante à enregistrer, surtout pour les enfants qui ont déjà été traumatisés par la vie comme par exemple les enfants adoptés au sens habituel du terme.

 J'en arrive maintenant à un autre point essentiel : l'enfant a besoin de la présence active, non pas de fonctions, mais de la personne incarnée du père et de la mère pour structurer le développement de sa personnalité. Je me limiterai à étayer cette affirmation avec l'une l'autre illustration centrée sur ce moment délicat du développement qu'est le stade œdipien. Ces illustrations ne sont certes pas univoques : « l'effet » de la présence du père et de la mère à la maison ne joue pas dans la même sens pour tous les enfants et toutes les familles, mais il joue, ça c'est certain !


La petite fille gagne à ce que son père la reconnaisse positivement comme un être de valeur spécifiquement sexué ; en montrant l'importance affectueuse et chaste qu'il accorde à sa nature féminine, le père renforce sa confiance en elle pour la suite de sa vie lorsqu'il s'agira de construire ses liens sentimentaux. En procédant ainsi, il l'aide à se détacher de la mère, son premier objet d'amour, tout en ouvrant la porte à des éléments d'identification à celle-ci. Complémentairement, si la fille est trop amoureuse de son père, la mère doit la remettre gentiment à sa place d'enfant, entre autres en vivant une relation amoureuse spécifique avec son homme, et en montrant de la sorte que la place est déjà prise.

Le petit garçon, bien amoureux de sa mère qui le reconnaît comme « petit homme », gagne lui aussi à trouver sur son chemin un père qui lui montre que la place de l'amant est déjà prise et qui, par sa proximité affective, lui ouvre quand même la voie à des identifications sexuées.

Pour le garçon, il se passe encore souvent quelque chose de plus spécifique : la présence vivante du père à la maison lui indique qu'il existe une limite à la toute-puissance des femmes ... lui qui est sorti du ventre de sa mère et qui vient de vivre une petite enfance où elle l'a beaucoup materné, peut faire cette expérience d'indépendance à travers le témoignage, par son père, de la différence vivante des hommes. Une illustration à contrario de ce « besoin d'un homme à la maison » chez le garçon réside dans le comportement perturbé qu'il peut avoir après séparation du couple parental : il peut la vivre comme une toute-puissance de la mère, capable d'éliminer du foyer tout ce qui est principe masculin, et se sentir menacé à son tour.


Ces quelques illustrations indiquent à suffisance qu'il ne s'agit pas de rôle mais de personnes en chair et en os, père et mère, dont la présence positive contribue à la maturation de la personnalité, de l'identité, de la sécurité et de la confiance en soi sexuées de l'enfant. (Sentiment de valeur sexuée).

2. A propos de la famille, on pourrait raisonner comme à propos de la filiation : en ce qui la concerne aussi, le projet amène la création d'une institution officielle supplémentaire, unique en son genre. Or et probablement depuis le début de l'humanité, la famille a été organisée par les sociétés successives pour remplir ses buts spécifiques, en y prévoyant la présence d'hommes et de femmes ; certes, les statuts et les rapports hiérarchiques de ceux-ci ont été très diversifiés, de même que de nombreuses conceptions, étroites ou élargies, de la famille ont vu le jour ; néanmoins, la complémentarité sexuée - hommes et femmes - de ses personnages les plus importants est une réalité qui n'a été que très rarement et très éphémèrement mise en cause dans le monde.

3. Quant à l'adoption plénière, dans nos sociétés occidentales, elle est essentiellement conçue comme un service rendu à un enfant en grande difficulté : on lui redonne une famille pour qu'il retrouve toutes ses chances d'un bon développement psychique. A l'origine, on doit avoir constaté l'incapacité des parents biologiques qui confient leur enfant à la société. Viennent alors des candidats reconnus aptes à adopter (10) , qui vont essayer de redonner vie psychique à cet enfant, notamment en lui ouvrant leur famille.

Plus officiellement et symboliquement encore, ils vont l'inscrire plénièrement dans une filiation ordinaire, celle de leur généalogie à eux. Cette inscription est un acte central de toute adoption plénière (11) .

Les parents candidats sélectionnés n'ont aucun droit à revendiquer un enfant - ils sont déclarés aptes, un point c'est tout -, pas plus qu'ils n'ont le droit de choisir l'enfant qui va venir habiter chez eux.

Dans le projet d'adoption en couple homosexuel, par contre, on met à l'avant-plan la frustration et le désir d'enfant du couple, ainsi qu'un droit à l'enfant : le processus est donc complètement inversé.

Lorsqu'il s'agit d'une adoption au sens traditionnel du terme, la structure familiale proposée à l'enfant par le couple homosexuel n'est pas vraiment de nature à réparer ses souffrances originaires et les questions qu'il se pose sur sa valeur : la femme mère y est à nouveau absente, à l'instar de la première mère qui l'a abandonné ... ou alors c'est le père qui n'est pas là : aurait-il pris la fuite comme l'a probablement fait, dans son imaginaire, son père biologique ? (12)

Plus encore, dans la majorité concrète de ces adoptions, l'enfant n'est pas très loin d'être choisi ; en tout cas, il est fabriqué pour la circonstance particulière du couple adoptant. Au-delà du fait de lui imposer cette filiation purement homosexuée que nous venons de contester, on voit que bien d'autres paramètres différencient ce type d'adoption de l'adoption traditionnelle.

B. Pourquoi vaut-il mieux ne pas procéder à de tels bouleversements ?

1. A tout le moins parce qu'ils sont porteurs de risques et qu'on en mesure mal les effets potentiels, alors qu'ils ne se sont rendus nécessaires par aucune situation de détresse particulière des enfants.

Bien sûr, des risques ne sont jamais que des risques ; tel couple homosexuel riche en ressources humaines est à même d'y pallier ou à tout le moins de les réduire. Néanmoins, ils nous paraissent avoir une probabilité statistique d'occurrence suffisamment grande pour qu'il vaille mieux renoncer au projet en tant qu'il serait consacré par la société.

2. Résumons rapidement les principaux risques :

 - Carences dans l'apport sexué spécifique de l'homme et de la femme, du père et de la mère à l'enfant ;

 - Risque de diverses confusions et erreurs intrapsychiques importantes à propos des constituants, des statuts de l'organisation sociale. Risque de perte d'un sens de l'ordre humain qui n'est pas arbitraire et aléatoire mais qui a son fondement et sa raison d'être dans la nature de ce que nous sommes.

Ici, les parents laisseraient leurs enfants à l'extérieur de cet ordre biologique et spirituel. Essentiellement, référence n'est plus faite à la fonction fondatrice dans l'aventure humaine de la différence des sexes (13) . Autre exemple, la confusion des nominations (14) : la même nomination pour les deux adultes en fonction de parents, le même statut qu'on doit leur attribuer ... alors qu'un seul père et une seule mère sont prévue pour maintenir la limpidité de la filiation, et alors que sur le plan affectif, ils fonctionnent probablement avec de rôles bien différents, etc.

 - Risque aussi de davantage d'insécurité existentielle par rapport à davantage de volatilité des repères : Que se passe-t-il si un des papas décide du jour au lendemain d'être appelé maman ? Qui peut le lui interdire si d'aventure il le désire ? Que peut-il en résulter pour l'enfant ?

 - Risque d'une imprégnation par une certaine toute-puissance des adultes-parents sur la vie ; ils ont eu pratiquement la possibilité de gommer l'importance de l'autre sexe dans l'installation de l'enfant. Quels sont les effets d'imprégnation de cette puissance sur celui-ci ? Certains enfants se sentiront-ils menacés? D'autres, par contre, autorisés à jouer eux aussi avec les limites, comme leurs parents ? Mais quelles limites ? Nous y reviendrons tout de suite ...

 - Dilution de l'idée d'une égalité fondamentale et complémentaire accordée à chaque sexe, pour l'organisation de la vie sociale et pour la fonction parentale.

 - Etc.


§2. Des risques d'accéder à tout désir.

A. Depuis quelques décennies, nous vivons dans des sociétés où tout désir doit être satisfait, pourvu qu'il ne contrevienne pas aux lois naturelles dans leur acceptation la plus stricte (15) . Il est interdit d'interdire.

La demande d'adoption par un couple homosexuel, dont on nous dit qu'elle procède d'un désir d'enfant naturel, légitime n'est jamais qu'une application d'un tel mouvement. Nous ne voulons donc pas la diaboliser : elle n'est ni meilleure, ni pire que nombre d'autres. Nous voulons plutôt y réfléchir en tant que SYMPTOME SOCIAL typique de notre époque.

Epoque où la société tend à devenir un self-service normatif où chacun souhaite et reçoit un décret ou une loi pour légaliser son désir et en rendre possible la réalisation ( P. Kinoo ).

On ne veut donc plus assumer que chaque choix, chaque état de fait connote ses caractéristiques propres qui sont ce que l'on pourrait appeler des caractéristiques limitantes. Si tout n'est pas possible dans un cadre donné, alors peu importe, on cherche à faire éclater le cadre !

On assiste du même coup à une volonté folle d'éradiquer de l'humanité toutes les souffrances morales et notamment les souffrances liées aux pertes et aux manques; ces souffrances sont pourtant inhérentes à notre condition humaine ; les accepter apporte régulièrement plus de paix intérieure, plus de légitimation du sens de l'existence, que de vouloir les combattre et les colmater à n'importe quel prix, parfois en niant l'évidence.

B. C'est pourtant en assumant les différences qui nous distinguent les uns des autres, en les nommant et en communiquant à leur sujet qu'on entre dans le vrai monde de l'égalité entre humains. Nul ne peut être proclamé inférieur aux autres à cause de ses différences, serait-ce d'être en couple homosexuel sans enfants.

Ce sentiment d'égalité vécue par la reconnaissance des différences, ce n'est pourtant pas l'égalitarisme, à l'arrière-plan des pensées de ceux qui veulent que tous leurs désirs soient satisfaits. Reconnaître et parler nos différences ne les supprime pas, ne supprime pas tout de suite le poids pénible du manque dans le quotidien, mais c'est quand même cette reconnaissance qui lui donne les meilleures chances de cicatriser petit à petit. Elle conduit aussi au sentiment de partager une humanité pleine avec les autres.

C. Inversement, à vouloir réaliser rapidement tous nos désirs, nous sommes occupés à faire imploser la planète, tant dans sa matérialité que dans son organisation sociale.

1. Au nom de quoi et, plus concrètement, comment empêcher nos fils et nos filles de s'identifier à notre toute-puissance ? En référence à quelle valeur sociale stable les dissuader d'en vouloir plus et plus ? Puisque mon père ou ma mère l'a fait, pourquoi pas moi ? Et encore mieux et plus loin que lui, comme il se doit dans la dynamique des rivalités intergénérationnelles.

2. Et donc si la médecine continue à faire ses « progrès » technologiques, toujours présentés comme des avancées sociales et des bienfaits pour l'humanité, pourquoi refuserait-on un jour l'idée d'un enfant qui serait procréé à partir de deux ovules, voire de deux spermatozoïdes, sans qu'il n'y ait plus la moindre interférence avec les semences de l'autre sexe ? Et au fond, s'il arrive, pourquoi refuser l'enfant cloné, s'il est désiré - « Au moins on est sûr de ce qu'on achète ! » - et si l'on promet qu'on va l'aimer et l'éduquer de façon plus précieuse que ne le font la moyenne des gens pour leur enfant ?

Pourquoi refuserait-on la généralisation des mères porteuses ? Pourquoi pas l'adoption par un trio au lieu d'un couple ? Et même par une communauté religieuse ?

Et dans les couples homosexuels qui adoptent, pourquoi ne pas laisser choisir, au cas par cas, chaque partenaire d'être nommé père ou mère, indépendamment de son sexe biologique, en référence à ce qu'il sent de plus profond en lui comme dimensions du masculin ou du féminin ? S'il le désire, pourquoi pas ? Si on a fait sauter un repère, où sont les arguments pour ne pas faire sauter les suivants ?

Pourquoi ne permettrait-on pas à un grand-père de devenir père adoptif de son petit-fils si son propre fils meurt dans un accident ?
Etc., etc.

3. De façon plus générale, au-delà de l'application qui concerne l'adoption en milieu homosexuel, faire éclater les limites les unes après les autres comme nous le faisons, conduit déjà la société humaine à une large perte de repères.

Arrive le règne des enfants et des adolescents rois (16) ; parents et éducateurs ne se donnent plus le droit d'interdire et passent leur temps à négocier si pas à mendier un peu d'adhésion de leurs enfants à leurs attentes. On ne peut plus se référer à des règles qui fassent un consensus social stable. C'est le règne de la contestation permanente ; c'est le cafouillage perpétuel des règlements volatils et contradictoires, qui essaient de donner un peu raison et des miettes de satisfaction à un peu tout le monde et dont on ne sait plus extraire des directions de conduite bien tracées vers un avenir cohérent ...
 

CHAPITRE 2 : DE CONTESTABLES ARGUMENTS « POUR » 

§1. De bien hypothétiques discriminations.

A. Il ne s'agit pas de discriminer négativement les couples homosexuels, en vertu de je ne sais quelle homophobie latente. Tout état de fait – ici, se constituer en couple homo – entraîne des caractéristiques qui font que certaines conséquences sont possibles, et d'autres pas. Même si l'homosexualité n'est pas vraiment un « choix de vie », mais plutôt « un destin » ou même « l'affirmation d'une nature », la différenciation qu'elle entraîne amène un paysage de vie spécifique. Il n'est pas très logique de se réclamer de cette différence fondamentale – l'homosexualité – et puis de demander que tout soit indifférencié : le mariage comme tous les autres, une famille comme tous les autres, des enfants comme tous les autres ... avec, quand même, une sorte de gymnastique mentale qui « tord » ce qu'est la réalité commune : des enfants, oui, mais ils (n') auront (que) deux pères ou deux mères.

B. Il ne s'agit pas non plus de discriminer les enfants déjà là et de nuire à leur bien-être. Diverses dispositions légales doivent permettre de veiller à ce qu'ils aient les mêmes droits que les autres. Il n'est pas question cependant qu'ils en aient plus, et, de surcroît, de drôles de droit (par exemple avoir une mère biologique et une adoptive !).

On ne peut pas légiférer en référence à un « fait accompli » hors normes qui, entraînant une loi dans son sillage, va par après multiplier une pratique en soi contestable. Ce qu'il faut interroger, c'est la pratique qui le permet : par exemple, l'acte médical qui insémine des mères lesbiennes et qui, de ce fait, sort clairement du dialogue « médecin - malade ( ici quel malade ?? ) » pour devenir un acte de société !

§2. Les arguments défaitistes.

A. « On ne saurait pas arrêter un mouvement irréversible. L'homosexualité est là et bien la, donc il faut en assumer socialement toutes les implications » D'abord, cette implication n'est même pas voulue par tous les homosexuels. C'est d'abord et avant tout la revendication d'associations militantes.

Ensuite, dans les années à venir, nous avons des combats immenses à mener et à gagner si nous ne voulons pas que la planète, les nations et les organisations sociales implosent. C'est vrai au niveau matériel (combats écologiques), c'est vrai au niveau de la justice sociale mondiale (rapports Nord-Sud ; alter – mondialisation ) ; mais c'est vrai aussi au niveau de l'organisation de la vie sociale ( maintien des repères et des limites fondamentales, pour éviter la confusion, l'anarchie, la toute-puissance des désirs des plus forts ). Sans être « mauvais » en soi, le désir des homosexuels qui veulent l'adoption en couple bouscule trop les repères anthropologiques fondamentaux : c'est donc une excellente occasion - à notre sens, une nécessité - pour réaffirmer la limite.

B. Autre types d'arguments défaitistes : « Vous avez bien accepté l'adoption monoparentale, alors ceci n'est certainement pas pire ». Nous considérons en effet que l'ouverture à l'adoption monoparentale a été une lourde erreur. Néanmoins, commettre une seconde erreur parce que la première existe, c'est aberrant. Supprimons plutôt la première !

§3. Les arguments de type positif.

A. « Les homosexuels qui veulent adopter un enfant le désirent intensément et seront d'excellent éducateurs, probablement supérieurs à ce qui se passe dans nombres de familles hétérosexuelles ».

La comparaison introduit un autre genre de discrimination - envers les hétéros cette fois ! - et n'est probablement pas fondée (Elle met en regard des toutes petites quantités d'éducateurs bien sélectionnées et un énorme tout venant!).
Plus fondamentalement, ce n'est pas en référence à quelques individualités, tout excellentes soient-elles, que l'on légifère, mais en fonction d'une sorte d'abstraction généralisable « le couple homosexuel standard » dont il n'y a aucune raison de penser qu'il serait de meilleure qualité que le couple hétéro standard !

B. « Si nous sommes gays, nous ouvrons néanmoins notre foyer à de nombreuses femmes » (et vice-versa pour les lesbiennes ). C'est une réponse fréquente des couples homosexuels candidats à l'adoption pour expliquer qu'ils vont pallier l'absence d'un modèle sexué de l'autre sexe dans leur foyer. Donc, si ce sont deux hommes, leur enfant aura des contacts positifs avec leur mère, leur sœur et belle-sœur, leur institutrice, etc. Certes, c'est déjà plus satisfaisant que la fermeture plus au moins haineuse ou dégoûtée à l'autre sexe. Néanmoins, dans un tel fonctionnement, l'enfant ne saurait pas s'imprégner d'un témoignage sur l'égalité des deux sexes ni sur l'intérêt de leur complémentarité. Dans l'exemple donné, c'est pour l'enfant que les femmes sont conviées ; elles n'intéressent pas à part entière les deux hommes qui exercent la fonction parentale à son égard. Or, c'est du témoignage de vie de ces deux hommes qu'il va s'imprégner le plus.

§4. Les études scientifiques.

Les associations homo affirment souvent : « De nombreuses études scientifiques montrent le bien-être d'enfants élevés en couple homosexuel ; ils se développent à l'égal des autres enfants ». Qu'en est-il ?

A. Beaucoup de ces études ont une méthodologie contestable et portent sur des paramètres superficiels, évalués par exemple par questionnaires (17) . Il pourrait être judicieux que l'Etat mette en place une commission de scientifiques experts de l'enfance et des méthodes de recherche en sciences humaines pour faire le tri parmi ces études et ne retenir que les plus valides.

A noter, entre autres, qu'on n'a vraisemblablement pas d'études et certainement pas à long terme portant sur les effets non pas de l'adoption comme telle par un parent homosexuel, mais de l'adoption en couple avec le bouleversement anthropologique qu'il inclut (18) .

B. Nous ne doutons néanmoins pas qu'une minorité de ces études puisse être validée et avoir des résultats à première vue positifs. Ces résultats sont cependant limités et concernent des composantes du comportement, plus ou moins sociable, ou une autoévaluation du sentiment de bien-être assez immédiat. Or : « ... Il n'est pas besoin de faire des études savantes pour savoir que ce n'est pas la même chose pour un enfant d'avoir un couple parental de sexe différent ou de même sexe. La seule démarche pertinente et véritablement scientifique est de s'efforcer d'identifier en quoi ce n'est pas la même chose, et dans quelle mesure ce « pas la même chose » pose ou non un problème du point de vue du développement de l'enfant. Pour parvenir à différencier le sirop de menthe et de grenadine, il vaut mieux s'intéresser à leur goût qu'à leur teneur en sucre ou en conservateurs ... » ( Jean-Paul Matot, CB Le Soir 14/06/05 ).

Pour prendre une autre métaphore, si l'on compare l'être humain à un bel arbre, les résultats de ces études méthodologiquement valides portent sur la composition de quelques éléments du feuillage. Ce feuillage peut avoir l'air de bonne qualité pour le moment ; néanmoins les bouleversements anthropologiques introduits ainsi que la concession faite à tous les nouveaux désirs humains sont occupés à miner les racines de l'arbre.

Difficile d'imaginer des études portant sur des petits groupes bien ciblés et qui rendraient compte de réalités aussi subtiles que : une certaine confusion opérant dans les repères sociaux ; de la confusion identitaire ; une difficulté à gérer également les liens profonds avec le masculin et le féminin ; la position de toute- puissance ou de renoncement par rapport à la réalisation des désirs, etc.

C'est en faisant parler les gens longuement par exemple lors de psychothérapies, que de telles réalités intérieures se disent et que les personnes en évaluent vraiment leurs effets, mesurent leurs effets. Par ailleurs, ces études ne peuvent rien nous dire des effets sur la structure sociale de ces changements des modèles de parentalité.

C. Lorsqu'il s'agit de statuer sur le bien–fondé de grands changements anthropologiques, la communauté humaine tout entière devient « expert ». Ses intuitions cernent justement ce qui est bon pour son équilibre global.

Il serait donc souhaitable de faire de grands sondages avec populations bien contrôlées autour de ces questions. On y verrait très probablement que l'acceptation de la différence homosexuelle a bien progressé, mais que la majorité des gens est contre l'indifférenciation des mots ( par exemple le mot mariage pour désigner l'union homosexuelle ), et qu'une majorité des gens encore plus grande est contre l'adoption en couple.

On ne peut pas ne pas se laisser impressionner par ce point de vue de la communauté. Nous sommes même convaincus qu'un large sondage de la communauté homosexuelle de base pourrait donner des résultats surprenants, différents en tout cas de ce que revendiquent et proclament les associations militantes homosexuelles. Celles-ci me paraissent parfois poursuivre davantage un but de non-discrimination ultime, que de partir du point de vue de l'enfant pas encore là et de penser simplement à son intérêt.

Personne d'un peu sensé ne dit plus que les homosexuels sont incapables d'aimer et d'élever. C'est le bouleversement anthropologique non-nécessaire qu'ils veulent imposer qui est difficile à accepter, non seulement pour l'enfant, mais pour toute la société.

Pr. Jean-Yves Hayez.

 

  
- Notes. -

(1). Jean-Yves Hayez, Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur ordinaire à l'Université catholique de Louvain ( Belgique ) et responsable de l'Unité de pédopsychiatrie aux cliniques universitaire Saint- Luc ( Bruxelles ).
Courriel :
jean-yves.hayez@pscl.ucl.ac.be.
Site :
www.jeanyveshayez.net

(2). En Belgique francophone, peu de psychiatres d'enfants et d'adolescents se sont exprimés ou/et ont procédé à une discussion détaillée sur le problème, à l'inverse des pédopsychiatres français, dont la grande majorité à une position très proche de la nôtre. Pour cette raison, nous tenons à signaler la large communauté de vue que nous partageons avec les Drs Ann d'Alcantara (UCL), Philippe Kinoo (UCL), Marie-Françoise Lorent et Jean-Pol Matot (ULB).

(3). Dans le couple, elle est la mère biologique et souhaite que sa compagne soit déclarée mère adoptive.

(4). Eventuellement inséminée avec le sperme d'un des partenaires du couple. La pratique des mères porteuses est extrêmement discutable dans la mesure où elle instrumentalise d'abord le corps de femmes le plus souvent défavorisées, favorise ensuite un marché d'enfants et comporte enfin des risques considérables de conflits juridiques et psychologiques traumatisants et coûteux ( M.-T. Meulders, 2005 in LLB, 16/06/05 )

(5). S'il s'agit de légiférer, on ne peut évidemment raisonner qu'en référence aux enfants à venir. Bien sûr, on doit penser aux enfants déjà présents dans le cadre de la parentalité en milieu homosexuel, mais il existe sans doute des moyens de veiller à leur intérêt sans passer par une redéfinition de l'adoption qui engage l'avenir de la société humaine. Nous y reviendrons par la suite.

(6). Accidentelle, pas dans le sens d'un événement rare, mais dans le sens d'un « accident du lien », non voulu comme tel par les protagonistes les premiers temps de leur rencontre.

(7). Quand, après une séparation hétérosexuelle, un des parents se met en couple homosexuel, la circulation de l'enfant entre ce couple et l'autre parent ne cause souvent aucun inconvénient psychologique à l'enfant, sauf cas particuliers d'incompétence éducative. Mais ici, précisément, la référence aux deux parents de sexe complémentaire n'est pas remise en question.

(8). La suite de mon raisonnement montrera d'ailleurs que le terme Homoparentalité devrait disparaître ; il y a des personnes homosexuelles qui remplissent occasionnellement une fonction parentale, et peuvent être d'excellents éducateurs, aimant bien leurs enfants et veillant à leur épanouissement, mais ce n'est pas pour autant de l'homoparentalité.

(9). Ordinaire veut dire ici : dans l'ordre normal des choses, dans de bonnes conditions. On peut dire que ces conditions normales sont aussi optimales, aussi bien pour l'individu que pour le groupe. Encore une fois, nous sommes conscients que beaucoup d'accidents peuvent se produire et que la réalité de telle ou telle filiation particulière est loin des composantes que j'énumère dans le texte. Par exemple, un certain nombre d'enfants n'est pas désiré, un certain nombre ne connaît pas son père géniteur ou n'est pas reconnu par lui. Mais précisément, ce sont là des accidents, toujours à risque de compromettre quelque peu l'épanouissement de l'enfant.

(10). Je déplore vivement qu'existe l'adoption monoparentale. Dans l'intérêt des enfants, j'en exclurais la possibilité, en m'appuyant sur la plupart des arguments que je viens de développer ... Filiation ordinaire veut donc dire filiation proposée par un homme et femme en position de parents.

(11). J'ai déjà lu dans un texte ou l'autre que la filiation redonnée était subsidiaire dans l'adoption. A parler ainsi, il me semble que l'on n'est plus dans la science, mais dans le discours propagandiste : évidemment, si c'était vrai que la filiation n'est pas très importante, ce serait plus facile à avaler, l'idée des deux papas ou des deux mamans, avec en prime, la réalisation d'un nouveau désir : le choix du nom de famille de l'enfant laissé à l'appréciation du duo parental.

(12). Jean-Paul Matot dit à ce propos ( CB, Le Soir, 14/06/05 : « ... Pour l'enfant, le statut d'adopté, et la réalité d'avoir auparavant été abandonné, sont souvent associés à un sentiment, douloureux et difficile à admettre, d'être différent, de ne pas être « comme tout le monde », de ne pas « avoir des parents comme tout le monde ». Alors pourquoi faudrait-il que la société complique la vie à cet enfant déjà éprouvé en le mettant dans la situation d'avoir en outre à assumer la « différence » de ses parents d'adoption ?
L'enfant dans cette perspective « sert » à deux choses :

- à l'accomplissement personnel de l'adulte dans ses désirs de parentalité ;

- à la reconnaissance sociale d'une égalité de valeur et de statut supposée annuler la réalité des différences entre couples homo et hétérosexuels.

Il n'est pas question ici de la défense des droits de l'enfant, mais bien des besoins des adultes dont l'enfant est l'enjeu ... » ).

(13). Fondation pas seulement par le mélange de ses semences biologiques, mais au moins autant par la complémentarité du désir et du projet du père et de la mère.

(14). Il s'agit bien ici d'incriminer la nomination officielle, symbolique ; sur le terrain de la vie de tous les jours, lorsque se déroule la dynamique de la filiation dans son niveau affectif, l'enfant aura probablement trouvé des noms différents pour désigner les deux partenaires du couple.

(15). Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, bien au-delà des limites de cet article. On est passé d'un paradigme social de l'autorité, de l'interdit vers des paradigmes de l'efficacité, de l'autosuffisance, de la réussite à tout prix. C'est évidemment en corrélation avec les avancées technologiques qui veulent aller toujours plus loin vers la nouveauté dans l'immédiateté.

(16). Jean-Paul Matot, ibid., écrit : « ... Les manifestations de cette primauté donnée à la satisfaction des désirs sur l'intériorisation de valeurs partagées, apparaissent chez ces enfants de deux – trois ans qui tyrannisent leurs parents et leurs institutrices, ou, chez les adolescents, dans ces décrochages scolaires de plus en plus nombreux, ainsi que dans la multiplication de ce que les psychiatres identifient comme « pathologies de l'agir » : toxicomanies, anorexies-boulimies, jeu pathologique, conduites délinquantes ... »

(17). Un exemple parmi tant d'autres, La thèse de psychiatrie du Dr Nadaud, souvent citée comme l'exemple même du travail scientifique montrant qu'il n'y a aucun problème concernant la garde d'un enfant par un couple homosexuel, repose sur l'utilisation d'un questionnaire rempli par les adultes gardiens de l'enfant, sans que l'auteur de la thèse ait eu un contact direct avec les enfants concernés. Il s'agit donc d'une évaluation très subjective.

(18). En 2005, très peu de pays en effet ont voté une loi qui permet ce type d'adoption et presque aucune une loi qui le permet sans restriction : ainsi, le droit à l'adoption internationale est quasi toujours fermé. Au Québec, qui a voté la loi sans restriction, la pratique de terrain semble assez scandaleuse : on propose en adoption aux couples homosexuels les enfants les plus handicapés, qu'on ne peut pas adopter ailleurs. Si elle se passe réellement, nous trouvons cette pratique non éthique: on ne reprend pas sournoisement de la main gauche ce que l'on a donné de la main droite.

 

01/12/2005

Lettre du Service de Santé Mentale de Tournai à la Chambre des Représentants de Belgique

Il y a plusieurs mois maintenant vous nous interpelliez à propos de ces questions bien contemporaines touchant entre autre à l’adoption d’enfants par des couples homoparentaux. Il s’agit là de questions bien difficiles, soulevant les passions.
Vous souhaitiez avoir un maximum d’avis pour ouvrir le débat.
Il ne s’agit pas d’une argumentation bien construite, mais d’un certain nombre de " flashs " permettant effectivement d’ouvrir des bases de réflexion.

P r é a l a b l e s

1 - D’abord et avant tout nous tenons à nous insurger fermement contre cette information diffusée par certains médias, information qui laissait entendre que " tous les psys " seraient d’accord avec ce projet de loi en faveur de l’adoption dans les couples homoparentaux.
D’abord ce n’est fondamentalement pas vrai.
Ensuite, il tiendrait du miracle, mais peut-être aussi de l’absurde que tous les psys aient une position unanime, convergente et concertante face à une telle question. Si c’était le cas, ils se mettraient automatiquement en porte à faux par rapport à ce qui fonde l’essence même de leur travail.

2 - Poser la question d’une loi pour régir l’adoption éventuelle par des couples homoparentaux ( ou monoparentaux) est ce la bonne question ? Est ce le juste débat ?
Si un " débat d’idées " s’ouvrait sur cette question, il s’agirait bien d’une question de société qui permettrait à l’homme de grandir, dans son humanité…. comme d’ailleurs le permet tout débat sur les grandes questions humaines.
En contre partie " voter une loi " est une toute autre démarche…. ni urgente…. peut-être même pas nécessaire.

3 - La tendance contemporaine est de légiférer sur tout. Actuellement depuis quelques années nous votons à tour de bras, davantage en quelques années qu’en un siècle. Du reste plus personne, parfois même les spécialistes, n’arrive à se débrouiller dans le dédale de ces lois qui finissent par se contredire et mettent en tout cas, de facto, tout citoyen dans son tort puisqu’en principe " nul n’est sensé ignorer la loi ".
Il y a là un " empressement à légiférer " donc les effets nous semblent souvent pervers.

4 - La vraie liberté pour un sujet s’inscrit bien dans le fait qu’il est libre de penser, libre de s’exprimer dans le respect des autres, libre d’ouvrir un débat au sujet des idées qu’il présente.
En ce sens encore, le débat sur l’adoption et l’homoparentalité est intéressant.
En contre partie il n’est pas vrai que la liberté c’est de " laisser tout faire " et d’ouvrir, dans la réalité concrète et quotidienne, un maximum de possibilités d’actions.

5 - Dans notre société contemporaine dire non devient un acte courageux, si pas héroique à certains moments.
Toute personne engagée dans un processus d’éducation a pu expérimenter le fait qu’il est bien plus difficile de dire non que d’accepter toutes les propositions émises.
Aujourd’hui, dire non est presque scandaleux, vécu comme raciste, comme abus de pouvoir…..
C’est un peu comme si le " rêve humain " évidemment et par définition sans limite, se confondait avec " les actions humaines " elles-mêmes, par définition, confrontées aux réalités de la vie et à de nombreuses contraintes.
Nous pouvons tous sans doute rêver à la vie éternelle, mais je suppose qu’elle ne sera jamais possible sur cette terre même à force de surgélation de nos corps ou de création de bébés en laboratoire.

6 - Ouvrir l’adoption aux couples homoparentaux nous inscrit bien dans une société de consommation qui tend à confondre l’enfant à un " bien de consommation ", à un objet qui peut être dans pas si longtemps que cela sera un objet mis en vente publique. ( bébés fabriqués en laboratoire, puis confiés à des " porteuses " pour, enfin, être " vendus " à l’adoption !).

 7 - Il va de soi que nous ne remettons en rien en question la qualité de l’amour qui anime un couple homosexuel ou lesbien.
Nous ne remettons en rien en cause ses éventuelles compétences éducatives.
Il ne s’agit pas non plus de s’opposer à ce que deux êtres humains, fussent-ils de même sexe, décident de lier leur vie pour un temps, en formant couple.
Autre chose serait évidemment de reconnaître ce couple dans les liens du mariage " comme si " il s’agissait d’un couple habituel.

8 - Il nous semblerait nécessaire de rappeler à tous les concitoyens et peut-être surtout à nos enfants et petits-enfants que la norme et donc, en conséquence la normalité, est bien le couple hétérosexuel.
Il s’agit là d’un déterminant de la destinée humaine.
Reconnaître que là se trouve la normalité n’entraîne évidemment en rien le fait de condamner voire de s’opposer à la création de systèmes plus particuliers, évidemment totalement respectables.

9 - Oser affirmer que ce sont les couples hétérosexuels qui produisent des humains homosexuels est vraiment un scandale. En soi ! !
Evidemment, les humains quels qu’ils soient, sont capables de tout : du meilleur comme du pire.
Toutefois cette affirmation nierait la bisexualité fondatrice de l’Homme …. qui reste sans doute permanente tout au long de la vie au moins sur le plan psychique ….mais qui nécessite un choix sur le plan social, par rapport au " mode de vie " que chacun va privilégier pour sa vie sociale, probablement au moment de l’adolescence. C’est à ce moment là qu’il appartient à chaque humain de faire le travail de renoncer à cette bisexualité en posant un choix de vie qui impose une part de renoncement, évidemment douloureuse mais incontournable, si on ne veut pas rester dans une position de toute puissance telle que l’on peut imaginer qu’est celle des tout petits bébés.

10 - A écouter les médias aujourd’hui, le " must " pour tout humain serait d’être bisexuel.
Oser dire non c’est donc probablement s’inscrire en contre-pieds de la tendance actuelle ( mais pas culturelle) à accepter un peu n’importe quoi au nom de cette nouvelle valeur montante qui s’exprime de plus en plus depuis une dizaine d’année sous le mode de " il faut a tout prix se réaliser ".

11 - Donner le droit pour rendre légale l’adoption par des couples homoparentaux n’est ce pas prendre le risque d’arriver au contraire de ce que la loi souhaiterait.
Si la loi sort, adopter sera un droit qu’il ne s’agira plus de contester et qui se mettra de moins en moins en débat ce qui risque plutôt d’appauvrir notre humanité que de l’enrichir.

Quelques idées intéressantes

1 - Il faut se rappeler que dire non, c’est permettre aux humains d’accéder, de construire, puis d’assumer leur destin d’Homme, d’avoir accès au langage qui ne peut naître qu’à l’intérieur d’un décalage entre deux êtres, d’une différenciation, d’une séparation.

2 - Si on légifère à ce sujet, c’est sans doute pour éviter la transgression.
Or, c’est dans la transgression que la pensée peut se construire, que le débat peut s’ouvrir, que l’homme peut s’incarner en tant que sujet " pensant ".

3 - Un des arguments pour justifier l’adoption par des couples homoparentaux se situe dans le fait qu’il y a sans doute une injustice dans le fait que les femmes peuvent constituer des couples lesbiens tout en mettant au monde des enfants, soit par une relation de passage (volontairement choisie) soit en recourant à une procréation médicalement assistée.Les hommes vivant en couple homosexuels ne le pourraient pas.
Injustice ?
Ou plutôt simplement reconnaissance de ce qui nous différencie fondamentalement en tant que homme masculin ou en tant que femme.

4 - C’est justement dans cette différence, grâce à elle, parce qu’elle existe, qu’un petit d’humain peut se construire dans le langage et trouver, dans les jeux identificatoires, sa propre voie qui ne sera ni totalement celle de son père, ni totalement celle de sa mère, qui s’inspirera sans doute des deux pour se construire en " profitant " de ces différences.

5 - N’est ce pas un mythe de penser que s’il est vrai que les lois sont nécessaires, qu’elles ont une vocation universelle pour une communauté donnée, elles ne peuvent pas tout arranger des questions humaines.
Légiférer sur cette question n’est ce pas simplement déplacer ou post-poser la question fondamentale qui nous anime, à savoir : celle de nos différences ?

6 - La question des différences est bien une des question fondamentale de cette nouvelle culture naissante qui s’enracine déjà dans la fin du 20ème siècle : nous sommes tous les mêmes !
Puisque nous avons tous une particularité, le fait de l’avoir tous fait que nous sommes encore du côté du même.
Ne confondons nous pas d’une part " être les mêmes " avec d’autre part " avoir les mêmes droits " par rapport à l’organisation sociale. Il nous semble que les deux éléments de ce binôme sont trop souvent confondus.
Il n’y a pas selon nous de racisme à reconnaître nos différences, que du contraire !
Au contraire , ce nouveau mythe de l’ " égalitarisme " ne nous semble en rien susceptible de protéger les enfants… que du contraire encore.

7 - " Poser un choix c’est d’abord renoncer ", dit le proverbe.
Choisir de vivre en couple homosexuel ou lesbien c’est effectivement poser un choix.
Ce choix à des conséquences, comme tout choix.
Ces conséquences il faut que chacun de nous les assume.
Dans ces conséquences il y aura toujours du gain et des pertes.
Il ne peut en être autrement, en quelque matière que ce soit.
Il est vrai qu’aujourd’hui " manquer " est rapidement assimilé à une sorte d’état de maladie, insupportable…. qui doit être soigné …
Un peu comme si on oubliait que " le manque " est lié à la condition humaine…..et permet en fait, d’accéder à cette " humanité ".

8 - Un des gros problème des couples homoparentaux se situe dans le fait que les deux parents soient " du même " et justement non du côté de la différence.
Or, l’enfant grandit en face du couple de ses parents, sur un mode spéculaire, un peu comme s’il se voyait grandir dans le miroir de la différence, constituée par la différence des sexes.
Ce manque de différence ne peut que poser problème pour son développement. Il y a aura une plus grande difficulté à accéder à une forme de subjectivation, de remise en question, d’interrogation s’il est trop prisonnier d’un modèle unique ( même si nous savons que les fonctions parentales ne sont pas directement liées au sexe réel et ne sont pas toujours assumées prioritairement par les parents géniteurs ou légaux).

9 - Ceux qui défendent l’adoption dans les couples homosexuels se réfèrent à certaines statistiques qui témoigneraient du fait qu’il n’y a pas davantage de maladies mentales chez les enfants élevés dans les couples homoparentaux, par rapport aux couples traditionnels.
Avancer cet argument ( nous allons postuler que ces statistiques sont honnêtes), nous semble toutefois profondément hypocrite dans la mesure où il s’agit d’une réalité tronquée du moins du point de vue de la santé mentale.
S’il est vrai qu’un enfant élevé dans un couple homoparental ne présente pas davantage de " maladie psychiatrique ", on ne peut nier l’existence d’une souffrance psychique, importante, souvent muette, qu’il y a lieu de prendre en compte et qui va tout de même constituer une difficulté supplémentaire pour le développement de cet enfant.

10 - Pourquoi est ce du côté de la loi qu’il faille intervenir ?
Cela ne doit il pas rester une question plus privée ?
A nos yeux, cela doit rester " une question " , une question éthique c’est à dire ce qu’il y a de plus intéressant pour l’humain.
Les humains ne doivent avoir de cesse que de s’interroger sur ce que c’est de vivre ensemble, sur ce que c’est d’être parent.
Légiférer en ces matières ( comme en d’autres ) touchant les questions humaines et privées, n’aurait il pas tendance à plutôt évacuer ces questions, comme les " résoudre " une fois pour toute ce qui va à contre sens de ce qui permet à l’humain de se déployer.
Plutôt que de légiférer, ne serait il pas davantage intéressant de proposer une réflexion sur les grands thèmes humains, et ceci aux jeunes générations pour que celles-ci puissent s’interroger sur : qu’est ce que c’est de poser des choix ? Qu’est ce que c’est d’être parents ? Quelles sont les conséquences liées à mes choix et comment les assumer ?
Normalement ces réflexions seraient à soutenir par les parents mais il est vrai que nous remplissons de moins en moins cette fonction.
Faut-il dés lors que l’école s’en charge ?

11 - La question de l’homoparentalité, repose à nos yeux la question de l’inceste.
Dans cette situation, le " désir " a pour objet le même que celui d’autre parent.
Dans notre société le meurtre et l’inceste sont deux " lois fondatrices de notre humanité " , de notre culture.
De notre point de vue, on ne peut pas y toucher même par le biais d’une loi.
Le projet d’adoption par des couples homoparentaux viendrait sans doute égratigner cette loi.
Il permettrait une sorte de " flirt dangereux " entre la pensée, le rêve, le langage d’une part et la réalisation concrète et pratique de ce rêve…. entraînant une confusion entre ces deux espaces, confusion dont on sait les dommages qu’elle peut causer en terme de développement humain, d’identité…..

P r o p o s i t i o n s

Œ Non, de notre point de vue, à une loi rendant légale l’adoption pure et simple d’enfants par des couples homosexuels, surtout s’il s’agissait d’une loi qui mettait sur pieds d’égalité l’adoption d’un enfant par un couple hétérosexuel ou par un couple homosexuel.

 Si une loi particulière devait être créée en la matière elle doit être " fondamentalement différente " d’une loi qui s’adresserait à l’adoption dans des couples hétérosexuels….. même si la création de ce texte doit prendre du temps. Qu’un enfant grandisse dans un couple homosexuel nécessite sans doute qu’il ait un statut légal. Mais ce statut doit être différent, justement pour qu’il puisse s’interroger…. Pour qu’il ne puisse pas faire comme si ce couple s’inscrivait dans la " normalité de la destinée humaine ".

Ž Reconnaître un statut à un enfant vivant dans un couple homosexuel, secondaire à des choix ultérieurs des parents, ne nous semble pas du tout la même chose que de voter une loi rendant légale l’adoption par des couples homosexuels. Reconnaître le statut de l’enfant, n’est pas dire oui pour l’adoption à des couples de parents.

Source : http://www.lachambre.be/kvvcr/index.cfm?language=fr

16:35 Écrit par collectif a & a dans Homoparentalité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : homoparentalité, adoption, psychologue | |  del.icio.us

Dans l'intérêt de l'enfant vraiment ? | Diane DRORY

La Ligue de familles en Belgique s'est prononcée pour l'adoption par les couples homosexuels. L'intérêt de l'enfant n'est-il pourtant pas de grandir avec un père et une mère de sexe différent ?


Le 8 octobre 2005, l'assemblée générale de la Ligue des familles a approuvé, à la quasi-unanimité (trois abstentions, aucun contre), un avis favorable pour l'adoption par des couples homosexuels. Sous peine d'être traitée de «néo-traditionaliste», avec tout ce que cela sous-entend de péjoratif et de facile pour faire écran à la réflexion, je n'hésiterai pas à argumenter un avis différent. Différent de ceux qui prônent l'égalitarisme, qui fait aujourd'hui partie d'une certaine «modernité» bien médiatisée, qui oublie que l'altérité fonde la spécificité de notre humanité.

Est-ce la soumission à une société éprise d'immédiateté et d'effervescence médiatique qui rend soudain «urgent» le règlement de cette question? Selon le président de la Ligue, l'urgence se fonde sur la nécessité de «légaliser un état de fait».

L'«empressement à légiférer» peut engendrer des effets pervers. Une analogie pour vous faire sourire? Il faudrait aussi que les parlementaires se mettent de toute urgence à plancher sur la suppression des lois fiscales puisqu'une majorité des Belges fraudent le fisc. Ainsi dans cette même logique, face à un couple homosexuel éduquant un enfant, il faudrait d'urgence établir une législation de filiation (par ailleurs impossible) ! L'adoption n'est pas qu'un «fait social», aussi il est indispensable de confronter les divers regards culturels dont dispose notre société.

Cette position tranchée de la Ligue est-elle issue d'une autre influence de la modernité? Fruit de notre société de consommation qui refuse le manque, qui veut que tout désir soit réalisé et qui dément l'impossible? Avoir tout, être tout. Que penser de l'énoncé du président de la Ligue: «Les sociétés toujours ajoutent à la nature, instauratrice des liens de la génération et de la filiation, ce que la volonté créatrice des hommes estime opportun pour la réalisation de tous nos désirs et nos besoins» ? Nos besoins, oui sans doute, mais ceux-ci n'ont en rien à être confondus avec ce qui est du désir. Car ce dernier, pour rester vivant, ne peut être assouvi. Le «rêve humain» est par définition sans limite mais la spécificité de notre humanité est de ne pas le confondre avec «l'acte humain». Ce dernier est confronté aux réalités contraignantes de la vie... Mais il est vrai que de nos jours, le principe du Plaisir l'emporte et le principe de Réalité qui appelle au «non» devient un acte courageux! Oser dire non, c'est s'inscrire en contre-pied de la tendance actuelle qui pousse à accepter tout et n'importe quoi au prix d'une nouvelle valeur en hausse: «se réaliser à tout prix».

L'égarement de certaines revendications survient du fait d'une confusion entre être «égaux» et être «tous les mêmes». S'il faut se battre pour une égalité, il faut aussi savoir reconnaître l'importance de la différence. C'est par elle que chacun peut devenir unique et non le clone d'un autre. L'altérité facilite la subjectivation. Le monde psy auquel j'appartiens plaide pour un véritable respect de la différence jusqu'y compris dans le cadre juridique qui signe et parle de cette différence. Dans cet ordre d'idées, reconnaître un statut à un enfant vivant dans un couple homosexuel n'est pas du tout la même chose que de voter une loi rendant légale l'adoption par des couples homosexuels.

Comme argument pour convaincre, sont brandies les statistiques démontrant qu'il n'y aurait aucune différence entre les enfants ayant grandi avec des parents du même sexe et les autres. Ces études ont pour seuls objets d'analyse la détection d'une adaptation sociale et le repérage de maladies psychiatriques et portent principalement sur des jeunes adultes pour la plupart conçus par un couple homme-femme dont l'un est parti vivre son homosexualité. Aucune étude n'a été faite sur la structure psychique des enfants qui ont grandi dès le départ dans un couple homosexuel ni sur leurs éventuels manques.

Il est rarissime de lire un commentaire ou d'entendre citer le livre«J'ai deux mamans, c'est un secret». Livre écrit par une jeune femme qui est passée par là et qui dénonce la honte, le mensonge dans lequel vivent souvent des enfants qui grandissent avec des parents du même sexe. Peut-on nier la souffrance psychique souvent muette de ces enfants? Cela n'a rien à voir avec une question d'adoption ou non. C'est la question du regard de l'autre.

La souffrance des adoptés de «ne pas être comme tout le monde» et «de ne pas avoir des parents comme tout le monde» est connue et reconnue. Alors pourquoi faudrait-il que la société complique la vie d'un enfant déjà éprouvé par l'abandon en légalisant une situation où il aurait, en outre, à assumer la «différence» de ses parents d'adoption? Notre culture, par sa législation, peut-elle accorder à des adultes, en vue de leur accomplissement personnel, le droit de décider «pour l'intérêt de l'enfant» d'un cheminement aussi doublement inconfortable psychiquement? Face à cette question d'adoption par des homosexuels, est-il question de «droits de l'enfant» ou plutôt de répondre à un «besoin» d'adultes?

Par ailleurs, s'il est de toute évidence indispensable de légiférer en ce qui concerne l'enfant élevé par un partenaire non parental, on ne souligne jamais que la voie de l'adoption est impossible pour les nombreux enfants nés d'une relation hétérosexuelle et qui, après séparation, vivent dans une famille homosexuelle.

La Ligue se serait d'emblée ralliée à la cause de l'enfant dans le but essentiel de refuser tout risque ou source de discrimination. Les différentes propositions juridiques de parentalité sociale, de coparentalité, de tutelle ne sont-elles pas des réponses intelligentes permettant d'éliminer toute discrimination négative de statut juridique entre les enfants quelle que soit la composition de leur famille? La Ligue rejette ces pistes sans autre argument que d'estimer qu'un statut différent est un sous-statut! Or, opter pour un contrat de coparentalité protégerait l'enfant juridiquement et conférerait aux adultes qui en ont la garde tous les droits et les obligations attachés au rôle parental!

Parlant de discrimination, si cette loi passe, les décideurs se rendent-ils compte qu'en confondant un «état de fait» avec une discrimination, ils vont créer une réelle discrimination? En effet, les couples hétérosexuels belges en demande d'adoption se verront précarisés par rapport à ceux de nombreux autres pays où l'adoption homosexuelle est réfutée. Car la majorité des pays offrant de possibles enfants à adopter refusent que ceux-ci soient confiés à un couple homosexuel. Le but de l'opération est-il de pénaliser les familles hétérosexuelles en désir d'enfant? Parce que l'un souffre d'un certain handicap par rapport à une situation, tous doivent-ils en pâtir? Est-ce cela, la démocratie?

Adopter une loi ou régler la situation juridique dans laquelle nombre d'enfants se trouvent aujourd'hui sont deux choses différentes. Que l'on arrête de tout mélanger sous prétexte de démêler des contradictions! Donnons du temps au temps et prenons le temps de réfléchir si, dans le débat qui nous occupe, il n'y a pas à craindre un effet contre-productif qui entraînerait un déficit symbolique préjudiciable à l'organisation sociale et à la structuration psychique des individus. Est-ce enviable pour notre culture, sous prétexte de la diversité culturelle, que soit votée une loi qui nous considère comme «tous pareils» ? Que penser d'une société qui rejette en bloc toutes ses traditions au nom d'une «modernité» qui n'a pas encore fait ses preuves?

L'intérêt de l'enfant ne serait-il pas de lui garantir le droit de grandir avec un père et une mère de sexes différents? Je cite Tony Anatrella: «Le lien logique entre la conception de l'enfant et la sexualité des adultes est indispensable afin qu'il puisse se différencier subjectivement et socialement. Dire à l'enfant qu'il a deux papas ou deux mamans est un mensonge social et un handicap pour se situer dans l'altérité sexuelle.» L'adoption est plus qu'un statut juridique, elle définit l'identité humaine! Dans le cadre d'une union homosexuelle, la filiation est contraire à la logique la plus élémentaire. Est-ce le chaos mental et psychique que la jurisprudence doit transmettre aux enfants belges?

Si c'est vraiment le bien-être des enfants qui anime les réflexions et qui sous-entend les actions de l'assemblée générale de la Ligue, il faudrait peut-être qu'ils revoient leur copie...

Diane DRORY
Psychologue, psychanalyste. Ancienne présidente de la Fédération belge des psychologues. Collaboratrice du «Ligueur».

Source : LA LIBRE BELGIQUE