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28/03/2011

Carnet de Voyage. Témoignage de Mee Yung.

Mee Yung adoptee.jpgVoici le début de mon témoignage sur l'adoption internationale ...
Certains se doutent que j'ai été adoptée ; à d'autres, je le leur ai clairement dit.
Mais voilà que savez vous de l'adoption internationale ? Plus exactement ce que peut penser un adopté qui a atteint l'age adulte ?

Pourquoi ai-je décidé d'appeler ce second (?) livre « Carnet de Voyage » ?
ce n'est point pour faire peur par rapport au titre que j'avais en tête au début ... C'est simplement que mon témoignage est le récit de mes voyages en Corée, le premier effectué en 2004, le second en 2005.

Introduction - Préface

Imaginez que vous regardiez un film dont vous avez raté le début. N'avez-vous pas envie de le regarder depuis le départ pour comprendre pleinement l'instant où vous avez commencé le visionner ?
Et si pour votre vie, c'était pareil ?
Comment expliquer le fait que l'on soit arrivé par la « cigogne de fer», que l'on soit en occident entouré de « long-nez » ?

L’adoption est un sujet que tout un chacun a pu aborder. En littérature, les rares livres traitant de ce sujet sont pour la plupart des avis d’adoptants. Mais il est vrai qu’à l’heure où j’écris ces lignes, on commence à peine à voir paraître l’avis de certains adoptés, et enfin, de plus en plus d'adoptés se manifestent !

Pour une bonne partie, les personnes ont pris le recul nécessaire pour faire le point. Qui suis-je ? D’où je viens ? Qu’en est-il de mon pays d'origine ?
Questions pour le moins difficiles, auxquelles il faudra répondre un jour ou l'autre tant du côté des parents que des enfants : du côté adoptant, comme du côté de l’enfant, les attentes sont importantes voire écrasantes. Bien des familles se sont heurtées à l’incompréhension et ont fini par s'enfoncer dans le dialogue de sourds.

Par ailleurs, tout se passe comme si on plaçait l’enfant dans un contexte adulte : on ne semble pas lui laisser le choix : il doit faire table rase de son passé. Mais est-ce pour autant qu’il doit se taire une fois devenu adulte ?

Des discussions que j’ai eues avec des non adoptés, il en est ressorti que je « crachais dans la soupe », que je « méprisais cette fameuse chance d’avoir été élevée en France ».
Cela ressemble, par moment, à des propos d’éleveurs de bétails. Oui, l’adoption est soumise à un marché : il y a une demande forte des pays riches, notamment occidentaux, et une offre « proposée » par des pays plus pauvres...
La chance me dit-on … Parce que j’ai joué au loto et j’ai gagné le gros lot ?

De tels propos ne sont, à mon avis, que le reflet d’une vision erronée de l’adoption. L’adoption n’est, en aucun cas, un chemin semé de roses, bien au contraire… : apprendre à se connaître et se reconnaître, tenter de panser des blessures (manque d’enfants d’un côté, manque d’amour de l’autre.)

Tant que la plupart des personnes abordant le sujet ont / auront une vision judéo-chrétienne, une image d'Épinal, les adoptés adultes auront du mal à s’y retrouver en tant que citoyens de leur pays d’adoption, et de manière plus globale, comme citoyens du monde.

J'ai souhaité que ce récit s'inscrive dans un témoignage sur l'adoption. Cette fois-ci, pour une fois, cela se passe du côté de l'adopté : Ses ressentis, ses expériences.
Non pas que je veuille parler au nom de tous les adoptés, loin de là. Il ne s'agit que d'un témoignage parmi tant d'autres car il y a autant d'histoires que d'adoptions.


Par ailleurs, cet ouvrage fait suite à la demande d’adoptants ou de futurs adoptants. Ils souhaitent connaître l’avis voire mêmes les conseils d’adoptés majeurs. Il est temps pour nous, adoptés majeurs, de dire notre point de vue sur la question. Aussi douloureux soit il pour certains d’entre nous. Foin de nous victimiser ! Bien au contraire, il s’agit avant tout de donner des informations, voire des conseils, mais aussi d’échanger des avis.

Les récits suivants sont le fruit d’une réflexion, assez douloureuse parfois : C’est une partie de ma vie que j’expose aux yeux des lecteurs - raconter sa propre vie est un exercice en soi très difficile et parfois déroutant - et c’est pourtant ce que je vais faire.
Au cours de mes deux premiers séjours, j’ai tenu des carnets de voyage. Ce sont ces carnets que je vais vous présenter maintenant.


La suite sur le forum The Royal IdP Essploring Fundation

06/04/2010

Nouveau mémoire rédigé par un adopté

Harlow s Monkey.jpgNew memoir by an adoptee

 

This book (along with the one by Korean birth mothers) arrived in my mail box this weekend. I read a draft of the other book but my friend, Sarah Park, a Professor of Library Science, gave me the heads up on this one! I'm very excited since there are so few books written by Native adoptees about their experiences. And, in a happy coincidence, I've been doing research lately in the Social Welfare History Archives, looking through the Child Welfare League of America collection, and had just read through the Indian Adoption Project documents. The Indian Adoption Project was a joint program by the CWLA and the Bureau of Indian Affairs that specifically promoted the adoption of Indian children to white families from 1958-1967.

 

One Small Sacrifice: Lost Children of the Indian Adoption Projects.
Trace A. DeMeyer (Author)

 

Source : Harlow's Monkey | 29.03.2010

 

14:53 Écrit par collectif a & a dans Livre - Revue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : adopté, témoignage | |  del.icio.us

05/01/2008

Les mensonges derrière mon adoption. Kim Myung-Sook.

Mon adoption n'est ni le résultat d'un trafic d'enfants, ni celui d'un kidnapping mais le résultat de mensonges fabriqués par une agence d'adoption, comme la plupart des adoptions internationales.

  • J'ai (j'avais) une famille bien connue
  • 1er, 2ème, 3ème, 4ème et 5ème mensonge
  • Découverte des mensonges
  • Après les mensonges, bullshit
  • Mensonges des acheteurs
  • Service post-adoption
  • Perdue mais non abandonnée
Lorsque j'ai retrouvé ma famille biologique, j'ai appris que mon père ne m'avait pas abandonnée. Il est mort 3 ans après m'avoir perdue.

L'adoption internationale est un grand business qui sert l'intérêt d'un couple sans enfant. C'est mal d'arracher un enfant de son pays et de sa culture pour combler les désirs des adultes qui veulent à tout prix un enfant. Le meilleur intérêt d'un enfant est d'être élevé par ses parents biologiques et en second lieu, être adopté dans son pays. De plus, les enfants qu'on envoient en adoption internationale ont tous un parent ou une famille élargie qui pourraient les élever mieux que des étrangers de races différentes. Il est injuste que des parents pauvres n'aient pas le droit d'élever leurs propres enfants biologiques et que des riches parents infertiles prennent les enfants des autres sous prétexte qu'ils "sauvent" des enfants d'un pays pauvre.


Lire le témoignage complet.

16:15 Écrit par collectif a & a dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : témoignage, adoptée coréenne, mensonges | |  del.icio.us

27/12/2007

The international adoptions lobby: an insider's perspective

Romania for export only - Roelie PostRomania - for export only, the untold story of the Romanian 'orphans' by Roelie Post

A review by Rupert Wolfe-Murray, published in VIVID Romania through international eyes, 19 November 2007

 

There are several unusual things about Roelie Post and her important new book on international adoptions. An employee of the European Commission, between 1999 and 2005 Post handled one of its most controversial dossiers: Romania's institutionalised children. She is one of very few EC insiders who has risked her career by publishing her experiences, in diary format. Whether one agrees with her or not, one has to admire this courage.

 

The book itself is not particularly fancy looking: it has a plain white cover and a title some would call clunky. Although such a cover may look out of place in a modern bookshop where cover designs are becoming increasingly sophisticated, I appreciate the clean and simple look as a sign of its seriousness. Despite these superficial drawbacks the book is very readable and engaging.
Post's story is compelling. In 1999 she was given the Romanian children dossier and as she gradually learnt about the issue she came to be one of the champions of the remarkable reform process that has resulted in the closure of Romania's large children's homes. To better appreciate this achievement it is essential to understand that Romania is the only country in Central and Eastern Europe that has managed to stop the practice of institutionalising children in need, and has set up alternatives such as foster care, daycare centres and family-type homes. The basis of the reforms are that families are the building block of society.

 

However, her job and the reform process are but a backdrop against which the real drama is played out; the relentless lobby for international adoptions from Romania. Much has been written about this shadowy and unaccountable lobby, but never before has so many details been revealed about their actions in the heart of Brussels, and their access to some of the world's top politicians.

 

During the 1990s the adoption of babies from Romania was a free-for-all. During the early 1990s a child could be adopted with a simple receipt from a local judge and before 1997 the records of how many were sent abroad are scant. The 1997 reforms were formulated by those in the pay of the lobby, and a free market in children was set up. The results were that the so-called ‘orphanages' became processing centres for the export of children, and corruption became rampant. By 2001 the practice was banned and since then the lobby has been desperately trying to prove that Romanian women are unable to look after their own children and international adoption is the only answer.

 

Not only did the Romanian government come under tremendous pressure from politicians in the US politicians and in some EU member states (namely, Italy and France) but Roelie Post was continually harassed in her job at the Commission. Her book is a blow by blow account of the main lobbyists in Brussels, with scandalous walk on parts from the likes of Silvio Berlusconi and Romano Prodi. For anyone interested in the intriguing international adoption story this book is essential reading.


Résumé

Un livre-témoignage passionnant sur un lobbying très particulier. Roelie POSTest une actrice et un témoin privilégié ayant travaillé à la Commission Européenne de 1999 à 2007 sur le dossier "Les enfants roumains et la protection de l'enfance" dans la perspective de l’intégration de la Roumanie dans l’Union Européenne.

En 1999, la politique d’adoption des orphelins roumains s’apparentait à un système de traite d’enfant sous le couvert de la corruption. La Commission Européenne demanda à la Roumanie de réformer sa politique des droits de l’enfant, pour conditions de sa future adhésion à l’Union. Des fonctionnaires furent engagés à l’y aider. Parmi eux, Roelie Post qui emmène le lecteur dans ses huit ans d’aventures entre la Roumanie et la CEE.

Les grands orphelinats furent fermés et la majorité des enfants placés aux seins de familles roumaines. Depuis, l’application de la réforme fait apparaître que l’adoption internationale n’a plus lieux d’être. Un groupe de pression puissant et féroce s’est créé pour maintenir les adoptions internationales.

A travers l’histoire des orphelins roumains, Roelie Post fait une autre lumière sur la politique globale de l’adoption internationale et les intérêts privés qui font concurrence aux droits de l’enfant.

 

Sur le même sujet

- "Adoptie is kinderhandel"
"Internationale adoptie is eigenlijk kinderhandel"
"Internationale adoptie moet uitgebannen"
 

Commentaires des lecteurs

Romania For Export Only - A review

 

23/03/2007

L'adoption et sa face cachée - Christian Demortier

medium_adoption-face-cachee.jpg
Dans le cas des adoptions, on ne parle que des réussites. Les échecs sont encore niés ou critiqués.
L'échec, dans l'adoption, se double donc d'un second: celui de l'incompréhension des effets de l'adoption
vécus dans un isolement coupable. [Bim TlLAK]

Qu'on arrête d'assimiler la souffrance des parents adoptifs à celle de l'adopté. Les parents adoptifs souffrent, car ils culpabilisent de ne pas être de bons parents et les adoptés souffrent, parce qu'ils ont honte d'avoir été abandonnés si brutalement par leur mère de naissance. [Arthur SEFTON]

L'adoption telle qu'elle existe impose à l'adopté l'ambivalence, état tiraillé entre deux contraires auxquels il n'appartient jamais. Pas d'équilibre possible. [Bim TlLAK]

Forcément, pour vous, les adoptés n'ont pas de problèmes, puisqu'ils n'en parlent pas.




Un "must" !


Dans "Adopté dans le vide", l’auteur racontait son adoption à l’âge de deux ans en Belgique. Témoignage bouleversant que l’on aurait pu réduire à un cas personnel s’il n’avait déclenché un véritable séisme autour de l’adoption internationale. Parents adoptifs, mais aussi enfants adoptés, voire associations et administrations, ont réagi souvent de façon passionnelle à des propos qui rompaient avec le langage convenu.

C’est ainsi que Christian Demortier, passant du particulier au général, s’est senti le devoir d’aller plus loin. Il ne s’agit ni de dénoncer, ni de généraliser, mais d’alerter sur des souffrances, des non-dits, fut-ce au prix de douloureuses remises en question. Ouvrir les yeux sur des réalités qu’il vaut mieux prendre en compte avant qu’il ne soit trop tard, libérer la parole, dialoguer, rompre le silence pour repartir sur des bases solides…

La méthode employée est didactique en ceci que l’auteur se livre aux questions sans en éluder aucune, répondant avec franchise et une lucidité bien éloignée de la langue de bois enrobée de bons sentiments trop souvent utilisée dans ce domaine.


Au-delà de l’adoption internationale, l’ouvrage incite à une méthode élargie en vue d’une réflexion sur l’action humanitaire, les motivations de ceux qui en font profession, voire les effets pervers.

Christian Demortier a rassemblé avec attention, courage et émotion les multiples réactions suscitées par la publication de son livre "Adopté dans le vide". Ce premier ouvrage était douloureux et on ne s'étonnera pas que celui-là le soit aussi. Il ne revendique donc ni exhaustivité ni exemplarité. Il voudrait provoquer un questionnement.

Les lecteurs qui songent à l'adoption y trouveront matière à réflexion. Ceux qui y sont déjà engagés se sentiront moins isolés face à d'éventuelles difficultés.


Mais au-delà des acteurs privés ou institutionnels, c'est au grand public que ce livre s'adresse. La rapide mondialisation des échanges, le bouleversement des équilibres économiques et culturels fissurent les bons sentiments de la décennie précédente. La lucidité permet de faire l'économie de bien des drames, de dénouer des crises aussi.

L'adoption internationale, pourquoi pas ? Mais pas à n'importe quel prix, pas n'importe comment, pas au détriment de ceux qui - pourtant les principaux intéressés - n'avaient pas voix au chapitre, les enfants. Écoutons-les sans a priori, même si cette parole dérange l'air du temps.


Biographie de l'auteur

Christian Demortier est né en 1965 aux environs de Pondichéry. Il vit à Bruxelles. Enseignant, il consacre son temps à l'écriture. Auteur de Adopté dans le vide en 2001, il écrit également des pièces de théâtre, notamment sur l'adoption (L'Admirable inconnue) et prépare un ouvrage sur l'Inde.


Table

Avant-propos
Préface
1. Motivations des parents adoptifs
2. La mère biologique: don ou abandon ?
3. Les troubles possibles
4. Le malentendu
5. Rencontres avec des adoptés
6. Le teint
7. La culture

22:30 Écrit par collectif a & a dans Livre - Revue | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : témoignage, christian demortier, adopté | |  del.icio.us

19/02/2007

J'ai été volée à mes parents - Céline Giraud et Emilie Trevert

medium_volee-a-mes-parents.2.jpgEditeur : Flammarion. 348 pages


Résumé du livre

 
L'existence d'une femme peut basculer de bien des façons, mais ce qu'a vécu Céline Giraud est véritablement singulier. A vingt-cinq ans, cette Française découvre l'impensable : âgée de quelques jours seulement, elle a été dérobée à ses parents péruviens par des escrocs. Ceux-ci se livraient à un trafic d'enfants alimentant des réseaux d'adoption internationale. Céline savait depuis longtemps qu'elle avait été adoptée, mais elle croyait, tout comme ses parents adoptifs, que sa mère biologique l'avait abandonnée, faute de moyens pour l'élever. Il n'en est rien. Une fois passé le choc de cette révélation, la jeune femme enquête pour retrouver ses parents et la trace du réseau qui l'a enlevée. Au Pérou, elle fait la connaissance d'une famille pauvre, la sienne, dont elle ignorait tout. Puis elle alerte la justice péruvienne et se procure un dossier judiciaire où figurent tous les détails du trafic dont elle a été victime. Ainsi que les noms de vingt-quatre enfants volés comme elle, dont trois ont été adoptés en France. Au Pérou, le scandale est énorme mais il ne passe pas l'Atlantique. L'association française agréée par l'Etat qui a organisé ces adoptions, n'a pas jugé bon d'avertir les familles adoptives de ce trafic odieux. Dans cet ouvrage, Céline Giraud raconte son incroyable enquête, mais aussi le bouleversement d'une jeune femme qui se retrouve avec deux mères qui l'aiment, l'une dans une banlieue française cossue, l'autre dans un bidonville au Pérou.

 


C'est à nous de se battre pour que des choses comme cela n'arrivent plus.

 
Vendue, trahie, aimée, choyée…
Comment ces 4 mots si contradictoires peuvent ils cohabiter dans la même phrase ? Et pourtant c’est bien cela mon histoire, un terrible mélange de malheur et de bonheur, de pleurs et de rire, de tristesse et de joie, de peines et d’amour.

 
Mon histoire commence il y a 24 ans, au Pérou, à Lima.
Ma mère, qui a déjà une petite fille, est enceinte,… de moi ; pas de travail, ni de ressource, une famille en pleine crise…Son quotidien n’est fait que de cris, de pleurs et de reproches. Par-dessus cela mon père est parti de la maison.
Et puis, une main qui se tend, une aide qui tombe du ciel. Ma mère ramasse un jour un petit flyer parlant d’une association caritative, San benito de palermo, aidant les mères célibataires en difficulté à repartir d’un bon pied dans la société (soin pendant la grossesse, prise en charge des frais d’accouchement, denrées alimentaires pour la mère, au bébé, soins médicaux gratuits, vêtements…). C’est trop beau pour être vrai ! Chance ? Hasard ? Non. C’est son pire cauchemar qu’elle tient dans ses mains, mais fatalement, elle ne le sait pas.
Plus que dans le besoin, quelques jours plus tard, elle pousse les portes de cette association dont les bureaux se trouvent en plein centre de Lima. Elle a besoin d’aide, elle est sûre qu’ici elle pourra le trouver.

 
Je pousse mon premier cri le 14 juillet 1980 (signe du destin ?). De l’autre côté de la terre, un jeune couple de français qui ne peut pas avoir d’enfant, est prévenu de ma naissance par l’association française, Rayon de Soleil de l’enfant étranger, par laquelle ils ont décidés de passer pour adopter un enfant. Dès le 15 juillet, les voilà en train de préparer leur voyage : une petite fille nouveau née les attend leur a-t-on dit !
Mes parents foulent pour la première fois le sol péruvien le 29 juillet 1980, tard dans la nuit. Le 30 juillet, à 7 heures du matin, deux femmes débarquent, prétextant être de l’association San benito de palermo, la directrice et l’assistante sociales leur disent elles. Dans leurs bras, un nouveau né de 16 jours, toute petite, toute fragile, moi.
Selon leurs dires, ma mère a 16 ans et se trouvant trop jeune pour avoir un enfant m’a laissé à l’adoption. Mes parents adoptifs, encore jeunes et bien naïfs se contenteront de cette version. Ils sont les plus heureux du monde et décide de m’appeler Céline.

... ...



Source : Coordination des Actions pour le Droit à la Connaissance des Origines - Forum CADCO

01/12/2005

L'humiliation ordinaire | Alain Badiou

Mon fils adoptif est noir.
Pour la police, cela fait de lui un suspect.

"Constamment contrôlés par la police." De tous les griefs mentionnés par les jeunes révoltés du peuple de ce pays, cette omniprésence du contrôle et de l'arrestation dans leur vie ordinaire, ce harcèlement sans trêve, est le plus constant, le plus partagé. Se rend-on vraiment compte de ce que signifie ce grief ? De la dose d'humiliation et de violence qu'il représente ?

J'ai un fils adoptif de 16 ans qui est noir. Appelons-le Gérard. Il ne relève pas des "explications" sociologiques et misérabilistes ordinaires. Son histoire se passe à Paris, tout bonnement.

Entre le 31 mars 2004 (Gérard n'avait pas 15 ans) et aujourd'hui, je n'ai pu dénombrer les contrôles dans la rue. Innombrables, il n'y a pas d'autre mot. Les arrestations : Six ! En dix-huit mois... J'appelle "arrestation" qu'on l'emmène menotté au commissariat, qu'on l'insulte, qu'on l'attache à un banc, qu'il reste là des heures, parfois une ou deux journées de garde à vue. Pour rien.

Le pire d'une persécution tient souvent aux détails. Je raconte donc, un peu minutieusement, la toute dernière arrestation. Gérard, accompagné de son ami Kemal (né en France, Français donc, de famille turque), est vers 16 h 30 devant un lycée privé (fréquenté par des jeunes filles). Pendant que Gérard fait assaut de galanterie, Kemal négocie avec un élève d'un autre lycée voisin l'achat d'un vélo. Vingt euros, le vélo, une affaire ! Suspecte, c'est certain. Notons cependant que Kemal a quelques euros, pas beaucoup, parce qu'il travaille : il est aide et marmiton dans une crêperie. Trois "petits jeunes" viennent à leur rencontre. Un d'entre eux, l'air désemparé : "Ce vélo est à moi, un grand l'a emprunté, il y a une heure et demie, et il ne me l'a pas rendu." Aïe ! Le vendeur était, semble-t-il, un "emprunteur". Discussion. Gérard ne voit qu'une solution : rendre le vélo. Bien mal acquis ne profite guère. Kemal s'y résout. Les "petits jeunes" partent avec l'engin.

C'est alors que se range le long du trottoir, tous freins crissants, une voiture de police. Deux de ses occupants bondissent sur Gérard et Kemal, les plaquent à terre, les menottent mains dans le dos, puis les alignent contre le mur. Insultes et menaces : "Enculés ! Connards !" Nos deux héros demandent ce qu'ils ont fait. "Vous savez très bien ! Du reste, tournez-vous – on les met, toujours menottés, face aux passants dans la rue –, que tout le monde voie bien qui vous êtes et ce que vous faites !" Réinvention du pilori médiéval (une demi-heure d'exposition), mais, nouveauté, avant tout jugement, et même toute accusation. Survient le fourgon. "Vous allez voir ce que vous prendrez dans la gueule, quand vous serez tout seuls." "Vous aimez les chiens ?" "Au commissariat, y aura personne pour vous aider."

Les petits jeunes disent : "Ils n'ont rien fait, ils nous ont rendu le vélo." Peu importe, on embarque tout le monde, Gérard, Kemal, les trois "petits jeunes", et le vélo. Serait-ce ce maudit vélo, le coupable ? Disons tout de suite que non, il n'en sera plus jamais question. Du reste, au commissariat, on sépare Gérard et Kemal des trois petits jeunes et du vélo, trois braves petits "blancs" qui sortiront libres dans la foulée. Le Noir et le Turc, c'est une autre affaire. C'est, nous raconteront-ils, le moment le plus "mauvais". Menottés au banc, petits coups dans les tibias chaque fois qu'un policier passe devant eux, insultes, spécialement pour Gérard : "gros porc", "crado"... On les monte et on les descend, ça dure une heure et demie sans qu'ils sachent de quoi ils sont accusés et pourquoi ils sont ainsi devenus du gibier. Finalement, on leur signifie qu'ils sont mis en garde à vue pour une agression en réunion commise il y a quinze jours. Ils sont vraiment dégoûtés, ne sachant de quoi il retourne. Signature de garde à vue, fouille, cellule. Il est 22 heures. A la maison, j'attends mon fils. Téléphone deux heures et demie plus tard : "Votre fils est en garde à vue pour probabilité de violences en réunion." J'adore cette "probabilité". Au passage, un policier moins complice a dit à Gérard : "Mais toi, il me semble que tu n'es dans aucune des affaires, qu'est-ce que tu fais encore là ?" Mystère, en effet.

S'agissant du Noir, mon fils, disons tout de suite qu'il n'a été reconnu par personne. C'est fini pour lui, dit une policière, un peu ennuyée. Tu as nos excuses. D'où venait toute cette histoire ? D'une dénonciation, encore et toujours. Un surveillant du lycée aux demoiselles l'aurait identifié comme celui qui aurait participé aux fameuses violences d'il y a deux semaines. Ce n'était aucunement lui ? Un Noir et un autre Noir, vous savez...

A propos des lycées, des surveillants et des délations : j'indique au passage que lors de la troisième des arrestations de Gérard, tout aussi vaine et brutale que les cinq autres, on a demandé à son lycée la photo et le dossier scolaire de tous les élèves noirs. Vous avez bien lu : les élèves noirs. Et comme le dossier en question était sur le bureau de l'inspecteur, je dois croire que le lycée, devenu succursale de la police, a opéré cette "sélection" intéressante.

On nous téléphone bien après 22 heures de venir récupérer notre fils, il n'a rien fait du tout, on s'excuse. Des excuses ? Qui peut s'en contenter ? Et j'imagine que ceux des "banlieues" n'y ont pas même droit, à de telles excuses. La marque d'infamie qu'on veut ainsi inscrire dans la vie quotidienne de ces gamins, qui peut croire qu'elle reste sans effets, sans effets dévastateurs ? Et s'ils entendent démontrer qu'après tout, puisqu'on les contrôle pour rien, il se pourrait qu'ils fassent savoir, un jour, et "en réunion", qu'on peut les contrôler pour quelque chose, qui leur en voudra ?

On a les émeutes qu'on mérite. Un Etat pour lequel ce qu'il appelle l'ordre public n'est que l'appariement de la protection de la richesse privée et des chiens lâchés sur les enfances ouvrières ou les provenances étrangères est purement et simplement méprisable."

Alain Badiou, philosophe, professeur émérite à l'Ecole normale supérieure, dramaturge et romancier.

Source : LE MONDE.

15:40 Écrit par collectif a & a dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Alain Badiou, témoignage, racisme, France | |  del.icio.us