14.03.2008
Affaire des bébés volés en Argentine: premier procès.
Une fille de disparus argentins, "volée" à sa naissance, poursuit ses parents adoptifs
BUENOS AIRES. Applaudissements, embrassades et large sourire de Maria Eugenia Sampallo Barragan, mercredi 12 mars, dans une salle comble du tribunal fédéral de Buenos Aires. Cette jeune Argentine de 30 ans est la première enfant de disparus pendant la dictature militaire à avoir porté plainte contre ceux qui l'avaient illégalement adoptée, après que sa mère eut accouché en captivité.
Le procureur, comme la veille l'avocat de l'accusation, a réclamé des peines de vingt-cinq ans de prison contre le couple, Osvaldo Rivas et Maria Cristina Gomez, et contre un ancien tortionnaire militaire, Enrique Berthier, qui leur avait livré le bébé. Ils sont accusés d'enlèvement de mineur, falsification de documents publics et suppression d'identité. La sentence de ce procès historique sera rendue le 4 avril.
"Pendant toute mon enfance, j'ai eu des doutes sur mon identité, a confié Maria Eugenia Sampallo, le premier jour du procès, le 19 février. Quand je posais des questions, l'histoire changeait tout le temps : mes parents étaient morts dans un accident, j'étais la fille de la bonne ou d'une hôtesse de l'air. Ma confusion devenait chaque fois plus grande." Durant plus de deux heures, elle a détaillé les mauvais traitements dont elle a été victime, la poussant, adolescente, à fuir sa maison. "Je t'ai élevée entre des draps de soie. Sans moi, on t'aurait jeté dans un fossé, petite morveuse", lui disait sa "mère adoptive".
Maria Eugenia ne sait ni quand ni où elle est née. "Ma date d'anniversaire, je l'ai choisie toute seule : c'est le 8 février, l'anniversaire de mariage de ma grand-mère. Et ce, jusqu'à nouvel ordre. Si j'obtiens de nouvelles informations, je la changerai volontiers", a-t-elle déclaré.
En 2000, n'en pouvant plus de douter, celle qui s'appelait alors Violeta Rivas a pris contact avec la Commission nationale pour le droit à l'identité (Conadi), puis les Grands-Mères de la place de Mai, l'association qui recherche inlassablement depuis trente ans la trace des quelque 500 bébés volés à l'époque de la dictature militaire (1976-1983). Après des analyses de sang et grâce au fichier ADN des proches des disparus, elle a recouvert son identité à 23 ans, changé de nom et retrouvé sa famille biologique.
Ses parents étaient des ouvriers, militants communistes. Sa mère, Mirta, était enceinte de six mois lorsqu'elle a été enlevée par un commando militaire, avec son mari, le 6 décembre 1977. Conduite au centre clandestin de tortures "El Atletico", en plein centre de Buenos Aires, elle a ensuite été transférée vers une destination inconnue pour accoucher.
AUCUN REMORDS
Des témoignages émouvants ont ponctué le procès. Celui de Azucena Barragan, 80 ans, la grand-mère maternelle de Maria Eugenia. Assise dans une chaise roulante, elle a raconté, d'une voix faible, la longue quête pour retrouver sa petite-fille. Ou celui de Gustavo, le frère de la plaignante, qui a évoqué, ému, l'image de sa mère enceinte. Il avait trois ans quand il a été arrêté en même temps que ses parents. Il a été récupéré par sa famille, 43 jours plus tard, dans un commissariat.
Les trois inculpés n'ont exprimé aucun remords, convaincus d'avoir "bien oeuvré en s'occupant de la petite". Ce sera l'argument de la défense. Pendant les années de plomb, de nombreuses jeunes femmes ont accouché en captivité avant de disparaître. Les bébés étaient confiés à des familles proches des militaires au pouvoir. Les Grands-Mères de la place de Mai ont réussi à retrouver 88 de ces enfants. Des associations de défense des droits de l'homme estiment que 30 000 personnes ont disparu pendant la féroce répression.
Dans le cadre des enquêtes sur les bébés volés, deux militaires sont morts mystérieusement, au cours des derniers mois, avant d'être entendus par la justice.
Sur le même sujet
- La révolte du « bébé volé », dans Le Soir
- Maria Barragan wants her parents jailed, dans Times
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Procès "bébé volé" de la dictature argentine: entre sept et dix ans de prison.
04/04/2008. La justice argentine a condamné vendredi les "ravisseurs" de Maria Eugenia Barragan à des peines comprises entre sept et 10 ans de prison, à l'issue du premier procès d'un enfant de "disparu" contre ses "parents adoptifs".
Un tribunal de Buenos Aires a condamné pour "séquestration de mineur", Maria Cristina Gomez Pinto, 60 ans, et son ex-mari Osvaldo Rivas, 65 ans, respectivement à sept et huit ans de prison. Un ancien militaire, Jose Berthier a de son côté été condamné à 10 ans de prison après avoir été reconnu coupable d'avoir confié Maria Eugenia, alors nouveau-né, à ce couple aujourd'hui séparé.
La jeune femme, aujourd'hui agée de 30 ans, a esquissé un sourire à l'issue de ce procès, unique dans annales judiciaires argentines, avant de gagner la sortie sans faire de déclaration.
"C'est un jugement historique parce que les trois accusés ont été condamnés pour (...) tout ce qu'a souffert Maria Eugenia", a affirmé de son côté son avocat, Tomas Ojea Quintana. Pour elle, le "bilan est positif bien que nous croyons que la peine est insuffisante parce que ces crimes méritent des condamnations beaucoup plus sévères", a ajouté cet avocat, qui avait réclamé la peine maximum soit 25 ans de prison.
Les trois condamnés ont annoncé leur intention de faire appel, selon Me Quintana. Ils sont donc ressortis libres, à l'exception de Jose Berthier déjà incarcéré depuis cinq ans dans le cadre de cette affaire.
Maria Eugenia, aujourd'hui agée de 30 ans, attendait depuis sept ans que la justice de son pays condamne ceux qui lui ont volé sa vie pendant la dictature (1976-1983), en se faisant passer pour ses "parents adoptifs".
Parfois mal comprise pour avoir déposé plainte contre ceux qui l'ont élevée, Maria Eugenia a longuemement détaillé cette semaine devant la presse les raisons qui l'empêchent aujourd'hui de considérer Osvaldo Rivas et Maria Cristina Gomez Pinto comme ses parents adoptifs ou "de coeur", comme l'expression est parfois utilisée en Argentine.
"Il n'y a jamais eu de formalité d'adoption. J'ai été inscrite comme leur fille par ces gens, avec une date de naissance fausse, un lieu de naissance faux et à partir d'un certificat de naissance faux", avait-t-elle ainsi déclaré devant la presse.
"Quant au terme de +parents de coeur+, j'imagine qu'il fait référence à une certaine relation filiale née de l'affection. Mais on peut alors se demander si une personne qui a volé un bébé, (...) qui lui a constament menti sur ses origines, qui l'a quotidiennement maltraité, humilié, trompé, si une personne qui a fait tout cela peut connaître et ressentir de l'amour filial. Je réponds que non", a ajouté la jeune femme.
Maria Eugenia est née en 1978. Mais le jour de sa naissance reste un mystère pour cette jeune femme brune, passionnée de litterature.
Comme 500 autres "bébés volés" pendant la dictature, elle est née en prison. De sa mère, militante communiste, elle ne saura rien pendant 23 ans. Jusqu'à ce jour de 2001 où un test ADN lui rend sa véritable identité et fait de ses "parents adoptifs" des "ravisseurs", aujourd'hui condamnés devant les tribunaux par celle-la même qu'ils avaient cru pouvoir désigner comme leur fille.
Arrêtées enceintes pendant la dictature, de nombreuses jeunes femmes ont accouché en captivité avant de "disparaître". Les bébés étaient alors confiés à des familles proches des militaires au pouvoir.
Quelque 88 d'entre eux, dont Maria Eugenia, ont depuis retrouvé leur véritable identité grâce notamment au travail des grand-Mères de la place de Mai, qui s'efforcent de retrouver la trace et l'identité des quelque 500 "bébés volés" pendant la dictature.
Quelque 30.000 personnes ont "disparu" pendant ces années noires, selon le décompte des organisations de défense des droits de l'homme.
Source : Tolerance.ca
10:06 Publié dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : argentine, enfants disparus, bébés volés, maria eugenia sampallo barragan, procès, adoption illégale, identité
05.01.2008
Les mensonges derrière mon adoption. Kim Myung-Sook.
Mon adoption n'est ni le résultat d'un trafic d'enfants, ni celui d'un kidnapping mais le résultat de mensonges fabriqués par une agence d'adoption, comme la plupart des adoptions internationales.
- J'ai (j'avais) une famille bien connue
- 1er, 2ème, 3ème, 4ème et 5ème mensonge
- Découverte des mensonges
- Après les mensonges, bullshit
- Mensonges des acheteurs
- Service post-adoption
- Perdue mais non abandonnée
L'adoption internationale est un grand business qui sert l'intérêt d'un couple sans enfant. C'est mal d'arracher un enfant de son pays et de sa culture pour combler les désirs des adultes qui veulent à tout prix un enfant. Le meilleur intérêt d'un enfant est d'être élevé par ses parents biologiques et en second lieu, être adopté dans son pays. De plus, les enfants qu'on envoient en adoption internationale ont tous un parent ou une famille élargie qui pourraient les élever mieux que des étrangers de races différentes. Il est injuste que des parents pauvres n'aient pas le droit d'élever leurs propres enfants biologiques et que des riches parents infertiles prennent les enfants des autres sous prétexte qu'ils "sauvent" des enfants d'un pays pauvre.
Lire le témoignage complet.
16:15 Publié dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : témoignage, adoptée coréenne, mensonges
01.12.2005
L'humiliation ordinaire | Alain Badiou
Mon fils adoptif est noir.
Pour la police, cela fait de lui un suspect.
"Constamment contrôlés par la police." De tous les griefs mentionnés par les jeunes révoltés du peuple de ce pays, cette omniprésence du contrôle et de l'arrestation dans leur vie ordinaire, ce harcèlement sans trêve, est le plus constant, le plus partagé. Se rend-on vraiment compte de ce que signifie ce grief ? De la dose d'humiliation et de violence qu'il représente ?
J'ai un fils adoptif de 16 ans qui est noir. Appelons-le Gérard. Il ne relève pas des "explications" sociologiques et misérabilistes ordinaires. Son histoire se passe à Paris, tout bonnement.
Entre le 31 mars 2004 (Gérard n'avait pas 15 ans) et aujourd'hui, je n'ai pu dénombrer les contrôles dans la rue. Innombrables, il n'y a pas d'autre mot. Les arrestations : Six ! En dix-huit mois... J'appelle "arrestation" qu'on l'emmène menotté au commissariat, qu'on l'insulte, qu'on l'attache à un banc, qu'il reste là des heures, parfois une ou deux journées de garde à vue. Pour rien.
Le pire d'une persécution tient souvent aux détails. Je raconte donc, un peu minutieusement, la toute dernière arrestation. Gérard, accompagné de son ami Kemal (né en France, Français donc, de famille turque), est vers 16 h 30 devant un lycée privé (fréquenté par des jeunes filles). Pendant que Gérard fait assaut de galanterie, Kemal négocie avec un élève d'un autre lycée voisin l'achat d'un vélo. Vingt euros, le vélo, une affaire ! Suspecte, c'est certain. Notons cependant que Kemal a quelques euros, pas beaucoup, parce qu'il travaille : il est aide et marmiton dans une crêperie. Trois "petits jeunes" viennent à leur rencontre. Un d'entre eux, l'air désemparé : "Ce vélo est à moi, un grand l'a emprunté, il y a une heure et demie, et il ne me l'a pas rendu." Aïe ! Le vendeur était, semble-t-il, un "emprunteur". Discussion. Gérard ne voit qu'une solution : rendre le vélo. Bien mal acquis ne profite guère. Kemal s'y résout. Les "petits jeunes" partent avec l'engin.
C'est alors que se range le long du trottoir, tous freins crissants, une voiture de police. Deux de ses occupants bondissent sur Gérard et Kemal, les plaquent à terre, les menottent mains dans le dos, puis les alignent contre le mur. Insultes et menaces : "Enculés ! Connards !" Nos deux héros demandent ce qu'ils ont fait. "Vous savez très bien ! Du reste, tournez-vous – on les met, toujours menottés, face aux passants dans la rue –, que tout le monde voie bien qui vous êtes et ce que vous faites !" Réinvention du pilori médiéval (une demi-heure d'exposition), mais, nouveauté, avant tout jugement, et même toute accusation. Survient le fourgon. "Vous allez voir ce que vous prendrez dans la gueule, quand vous serez tout seuls." "Vous aimez les chiens ?" "Au commissariat, y aura personne pour vous aider."
Les petits jeunes disent : "Ils n'ont rien fait, ils nous ont rendu le vélo." Peu importe, on embarque tout le monde, Gérard, Kemal, les trois "petits jeunes", et le vélo. Serait-ce ce maudit vélo, le coupable ? Disons tout de suite que non, il n'en sera plus jamais question. Du reste, au commissariat, on sépare Gérard et Kemal des trois petits jeunes et du vélo, trois braves petits "blancs" qui sortiront libres dans la foulée. Le Noir et le Turc, c'est une autre affaire. C'est, nous raconteront-ils, le moment le plus "mauvais". Menottés au banc, petits coups dans les tibias chaque fois qu'un policier passe devant eux, insultes, spécialement pour Gérard : "gros porc", "crado"... On les monte et on les descend, ça dure une heure et demie sans qu'ils sachent de quoi ils sont accusés et pourquoi ils sont ainsi devenus du gibier. Finalement, on leur signifie qu'ils sont mis en garde à vue pour une agression en réunion commise il y a quinze jours. Ils sont vraiment dégoûtés, ne sachant de quoi il retourne. Signature de garde à vue, fouille, cellule. Il est 22 heures. A la maison, j'attends mon fils. Téléphone deux heures et demie plus tard : "Votre fils est en garde à vue pour probabilité de violences en réunion." J'adore cette "probabilité". Au passage, un policier moins complice a dit à Gérard : "Mais toi, il me semble que tu n'es dans aucune des affaires, qu'est-ce que tu fais encore là ?" Mystère, en effet.
S'agissant du Noir, mon fils, disons tout de suite qu'il n'a été reconnu par personne. C'est fini pour lui, dit une policière, un peu ennuyée. Tu as nos excuses. D'où venait toute cette histoire ? D'une dénonciation, encore et toujours. Un surveillant du lycée aux demoiselles l'aurait identifié comme celui qui aurait participé aux fameuses violences d'il y a deux semaines. Ce n'était aucunement lui ? Un Noir et un autre Noir, vous savez...
A propos des lycées, des surveillants et des délations : j'indique au passage que lors de la troisième des arrestations de Gérard, tout aussi vaine et brutale que les cinq autres, on a demandé à son lycée la photo et le dossier scolaire de tous les élèves noirs. Vous avez bien lu : les élèves noirs. Et comme le dossier en question était sur le bureau de l'inspecteur, je dois croire que le lycée, devenu succursale de la police, a opéré cette "sélection" intéressante.
On nous téléphone bien après 22 heures de venir récupérer notre fils, il n'a rien fait du tout, on s'excuse. Des excuses ? Qui peut s'en contenter ? Et j'imagine que ceux des "banlieues" n'y ont pas même droit, à de telles excuses. La marque d'infamie qu'on veut ainsi inscrire dans la vie quotidienne de ces gamins, qui peut croire qu'elle reste sans effets, sans effets dévastateurs ? Et s'ils entendent démontrer qu'après tout, puisqu'on les contrôle pour rien, il se pourrait qu'ils fassent savoir, un jour, et "en réunion", qu'on peut les contrôler pour quelque chose, qui leur en voudra ?
On a les émeutes qu'on mérite. Un Etat pour lequel ce qu'il appelle l'ordre public n'est que l'appariement de la protection de la richesse privée et des chiens lâchés sur les enfances ouvrières ou les provenances étrangères est purement et simplement méprisable."
Alain Badiou, philosophe, professeur émérite à l'Ecole normale supérieure, dramaturge et romancier.
Source : LE MONDE.
15:40 Publié dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Alain Badiou, témoignage, racisme, France


